1. Édito
« Culture en prison : où en est-on ? » Cest
le thème retenu pour les Rencontres nationales Culture/Justice des 25 et
26 avril à Valence, organisées vingt ans après celles de
Reims en 1985. Ces journées ont constitué un temps
déchanges, danalyse et de propositions entre tous les
acteurs de cette politique commune. Elles ont permis notamment de faire le
point sur les actions réalisées ces vingt dernières
années, dimpulser une nouvelle dynamique et de renforcer le
partenariat entre les administrations à léchelon
régional et départemental, les opérateurs culturels, les
collectivités territoriales, afin de permettre aux personnes
placées sous main de justice un égal accès aux pratiques
culturelles.
Au regard de son rôle de coordination nationale des
missions régionales de développement culturel en milieu
pénitentiaire, lorganisation de ces Rencontres nationales a
été confiée à la Fédération
française pour la coopération des bibliothèques, des
métiers du livre et de la documentation (FFCBmld).
2. Présentation des rencontres nationales
L'objectif des Rencontres de Valence est de faire le point sur les
actions réalisées depuis vingt ans et de dégager des
perspectives d'avenir. Elles ont permis de dresser un bilan des actions
culturelles menées en milieu pénitentiaire. Un éclairage
spécifique sur les bibliothèques des établissements
pénitentiaires a été apporté par une étude
réalisée par lInspection générale des
affaires culturelles en 2004.
Ces journées ont également
proposé également une série dateliers sur des
thèmes variés : "La prison dans le territoire" ; "Les espaces
culturels dans la prison" ; "L'accès à la culture et le droit des
personnes détenues" ; "Culture et formation professionnelle" ;
"L'accès à la culture des personnes en milieu ouvert" ; "Artistes
et institutions culturelles : pourquoi intervenir en milieu
pénitentiaire ?" ; "Quelle place pour les actions culturelles en milieu
pénitentiaire ?" ; "La formation des personnels et des partenaires" ;
"Construire un projet culturel ensemble" ; "Élargir le champ des
partenaires" ; "Valorisation et diffusion des actions culturelles
réalisées en milieu pénitentiaire".
La synthèse
de ces ateliers a permis de dégager de nouvelles perspectives pour le
développement dactions culturelles en milieu
pénitentiaire.
Deux spectacles ont été proposés
à la Comédie de Valence : Concertina par la compagnie des Lumas
dans une mise en scène dÉric Massé et un
concert-lecture proposé par la Comédie de Valence et mis en jeu
par Gilles Fisseau. Un parcours culturel composé de productions
dateliers artistiques en milieu pénitentiaire a également
donné à voir des films, des expositions de photos, de
livres
Le programme complet est disponible sur le site internet de la
Fédération française pour la coopération des
bibliothèques, des métiers du livre et de la documentation
(FFCBmld - www.ffcb.org).
3. Points de repère
Les principes de laction culturelle en milieu pénitentiaire sont définis par un premier protocole daccord (26 janvier 1986) entre le ministère de la Culture et de la Communication et le ministère de la Justice. Cette politique commune vise essentiellement quatre objectifs :
- favoriser la réinsertion des détenus ;
-
encourager les prestations culturelles de qualité ;
- valoriser le
rôle des personnels pénitentiaires ;
- sensibiliser et
associer, chaque fois que possible, les instances locales à ces
actions.
Le second protocole daccord Culture/Justice (15 janvier 1990) affirme quatre principes de fonctionnement :
- partenariat avec des structures culturelles locales ;
- recours
à des professionnels ;
- mise en place dune programmation
annuelle de qualité ;
- évaluation des actions
réalisées.
Deux circulaires élaborées conjointement par les deux ministères précisent les objectifs et les modalités d'application pour le fonctionnement des bibliothèques et le développement des pratiques de lecture dans les établissements pénitentiaires (14 décembre 1992), et pour la mise en uvre de programmes culturels destinés aux personnes placées sous main de justice (30 mars 1995).
Enfin, le ministère de la Culture et de la Communication a consolidé cette politique à travers la signature de la Charte des missions de service public pour le spectacle (22 octobre 1998), la circulaire relative aux pratiques artistiques des amateurs (15 juin 1999) et la circulaire « Culture pour la ville Cultures de la ville » (19 juin 2000).
