En bas Quercy, la partie nord-ouest du département, autour
de Bourg-de-Visa et de Montaigu-de-Quercy, se caractérise par la
superposition de calcaires sur des mollasses. Ces plateaux calcaires de
moyenne altitude sont appelés Pays des Serres ; ils ont été
creusés par de nombreuses petites rivières, comme la
Barguelonne et la Séoune qui se jettent dans la Garonne, ou le
Lemboulas dans le Tarn. Des bancs de roche dure se sont dégagés
entre ces vallées parallèles, formant parfois de longues
échines bordées de corniches ou des buttes, comme à
Lauzerte. La pierre calcaire y est abondante.
Vers l'est, entre Caussade et Septfonds, s'impose une rupture très
nette du paysage. Les calcaires jurassiques du causse de Limogne, le
plus méridional du Lot, se poursuivent dans cette partie du
Tarn-et-Garonne. La vallée de l'Aveyron limite au sud ces
plateaux calcaires, dont l'altitude moyenne est de trois cent cinquante
mètres. Ce causse, couvert de forêts de petits chênes
pubescents, est aujourd'hui déserté. Ce ne fut pas
toujours le cas : ses habitants façonnèrent ce rude
terroir d'une manière originale, en épierrant leurs champs
qu'ils délimitèrent par des murets de pierre sèche.
CAYLUS. Lieu-dit Pavy, 1772.
Les meilleures terres de culture se situent dans les dépressions,
les "cloups", creusées par les eaux qui y disparaissent en
profondeur. Ces terres sont aujourd'hui essentiellement consacrées
à l'élevage des ovins, parfois associé à la
culture de la lavande.
Dans la pointe est du département, empruntée à
l'ancienne province du Rouergue, de Varen à Puylagarde, un
paysage bocager assure la transition vers le Massif central. Les sols
argileux et profonds du terrefort contrastent avec les causses et
permettent, encore de nos jours, un élevage intensif.
Dans ces pays de pierre, l'habitat est essentiellement groupé
en gros hameaux. Les bâtiments d'exploitation, qui peuvent être
nombreux, s'organisent parfois autour d'une cour fermée. Les
fermes les plus modestes sont de petits édifices, mitoyens ou indépendants,
en rez-de-chaussée, ne contenant qu'une ou deux pièces et
ouvrant sur un "patus" généralement commun à
plusieurs familles. Un chai, une petite étable ou une bergerie
surmontée d'un fenil peuvent se trouver dans le prolongement de
ce logis. Ces édifices, au centre de petites exploitations
agricoles dont la superficie oscille entre un et dix hectares, sont
particulièrement fréquents autour de Caylus. Certains
datent du XVIIe siècle, comme en témoignent quelques dates
inscrites sur les portes.
Dans les maisons plus cossues, le bâtiment principal se développe
en hauteur. Le rez-de-chaussée est affecté aux pièces
utilitaires dont le sol est en terre battue : chai, bergerie, parfois
grenier. L'étage est réservé aux pièces
d'habitation. L'accès s'effectue par un escalier extérieur
en pierre, plaqué contre la façade. Ce type d'édifice
apparaît partout où la pierre domine, et se perpétue
du XVIIe au XIXe siècle. Les plus anciens sont parfaitement
identifiables à la forme de leurs baies : portes et fenêtres
à encadrements rectangulaires et chanfreinés, croisées
ou demi-croisées moulurées. L'habitude de protéger
le palier de l'escalier par un toit ne date que du dernier quart du
XVIIIe siècle
MONTAIGU-DE-QUERCY. Lieu-dit Le Bioule, XVIIIe siècle ?
Détail du porche surélevé à l'entrée
du logis.
Cette nouveauté, qui transforme considérablement
l'aspect extérieur du logis, lui donne tout son caractère.
Des poteaux ou des piliers de pierre supportent la charpente de ce
porche surélevé. Dans la commune de Ginals les piliers de
pierre ont été habilement sculptés par un artisan
local. Ses oeuvres sont signées du nom d'Hébrard ou de son
sobriquet, Ganto. Cette signature se retrouve sur des croix de pierre
situées en bordure des chemins.
GINALS. Lieu-dit Salces, 1782-1803.
Le pilier du porche est sculpté et porte la date 1803.
Détail de la toiture avec la partie servant de pigeonnier.
Il arrive que le porche se développe sur presque toute la
longueur de la maison, jusqu'à se transformer en une véritable
galerie digne des maisons bourgeoises.
SAINT-ANTONIN-NOBLE-VAL. Lieu-dit Bourdoncle, fin XVIIIe siècle.
SAINT-ANTONIN-NOBLE-VAL. Lieu-dit Tarau, 1797.
Le porche commande systématiquement l'entrée dans la
cuisine. A l'intérieur, la cheminée, toute simple,
à faux manteau, est adossée à un mur. Sa hotte est
supportée par des corbeaux en pierre ou en bois, moulurés
en quart-de-rond.
CAYLUS. Lieu-dit Goumbert, XVIIe siècle.
Dans le contrecoeur, s'ouvrent une ou plusieurs niches ; la plus
grande, appelée "cendrier", servait à la conservation des
cendres destinées à la lessive. Des placards, fermés
par un battant et équipés d'étagères, se répartissent
dans l'épaisseur des murs. Un évier est aménagé
dans une niche plus importante, dont la partie supérieure
renferme un vaisselier. Des étagères suspendues aux
poutres du plafond facilitaient le rangement des pots
à graisse.
CAYLUS. Lieu-dit Goumbert, XVIIe siècle.
A cette cuisine, s'ajoutent une ou deux chambres. La surface
consacrée à l'habitation varie entre soixante-dix et deux
cent quarante mètres carrés.
Les toits, à faible pentes, sont toujours couverts de tuiles
creuses, comme dans l'ensemble du département. C'est seulement
autour de Caylus ou de Ginals que se retrouvent les nombreux toits de
lauzes, caractérisés par une pente plus aigüe. Ils
disparaissent peu à peu, et nous n'en gardons le souvenir que par
les quelques rangées de pierres maintenues en bordure des
versants.