Les Archives de la Gironde conservent un petit manuscrit à l'écriture fine, au texte serré et illustré de dix dessins à la plume et au lavis dont l'auteur est un missionnaire jésuite qui a passé au Canada la moitié de sa vie exactement, c'est-à-dire trente-deux ans, de 1677 à 1709. Ce manuscrit a pour titre : «Narration annuelle de la mission du Sault depuis sa fondation jusques à l'an 1686». Bien qu'il ne soit pas signé et que l'auteur ne donne jamais son nom, on sait qu'il a été rédigé par le père Claude Chauchetière. Celui-ci était né à Poitiers en 1645, du mariage de Jean Chauchetière, procureur au présidial, et d'Elisabeth de La Noue. I1 fut baptisé en l'église paroissiale Saint-Porchaire le 10 septembre 1645 (1). Après des études au collège de sa ville natale, il entra à dix-huit ans au noviciat des Jésuites à Bordeaux où il prononça ses voeux simples deux ans plus tard, pour son vingtième anniversaire, le 8 septembre 1665 (2). Le 14 du même mois, avec deux compagnons, Jacques Darreche et Pierre Yrvoix, qui venaient comme lui de prononcer leurs voeux, il partit du noviciat pour aller étudier à Poitiers (3). Après deux ans de philosophie dans cette ville, il enseigna à Tulle de 1667 à 1670, puis à La Rochelle de 1670 à 1671, à Saintes de 1671 à 1672, et de nouveau à La Rochelle de 1672 à 1673. Puis il revint à Poitiers faire sa théologie de 1673 à 1677 avant de s'embarquer pour le Canada (4). 
En effet, depuis sa vingt-deuxième année, il se sentait attiré par les missions étrangères : il s'en confie lui-même dans les premières pages de sa Narration. En 1672, vers la fête de saint François Xavier - le plus grand saint de l'ordre des Jésuites après Ignace de Loyola et le patron des missionnaires jésuites, mort en vue des côtes de Chine en 1552 - c'est-à-dire le 3 décembre, il sut qu'il était plus particulièrement attiré par l'évangélisation des Iroquois. Il prit auprès du père Mercier (5) des leçons de langue huronne, qui est, dit-il, "celle dont se servent les Iroquois pour prier" (6). En 1677 - on ignore la date exacte de son départ - il débarqua au Canada et fut affecté à la mission huronne de Notre-Dame-de-Lorette, près de Québec. Il n'y passa qu'une année et fut envoyé à la mission de Saint-François-Xavier, au Sault-Saint-Louis, sur les bords du Saint-Laurent, en face de l'île de Montréal. 
En avril 1657, en effet, les Jésuites s'étaient fait donner des terres sur la rive sud du Saint-Laurent à l'entrée du pays iroquois. Ces terres s'appelaient la Prairie-de-la-Madeleine. Mais ce n'est qu'en 1667, lorsque la paix fut signée avec les Iroquois, mettant un terme à vingt-six ans de guerres et de cruautés, que les Jésuites purent ouvrir une mission à la Prairie, les Iroquois eux-mêmes demandant alors des "robes noires" - ainsi appelait-on communément les Jésuites. Les Cinq Nations iroquoises, à savoir les Agniers (plus tard appelés Mohawks), les Onneiouts, les Onnontaguès, les Goyogouins et les Tsonnontouans, formaient une confédération qui occupait les territoires situés au sud de Montréal, à l'est et au sud-est du lac Ontario. C'était un peuple sédentaire qui pratiquait l'agriculture tout en se livrant à la chasse et à la pêche. Habiles guerriers, endurants et bien organisés, ils étaient d'autant plus redoutables que les colons hollandais de fort Orange (l'actuelle ville d'Albany) et de Manhatte (l'ancêtre de New York) leur fournissaient quantité d'armes à feu en échange des peaux de castors et de leur amitié. Les Anglais qui s'emparèrent de Manhatte en 1664 eurent à leur égard le même comportement. Depuis sa fondation dans l'île de Montréal en 1642 la petite bourgade de Ville-Marie souffrait sans cesse des incursions surprises, rapides et meurtrières, des Iroquois. Il fallut une véritable expédition militaire pour venir à bout de ces cruels ennemis qui finirent par accepter un traité de paix le 10 juillet 1667. Enfin les courageux colons français de Ville-Marie purent vivre en sécurité pendant quelques années, et les missionnaires purent entreprendre une véritable évangélisation de ce peuple farouche.

Le père Chauchetière n'a pas vécu les premiers jours de cette mission de la Prairie, mais, soucieux de la vérité, il a interrogé les habitants et utilisé les "Relations" pour en retracer le plus fidèlement possible l'histoire. Ces relations (7) sont les comptes rendus annuels adressés depuis 1632 par le Supérieur des Missions de la Compagnie de Jésus en Nouvelle-France au père Provincial de la Province de France, à Paris. Elles constituent des documents de tout premier ordre pour la connaissance du pays canadien, de sa géographie, de ses ressources, des moeurs des Indiens des différentes nations. Elles connurent beaucoup de succès en France où elles étaient régulièrement publiées. Non seulement elles contribuèrent à faire connaître au public ces pays de conquête française, mais elles suscitèrent nombre de vocations religieuses ou laïques. Leur but premier était bien sûr de montrer les progrès de la foi chrétienne parmi les populations indiennes. Mais elles constituaient aussi une bonne propagande pour la Nouvelle France où il fallait attirer le plus possible de colons pour assurer le développement démographique, économique et commercial. De 1665 à 1672, mille huit cent quarante-six Français et Françaises émigrèrent au Canada, sans compter les soldats envoyés pour la défense du pays et dont beaucoup restèrent là-bas et se firent octroyer des terres (8). Il s'agissait d'une émigration de haute qualité, en particulier pour les jeunes filles qui devaient être saines, fortes et plutôt jolies et surtout munies de certificats de sage conduite (9). Destinées au mariage on attendait d'elles qu'elles fassent des épouses irréprochables et des mères de familles très nombreuses. Ainsi la petite colonie prospérait: en 1672, si Québec approchait de mille habitants, Montréal ou plutôt Ville-Marie (10) n'en comptait guère que cinq cents (11), que pour l'heure les redoutables Iroquois laissaient en paix.