4. Témoignages dun artiste impliqué dans des actions culturelles en milieu pénitentiaire (Nicolas Frize) et dun Service départemental dinsertion et de probation (SPIP du Val-de-Marne)
4.1. « Si la prison est un espace
clos, au sens quelle ne diffuse pas au-dehors des idées, des
biens, des moyens ou des compétences, elle ne peut renoncer à son
appartenance au monde, ni se fermer à tout ce qui peut la
pénétrer de plus fort, les personnes, les idées, les
biens, les moyens et les compétences ! Une prison détient mais
elle na pas fonction à enclaver ! À lintérieur
delle, lartiste, lintellectuel, le professionnel y sont
attendus. Des personnes que nous naurons pas à nommer ici
« détenus », des personnels, très divers, sont
menacés dêtre « dévorés » par
eux-mêmes sils nentretiennent pas des contacts tendus et
actifs avec la société. En prison, mais il en est de même
à lusine, à lécole ou dans lespace
public, la présence artistique comme intellectuelle ou professionnelle
nest pas mue par la culpabilité, la bonté, la morale ou le
soin, mais par le droit : le droit de tout espace où quil soit sur
le territoire à disposer et jouir de la totalité des biens
culturels, doù quils viennent, du passé, du
présent ou de lavenir, biens esthétiques, biens
scientifiques, biens sociaux, biens critiques, biens communs
La
création musicale, chorégraphique, photographique,
littéraire
, ne doit manquer à nul m2 du territoire : les
artistes sont les artisans, les passeurs, les auteurs et les militants de cette
présence agissante, comme ailleurs, pas plus ni moins, dans
lesprit du droit, avec passion, vigilance, jubilation, inspiration,
application, méthode...
Les uvres font circuler, entrer et
sortir, faire et défaire, éclairer et éteindre, elles
mettent en mouvement, exigent du sensoriel de sextraire du sensible, de
lintime de forcer la porte de lextime, du rationnel de se nourrir
de limmatériel, comme se nourrissent sans relâche le
figuratif et labstrait. Les uvres déportent,
déplacent, exhortent les identités à accepter de mourir,
pour que se dévoilent dautres raisons dêtre, que
naissent des métamorphoses.
Les uvres combattent les
discriminations : leur liberté na dautre finalité que
légalité des hommes. »
Nicolas Frize est compositeur, directeur de lAssociation Les
musiques de la Boulangère (Saint-Denis) et délégué
national du groupe « Prisons » de la Ligue des Droits de
lHomme.
http://www.nicolasfrize.com
4.2. Parcours culturel d'insertion dans le Val-de-Marne
Lune des missions dun service pénitentiaire
d'insertion et de probation (SPIP) est de favoriser l'accès à la
culture des personnes placées sous main de justice. Nous
considérons que laccès à la culture, au même
titre que laccès au logement, à la formation, à la
santé
, est non seulement un besoin constitutif de la personne
humaine, mais aussi un réel facteur de réinsertion pour ce public
(incarcéré ou non) en état « dindigence
culturelle ».
Cest pourquoi le SPIP du Val-de-Marne a
initié en 2004 un projet triennal sappuyant sur un partenariat
entre les institutions et les acteurs culturels du département et les
établissements pénitentiaires. Ce parcours culturel couvre
lensemble des domaines du champ artistique et associe une vingtaine
dopérateurs culturels à une cinquantaine dactions
relevant soit de la production soit de la diffusion dans les domaines du
spectacle vivant, du conte, des arts plastiques, du cinéma, du
patrimoine ou des nouvelles technologies. Trois axes structurent ce partenariat
: des ateliers de sensibilisation artistique et d'apprentissage en milieu
pénitentiaire, prolongés par des spectacles in situ ; une
orientation de ces publics nouveau vers les structures culturelles ; une mise
en place d'actions de formation et d'apprentissage dans le domaine culturel
dans le cadre de laménagement des peines. Une trentaine
dactions ont ainsi été proposées en 2004 à
lensemble des établissements.
Ce partenariat exemplaire entre
la culture et justice à l'échelle du département du
Val-de-Marne, a été rendu possible grâce à
l'initiative de Jean-Pierre Dufranc, conseiller d'insertion et de probation, et
l'engagement de ses directeurs successifs, Patrick Madigou et François
Goetz et au soutien des deux administrations à léchelon
déconcentré, des collectivités locales et du Fonds social
européen (FSE).
