Mésaventures et vicissitudes de la châsse


A partir de la fin du XVIIIe siècle commence ce que l'on peut appeler, sans exagération, "l'épopée de la châsse d'Ambazac".

Dissimulée dans une écurie pendant la période révolutionnaire où elle souffrit beaucoup de l'humidité, elle fut ensuite convoitée par un ferblantier-argenteur ambulant de Limoges qui en offrit quatre francs cinquante centimes au curé de l'époque qui en voulait cinq francs : l'affaire ne put fort heureusement se conclure.

En 1832, la Fabrique* et la municipalité voulant la vendre à un antiquaire, clergé et paroissiens s'y opposèrent violemment. Trois ans plus tard, le préfet de la Haute-Vienne, le célèbre collectionneur Germaux puis Aimery du Sommerard, agissant pour le compte du musée de Cluny, essayèrent de l'acheter, sans succès, et durent abandonner devant la détermination de Monseigneur de Tournefort, évêque de Limoges. En 1841, un antiquaire de Limoges, Renard, essayait encore d'acquérir cette châsse pour la somme de trois mille francs, offre qui fut une fois encore repoussée.

Victor Gay, architecte diocésain, ayant vu cette châsse dans les années 1860 l'aurait fait transporter à Paris où elle aurait été redorée et nettoyée et les pierres manquantes restituées.

Cette opération achevée, un amateur de Clermont-Ferrand en proposa, en 1872, cinquante cinq mille francs à l'abbé Mandary, desservant de la paroisse, qui refusa net cette offre.

Puis vint une période de paix... La châsse était célèbre au niveau national et sa valeur reconnue. Elle était présentée au début des années 1870 dans l'église, au-dessus d'un autel en pierre blanche placé dans l'enfeu nord de la nef dont le tabernacle* était muni de deux portes en bois. De nombreux curieux demandaient alors à l'admirer. Elle figura à Paris à l'Exposition universelle de 1878, à Limoges en 1886 et à nouveau dans la capitale en 1889. Cette renommée méritée aboutit à une conséquence toute logique : lors de la première Commission supérieure des Monuments historiques chargée du classement des objets mobiliers, le 20 juin 1891, la châsse d'Ambazac fut protégée à ce titre, sans doute grâce à la parution toute récente de l'ouvrage d'Ernest Rupin sur l'Oeuvre de Limoges (1890).

Autel offert au début des années 1870 par M. Teisserenc de Bort à la paroisse d'Ambazac. Placé dans l'enfeu nord, son tabernacle contint la châsse d'Ambazac, protégée par de simples portes en bois, jusqu'en 1911 (cliché photothèque Paul Colmar).

En 1900 et 1907, elle est à nouveau présente aux expositions internationales à Paris avant d'être volée nuitamment, dès son retour, en son propre sanctuaire, le 5 septembre 1907. La nouvelle éclate alors : "On a volé la châsse d'Ambazac !". Ce vol, survenant peu de temps après la loi de séparation de l'Église et de l'État, provoqua nombre de polémiques entre farouches tenants de la laïcité et catholiques et suscita les pires soupçons de complicité en une ambiance de Clochemerle local. Ce larcin n'eut pas seulement un retentissement local mais aussi national voire international.

Devant l'émoi général suscité par ce qui fut considéré, non comme un délit de droit commun mais comme une véritable profanation, la police déploya toutes ses forces et réussit, un mois plus tard, dès le 12 octobre, à retrouver la châsse chez un marchand d'antiquités londonien.

Très rapidement, les voleurs, les frères Thomas et un de leurs ouvriers, Antonin Faure, tonneliers de leur état résidant à Clermont-Ferrand, sont arrêtés ainsi que l'antiquaire Michel Dufay. Ces derniers n'en étaient pas à leur coup d'essai ; dans le même mouvement, ils avaient ainsi dérobé dix-sept objets du musée de Guéret, le buste de saint Théau et une châsse émaillée à Solignac, la châsse et la pyxide* médiévales de Laurière et la colombe eucharistique de Laguenne qui n'a, à ce jour, jamais été retrouvée, ainsi que la Vierge de La Sauvetat, la châsse de Mauzac et une statue d'Orcival, dans le Puy-de-Dôme.

Alors que les voleurs étaient jugés en Assises au tribunal de Limoges en février-mars 1908, une revue musicale humoristique en deux actes et trois tableaux triompha durant cent représentations à Limoges sous le titre railleur de : As-tu vu la châsse ? relatant sur la scène du casino de Limoges, place de la République, les aventures et mésaventures du plus prestigieux objet médiéval de France. De nombreuses cartes postales et articles de journaux témoignent alors de l'émoi de la population.

Enfermée pendant quatre ans au coffre de la Société générale de Limoges, la châsse est réinstallée à l'église d'Ambazac le 19 août 1911 dans une niche grillagée où elle fut admirée depuis lors sous surveillance, par de nombreux curieux et touristes. Cet aménagement fut remplacé à une date inconnue par un coffre-fort Fichet-Bauche encore aujourd'hui visible.

Amateurs, acheteurs et voleurs avaient jusqu'alors contribué à la légende de la châsse d'Ambazac.


La Châsse de Saint Etienne de Muret : description technique.

La symbolique de la châsse-reliquaire.

Un siècle de restaurations

Objet de convoitises : de proposition d'achat en vols successifs.

L'aventure du vol de 1907.

Le vol de 1907 devient le sujet d'une revue de music-hall.

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