Le père Raffeix (12) quitta Québec à l'automne 1667 et, remontant le Saint-Laurent, alla reconnaître les terres de la Prairie; il fit commencer les défrichements, de façon à accueillir et à installer les premiers Indiens qui arriveraient. Et voici qu'un Huron, adopté par des Iroquois onneiouts après la destruction de la Huronie, et déjà baptisé, passa par la Prairie dans l'intention de se rendre à Montréal pour se faire soigner, ne trouvant pas de remèdes en son pays. Il s'appelait Tonsahoten. Sa femme Gandeaktena appartenait aussi à une nation détruite par les Iroquois, celle des Chats. Il faut noter au passage que ces adoptions étaient fréquentes chez les Indiens qui pratiquaient volontiers l'art de la guerre: ou bien les prisonniers étaient torturés et mis à mort ou pris comme esclaves, ou bien ils étaient adoptés définitivement et faisaient désormais partie de la nation et de la famille du vainqueur. Ainsi bon nombre de Hurons furent absorbés par les Iroquois. Tonsahoten et Gandeaktena furent donc le noyau de la mission de la Prairie, car ils décidèrent de rester avec les Jésuites plutôt que de retourner chez les Onneiouts. Ils construisirent la première cabane, un simple hangar de planches droites appuyées l'une contre l'autre en dos d'âne, comme la décrit le père Chauchetière. Cette cabane abritait d'abord Français et Indiens. En 1669 Tonsahoten édifia sa propre habitation et bientôt plusieurs autres l'imitèrent. Les terres de la Prairie étaient très fertiles et pouvaient produire beaucoup de grains et nourrir quantité de bestiaux." Cette résidence, dit la Relation de 1671, est pour servir de lieu de repos à nos missionnaires, tant au païs des Iroquois que des Algonquins supérieurs dits Outaouacs... Le grand concours de sauvages qui y abordent de toutes parts nous oblige d'y tenir du moins deux missionnaires intelligents en toutes ces langues...". Il était en effet impossible aux Iroquois convertis de demeurer dans leur village d'origine où ils étaient en butte aux moqueries et à l'hostilité de leurs congénères." La Prairie a donc esté de tout temps l'azile de ceux qui vouloint de bon coeur prier Dieu et estre chrestiens", écrit Claude Chauchetière dans sa Narration à l'année 1672. C'était un lieu paisible, agréable, proche de Montréal et facile d'accès.

Dès sa création la mission Saint-François-Xavier rassemblait des Indiens de nations différentes: celles-ci étaient au nombre de douze environ quand le père Chauchetière entreprit sa rédaction, en 1686. Car cette histoire, année par année, d'une mission jésuite, fut écrite quasiment d'un seul jet en 1686, alors que l'auteur résidait depuis huit ans environ au Sault. Mais, comme il s'en explique dans son avant-propos et dans les premières pages suivantes, il a longuement hésité à entreprendre ce travail. Les lettres qu'il avait énvoyées en France (13) avaient été jugées très intéressantes et on le pressait d'écrire. Il donna d'abord le récit de la vie de Catherine Tegakouita, jeune fille d'une piété exemplaire qui vécut comme une sainte et fut honorée avec une extraordinaire dévotion après sa mort survenue au Sault-Saint-Louis le 17 avril 1680. Elle était arrivée à la mission la même année que Claude Chauchetière, en 1678. Elle avait alors vingt et un ans, avait reçu le baptême le 18 avril 1676 et, grâce à l'intervention d'un chef onneiout converti, elle avait pu fuir son village de Gandaougué pour se réfugier près des Jésuites. A la suite d'une épidémie de petite vérole qui lui avait enlevé ses parents elle était devenue presque aveugle. Sa vie exemplaire, sa foi intense et son caractère gai et enjoué la faisaient aimer de tous; après sa mort des miracles lui furent attribués et l'on allait prier sur la tombe de celle qu'on appelait la Vierge iroquoise ou le Lys des Agniers. On comprend l'impression que put faire cette jeune indienne sur Claude Chauchetière nouvellement arrivé au Canada pour évangéliser les sauvages. Il écrivit un premier récit de" La Vie de la B. Catherine Tegakouita dite à présent la saincte Iroquoise" en 1685 (14), - le manuscrit en est malheureusement perdu - et un second en 1696:" Vie de la B. Catherine Tegakouita, dite à présent la Saincte Sauvagesse" (15), qui fut publié en 1887 seulement par les soins du père Félix Martin, S.J. Le manuscrit existe toujours: il fut donné aux Jésuites, revenus au Canada, en 1842 par les religieuses de l'Hôtel-Dieu de Québec qui elles-mêmes l'avaient reçu en garde du père Cazot, ancien Jésuite mort à Québec en 1800.