Service pénitentiaire dinsertion et de probation du
Val-de-Marne
SPIP 94 - Tél. : 01 41 78 58 00
5. Les coups de cur des DRAC en 2004
Outre les manifestations culturelles nationales organisées
à linitiative du ministère de la Culture et de la
Communication et qui donnent lieu régulièrement à des
activités au sein détablissements pénitentiaires (la
Fête de la musique, Lire en fête, la Semaine de la langue
française), lobjectif prioritaire du ministère est de
développer, en partenariat avec les Services pénitentiaires
dinsertion et de probation (SPIP), des conventions et/ou des jumelages
entre les établissements pénitentiaires et les institutions
culturelles qui répondent ainsi à leur mission douverture
à tous les publics. Elles contribuent à proposer des projets
culturels de qualité, renforcer la cohésion sociale et
améliorer la prise en compte de la diversité culturelle.
En
2004, grâce à une forte implication des deux administrations
(culture/justice) à léchelon régional et des
institutions culturelles, de très nombreux projets de diffusion ou de
production artistique ont pu être montés, contribuant ainsi
à lélargissement de loffre culturelle proposée
aux détenus. En voici un panorama sélectif :
5.1. Livre, lecture, écriture
Dans un établissement pénitentiaire, la
bibliothèque est souvent le seul espace culturel permanent,
véritable lieu-ressources pour le développement
dactivités dans tous les champs culturels.
La politique
danimation mise en place doit inciter les lecteurs acquis ou potentiels
à la découverte dauteurs, duvres, de textes.
Elle doit favoriser une approche de divers domaines artistiques et champs de la
connaissance, engager un travail sur la langue et limaginaire,
créer un nouveau rapport à lécrit.
DRAC BASSE-NORMANDIE
La Bibliothèque de Caen a associé le Centre pénitentiaire à son projet de bibliothèque sonore destinées à des personnes aveugles ou malvoyantes. Cet atelier intitulé « Donneurs de voix » qui consistait à lire et enregistrer des textes a permis à des détenus de découvrir des auteurs, mais aussi de se sentir valorisés en participant à une action étroitement liée à lextérieur.
DRAC BRETAGNE
La Maison darrêt des hommes et le Centre pénitentiaire des femmes de Rennes se sont associés à la Fédération des uvres laïques dIlle-et-Vilaine pour un atelier décriture encadré par Nadia Xerri, auteur et metteur en scène, et Julie Siguret, scénographe. Ce projet qui avait pour objectif daborder lécriture et la lecture par le biais de domaines attractifs (théâtre, musique, création manuelle) a rassemblé dix hommes et quatre femmes. Il avait pour thème le départ : « Si je quittais tout, si je partais ». Le travail de mise en scène sest établi à partir des textes écrits par les détenus, de lenregistrement audio de ceux-ci et de travaux graphiques qui ont fait lobjet dune restitution lors dun spectacle donné à la Maison darrêt des hommes.
DRAC CHAMPAGNE-ARDENNE
Un atelier destiné spécifiquement aux mineurs sest déroulé au sein de lUnité locale denseignement de la Maison darrêt de Reims, en partenariat avec « Latelier 510 ». Jean-David Morvan, scénariste et Christian Lerolle, coloriste, ont mené un travail commun avec les enseignants des domaines généraux et darts plastiques qui sest concrétisé par la réalisation dune planche de bande dessinée respectant les contraintes liées à la narration et aux codes graphiques.
DRAC NORD-PAS-DE-CALAIS
À partir de Citéphilo, semaine européenne de la philosophie organisée par lassociation Philolille, une conférence a été organisée à la Maison darrêt de Douai. Elle a été le prétexte à la création dun atelier de philosophie encadré par Nicolas Stenven. À partir dextraits de textes philosophiques portant sur un thème précis et toujours en rapport avec leur vécu, une dizaine de détenus se sont initiés à la pensée philosophique classique et contemporaine et ont appris à prendre la parole en groupe, de manière construite. Cette expérience exemplaire est unique à ce jour sur le territoire.
DRAC RHÔNE-ALPES
Depuis plusieurs éditions, le Centre pénitentiaire de Saint-Quentin Fallavier et la Maison darrêt de Lyon participent activement à la Fête du Livre Jeunesse de Villeurbanne. Auteurs et illustrateurs vont au devant des détenus et réalisent avec eux des projets éditoriaux. En 2004, la Maison darrêt de Villefranche-sur-Saône et le quartier mineurs de Lyon se sont associés à cette Fête. Une soixantaine de détenues de Montluc (quartier femmes de Lyon), réunies au sein du collectif « Les Zunes », ont réalisé avec laide de plasticiens une installation intitulée « Les Zunes et les autres ». Dans la bibliothèque du Centre pénitentiaire de Saint-Quentin Fallavier, un groupe de neuf détenus a réalisé un livre géant. « Pirates et Compagnies », récit à lhumour décapant, écrit et illustré en une semaine, est venu rejoindre les autres livres de la bibliothèque. Ces livres géants seront présentés lors des Rencontres nationales à la Médiathèque de Valence.
