Société d'ethnologie française

La SEF



Colloques et journées d'étude
La vie au grand air
Aventures du corps et évasions vers la Nature
Journées d'étude S.E.F. Musée National des Arts et Traditions populaires
11 et 12 mars 1999


responsabilité scientifique : Olivier Sirost


argumentaire :
LA VIE AU GRAND AIR
Aventures du corps et évasions vers la Nature

1- Vivre au Grand Air, de la circulation de l'Homme
La thématique de la vie au Grand Air renvoie à la circulation des valeurs, du sens et de l'affect. Cette errance de ce qui constitue l'homme et la société se manifeste de manière notable dès les années 1850. Face à l'affirmation des valeurs bourgeoises, du sens du travail et des affections de la ville s'érigent de multiples contre cultures qui renouent avec les débridements du corps et le retour à la Nature. Un regard global permet d'opposer monde domestique et monde sauvage. De manière plus particulière, une vision locale vient instaurer un tiers entre le rural et l'urbain. Ces trajets incessants entre l'universel et le particulier sont révélateurs de la triple circulation caractéristique de l'homme du plein air. D'autre part, on assiste à un pivotement du sacré à travers la construction sociale de la Nature et des formes de corps qui s'y rattachent. Le Tour renvoie étymologiquement à ce mouvement rotatif permettant de lier les univers contraires. Du sens intime au sens commun (notamment dans les usages du corps), de la valorisation de l'infini à celle du maîtrisé (surtout dans l'exploitation de la nature) ou encore des affections du normal à celles du pathologique (manifesté dans les montées hédonistes des relations corps/nature) se dresse une sous-culture en marge de la société. Ces différentes manifestations drainent une sacralité nouvelle qui ne peut qu'affecter à son tour la société existante, en l'entraînant à vivre de manière intensive le moment présent.

2- Du Grand Air au Plein Air
On passe peu à peu d'une conquête des grands espaces naturels (montagne, mer, gouffres, forêts, pôles) à un usage intensif de sites de proximité. Si l'adjectif Grand (Grand-Tour, Grands voyageurs, Grand Air) marque la modernité et le souci de domination de la nature en ce qu'elle a de plus terrible dans sa démesure, l'adjectif Plein renvoie à une logique assimilatrice du milieu naturel (se remplir de la Nature dans ce qu'elle apporte de bon). Différents indicateurs éclairent cette piste:
- Urbanisation et écologisation du social
Les caravanes (scolaires, ouvrières, flottantes, remorques), les villages de toiles (camps, clubs, thérapies), les stations services (point de vente, d'information et de diffusion), les rallyes (aventureux, organisés, populaires) sont autant de mises en oeuvre qui montrent l'acharnement à aménager l'espace naturel en centres multiples d'occupations du corps. Le retour au terroir signe la vertu morale de régénération, de ressourcement ou l'économie de soi est de mise.
- Les migrations saisonnières
Le problème crucial reste celui de développer les activités sans user les sites. L'interaction entre le sentiment d'économiser la Nature et les moyen d'entretenir l'intensité des usages que l'on fait de cette Nature marque le passage du Grand Air au Plein Air. L'organisation des calendriers, l'accueil des différentes catégories d'âges, le développement des activités sportives d'extérieur sont quelques-uns des exemples frappant de cette transition.

3- Les affections de la Nature
La Nature va prendre un nouveau sens. Aux cultures orales et écrites vont se juxtaposer avec force les expériences vécues au contact des éléments naturels. Tout un univers prend sens et ce qui était jusqu'alors de l'ordre du secret, de l'implicite et de l'intime dessine les contours d'un monde commun. Les étapes souvent entremêlées des affections de l'homme vont peser fortement sur la société:
- Le sentiment de Nature
Un romantisme ambiant force l'expression d'un inconscient refoulé. Des auteurs tels que Rousseau, Goethe ou Eichendorff (dont s'inspirent les oiseaux migrateurs allemands) sont les références obligatoires à l'affirmation d'un style littéraire qui rencontre un style de vie. La contemplation de la Nature devient une manière discrète de faire de son quotidien une oeuvre d'art (photo, peinture, chant, écoute, modelage...).
- Les médiateurs de l'expérience
Une profusion de revues (Chasseur Français, T.C.F., Camping...), d'ouvrages (récits, topoguides, manuels, recueils), d'images (photos, cinéma, cartes) et de supports sonores (radio, chants, causeries) permettent de rhapsodier, de faire écho aux usages de la vie en milieu naturel. La puissance du récit authentique se substitue alors pour partie à la fiction. Cet entretien mythique (Robinson, J. Verne, Tarzan...) ouvre l'esprit de tout un chacun sur une existence menée au Grand Air. Cette exhibition d'un idéal va mener une quantité de personnes au voeux du départ vers la Nature (1939, puis 1950).
- Un coeur périphérique
Le social va alors battre avec le rythme de la Nature. La nourriture végétarienne, les produits de soins du corps, la récupération et la recherche de matériaux (toile, duralumin, mousse, caoutchouc...) sont autant d'indices révélant l'industrialisation du loisir. Les slogans publicitaires et leurs images vont largement se servir de l'esprit "plein air" dans leurs campagnes. L'abondance de l'objet va permettre certainement d'entretenir efficacement la construction de son Eden pour Monsieur tout le monde.