Le père Chauchetière réalisa aussi des portraits de la jeune vierge iroquoise: une grande peinture pour orner l'église du Sault et des petites images pour donner aux fidèles. Habile dessinateur, il eut l'occasion d'utiliser ses dons, sachant combien l'image est importante pour aider à la catéchisation des Indiens." Il y avoit un an qu'on commença à instruire par les peintures, ce qui plaît fort aux sauvages; on a mesme fait venir toute la vie de nostre Seigneur dont on a fait de petits livres que les sauvages portent avec eux à la chasse et s'instruisent eux-mesmes. On leur a mis ainsy par écrit les sacremens, les sept péchés capitaux, l'enfer, le jugement, la mort et quelques dévotions comme du rosaire, les cérémonies de la messe", écrit-il dans sa Narration à l'année 1683. Il ne précise pas, car sa modestie le lui interdit, que c'est lui qui est l'auteur de ces petits livres d'images pour lesquels il reproduit en maints exemplaires les gravures que les religieux font venir de France. Dans une lettre datée du Sault le 14 octobre 1682 (16) il parle de ces petits livres qu'il est en train de faire. "Les sauvages, ajoute-t-il, y lisent avec plaisir et avec fruit et ces livres sont leurs docteurs muets, un de nos catéchistes faict avec les livres de grands sermons...". C'était le matin de huit heures à onze heures (la cloche sonnait à quatre heures pour le lever) qu'après messes et oraison il travaillait à la confection de ces ouvrages illustrés, sans négliger toutefois les visites dans les cabanes des sauvages, "car étant d'un naturel fort inconstant dont ils se plaignent eux-mesmes, il faut les visiter souvent ou bien pour les animer, ou bien pour les Prévenir, ou bien pour appaiser leurs différents, ou bien pour disposer les nouveaux venus à recevoir les sacrements". L'après-midi il était chargé d'aller voir les malades et de surcroît il avait "une cure à servir où il y a cent habitations de François", ce qui explique sans doute qu'il ait été, comme il le dit au début de sa lettre, "toujours sur l'eau à aller et venir seul dans un canot". Or la navigation sur le Saint-Laurent semblait assez périlleuse: "le fleuve... fait ici un lac large de deux lieues et l'endroit où nous sommes est sy eslevé que les eaux de ce grand fleuve s'y précipitent avec un très grand bruit, comme vous voyez qu'elles font sous la roue d'un moulin. Nous y passons cepandant tous les jours lestement avec nos canots d'écorce et je ne puis m'empêcher de dire qu'il faut être fou pour y aller faire les saults que nous y faisons sans craindre de nous perdre...".

Cette lettre, d'un style alerte, décrit très bien la vie à la mission du Sault et montre que les Jésuites - Chauchetière fut seul avec le directeur, le père Bruyas, pendant toute l'année 1682 - avaient un emploi du temps très chargé et exigeant autant de qualités physiques que de vertus spirituelles. Chauchetière estime qu'il faudrait trois missionnaires en plus, dont un s'occuperait plus particulièrement des enfants. La mission comptait en effet, à l'époque de cette lettre, une soixantaine de cabanes, chacune abritant au moins deux familles. Que de dessins dut exécuter notre missionnaire ! A l'en croire d'ailleurs il aimait cette occupation: "Ce qui me soulage, écrit-il, c'est que je dessine sur le papier les vérités de l'Evangile...". Il semble qu'aucun de ces dessins faits pour enseigner le dogme catholique aux Indiens n'ait été conservé, pas plus que ceux du père Jean Pierron (17) qui, une dizaine d'années avant Chauchetière, avait peint des petits tableaux pour instruire les Agniers chez qui il avait été envoyé en mission dès son arrivée au Canada.

Les petites scènes qui illustrent la Narration de la mission du Sault sont donc parmi les rares dessins du XVIIe siècle qui subsistent touchant la vie des Français et des Indiens en Nouvelle-France (18). D'où leur intérêt primordial. Bien que traités d'une manière naïve, ils représentent bien les costumes des Indiens, leurs raquettes pour se déplacer sur la neige, les canots d'écorce, le travail de la terre - par les femmes. Arbres, végétation, oiseaux sont dessinés avec finesse et une certaine élégance.

A la fin de son avant-propos, le père Chauchetière note que "les estempes qui sont marquées là sont pour faire connoistre aux sauvages la suitte de leur histoire et les grâces qu'ils ont receu de Dieu depuis qu'ils sont chrestiens". C'est pourquoi, après les trois premières illustrations de caractère profane qui montrent l'arrivée à la Prairie et le travail aux champs, il a représenté le bannissement des boissons, celui des superstitions, des enterrements, la confirmation donnée par l'évêque de Québec, la construction de la première chapelle, la prière devant une statue de la Vierge, la procession du Saint Sacrement et, pour finir, la foudre qui tombe au pied de la chapelle. Ces images de la vie religieuse à la mission sont sous-titrées brièvement et trouvent leur explication dans le texte même de la Narration (19). D'autres dessins étaient prévus, mais le missionnaire ne les a pas réalisés : le manuscrit comporte ainsi quatorze pages blanches avec seulement, tout en bas, le titre de la scène qui devait être représentée (20).