5.2. Théâtre et spectacle vivant
Il sagit ici dactivités en lien avec lensemble des disciplines du spectacle vivant. Ces domaines offrent la possibilité aux personnes placées sous main de justice dapprocher le monde du théâtre et du spectacle vivant dans toute sa diversité : la lecture dun texte, lécriture dune pièce, linitiation à limprovisation, au jeu de scène, le montage dun décor, la fabrication de costumes, la réalisation artistique et technique dun spectacle. Loffre artistique émane principalement des institutions culturelles (Scènes nationales, théâtres, centres chorégraphiques).
DRAC ALSACE
La Filature/Scène nationale de Mulhouse mène un travail remarquable de sensibilisation au spectacle vivant en partenariat avec le SPIP du Haut-Rhin et les Unités denseignement des Maisons darrêt de Mulhouse et de Colmar. En 2004, deux ateliers ont ainsi été proposés autour de « De la démocratie en Amérique » dAlexis de Tocqueville dans une mise en scène de Vincent Colin à Mulhouse et « La visite de la vieille dame » de Friedrich Dürrenmatt dans une mise en scène dOmar Porras à Colmar. Les détenus ont également la possibilité de visiter La Filature afin dêtre sensibilisés aux différents métiers techniques du spectacle et dassister à des représentations théâtrales en dehors des murs de la prison. Autre initiative originale, La Filature décline sa programmation cirque à la Maison centrale dEnsisheim.
DRAC ÎLE-DE-FRANCE
Dans le cadre de la convention qui lie le théâtre de la Cité Internationale et la Maison darrêt de Paris La Santé, Judith Depaule a mis en scène « La résistible ascension dArturo Ui » de Bertolt Brecht. Ce très beau travail théâtral a réuni dix-huit détenus. La musique y tenait une place importante, un guitariste et un percussionniste accompagnant le texte. Six représentations devant un public de détenus ont été offertes auxquelles se sont mêlés quelques invités extérieurs (tutelles, institutions, artistes).
5.3. Arts Plastiques
Le terme « arts plastiques » recouvre la peinture, la sculpture, la photographie, le graphisme, le design, les métiers dart. Toutes ces disciplines peuvent être proposées aux personnes placées sous main de justice soit par des structures culturelles (Fonds régionaux dart contemporain, artothèques) ou des artistes reconnus.
DRAC AUVERGNE
Au Centre de détention dYzeure, le plasticien Christophe Dalecki a animé latelier Paul Klee dinitiation à la sculpture. Approche historique de la peinture et de la sculpture, ainsi quatelier de pratique, débouchant sur des uvres qui ont été présentées au sein de létablissement pénitentiaire ainsi quà la médiathèque de Moulins.
DRAC BOURGOGNE
Un atelier de graphisme a été proposé par lARC/Scène nationale du Creusot au Centre pénitentiaire de Varennes le Grand (Saône-et-Loire). Encadré par le graphiste indépendant Julien Cochin, il a donné lieu à la création dun alphabet, puis dune police de caractères intitulée « La Varennes » et a fait ensuite lobjet dune exposition à lARC de 18 panneaux présentant des textes réalisés à partir de cet alphabet ainsi que la genèse du projet. Un livret destiné aux détenus ayant participé à latelier a été édité. Ce projet sera exposé à Valence les 25 et 26 avril prochains.
DRAC LANGUEDOC-ROUSSILLON
La collaboration entre la Maison darrêt de Villeneuve-les-Maguelone (Hérault) et lAssociation Émergences représente une expérience exemplaire puisquelle a permis la réinsertion dun détenu par la création artistique. Le peintre « Moss » incarne en effet la volonté de résister et de surmonter les difficultés grâce à ses capacités créatrices et un environnement humain qui la reconnu en tant que personne et en tant que plasticien. Grâce à sa rencontre avec Sylviane Compan, responsable dÉmergences et animatrice des ateliers darts plastiques à la Maison darrêt, le peintre « Moss » sinscrit désormais dans une démarche de création artistique. Il sest également donné pour mission de restituer une partie de son expérience à des groupes de jeunes de la commune de Villeneuve-les-Maguelone.
