Bretagne d'or et d'argentLes 1 100 pièces d'orfèvrerie de basse Bretagne étudiées par l'Inventaire général, dont une cinquantaine du Moyen-Âge et autant de la Renaissance, constituent un des ensembles les plus importants de France par son ancienneté, sa qualité et sa diversité.
La présence d'orfèvres en Bretagne est confirmée dès le XIVe siècle, et le pays est à l'apogée de sa richesse au XVe siècle, époque ducale faste pour l'orfèvrerie, à l'égal des autres domaines. Malgré les pertes dues aux fontes successives, aux guerres de la Ligue et plus tard de la Révolution, l'exceptionnel ensemble des pièces bretonnes du XVe siècle encore conservées, étonne par sa quantité. Le Trégor, le Vannetais, la Cornouaille et le Léon composent le berceau des ateliers les plus connus et la plus grande partie de la production de la région, essentiellement composée d'orfèvrerie religieuse, s'y trouve encore.
Chapelles, croix, livres, clefs, pupitres, côtes, cuisses, jambes, bras, doigts ou chefs, tous ces reliquaires nous transmettent aujourd'hui l'image des multiples dévotions locales particulièrement vivaces en basse Bretagne ; parmi lesquelles le culte porté à saint Corentin fondateur de l'évéché de Quimper, saint Tugdual, saint Patern et saint Paul de Léon respectivement fondateurs des évéchés de Tréguier, de Vannes et de Léon. Les fêtes de ces saints donnent lieu à des cérémonies, les "pardons" où s'entremêlent rites religieux et profanes et où les âmes pieuses viennent chercher, au moyen de mille pratiques fixées par la coutume populaire, la rémission de leurs péchés.
Du trésor de la célèbre abbaye de Saint-Gildas de Rhuys, il reste notamment une châsse qui conservait "un soulier ou une sandale attribué à Notre Seigneur" et un bras reliquaire dont le travail de filigranes réalisé au XIIIe siècle est remarquable. Dans le trésor de la cathédrale de Vannes, le coffret de mariage de l'église de Saint-Avé, oeuvre civile rarissime, est gravé d'une Annonciation et de scènes galantes accompagnées d'animaux fabuleux.
A travers une série de reliquaires morphologiques ou sculpturaux - les côtes- reliquaires de saint Ronan de Locronan et le chef reliquaire de Locarn en sont des exemples - l'orfèvrerie affirme, dès la fin du XIVe siècle, l'autonomie de son art dans une présence comparable à celle de la statuaire, agrémentée par un sens du décor qui s'épanouit dans la fine ciselure des rinceaux fleuris.
L'influence des modèles architecturaux de la première Renaissance favorise la création de châsses, objets précieux spectaculaires, parfaitement réalisés, "modèles réduits" des chapelles ou des églises existant en Bretagne.
A la même époque les centres actifs de Morlaix et de Quimper imposent un style nouveau qui donne lieu à des chefs-d'oeuvres somptueux, entièrement recouverts d'éléments décoratifs : grotesques, rinceaux et entrelacs. Un nouveau type de décor, souvent appelé à l'italienne, voit le jour au milieu du XVIIe siècle, à base de chutes et de guirlandes de fleurs, de fruits et de figures d'angelots ailés. Par la suite le décor évoluera vers le goût rocaille puis néoclassique, suivant en cela le cheminement de l'ensemble des arts décoratifs.
Excepté les quelques très rares coupes de tradition gothique encore conservées, les plus anciennes pièces d'orfèvrerie civile de basse Bretagne remontent au dernier quart du XVIIe siècle. De cette époque datent les premières coupes de mariage, appelées "tasses à deux anses" dans les inventaires anciens. Ces coupes, commandées par l'élite paysanne du Léon et de la Cornouaille portent souvent le nom des époux. Elles ont, selon des témoignages anciens, joué un rôle important dans la ritualisation du mariage. Leur usage apparaît double : tasse à quêter et coupes à boire.
La coupe à deux anses de la classe paysanne en basse Bretagne possède son équivalent dans les sociétés bourgeoise et aristocratique sous l'appellation d'écuelle. Le magnifique exemplaire réalisé par Joseph-Pierre-Marie Tiret, orfèvre à Vannes, avec son couvercle et son présentoir prouve la richesse de son propriétaire d'origine et la qualité de la production des grands ateliers de Bretagne.
Bien que peu nombreux, les objets civils illustrent ici le style de l'orfèvrerie et les goûts de la clientèle bretonne du XVIIIe siècle.
Du Moyen-Âge à la Révolution, 539 orfèvres sont recensés en basse Bretagne. En présentant un tel ensemble de pièces d'orfèvrerie, cette exposition permet de découvrir la richesse et la complexité de la Bretagne.
La Muséographie mettra en valeur le rôle de ces objets entre terre et ciel sur fond de toile peinte. Les pays de Léon, Trégor, Vannetais et Cornouaille seront évoqués par leurs trésors, Saint Gildas de Ruys, Saint Thégonnec, Locarn et Saint Jean-du-Doigt sur des socles au centre de la salle, et les extraordinaires croix de processions seront regroupées à la manière des calvaires bretons.