La lutte contre la boisson était une des premières préoccupations des missionnaires, sinon la première, comme l'expose le père Chauchetière dans sa Narration en 1678: la mission, dit-il, "ne fut établie que pour vaincre la boisson, elle ne s'est soutenue que par la destruction de la boisson, elle ne continue qu'en combattant la boisson". L'alcool causait des ravages d'autant plus grands chez les Indiens, dont l'organisme n'était pas habitué à ce genre de breuvage, qu'ils en usaient sans aucune modération. Il leur faisait d'abord "perdre le nez", c'est-à-dire l'odorat, et augmentait leur brutalité naturelle jusqu'à la folie ; il diminuait aussi leur résistance physique et les maladies apportées par les Français les décimaient d'autant plus facilement. Le journal des pères Frémin, Bruyas et Pierron raconte les "malheureux effets" produits par l'ivrognerie dans un village Agnié où ils étaient en mission en 1667 (21) : "On nous a jetté des tisons à la teste, on a mis nos papiers au feu, on a forcé nostre chapelle, on nous a souvent menacés de la mort; et pendant les trois et quatre jours que durent ces désordres, et qui arrivent assez souvent, il faut souffrir mille insolences sans se plaindre, sans manger, sans reposer, ces furieux renversant tout ce qu'ils rencontrent, et mesme se massacrant les uns les autres sans espargner ni parens, ni amis, ni compatriotes, ni estrangers". Il fallait vraiment une foi et un courage extraordinaires pour résister à de telles épreuves, et cette foi et ce courage habitaient les missionnaires jésuites. La lutte contre ce fléau que représentait l'alcoolisme était des plus difficiles, car si l'évêque, Mgr de Laval (22), soutenait les Jésuites, les administrateurs laïcs, les officiers et les négociants ne s'embarassaient pas de scrupules et voyaient surtout que l'eau de vie était un moyen d'attirer les Indiens et de les empêcher de troquer leurs fourrures contre le rhum des Anglais (23). Il semble qu'à la Prairie et au Sault, grâce à la combativité des Jésuites, la prohibition de la vente de l'alcool ait pu être respectée dans ces années de la fin du XVIIe siècle. Le père Chauchetière rapporte en effet un proverbe qui disait: "Je m'en vais à la Prairie, c'est-à-dire je quitte la boisson et la pluralité des femmes" (24). Mais quel combat incessant devaient mener les religieux contre l'ivrognerie ! Même à l'intérieur de la mission il fallait être très vigilant. L'impureté, constate notre narrateur (25), appuyée "de l'excès des boissons a tout perdu au païs des Iroquois dans ces derniers temps et a tâché de tout perdre dans cette mission par les séparations des maris et des femmes...". Et pourtant "osté la boisson de chez les Iroquois, on oste mille péchés d'impureté dont ils n'avoint point connoissance avant l'établissement des boissons". Les Jésuites avaient reconnu dans les Indiens un peuple sain et robuste ne manquant ni d'intelligence, ni de finesse (26). Il leur était pénible de le voir abîmé par des Européens qui se posaient en civilisateurs.

En 1676 la pauvreté obligea la mission à quitter la Prairie et à aller cultiver de nouvelles terres toujours au bord du Saint-Laurent, mais à un peu plus d'une lieue en amont, au Sault-Saint-Louis dit aussi Sault-Saint-François-Xavier. Il y eut ainsi, de 1676 à 1719, quatre transferts de la mission (27). Quand les villages étaient devenus trop importants en population et que les terres n'étaient plus suffisantes pour nourrir tout le monde, les Jésuites partaient avec quelques Indiens néophytes et recommençaient un peu plus loin la construction d'une église et des cabanes. Peut-être était-ce aussi un moyen d'éloigner les sauvages des Français qui immanquablement venaient s'installer dans ces villages missionnaires. Malgré l'avis contraire des autorités civiles, les Jésuites ont toujours tenu à isoler les Indiens des colons français. Sans doute pressentaient-ils que l'intégration complète serait toujours impossible ou bien qu'elle se ferait au détriment des deux races, l'une prenant à l'autre ce qu'elle avait de moins bon, ce qui ne manquerait pas d'entraîner dégénérescence physique et morale. Si l'Indien était attiré par l'alcool venu d'Europe, le Français, lui, était souvent séduit par la liberté de moeurs des sauvages. On vit des immigrants abandonner le village, l'armée et même la famille pour aller courir les bois avec les sauvages, épousant des Indiennes et donnant naissance à ces métis, appelés les Bois Brûlés, redoutés par l'influence qu'ils avaient sur les Indiens dont ils connaissaient parfaitement la langue et les coutumes (28).

Si les Jésuites sont allés en Nouvelle-France, c'était pour faire connaître Dieu et les mystères de la foi chrétienne à des peuplades qui selon eux n'avaient ni culture, ni religion et vivaient entourées de superstitions. Aussi apprirent-ils leur langue sans chercher à leur enseigner le français et essayèrent-ils en les catéchisant d'affiner leurs moeurs. A la Prairie, puis au Sault les résultats, si l'on en croit le père Chauchetière, furent à la mesure de leurs efforts. Lorsque le déménagement au Sault fut terminé, "les sauvages estants seuls, séparés des François, ne furent pas moins chrestiens et mesmes le furent davantage...". Beaucoup montraient un zèle ardent dans les pratiques religieuses, zèle que parfois les missionnaires devaient tempérer, en particulier chez les femmes.