DRAC LORRAINE
LAssociation EXPOSE représentée par Pierre Vercey a pour vocation de sensibiliser la population pénale à lart contemporain en proposant des expositions aux établissements pénitentiaires dAlsace-Lorraine qui disposent dun lieu daccueil aménagé identifiable en tant que galerie dart. En 2004, une exposition Cédric Geney (peintures, papier peint sérigraphié, installations bois et carton), accompagnée dune performance théâtrale de Lise Garnier et Jean-Michel Bernard, sest déroulée au Centre de détention de Toul. Une autre exposition intitulée « Regards dateliers » et présentant des travaux de détenus a été montée aux Maisons darrêt de Strasbourg et dÉpinal et également au Centre de détention de Toul.
5.4. Patrimoine, musées
De par les contraintes liées à la détention, le patrimoine est un domaine moins représenté parmi les activités culturelles proposées aux établissements pénitentiaires. On peut toutefois noter des collaborations intéressantes avec des musées ou concernant la valorisation du patrimoine pénitentiaire.
DRAC MIDI-PYRÉNÉES
Le bâtiment de la vieille Maison darrêt de Saint-Michel (XIXe siècle), de par son architecture et son insertion dans le tissu urbain, est un témoignage quasi unique de lhistoire des prisons. Un travail de reportage photographique simposait donc au moment ou fut décidé son déménagement. Une commande artistique a été confiée à Dominique Delpoux de décembre 2002 à janvier 2003. Ce reportage photographique a été conçu comme un lien avec le nouveau lieu de détention (Maison darrêt de Toulouse-Seysses). La deuxième étape du projet a consisté à en faire le support de plusieurs ateliers décriture dirigés par lécrivain Gérard Lapagesse. Laboutissement en a été la réalisation dune exposition, « Paroles de briques », constituée dune sélection des photos de Dominique Delpoux et accompagnée de textes choisis parmi la production des ateliers décriture. Lexposition a été présentée lors des Journées du patrimoine (septembre 2004) et sera présente à Valence.
DRAC PROVENCE-ALPES-CÔTE-DAZUR
Le Musée international de la Parfumerie à Grasse, en collaboration avec lAssociation pour le rayonnement du Musée international de la Parfumerie (ARMIP) et la Ville de Grasse, a organisé à la Maison darrêt des ateliers olfactifs, répondant ainsi au besoin de rencontrer un public habituellement coupé du reste du monde. Une fois par semaine, Christine Sillard sest rendue dans cet établissement pour rencontrer des détenus et leur proposer des séances dolfaction. À partir dodeurs et dobjets du musée préalablement sélectionnés, un conte des « Mille et une odeur » a vu le jour, fruit dun travail commun et de nombreux échanges dans le respect des uns et des autres. Par ailleurs, un guide de visite du musée « revisité » par les détenus a été réalisé en collaboration avec le professeur dinformatique.
DRAC RHÔNE-ALPES
Le Musée dart moderne de Saint-Étienne
Métropole et la Maison darrêt de la Talaudière ont
mis en place des ateliers dinitiation aux arts plastiques encadrés
par Philippe Roux, Jean-Marc Cerino et Bianca Falsetti, intervenants du
Musée. Ils ont proposé des lectures duvres et des
ateliers de pratique artistique sur le thème de « limage de
soi ». Lobjectif était de permettre à chaque
participant de développer un projet individuel. Pour le Quartier hommes,
deux cycles ont été proposés, lun sur «
Lobjet comme autoportrait » (travail sur le dessin, la peinture et
la réalisation en volume) et lautre sur « Visage et Masques
» (techniques du dessin, du collage et de la peinture).
Ce
thème a également été décliné pour la
première fois avec succès au Quartier femmes à travers une
approche de laquarelle.
5.5. Musique et danse
La variété de propositions et de structures qui portent les projets musicaux ou chorégraphiques en milieu pénitentiaire permet de découvrir les différents genres de lunivers musical et chorégraphique par lécoute ou la pratique, de sinitier à des expressions artistiques favorisant lexploration des sens et le langage du corps.
DRAC AQUITAINE
Muriel Barra, chorégraphe et Florence Boutrois, danseuse de la Compagnie « Mutine », ont proposé un atelier de danse contemporaine au Quartier femmes de la Maison darrêt dAgen et permis ainsi à une dizaine de femmes au sein de lunivers carcéral de se réconcilier avec leur corps. La mémoire de cet atelier a été restituée par des cartes postales conçues à partir de photographies et dun film vidéo de quatre minutes réalisé par Caroline Pandele.
