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A la fin des années 1950, le maire de Martigues, Francis Turcan, initie une campagne de création de logements sociaux dans sa commune, afin de loger les nombreux travailleurs embauchés sur le site industriel de Fos-sur-Mer. En parallèle, lEtat propose la création dune ZUP de 500 logements à Martigues. Larchitecte-urbaniste Michel Ecochard, connu pour ses réalisations au Maroc et au Liban, est retenu. Pressentant le développement futur de la ville de Martigues, ce dernier conçoit un véritable boulevard urbain, la Voie V1, baptisée depuis voie Francis Turcan. Cette voie, monumentale pour lépoque, permet de relier la ZUP à léchangeur nord du viaduc autoroutier de Fos-Marseille et débouche sur la route dIstres et létang de Berre.
Les terrains choisis sont situés au nord de la ville, sur le versant sud de la colline dominée par la chapelle Notre-Dame-de-Miséricorde, dite "Notre-Dame-des-Marins". Afin daugmenter la surface constructible, 150 expropriations sont effectuées, la plupart à lamiable. Le plan proposé par Michel Ecochard tient compte de la déclivité naturelle et du site arboré. Il sassocie dailleurs à cet effet avec le paysagiste Jacques Sgard. Le plan témoigne également dun patient travail de réflexion et dune collaboration constante avec la municipalité : les immeubles ne comportent pas plus de 10 étages, les espaces publics sont soignés et une école maternelle est construite. Au total, 94 chambres de célibataires et 737 logements HLM sont réalisés. La construction de ces derniers est confiée par loffice départemental HLM des Bouches-du-Rhône à latelier Delta (interviennent notamment ici Pierre Averous et Raymond Perrachon).
Héritiers de Le Corbusier, les architectes tentent daméliorer le concept des appartements en duplex en créant des demi-niveaux à lintérieur des logements afin de proposer plus de confort aux habitants. Cette nouvelle conception, ainsi que le travail des espaces de circulation et la réflexion sur la volumétrie des façades ont créé de nombreuses contraintes constructives mais apportent à lensemble une richesse architecturale et plastique indéniable.
Le quartier est équipé dun groupe scolaire, Les Capucins, dont lécole maternelle, due à Michel Ecochard, sinscrit dans la pente de la colline avec une composition presque vernaculaire qui utilise les "courbes de niveau" avec une extrême sensibilité. Une rue intérieure courbe part de lespace commun au niveau de lentrée et relie les classes des grands et des petits. Lorganisation de chaque classe avec son atelier, sa salle de repos pour les petits ou la cour-jardin pour les grands, la générosité des surfaces, des volumes sont les principales caractéristiques du projet. Le cadrage des vues larges sur la ville, créé par les ouvertures, resserrées au nord sur le quartier, donne à chaque personne adulte ou enfant une perception très riche de son environnement. On observe çà et là des clins dil, comme des balcons vitrés pour communiquer dune classe à lautre. En parement, Michel Ecochard a choisi la brique rouge issue des tuileries de Marseille à Saint-Henri.
La maîtrise du projet densemble se retrouve dans la qualité de laménagement paysager extérieur. Il est composé de soubassements courbes en pierre calcaire et de talus plantés à lorigine de lavandes. Il constitue une véritable transition entre le traitement rigoureux des cours et le cheminement piéton qui longe les immeubles en limite du territoire scolaire. Lécole maternelle inaugurée sous le nom de Di Lorto garde encore aujourdhui toute sa modernité dusage.
rédacteurs : Eve Roy, drac paca crmh, Sophie Bertran de Balanda et Jérôme Mortier, ville de Martigues, 2007
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