Parmi les sauvages et les sauvagesses, comme les appellent les Pères, on distingue des figures particulièrement attachantes, comme celle de Catherine Tegakouita, de Catherine Gandeaktena et de son mari Tonsahoten dont nous avons parlé plus haut. Ces deux derniers moururent à la mission, Catherine le 6 novembre 1673 à la Prairie, après une courte maladie, et Tonsahoten en 1688 au Sault, âgé de plus de soixante ans. L'un et l'autre manifestèrent une fidélité et un soutien constants aux Français. La Narration de Claude Chauchetière évoque une autre grande figure, celle de l'Iroquois Togouiroui (29) qu'on appelait aussi le Grand Agnier. Deux néophytes de la Prairie le rencontrèrent pendant la saison de la chasse en 1673 et l'attirèrent à la mission au printemps suivant. Notre narrateur raconte comment, étant retourné dans son village pour chercher une épouse, à la demande même du père Frémin, il revint avec une quarantaine d'amis prêts à se convertir. Il rendit plusieurs services aux Français - l'un est rapporté par Chauchetière en 1674 quand Togouiroui démontra que le meurtre du chef de la nation des Loups, près du fort Chambly, n'était pas dû à un Iroquois de la Prairie, ce qui évita une attaque de la mission et une rupture de la paix - avant d'être tué le 4 juin 1690 en compagnie de Français, lors de la reprise de la guerre iroquoise.

Dès la fin de l'année 1683 en effet il était à nouveau question de la guerre avec les Iroquois. Le gouverneur, M. de Frontenac (30), et l'intendant, Duchesneau (31), qui avaient exaspéré Louis XIV par leurs incessantes rivalités, furent rappelés en France. Le nouveau gouverneur, M. de La Barre (32), qui était loin d'avoir la personnalité de Frontenac, arriva au Canada en septembre 1682 ainsi que le nouvel intendant Jacques de Meulles (33). Ce fut La Barre qui par ses maladresses provoqua la guerre. Les Jésuites, et notamment le père Jean de Lamberville (34), missionnaire chez les Iroquois Onnontaguès, firent pourtant tout ce qu'ils purent pour l'informer sur ces peuples et éviter la guerre dont ils pressentaient qu'elle serait un désastre pour la colonie française. Mais La Barre précipita les événements. Chauchetière note en 1684: "On n'entendit tout l'esté en Canada que remuemens et bruits de guerre...". En effet, sept cents Français et trois cents sauvages quittèrent Montréal le 29 juillet 1684 et remontèrent le Saint-Laurent. Venu de l'Ouest, un corps de deux cents Français et de quatre cents Indiens les rejoignit au fort Frontenac dit aussi Cataracoui (35), sur la rive nord du lac Ontario. Le gouverneur établit son camp un peu plus au Sud dans l'anse de la Famine sans prendre la décision d'attaquer et dut accepter une paix honteuse dictée avec insolence par les Tsonnontouans. Il fut heureusement rappelé en France et son successeur, le marquis de Denonville (36), arrivé au Canada le ler août 1685, se prépara à attaquer vigoureusement l'ennemi armé par les Anglais. Il fit renforcer les forts, construire des bateaux. On édifia une forte enceinte de pieux autour de Montréal. La mission du Sault s'entoura également d'une palissade. Les préparatifs de guerre se prolongèrent jusqu'au printemps 1687, sans que les missionnaires jésuites des Cinq Nations soient tenus au courant (37). En juillet Denonville écrasa les Tsonnontouans qui quittèrent leur pays ravagé. Mais les Onnontaguès et les Agniers multiplièrent les incursions contre les Français, avec l'appui des Anglais. Grâce à la diplomatie et à l'énergie du père de Lamberville, la paix fut encore près d'être signée, mais la trahison d'un Huron gâcha tout et les Iroquois se jetèrent à l'attaque des Français, descendirent le Saint-Laurent, massacrèrent toute la population de Lachine dans l'île de Montréal (la nuit du 4 au 5 août 1689). Denonville fut rappelé en France et Frontenac renvoyé au Canada, mais la guerre iroquoise continua. En 1691 la Prairie-de-La-Madeleine fut attaquée par les Anglais assistés des Iroquois : en 1692 c'est Cataracoui et le Sault-Saint-Louis qui subirent leurs assauts. Partout le passage des Iroquois se signalait par des incendies, des pillages et des tueries (38).

Mais l'histoire de la mission du Sault, telle qu'elle a été écrite par le père Chauchetière, se termine bien plus tôt, en 1685. Le texte s'arrête brutalement au début d'une phrase: "après qu'ils eurent...". Il est vraisemblable qu'un feuillet du manuscrit a été perdu, où s'achevait l'année 1685. Mais de toute façon cette oeuvre n'est pas terminée, puisque quatorze dessins prévus par le père Chauchetière n'ont pas été exécutés. Faute de temps peut-être en cette année 1686 où les esprits étaient agités par les préparatifs de guerre et où le village du Sault fut la proie d'un incendie (39). Certes les Indiens christianisés du Sault sont restés fidèles aux Français, mais il fallait entretenir cette fidélité en même temps que leur foi, et le missionnaire ne devait guère avoir le loisir de dessiner. On peut se demander aussi si cette Narration ne serait pas la copie d'un premier texte illustré, copie destinée peut-être à la France et restée inachevée. Rien toutefois ne peut venir à l'appui de cette hypothèse. Quoi qu'il en soit, le manuscrit, tel qu'il se présente, est d'un grand intérêt pour l'histoire canadienne au XVIIe siècle. Car si Chauchetière avait fait essentiellement oeuvre d'évangélisation en composant catéchismes et petits livres d'images religieuses pour les Indiens, avec sa Narration il fait surtout oeuvre d'historien. Ne dit-il pas lui-même en fin de son avant-propos que les "estampes" qu'il a faites sont "pour faire connoitre aux sauvages la suite de leur histoire..." ? En effet ce ne sont ni Dieu, ni Jésus, ni la Vierge, ni les Saints qui figurent sur des "estampes", mais bien les Indiens eux-mêmes en compagnie de leurs missionnaires : ils sont les uns et les autres les acteurs de scènes vécues à la Prairie et au Sault. Et l'on peut s'imaginer le plaisir des sauvages, très sensibles aux illustrations, de se voir ainsi représentés par le trait fidèle et minutieux du Jésuite, leur père spirituel et ami.

