La Nuit des Merveilles

Empreinte de merveilleux, la nuit de Noël offrait des possibilités infinies à l'imagination de l'homme. Ainsi, croyait-on que, durant cette nuit magique, les sables des grèves, les rocs des montagnes, les mers et les vallées s'entrouvraient pour laisser voir à la clarté de la lune et des étoiles les riches trésors dissimulés en leur sein : c'était la révélation des trésors cachés.

À minuit précisément, les animaux de la ferme héritaient, disait-on, du don merveilleux et inhabituel de la parole. Ainsi, boeufs, vaches, chevaux, porcs, moutons et volailles se mettaient à parler entre eux et à se faire, semble-t-il, d'étranges confidences sur les humains, notamment leurs maîtres. Malheur à celui qui osait aller les épier. Il risquait de devenir muet ou, pire encore, d'en mourir. Cette croyance prévalait non seulement en France, mais aussi chez les francophones du Canada.
Une autre croyance voulait qu'à minuit le bétail de la ferme se mette à genoux dans l'étable pour adorer l'Enfant Jésus. De toute évidence, ces deux croyances sont intimement liées à celle, plus ancienne encore, de la naissance de Jésus à minuit.

Au Canada enfin, une croyance veut que la nuit de Noël, les trépassés se lèvent de leur tombe et viennent s'agenouiller au pied de la croix du cimetière où les attend le dernier curé de la paroisse, vêtu d'un surplis blanc et d'une étole dorée.
Celui-ci récite alors à haute voix les prières de la Nativité, auxquelles les défunts répondent avec dévotion. La messe terminée, les morts se relèvent, regardent le village et la maison où ils sont nés, puis réintègrent leur cercueil en silence.