DRAC FRANCHE-COMTÉ
Durant cinq années, Franck Esnée, auteur et metteur en scène, a conduit avec le Théâtre de lEspace/Scène nationale de Besançon, un atelier de danse improvisée destiné aux détenus de la Maison darrêt de Besançon. Cet atelier a donné naissance a un film réalisé par François Royet. Il a capté « de lintérieur » des images destinées à rendre compte, à travers le regard dun artiste, aussi bien des aspects pédagogiques que de la qualité artistique des résultats obtenus. Il a privilégié une vision transposée, plutôt que laspect du réalisme documentaire, ce qui donne son sens et confère sa force au film « Intra-Muros Mouvements » disponible en DVD.
DRAC MARTINIQUE
Le Centre pénitentiaire de Ducos et lAssociation socio-éducative daide aux détenus ont proposé aux musiciens Alfred Varasse et Élizé Domergue danimer des ateliers dinitiation à la composition musicale et dapprentissage dun texte chanté. Ces ateliers ont sensibilisé une dizaine de détenus aux différentes étapes de lécriture musicale et ont abouti à la création dune uvre présentée au sein de létablissement.
DRAC PAYS-DE-LA-LOIRE
La Maison darrêt dAngers a réalisé un atelier de danse contemporaine animé par les danseurs Olivier Bodin et Déborah Lary. Avant de proposer directement aux détenus une pratique en danse qui pourrait les mettre en danger, a été mis en place un atelier du regard interactif où ils seraient à nouveau spectateurs mais actifs : tentative daiguiser leur regard, de participer à des exercices écrits, de demander leur avis, leur critique sur la danse, trouver des jeux sur cette interaction du regard.
En 2004, la Folle journée de Nantes qui avait pour thème « Beethoven et ses amis » a été pour la troisième année consécutive déclinée au Centre de détention de Nantes grâce au dynamisme de sa médiathèque. Un programme spécifique a été édité pour les détenus, proposant au sein de la médiathèque et de la salle de spectacles des animations, des rencontres avec des universitaires et des musiciens, des conférences, des films, des concerts-lectures.
DRAC PICARDIE
Trois danseurs de la compagnie DIT de Robert Seyfried, en résidence de création à la Maison de la Culture dAmiens, ont animé un atelier de danse contemporaine au Quartier femmes de la Maison darrêt dAmiens. Cet atelier de quatre séances de trois heures sest concrétisé par la réalisation dun solo dun quart dheure dansé par le chorégraphe et deux danseurs et un échange avec les détenues.
Également à la Maison de la culture dAmiens, une
opération nouvelle et originale de création sonore,
réalisée avec Stéphane Lehodey et Stéphanie
Collonvillé de lassociation Phonotopie.
Les quatre uvres
réalisées, de 46 secondes à 2 mn 20, ont été
enregistrées et diffusées en boucle avec panneau
dapplication dans un patio de la bibliothèque du quartier hommes.
Laction a permis de faire venir à latelier du canal interne,
animé habituellement par un formateur, des personnes nouvelles, peu
familières de la manipulation informatique. Elle a associé la
bibliothécaire, un formateur et a permis une approche singulière
de la création sonore à partir de bruits quotidiens propres
à la détention ,dans une perspective de création
personnelle.
DRAC PROVENCE-ALPES-CÔTE-DAZUR
La Compagnie des Menteurs et le Centre pénitentiaire de Draguignan ont mis en place un atelier décriture et de composition musicale animé par Yannick Grazzi, musicien et Vincent Vedovelli, écrivain, comédien et metteur en scène. À partir de paroles, textes et improvisations musicales proposés par les détenus, cet atelier pluri-artistique hebdomadaire sest conclu par un concert au sein de létablissement.
DRAC RÉUNION
La Maison darrêt de Saint-Denis, en partenariat avec le Conservatoire national de région et le Pôle régional des musiques actuelles, a mis en place des ateliers de musique traditionnelle déclinés en trois phases ayant pour thèmes respectifs « Les femmes chantent les femmes de la Réunion », « Les femmes chantent les femmes de lOcéan Indien » et « Les femmes chantent les femmes du monde ». Ces ateliers ont été dirigés par le musicien Serge Dafreville.
DRAC RHÔNE-ALPES
La Comédie de Valence sest associée au SPIP de la Drôme et à la Maison darrêt de Valence pour une série de spectacles autour du théâtre, de la musique et de la danse. Les spectacles proposés létaient dans les mêmes conditions scéniques et artistiques quailleurs. Il sagissait de « Plume » dHenri Michaux dans une mise en scène de Sylvain Maurice, « Jeunesse sans Dieu » de Ödön von Horváth dans une mise en scène de Christian Taponnard et « Je suis né sous une bonne étoile » dIlona Lackova dans une mise en scène de Charlie Brozzoni. Des courtes pièces issues de commandes décriture et de mise en scène pour le festival « Temps de paroles » ainsi quun atelier décriture animé par Lancelot Hamelin ont complété cette offre.