Claude Chauchetière resta à la mission iroquoise, qui avait encore déménagé en 1690 pour s'installer un peu plus en amont du Saint-Laurent, jusqu'en 1694. Sa santé n'était pas très bonne, il avait subi une attaque de scorbut au fort Frontenac où il avait dû aller visiter la garnison décimée par ce mal. Sa vue diminuait. Il fut nommé à Montréal pour enseigner "la marine et les fortifications et autres choses de mathématiques", tout en exerçant des fonctions religieuses. Il était notamment le confesseur de Callières, gouverneur de Montréal et ennemi juré de Mgr de SaintVallier, évêque de Québec. Les dernières années de sa vie sont mal connues. Il ne revint jamais en France, semble-t-il, et mourut à Québec le 17 avril 1709, resté jusqu'au bout fidèle à sa vocation missionnaire (40).

Comment ce manuscrit est-il parvenu en France et plus particulièrement à Bordeaux, ville où le jeune Chauchetière avait fait son noviciat, c'est une question à laquelle nous ne pouvons répondre. Il aurait pu avoir été envoyé à Jacques Jouheneau, Jésuite bordelais ancien compagnon de noviciat de Chauchetière, à qui celui-ci écrivit le 20 septembre 1694 (41), et entrer aux Archives départementales de la Gironde avec l'ensemble de l'important fonds d'Archives de la Compagnie de Jésus de Bordeaux. Mais pourtant il semble bien qu'il ait appartenu aux Jésuites jusque vers 1850 ou 1860 environ (42). Son entrée aux Archives de la Gironde reste donc mystérieuse, car les registres du service n'en portent pas trace. Il y est soigneusement conservé. Le texte en a été recopié par le père Félix Martin, S.J., en 1881 (43), il a été publié par le père de Rochemonteix en 1896 (44) et par R.G. Thwaites en 1900 dans le volume 63 des Jesuit Relations... (45) Les illustrations sont bien connues des historiens canadiens. Depuis longtemps déjà il ne se passe pas d'année sans que des reproductions de ces illustrations ne soient demandées par diverses institutions canadiennes aux Archives de la Gironde. Puisque jusqu'à maintenant texte et images n'avaient jamais été publiés ensemble, nous avons choisi de faire ce travail; le texte a été transcrit sur le manuscrit lui-même, il présente très peu de différence avec ceux donnés par Rochemonteix et Thwaites. Les illustrations sont reproduites au format de l'original. 
Claude Chauchetière s'était contraint à rédiger et à illustrer l'histoire de la mission du Sault, craignant "l'oubly dans lequel la pluspart de ces choses pourroint tomber" (46). Puisse ce petit livre aller dans le sens de ses voeux et honorer sa mémoire.

Hauteur: 20 cm; largeur: 15,5 cm.
Le manuscrit se compose de vingt-huit feuillets de papier et d'une couverture, de papier également, faite d'un morceau d'affiche plié en deux, le côté blanc à l'extérieur, le côté imprimé à l'intérieur (il s'agit certainement d'une affiche de thèse sur laquelle on lit: Deo Opt [imo] Max [imo]". Conclusiones theologicae. De Sacramentis. Ces titres sont surmontés d'un blason sur lequel figurent les instruments de la Passion, le coq, le voile de sainte Véronique, la tunique du Christ. Le blason est entouré d'une couronne d'épines).

Le texte remplit trente pages, les illustrations en occupent dix. Quatorze pages qui devaient recevoir des dessins sont restées blanches, avec seulement, en bas, le titre de la scène qui devait être représentée.

L'auteur a utilisé une encre sépia pour le texte et pour les dessins. Ceux-ci sont rehaussés de lavis, sépia également. Ils sont entourés d'un trait à l'encre de même couleur et légendés au bas de la page.

Sur la couverture figure le titre écrit de la main du père Chauchetière: "NARR. de ce qui s'est passé à la mission du Sault depuis sa fondation jusqu'en 1686. premier cayer". 
Après NARR, le Père a ajouté d'une plume plus épaisse: "jusqu'en 1685".

La première page reproduit le titre: "Narration annuelle de la mission du Sault depuis sa fondation jusques à l'an 1686. Avant-propos". 
Le titre est encore repris à la deuxième page, avec une légère variante.

Le manuscrit est dans l'ensemble en bon état, mais des taches - d'eau probablement - ont altéré une partie de la première page (avant-propos) et de la dernière page du texte. La dernière page présente également une déchirure en haut au milieu. 

 
Nous avons suivi les règles classiques de l'édition de texte: restitution de la ponctuation et de l'accentuation, majuscules aux noms propres et transcription en j des i équivalant à cette lettre.
1. Archives municipales de Poitiers, reg. de la paroisse Saint-Porchaire, n° 194, p. 87.

2. Archives départementales de la Gironde, H Jésuites, registre 4. Le novice signe Chaustière, alors que son frère Jean, entré un peu plus tard chez les Jésuites, signe sur le même registre de voeux le 3 mars 1668: Joannis Chauchetière. Et c'est sous le nom de Chaussetierre que sont inscrits les trois frères, Jean, Jacques et Claude, dans les registres originaux conservés dans les Archives de la Compagnie de Jésus à Chantilly. Il semble que c'est l'orthographe Chauchetière qu'il faille retenir. C'est en effet celle qui figure sur les actes de baptême de Claude et de ses frères (trois, dont deux furent Jésuites). Et c'est ainsi qu'il a signé un acte notarié (bail d'un moulin) le 8 octobre 1697 à Montréal, acte conservé aux Archives nationales du Québec.

