Société d'ethnologie française
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Colloques et journées d'étudeNorbert Elias et l'ethnologie
Colloque international S.E.F - Université de Metz
en coopération avec la Norbert Elias Foundation (Amsterdam)
Université de Metz
20, 21 et 22 septembre 2000
responsabilité scientifique : Jean-Marie Privat - Sophie Chevalier
L'oeuvre de Norbert Elias, désormais traduite en français pour l'essentiel, suscite l'intérêt
- des historiens (voir les nombreux et copieux avant-propos de R. Chartier aux éditions de ses principaux livres);
- des politistes (pour exemple, le colloque organisé en 1994 sous la direction d'A. Garrigou et B. Lacroix);
- et des sociologues (entre autres, l'ouvrage de N. Heinich paru à La Découverte en 1997).
Les travaux de N. Elias font aussi l'objet de livraisons dans des revues scientifiques (Archives européennes de sociologie, Cahiers internationaux de sociologie, Rassegna italiana di Sociologia, Theory, Culture and Society, etc.) et d'études monographiques importantes (J. Fletcher, S. Mennell, N. Mouzelis, etc.).
Dans ce contexte de (re-)découverte intensive de recherches menées durant une longue vie de chercheur, on ne voit pas a priori pourquoi une pensée aussi "transdisciplinaire" (aux dires mêmes de ses différents et divers commentateurs et analystes) ne pourrait pas interroger et enrichir la démarche ethnologique.
Le colloque pourrait donc s'organiser au tour de deux grandes questions.
1- Quelle place tient l'ethnologie dans la pensée éliasienne?
Elias se réfère en effet explicitement à des classiques de l'ethnologie (Redfield, Radcliffe-Brown, M. Mead, Levi-Strauss, O. Lewis, Evans-Pritchard, Van Gennep).
En Afrique (où il enseigna) Elias a connu personnellement l'expérience de l'altérité culturelle relative qui l'a conduit à une proposition de resémantisation, de réethnologisation de la culture européenne ancienne : "Les grecs sacrifiaient des boeufs à leurs dieux. Pour nous c'est de la littérature, des choses que nous considérons à tort comme des métaphores littéraires. Au Ghana, j'ai vu des opérations magiques, les viscères qui jaillissent des entrailles, le sang qui gicle. Ces choses qui ont perdu tout relief dans des sociétés développées ont bien sûr à voir avec ma théorie des processus de civilisation" (N. Elias par lui-même, p.86).
Elias s'est efforcé enfin d'adopter la posture épistémologique de "l'autodistanciation", posture consubstantielle à la science ethnologique qui "exige que l'on voit sa propre personne comme une personne parmi d'autres" (op.cit., p.172).
2- En quoi les travaux d'Elias peuvent-ils féconder le travail de l'ethnologue? Et de quelle ethnologie?
Des ethnologues citent volontiers les travaux d'Elias, notamment sur la "civilisation des moeurs" et certains dictionnaires français d'ethnologie ou d'anthropologie récents consacrent quelques lignes à notre auteur.
Il semble cependant possible et utile d'aller plus loin dans la mesure où les travaux d'Elias convergent peu ou prou avec les perspectives ethnologiques sur trois points fondamentaux au moins :
a- Les objets d'investigation
Les différents travaux de N. Elias concernent des domaines culturels qui recoupent ceux de l'ethnologie contemporaine européenne : les usages du corps, les économies symboliques qui structurent les micro-sociétés, la vie quotidienne et la ritualisation des moeurs, la dialectique du je et du nous, l'organisation du temps et de l'espace privé ou public, les processus de psychologisation des liens sociaux, les pratiques langagières, etc.
b- Les concepts
Les grands concepts éliasiens (habitus, processus, configuration, interdépendance, autocontrainte, intériorisation, homo clausus, etc.) sont sans doute à faire travailler dans une approche ethnologique, quand bien même ils ont le plus souvent été construits dans la perspective de la longue durée historique. En fait, les thèses d'Elias s'appuient en règle générale sur des exemples pris dans des contextes culturels nettement identifiés et à ce titre fourmillent de micro-analyses, parfois fugaces, de comportements culturels proches de nous.
c- Les problématiques
La pensée éliasienne pose en premier lieu le problème de la définition de "la culture" (vs la civilisation par exemple). Elle vise en second lieu à une approche totalisante, multidimensionnelle des phénomènes étudiés.
Sur ce socle épistémologique et méthodologique que l'ethnologue partage avec N. Elias, se développent des configurations de problématiques dans lesquelles entrent en jeu privé / public, monopolisation étatique, intériorisation des contraintes et psychologisation des rapports sociaux, etc.
Ce colloque international n'a pas vocation à être une journée d'hommage académique; il est donc attendu - précisément parce qu'Elias devient à la mode - une lecture critique de certains présupposés théoriques de ses recherches, par exemple sa conception sans doute appauvrissante du processus unilatéral et inévitable de "curialisation" des rapports sociaux, des rapports au monde et des rapports à soi, même sur le long terme, problème qui est au coeur de l'analyse ethnologique.
L'accent du colloque devrait être mis sur cette deuxième perspective. Des ethnologues pourraient expliquer sur quelques exemples en quoi certains aspects de la pensée éliasienne est heuristique, et structurante (ou non) de leur regard d'ethnologue de l'ici.
Renseignements :Jean-Marie Privat
Université de Metz
Ile de Saulcy 57045 Metz Cedex 01
EMail : jmprivat@zeus.lettres.univ-metz.fr
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