5.6. Audiovisuel et cinéma
Dans un milieu où la télévision est omniprésente, proposer des activités dans les domaines de laudiovisuel et du cinéma permet de donner une autre place à limage. Ces activités favorisent également le développement de lanalyse critique en explorant diverses formes décritures audiovisuelles, de la fiction au documentaire, de la vidéo de création au cinéma expérimental. Elles permettent la rencontre entre un public et des créateurs et dutiliser le canal interne à des fins plus artistiques.
DRAC HAUTE-NORMANDIE
Le Centre de détention de Val-de-Reuil, en partenariat avec le Pôle image régional, a élaboré un programme orienté sur des rencontres cinématographiques, des projections avec débat, et un atelier de fabrication de fictions ou documentaires. Dans ce cadre également et uvrant dans une même dynamique dinitiation et de sensibilisation à la lecture et la pratique audiovisuelle, le canal interne a été amené à fonctionner de nouveau. À travers un travail de lecture et une démarche de pratique cinématographique, les réalisateurs Fabrice Tempo et Ingrid Gogny ont ainsi apporté leurs compétences professionnelles pour aider les détenus à fabriquer différents reportages et magazines et à les diffuser.
DRAC ÎLE-DE-FRANCE
LAssociation Les Yeux de louïe assure depuis des
années un atelier audiovisuel au sein de la Maison darrêt de
la Santé à Paris. Anne Toussaint y encadre la réalisation
et diffusion dun journal quotidien dinformation sur le canal
interne, programmation mensuelle dune dizaine de films documentaires et
fictions, projections collectives « grand écran » en
présence dun réalisateur tous les mois et demi.
Latelier audiovisuel a également travaillé à la
production dune publication « La cinquième saison »,
sélection et analyse dune quinzaine de films à partir du
catalogue « Images de la culture » du Centre National de la
Cinématographie.
DRAC POITOU-CHARENTES
Depuis lan 2000, le Festival international du film de La Rochelle a établi un partenariat avec la Maison centrale de Saint-Martin-de-Ré. Cette collaboration se manifeste par la projection dun film inscrit dans la section « Hommages » en présence de son réalisateur dans lenceinte du centre pénitentiaire et par la coproduction de courts métrages réalisés par les détenus sous le parrainage dun cinéaste (en 2004, il sagissait de Bertrand van Effenterre) et par leur diffusion lors du festival. Sept films ont été réalisés depuis 2001.
DRAC PROVENCE-ALPES-CÔTE-DAZUR
LAssociation Lieux fictifs propose depuis de nombreuses années un atelier de création audiovisuelle au Centre pénitentiaire de Marseille. En 2004, dans un premier atelier de « Création et de réflexion sur limage », le cinéaste Dominique Comtat a désiré travailler sur les concepts de limite et de frontière à partir de luvre de Robert Bresson, en faisant alterner des séances de projections et danalyse de films avec des séances dexercices pratiques. Deux dispositifs filmiques ont été mis en place : une chronique parlée et la réalisation de courtes séquences qui peuvent être réalisées pour la production finale dun film collectif. Un deuxième atelier « Information interne » a élaboré la grille de diffusion du canal interne sur lequel a été programmé un thème sur les « Cultures urbaines » dans le cadre du mois du film documentaire. Il a également réalisé des films courts présentant la formation audiovisuelle, le centre multimédia, ainsi que des événements ayant eu lieu dans la détention.
6. La formation du personnel pénitentiaire
La formation constitue toujours un volet clef du développement
d'une politique. C'est pourquoi elle est prise en compte dans les protocoles
d'accord passés entre les deux ministères.
Favoriser
l'accès à l'art et à la culture des personnes en
difficultés nécessite effectivement une sensibilisation du
personnel relevant du ministère de la Justice (administration
pénitentiaire, protection judiciaire de la jeunesse), mais
également des acteurs culturels intervenant en milieu
pénitentiaire.
Formation initiale
L'École nationale d'administration pénitentiaire
(ÉNAP) à Agen, a inscrit la culture dans les formations initiales
qu'elle dispense, et fait régulièrement appel a des
représentants du ministère de la culture et à des
institutions culturelles.