3. Archives départementales de la Gironde, H Jésuites 8 (registre des viatiques).

4. Rochemonteix (Camille de), S.J., Les Jésuites et la Nouvelle-France au XVIIe siècle, Paris, 1895-1897, 3 vol., t. III, p. 383, note 3.

5. Sans doute François Le Mercier (1604-1690), missionnaire jésuite, supérieur général des missions de la Nouvelle-France. Il revint à Paris dans l'été 1672 et fut dès 1673 envoyé aux Antilles. Dictionnaire biographique du Canada I, p. 469.

6. L'évangélisation des Hurons avait commencé en 1626. Leur langue était mieux connue que celle des Iroquois, en guerre quasi permanente contre les Hurons et les Français. Plusieurs missionnaires - dont certains furent martyrisés et massacrés - pénétrèrent dans les cantons iroquois dès 1642, mais l'évangélisation ne commença vraiment qu'en 1667-68. Le père Bruyas, missionnaire jésuite arrivé au Canada en 1666, dressa dans les années suivantes une grammaire de la langue iroquoise.

7. Les Relations de 1611, 1626 et de 1632 à 1672 ont fait l'objet d'une publication en trois gros volumes à Québec en 1858. Celles des années 1672 à 1679 ont été publiées à Paris en 1861 par les soins du père Félix Martin, S.J. Et l'ensemble des Relations et des documents concernant les missions jésuites au Canada a été publié à Cleveland de 1896 à 1901 par Reuben Gold Thwaites en 73 volumes sous le titre: Jesuit Relations and allied Documents, the Travels and explorations of the Jesuit missionaries in New-France, 1610-1791. Une réédition par procédés photographiques de ces 73 volumes a été faite en 1959 à New York (Pageant Book Compagny) en 36 volumes.

8. Lanctot (Gustave), Histoire du Canada, Montréal, 1967-1969, 3 vol., t. II, p. 66.

9. Ibid., t. II, p. 53.

10. Ville-Marie avait été fondée en 1642 sur l'île de Montréal par Paul de Chomedey, sieur de Maisonneuve (1612-1676). Le nom de Ville-Marie disparut après 1725 pour faire place à celui de Montréal.

11. Lanctot (Gustave), op. cit., t. II, p. 58.

12. Pierre Raffeix, missionnaire jésuite, né à Clermont-Ferrand le 15 janvier 1635, mort à Québec le 29 août 1724, arriva à Québec le 22 septembre 1663. Il dirigea la mission de la Prairie-de-la-Madeleine jusqu'en 1671, puis alla évangéliser les Tsonnontouans avec le père Julien Garnier. En 1679 il revint à Québec comme procureur tantôt du collège, tantôt des missions, tantôt des deux.

 Voir D.B.C., II, pp. 563-564.

13. On connaît quatre lettres de Claude Chauchetière: une du 14 octobre 1682, publiée par Thwaites, vol. 62, p. 116 et suiv., une du 7 août 1694 à son frère Jean, publiée par Thwaites, vol. 64, p. 118, une du 20 septembre 1694 au père Jacques Jouheneau, de Bordeaux, publiée par Thwaites au vol. 64, p. 154, et une quatrième, à son frère, publiée par le père Henri Béchard dans Kateri (n° 33).

14. Gagnon (François-Marc), La Conversion par l'image. Un aspect de la mission des Jésuites auprès des Indiens du Canada au XVIIe siècle, Montréal, Bellarmin, 1975, p. 84.;

15. Ibid., p. 87, note 13 et D.B.C., II, p. 146. De nos jours la dévotion à Kateri Tekakouita s'est répandue aux Etats-Unis et au Canada et chaque année augmentent les pélerinages à Auriesville (Gandaougué) et à la mission Saint-François Xavier de Caughnawaga où sont conservées ses reliques.

16. Thwaites, Jesuit Relations..., vol. 62, p. 116. 

17. Jean Pierron (1631-1700), missionnaire jésuite arrivé au Canada en 1667. Il participa avec le père Frémin à l'ouverture de la mission iroquoise. Ses talents de dessinateur et de peintre firent grande impression sur les Indiens. D.B.C., I, p. 560.

18. Les écrits laissés par Samuel de Champlain (1570-1635), le fondateur de Québec en 1608, sont accompagnés de cartes et de dessins qui constituent une documentation ethnographique remarquable.

19. Les illustrations ont été étudiées par F.-M. Gagnon dans son ouvrage: Premiers peintres de la Nouvelle-France, tome I, Québec, 1976, pp. 29-43.

20. Voir à la fin de cet ouvrage la liste des illustrations.

21. Relation de 1668, édition de 1858, p. 12. Le père Jacques Frémin, né à Reims le 12 mars 1668 et mort à Québec le 20 juillet 1691, entra chez les Jésuites le 21 novembre 1646 et arriva au Canada en 1655. Il rouvrit la mission iroquoise en 1667. Après un séjour en France de 1679 à 1681, ses infirmités l'obligèrent à se retirer à Québec où il fut le confesseur des religieuses de l'Hôtel Dieu.

