La dalmatique, une mode ancestrale


Vue d'ensemble de la dalmatique "mise à plat"

La dalmatique, avant que le christianisme ne l'intègre à sa liturgie, semble avoir fait son apparition à Rome à la fin du IIe siècle. Son nom aurait été emprunté aux vêtements portés par les habitants de la Dalmatie, province de l'actuelle Croatie. A l'origine très proche de la tunique (comme en témoigne la tunique dite "de saint Germain", conservée à Auxerre et quelque fois appelée dalmatique), elle en a la forme mais se porte à l'extérieur et sans ceinture. On trouve les premières représentations de dalmatiques sur les peintures murales des catacombes où elles apparaissent sur des personnages priant. Très vite cet ornement devint le vêtement distinctif des papes qui en accordèrent ensuite l'usage aux diacres, puis aux évêques.

La littérature religieuse attribue une signification symbolique à chaque élément (signification donnée a posteriori et donc à manier avec précaution) : la forme en croix rappelle celle du calvaire, la largeur des manches est mise en relation avec les largesses de la charité et de l'aumône, l'absence de couture peut signifier l'intégrité de la foi, la présence de franges multiplie à l'infini les significations possibles (selon leur nombre, position...).

Au cours des siècles, sa ligne subit quelques transformations qui vont de pair avec l'évolution des usages liturgiques demandant de plus en plus d'aisance au vêtement. Ainsi au XIIIe siècle, l'élévation de l'hostie et du calice, puis l'usage de mettre les bras en croix après cette élévation, rend le port des ornements aux lourds drapés particulièrement inélégants et peu commodes. On assiste donc à une évolution des formes et le vêtement de l'officiant devient plus ajusté ; ce qui signifie, dans le cas des dalmatiques, l'apparition des fentes sur le côté. Parallèlement, on a le sentiment que la disparition des drapés est compensée par le développement des textures plus lourdes ; la disparition des clavi*, à l'origine décorant les tuniques de lin, s'explique également par la complexité des étoffes et l'engouement pour des décors de plus en plus chargés

.

La dalmatique dite "de saint Etienne" est constituée d'une soierie bicolore, bordée au niveau de l'encolure d'un fin galon exécuté selon la technique aux cartons*. Sa doublure est en toile écrue.

La contexture du tissu de soie, c'est-à-dire ce qui définit sa technique de tissage, est celle d'un samit* façonné deux lats*, les lats correspondant aux couleurs jaune et violette. La technique du samit, originaire des pays du Soleil levant, est particulièrement sophistiquée. Elle a permis la fabrication sur des métiers à la tire* de tissus dits "façonnés" où le décor naît du jeu de l'entrecroisement des fils présélectionnés. Ce concept sera largement développé au XVIIIe siècle par l'intervention de la mécanique Jacquard*.

Le décor se compose de motifs en forme de roues violettes contenant chacun une "aigle héraldique" jaune d'or (orientation de la tête alternée d'un motif à l'autre). Un petit dessin folié* répété autour de chacune des roues forme un cadre ornemental. Entre celles-ci sont intercalées des rosettes prolongées de fleurons*. Sur l'envers, la particularité de samit* deux lats* étant d'être réversible, les couleurs sont inversées et les aigles doivent apparaître en violet sur un fond or.

Détail du motif d'aigles

L'origine de ce motif d'aigle est difficile à préciser ; extrêmement répandu en Orient dès la haute époque, il fut très rapidement intégré dans l'héraldique européenne à la suite des croisades. L'utilisation de ce type de représentation pour les ornements d'église a bien sûr donné lieu à des justifications a posteriori : le pouvoir protecteur qui était souvent donné aux motifs animaliers (force, puissance, majesté...) fut détourné à des fins d'interprétation religieuse. L'aigle étant le rapace qui vole plus haut que tous les autres oiseaux, il apparaît très vite comme le symbole du pouvoir royal. Côté religion, la nature étant considérée comme une parabole du monde invisible, l'aigle devient tout naturellement la représentation du Christ.

Les bordures ornementales qui terminent les manches et les panneaux centraux sont tissés dans la continuité du décor principal. Quelques passées* de soie beige et violette font le passage entre les deux. Nous avons peut-être ici les bordures de début et de fin de pièce, selon la terminologie consacrée dans la technique du tissage.

D'aucun y ont vu le souvenir des sentences coraniques en lettres coufiques qui ornaient les "tyraz", tissus fabriqués dans les manufactures princières aux heures glorieuses des grands califats. Un relevé précis de ces motifs montre qu'il s'agit plus probablement d'arabesques végétales (or sur fond beige pour les panneaux centraux et or sur fond vert pour les manches).


Une mode ancestrale : histoire d'un vétement liturgique.

La dalmatique dite "de saint Etienne de Muret" : son histoire.

La relique d'un saint : de l'objet à la symbolique.

Des matériaux... à la coupe

La restauration, du passé au présent.

Les différentes étapes de la restauration de 1994 à 1997.

Sommaire