Depuis la mise en place des services
pénitentiaires d'insertion et de probation en 1999, elle a
privilégié la formation de ces personnels qui ont en charge la
mise en uvre des projets culturels en milieu pénitentiaire.
Des modules destinés à l'ensemble du personnel et notamment aux
surveillants et aux chefs d'établissements sont également
à l'étude. Ils paraissent d'autant plus indispensables
quils permettraient de pallier la disparition des agents de justice
recrutés sur des "emplois jeunes", amenés à
disparaître. Ceux-ci effectuaient en effet un travail de médiation
culturelle au sein des établissements pénitentiaires.
Par
ailleurs, l'offre culturelle proposée sur le campus de
l'établissement s'est étoffée en lien avec des
institutions culturelles. La participation à ces activités
pourrait, le cas échéant, être validée dans le
cursus de formation.
Formation continue
Le partenariat entre les directions régionales des affaires
culturelles et les directions régionales des services
pénitentiaires s'est développé sur l'ensemble du
territoire.
Les rencontres bilatérales annuelles de
bilan/prospective peuvent constituer un point d'ancrage pour des
journées d'informations/formations dans le cadre de la formation
continue.
Des institutions culturelles proposent parfois des spectacles,
des actions de sensibilisation spécifiques pour le personnel
pénitentiaire. Ce type d'initiative qui s'inscrit dans le cadre de leur
charte d'objectifs d'ouverture à tous les publics, mériterait
d'être généralisé.
La protection judiciaire de
la jeunesse a, quant à elle, privilégié des
rencontres/formations autour de thématiques spécifiques comme le
multimédia, ou de manifestations culturelles comme la bande
dessinée à Angoulême.
Formation aux métiers de la culture pour les détenus
Même sils sont peu nombreux, des exemples très
intéressants de formation aux métiers de la culture sont
développés ici et là sur lensemble du territoire et
mériteraient dêtre encouragés. On peut tout
dabord évoquer la formation par les responsables de
bibliothèques municipales ou départementales des détenus
« auxiliaires de bibliothèque ». Ils gèrent la
bibliothèque de la prison considérée comme le poumon
culturel de létablissement. Citons également
lexistence dateliers de reliure et restauration douvrages,
pour rester dans le domaine du livre.
La musique et le son sont
abordés notamment à Saint-Maur et à Poissy où
Nicolas Frize a mis en place depuis une dizaine dannées une
formation aux techniques de numérisation du son et de restauration de
limage, en partenariat avec lINA.
Au Centre de détention
de Loos, un stage des techniciens généralistes du spectacle
existe depuis quatre ans. Cette formation professionnalisante proposée
à quinze détenus chaque année a permis à cinq
détenus dêtre embauchés dans des structures telles
que lAéronef à leur sortie. Une vingtaine ont
continué ensuite dans le milieu du spectacle. Une demande de validation
de cette formation devra être déposée auprès de
lÉducation nationale. Quant au cinéma, des formations de
projectionniste sont également proposées à des
détenus dans une perspective de réinsertion dans des
cinémas ou des structures professionnelles.
7. La justice en chiffres
188 établissements pénitentiaires répartis comme suit :
117 maisons darrêt : établissements recevant les prévenus et les condamnés dont le reliquat de peine est inférieur à un an.
58 établissements pour peine dont :
25 centres de
détention (CD) : établissements accueillant les condamnés
dun an et plus
considérés comme présentant les
perspectives de réinsertion les meilleures. Les CD ont un
régime de détention essentiellement orienté vers la
resocialisation des détenus.
28 centres pénitentiaires :
établissements mixtes comprenant au moins deux quartiers à
régimes de détention différents (maison
darrêt, centre de détention et/ou maison centrale).
5
maisons centrales : établissements recevant les condamnés les
plus difficiles. Leur régime
de détention est
essentiellement axé sur la sécurité.
13 centres autonomes de semi-liberté : établissements recevant des condamnés admis au régime de la semi-liberté ou du déplacement extérieur sous surveillance.
1 établissement public de santé national à Fresnes.
101 services pénitentiaires dinsertion et de probation (SPIP)
Les personnes placées sous main de justice
Au 1er avril 2004 en métropole et outre-mer, 62 569 personnes étaient incarcérées dont 22 713 prévenus et 39 856 condamnés. Parmi les personnes incarcérées, on comptait 2 359 femmes, soit 3,8 % de lensemble. Pour lannée 2003, la durée moyenne de détention est de 8,4 mois et de 4,3 mois pour la détention provisoire.