D.B.C., I, p. 323. Le père Jacques Bruyas, né à Lyon le 13 juillet 1635, mort à la mission SaintFrançois-Xavier le 15 juin 1712. Il arriva à Québec le 3 août 1666 et fut envoyé avec le père Frémin chez les Iroquois. En 1679 il quitta les cantons iroquois pour la mission du Sault-Saint-Louis. D'août 1693 à août 1698 il fut supérieur de la mission canadienne à Québec, puis il retourna à la mission Saint-François-Xavier qui s'était transportée du Sault à l'actuelle Kanatakwenke deux ans plus tôt. C'était un linguiste très doué qui a laissé une grammaire de la langue iroquoise (Radices verborum iroquaerum) ainsi qu'un catéchisme et un livre de prières dans cette langue. D.B.C., II, pp. 111-113.

22. François de Montmorency Laval (1623-1708). Premier évêque de Québec et de la Nouvelle-France.

23. Lanctot, op. cit., t. II, p. 98.

24. Narration de Claude Chauchetière, année 1671.

25. Ibid., année 1678.

26. Le père Biard, S.J., arrivé au Canada en 1611, écrivit une Relation publiée en 1616; il note: "Universellement parlant ils sont de taille moindre que nous, principalement quant à l'épaisseur, belle toutefois et bien prise comme si nous demeurions à l'estat que nous avons à 25 ans. Vous ne rencontrerez pas entre eux un ventru, un bossu ni un contrefaict..."
Quant au père Joseph-François Lafitau, missionnaire jésuite au Canada,né et mort à Bordeaux (1681-1746) et auteur de nombreux ouvrages, voici ce qu'il pense des sauvages américains: "ils ont l'esprit bon, l'imagination vive, la conception aisée, la mémoire admirable... Ils pensent juste sur leurs affaires, et mieux que le peuple parmi nous... Ils ne se fâchent jamais, paraissent toujours maîtres d'eux-mêmes... Ils ont le coeur haut et fier, un courage à l'épreuve, une valeur intrépide..."
Moeurs des sauvages américains comparées aux moeurs des premiers temps, publié par François Maspero, Paris, 1983, collection La Découverte.

27. Cette mission Saint-François-Xavier se déplaça plusieurs fois: de la Prairie (Kentake) au Sault-Saint-Louis (Kahnawake) en 1676, puis en 1690 à Kanawakon, en 1696 à Kanatakwenke et enfin en 1719 à Caughnawaga où elle existe encore. Voir à ce sujet l'étude de E.J. Devine, Historic Caughnauwaga, Messenger Press, Montréal, 1922, citée par F.-M. Gagnon, La Conversion par l'image, Montréal, 1975, pp. 95-96.

28. Jacquin (Philippe), Histoire des Indiens de l 'Amérique du Nord, Paris, Payot, 1976, p. 112.

29. D.B.C., I, p. 665.

30. Louis de Buade de Frontenac, né à Saint-Germain-en-Laye le 22 mai 1622, mort à Québec le 28 novembre 1698. Il était filleul de Louis XIII. Il fut nommé gouverneur de la Nouvelle-France de 1672 à 1682 et de 1689 à sa mort.

31. Jacques Duchesneau de Doussinière et d'Ambault fut intendant de la Nouvelle-France de 1675 à 1682.

32. Joseph Antoine Le Febvre de La Barre,né en 1622, mort à Paris en 1688, fut gouverneur de la Nouvelle-France de 1682 à 1685.

33. Jacques de Meulles fut intendant de la Nouvelle-France de 1682 à 1686. Il mourut en 1703.

34. Jean de Lamberville, S.J., né à Rouen le 27 décembre 1633, mort à Paris le 10 février 1714, fut missionnaire chez les Onnontaguès. Il était très aimé de ces Indiens et sa parfaite connaissance du pays et de la langue fut très utile à La Barre et à Denonville.

35. Le fort Cataracoui fut édifié par Frontenac à partir de 1673 à l'entrée du lac Ontario. Ce fut d'abord une construction en bois qui fut agrandie et rebâtie en pierre par Cavelier de la Salle et achevée en 1677. Il constituait une barrière de protection pour Ville-Marie contre les incursions iroquoises. Sur son emplacement s'élève aujourd'hui la ville de Kingston.

 Le campement des troupes de La Barre à l'anse de la Famine se trouvait à peu près à l'emplacement de l'actuelle ville d'Oswego.

36. Jacques-René de Brizay, marquis de Denonville (1642-1710), arriva à Québec le ler août 1685 pour remplacer M. de La Barre au gouvernement de la Nouvelle-France et combattre les Iroquois. Discrédité après le massacre de Lachine, il fut rappelé en France en 1689 et nommé sous-gouverneur des enfants de Louis XIV.

37. Rochemonteix, op. cit., t. III, p. 184.

38. Rochemonteix, op. cit., t. III, pp. 253-254.

39. Narration de Claude Chauchetière, année 1678.

40. D.B.C., II, pp. 145-146.

41. Thwaites, Jesuit Relations..., vol. 64, p. 154.

42. Une mince feuille de papier du XIXe siècle recouvre le manuscrit portant ces mots, surmontés d'une croix: "de grand prix pour nous-oeuvre du P. Claude Chauchetière de la prov. de Guienne, entré dans la Cie de Jésus le 7 sept. 1663".

43. D.B.C., XI, pp. 587-588. La copie établie par le père Martin est celle utilisée par Thwaites, mais Rochemonteix ne semble pas s'en être servi, car on relève plusieurs différences de lecture entre les deux éditions.

44. Rochemonteix, op. cit., t. III, pp. 641-678.

45. Thwaites, Jesuit Relations..., vol. 63, pp. 139-244.

46. Narration de Claude Chauchetière, p. 18.