Le Cantal est une de terre d’émigration. L’une des spécialités des migrants du nord-ouest du département était le négoce de la toile. L’origine de cette profession est sans doute le colportage du drap de chanvre confectionné dans la région. Au milieu du XIXe siècle, les colporteurs sont remplacés par des marchands qui vendent des articles textiles achetés aux grands centres français de production. Ces commerçants itinérants  passent pour être des vendeurs habiles : leur sens des relations, leur art du boniment et leurs astuces de vente sont légendaires. Cette profession atteint son apogée entre les deux guerres; elle est aujourd'hui en déclin.
Souvent, les toiliers ont investi le profit de leur commerce au pays en construisant des habitations modernes. Ces dernières, dites maisons de marchands de toile, se distinguent nettement dans le paysage car elles tranchent radicalement avec l’architecture vernaculaire. Elles s’inspirent des styles régionalistes en vogue dans la première moitié du XXe siècle, notamment dans les stations balnéaires ou les banlieues. Ces maisons affirment la réussite sociale des marchands de toile mais, d’une manière plus large, elles dénotent l’état d’esprit des migrants qui, au cours de leurs périples, se sont ouverts au monde contemporain par opposition au conservatisme du milieu paysan qu’ils avaient quitté.

Les Barthes (Saignes), maison, vers 1930.

La maison des Barthes s’apparente à l’architecture basque. Façade en pignon, faux pans-de-bois, faux encorbellement, fausses baies de pigeonnier, balcons, enduit clair, boiseries et huisseries de couleur bordeaux font référence à cette région.

Antignac, maison, vers 1930, par Bernard, architecte à Clermont (source orale). Une maison d’Antignac (b) est caractéristique des villas de la première moitié de ce siècle : portique couvert, balcon, faux pans-de-bois, décrochement des niveaux et des couvertures, haute lucarne, décor de céramique vernissée marquent cette époque.
Lazeroux (Le Monteil), maison, vers 1932, par F. Lascombes, architecte à Mauriac. La maison de Lazeroux est située au milieu de fermes à 900 mètres d’altitude ; elle semble avoir étrangement quitté la côte normande pour les Monts du Cantal.
La Monselie, église, détail d’un vitrail, l’Atelier du Vitrail, Limoges, 1983. Comme le chantent certains airs populaires auvergnats, le migrant parti pauvre de son " vert pays " est parfois revenu riche. Cette réussite des marchands de toile est symbolisée sur un vitrail de l’église de La Monselie. Il représente deux hommes en costume traditionnel appuyés sur des pièces de toile. L’un des personnages tient ostensiblement une bourse dans la main.