4- Les Ailleurs du corps
La vie au Grand Air est aussi pour le corps une manière de jouer des morales éducatrices traditionnelles. L'effervescence sociale procurée par l'avènement des loisirs est un enjeu où se mêlent bien des discours sur les moeurs et où se génèrent de nouvelles manières d'être et de paraître, mais surtout de sentir son corps.
- La nervosité sociale
L'industrialisation va de pair avec le constat d'un nécessaire apaisement des luttes quotidiennes avec la machine. La psychanalyse, le marxisme, la philosophie morale, la médecine vivifient ce discours en proposant des méthodes d'éducation au contact de la nature. Les différents mouvements de jeunesse et du corps sont les témoins de cette aventure pédagogique.
- Rompre avec le modèle bourgeois
L'offre universelle de la vie au Grand Air va marquer une rupture avec la distinction par le jeu des apparences. Le camping, la pêche, le sport vont être des occupations où chacun se confond, où le paraître va s'effacer un temps face au sentir. Ce qui importe ici c'est le déplacement vers l'ailleurs que peut apporter l'usage de ses sens. Les impressions sont alors le guide d'une forme de la vie.
- Conventions du corps
Un glissement va s'opérer vers le retour canonique d'images du corps. La teinte hâlée, la ligne svelte, les contours saillants deviennent les marques implicites qui agissent sur l'inconscient collectif et perturbent l'organisation sociale. Le regard porté sur le dévoilement de l'autre, sa gestuelle, son occupation de l'espace semblent augurer la mise en place d'autres normes.

Programme :


Jeudi 11 mars, matin - Du grand air au plein air

prés : Alain CORBIN

Noël BARBE & Jean-Christophe SEVIN : Le développement du tourisme dans le Haut Jura, entre plein air et grand air

Jean CORNELOUP: La montagne et les cultures du plein air

Olivier SIROST: Les loisirs sous la tente. Le camping comme observatoire de la vie au grand air.

Bernard KALAORA : De la nature jardinée à la pleine nature

Sergio DALLA BERNARDINA : L'avenir d'une illusion : Art, nature et new-age

Jeudi 11 mars, après-midi - Théorie et représentations de la vie au grand air

prés : Thierry CHARNAY

André RAUCH: Les traditions du camping en France (1920-1999), histoire et enracinements.

Arnaud BAUBEROT: De la régénérecence aux loisirs. Naturisme et plein-air en France dans l'entre-deux-guerres.

Guillaume VALLOT & Michel BOURDEAU: Images du corps et de la nature : les publicités de sports de montagne.

Pascal ROLAND: Danser la nature. L'influence de la nature dans l'expression chorégraphique: l'exemple de la danse de style "moderne".

Daniel DENIS : Le plein-air comme métaphore de l'impérial.

Vendredi 12 mars matin - Les médiateurs de l'expérience

prés : Guy BARBICHON

Catherine BERTHO-LAVENIR: Les campeurs du T.C.F.

Nicolas PALLUAU: Le feu éducateur. Les éclaireurs de France 1911-1930.

Arnaud BAUBEROT & Olivier SIROST : L'invention d'une nature par le camping : aux origines des mouvements campeurs et éclaireurs.

Jean-Jacques GAUTHE : Le Woodcraft et les scoutismes marginaux.

Lionel CHRISTIEN : Le rôle de la nature dans la pédagogie des Scouts de France.

Vendredi 12 mars, après-midi - Le corps, une pratique médiée par les morales et les plaisirs

prés : Françoise LOUX

Marianne BARTHELEMY: Le marathon des sables, une épreuve d'endurance sur fond exotique.

Michel RAINIS: L'exercice au grand air marin sur les plages de France.

Roland HUESCA: Les pratiques du vol libre.

Xavier GARCIN: La métamorphose des triathlètes.

Claire CALOGIROU : Le skate.

Gilles RAVENEAU: La pongée sous-marine et le monde de la mer

Gilbert MERLIN: Un air de glisse : le ski de l'association au fabricant en passant par le musée.



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