rue Sur-les-Murs 17300 Rochelle (La)
Historique sommaire
Située sur la rive droite du chenal d'entrée du port, elle en assurait la défense concurremment avec la tour Saint-Nicolas, placée sur l'autre rive.
La date de sa construction remonte vraisemblablement au dernier quart du XIVe siècle, après l'éviction, en 1372, des Anglais de la ville et, de toute façon, avant l'apparition de l'artillerie à boulet métallique (elle fut achevée selon Cl. Masse en 1399 dans sa planche, en 1378-80 selon le texte de son mémoire).
A l'origine, la tour, située légèrement en retrait du chenal, était reliée par un tronçon de courtine à une " petite tour de la Chaîne" implantée, elle, directement au bord du chenal. Une chaîne métallique, accrochée à la tour Saint-Nicolas était manœuvrée à l'aide d'un treuil situé dans la "petite tour" pour fermer l'entrée du port tous les soirs. La petite tour et la courtine ont été démolies vers 1830 et remplacées par un bastionnet crénelé. La tour elle-même, faisant partie du front sud de la place, fut exclue du rasement général de l'enceinte en 1629. Lors de la Fronde, elle fut aménagée en logement du comte du Daugnon, gouverneur d'Aunis et tenant du parti des Princes : lors des événements de 1651, la partie supérieure de l'ouvrage fut sérieusement endommagée par l'explosion d'un dépôt de poudre quand les troupes royalistes du comte d'Harcourt reprirent la ville ; l'élévation qu'en donne Masse (1717), ainsi que la disparition des planchers intérieurs et de la toiture, le montrent clairement. La tour est alors incorporée au domaine militaire et maintenue dans la nouvelle enceinte de 1689.
Classée monument historique le 17 février 1879, elle est restaurée extérieurement en 1884 par J. Lisch, mais sans rétablissement du haut du noyau central ni des planchers intérieurs. C'est donc un ouvrage en partie estropié qui est offert aujourd'hui au visiteur.
Description
Edifice cylindrique de 16 m de diamètre et 20 m de haut environ, accusant un léger retrait au-dessus du deuxième niveau et surmonté d'un parapet crénelé à mâchicoulis, portés par des corbeaux à trois ressauts en quart-de-rond avec linteaux en arc surbaissé sans ornementation (couronnement rétabli lors de la restauration). L'ouvrage semblerait, comme la tour Saint-Nicolas, accuser un léger devers dû, semble-t-il, à un affaissement des fondations.
Intérieurement, l'espace central était divisé, à l'origine, en quatre niveaux. Deux seulement sont accessibles aujourd'hui : le troisième a perdu son plancher ; quant au quatrième, il n'est plus discernable du fait des dégâts de 1651 et du caractère partiel des restaurations du XIXe siècle.
Le premier niveau, de plain pied avec le quai environnant, est constitué par une salle octogonale voûtée d'ogives chanfreinées retombant sur des demi-colonnes reliées par des arcs formerets. A ce niveau, le mur de la tour est épais de 3,65 m. A l'heure actuelle, l'entrée se fait au nord par un corridor qui, à l'examen, semble bien être une archère élargie par retaillage d'une des joues. L'entrée initiale paraît avoir été placée à l'ouest, donc tournée vers la tour de la Lanterne. L'accès se faisait alors par un passage voûté sur croisées d'ogives avec clef, grossièrement bouché avec une maçonnerie de blocage, et dans la paroi duquel part l'escalier à volées droites qui, dans l'épaisseur du mur, monte au deuxième niveau. En tout cas, cette entrée est à peine visible sur le parement extérieur, effacée qu'elle a sans doute été par des remaniements ultérieurs. En pénétrant dans le local par l'entrée actuelle, on remarque, outre celle-ci, cinq ouvertures, chacune intéressant un des côtés de l'octogone. Ce sont, de gauche à droite : un réduit rectangulaire aveugle, un passage menant dans la cour du bastionnet voisin, surmonté, à gauche, d'un soupirail, deux ouvertures masquées par des panneaux décoratifs, puis le passage de l'ancienne entrée ; les deux derniers côtés sont aveugles. Dans la voûte, on remarque (comme dans la tour Saint-Nicolas) quatre orifices rectangulaires (sans doute des assommoirs) desservis à partir de l'étage supérieur. Ce niveau est actuellement utilisé pour présenter une maquette de La Rochelle.
Le deuxième niveau, également octogonal, était couvert d'un plancher (disparu) et comporte deux accès : d'une part, l'escalier montant du rez-de-chaussée, et d'autre part, un accès direct depuis le chemin de ronde de la courtine du front de mer à l'ouest, au moyen d'une passerelle en bois passant au-dessus de la porte ouverte (à la fin du XVIIIe siècle ?) dans cette courtine pour accéder au front de mer.
En pénétrant par le corridor ouest (épaisseur du mur : 2,73 m), on rencontre, de gauche à droite :
- la porte d'accès à une petite chambre ménagée dans l'épaisseur du mur, voûtée de deux croisées d'ogives et dotée de deux ouvertures, dont l'une, oblique, est un créneau de défense de l'entrée,
- le renfoncement d'une cheminée,
- une fenêtre,
- le passage menant à un palier intermédiaire de l'escalier venant à gauche du rez-de-chaussée et montant, à droite, vers les parties hautes,
- un passage (ancienne archère élargie ?) menant à la plate-forme supérieure du bastionnet adjacent (construit vers 1825),
- une seconde cheminée monumentale, avec four à pain muré (d'après Masse),
- une embrasure à canon tournée vers l'extérieur du chenal (ancienne fenêtre modifiée),
- une ouverture de tir donnant obliquement sur le terrain extérieur de la courtine du front de mer.
Entre le deuxième et le troisième niveau, l'escalier est éclairé par d'étroites ouvertures utilisables pour le tir à l'extérieur. On trouve en outre un palier intermédiaire voûté en croisées d'ogives et utilisable comme place d'armes pour la défense intérieure.
On accédait au troisième niveau par un palier de l'escalier. Faute de plancher, cet étage ne peut être actuellement visité, mais par la porte d'entrée, on aperçoit l'ébrasement intérieur de fenêtres et de portes menant à des petits locaux annexes ménagés dans l'épaisseur de la muraille.
L'escalier se poursuit et aboutit à un élément d'escalier en vis débouchant sur la plate-forme supérieure, élément qui se prolongeait plus haut, avant que la partie supérieure du noyau central n'ait été arasée. On ne peut donc rien dire du quatrième niveau, mais d'après l'élévation donnée par Masse, ce niveau comportait une bretèche (disparue) à la verticale de la poterne d'accès au deuxième niveau, pour la défense de celle-ci.
Bastionnet. - La tour est couverte en avant par un demi-bastion à ciel ouvert, dont le flanc gauche borde le chenal d'accès du port et le flanc droit flanque la courtine du front de mer. L'escarpe, en pierre de taille, non terrassée, a son parapet découpé de créneaux de fusillade et percé de deux embrasures d'artillerie légère dont une dans la face, l'autre au saillant. Ce bastionnet est adossé à un tronçon de courtine et à un autre demi-bastionnet, plus élevés, remplaçant l'ancienne courtine et la "petite tour de la Chaîne". Le rez-de-chaussée en est casematé et percé de sept créneaux de fusillade battant le chenal. Le tout est très soigneusement construit, mais dépourvu de tout élément décoratif.
Porte. - A droite (ouest) de la tour, à la toucher, on trouve une porte ouverte dans la courtine du front de mer (au moins après 1760) pour donner accès à la plage située devant celle-ci, là où s'échouaient et se réparaient des bateaux. Il s'agit d'un simple passage à ciel ouvert, dont l'entrée, encadrée de deux pilastres très simples à corniche à larmier et fermée par une porte à vantaux pivotants (gonds encore en place), est précédée d'un pont-levis à flèches (emplacement des paliers encore visibles de chaque côté, sur des retraites) franchissant le fossé. Ce pont-levis a été remplacé par un pont dormant à deux arches, en maçonnerie, tandis que le fossé était en partie comblé.
Conclusion
Bel ouvrage très représentatif de l'architecture médiévale parvenue à son apogée. On y trouve une heureuse répartition de la fonction habitat et de la fonction défensive, séparées mais néanmoins desservies par un système de circulation, à la fois commode et facile à défendre, qu'on pourra comparer, avec avantage, avec celui de la tour Saint-Nicolas. Il s'agit en fait à d'un "pilier d'ossature" de l'enceinte, traité sous forme de donjon. A son propos on peut toutefois regretter :
- le semi-achèvement de la restauration, qui n'a pas été poussée jusqu'au rétablissement des planchers supérieurs, ni à celui du "noyau central" supérieur, avec toiture à forte pente. Dans l'état actuel des choses, le rétablissement du plancher du troisième niveau est à la fois possible et nécessaire.
- l'emploi actuel de l'édifice : le premier niveau abrite une maquette puérile, inexacte et sans intérêt, avec panneaux "décoratifs" (?) masquant les baies ; le deuxième niveau est occupé par un débit de boisson. Certes, il est logique de "rentabiliser" un édifice historique, mais il y aurait sans doute mieux à faire.
Crédits | ||
| Textes | Mailles Dominique | |
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| Propriété | (c) Inventaire général, 1990 | |
| Référence du dossier | IA17000052 | |