Les différentes étapes de la restauration


Documentation


Un schéma de la dalmatique est dressé pour chacune des faces. Y sont collationnées notamment toutes les traces de coutures pouvant révéler d'anciennes dispositions que la dernière réparation n'aurait pas retenues (à cette époque, les interventions de "restauration" n'étaient pas consignées dans un rapport). Les dimensions de chacune des parties sont prises ; les dimensions maximales de la dalmatique sont de cent trente neuf centimètres de hauteur pour cent cinquante quatre de largeur. Des modifications se sont donc produites depuis la précédente étude menée par Dorothy Shepherd en 1959 qui mentionnait cent trente et un centimètres de haut pour cent cinquante neuf de large. L'allongement du vêtement peut être imputé à l'absence de soutien et à l'humidité ambiante.

De nombreuses informations collectées au cours des différentes interventions seront également reportées sur ces schémas. C'est ainsi que l'on constate une usure et décoloration par registres horizontaux, et que la doublure est moderne et peu adaptée bien qu'elle ait conservé quelques parties anciennes dont des passants en lin bleu.

La documentation est complétée par une couverture photographique et des prélèvements de fibres et de colle.


Dérestauration


Vestiges de l'ancienne restauration

Toutes les précautions ayant été prises pour éviter la disparition d'informations, la doublure est dissociée du vêtement et la dérestauration est alors entreprise. L'enlèvement de la doublure nous réserve une bonne surprise : l'envers du tissu, parfaitement préservé de la lumière et en partie de l'usure, a conservé son aspect d'origine ; le contraste chromatique est resté très fort et nous permet d'imaginer l'impact visuel d'un tel vêtement dans la liturgie médiévale

Un doublage fait de crépeline noire déchirée en de nombreux endroits servait de soutien aux dernières consolidations. Il est retiré ainsi que les nombreuses pièces qui avaient été rajoutées pour combler des trous. Ces pièces de tissu, dont certaines ont été peintes, sont décollées après plusieurs essais de solvant ; la colle, analysée par le Laboratoire de recherche des Monuments historiques, est un acétate de polyvinyle, vendue dans le commerce comme colle à tapisser. Après plusieurs essais, le solvant qui s'avère être le plus efficace pour la ramollir et la dégager du tissu est l'éthanol, solvant de la famille des alcools, appliqué au pinceau et maintenu en compresse par des buvards.

Les fils de lin peints sont également nettoyés par des tampons d'ouate imprégnés d'eau déminéralisée. Malgré nos efforts renouvelés, des résidus de colle et de peinture restent ancrés dans les fibres. Le col est démonté selon le même processus, chaque fragment ayant été numéroté et sa position relevée.Les nombreuses reprises, réalisées au cordonnet de soie et qui couvrent une surface assez importante, sont coupées et les fils extraits délicatement à la pince

Le col démonté.

.


Nettoyage


Une micro-aspiration de l'endroit et de l'envers du tissu à l'aide d'un aspirateur chirurgical équipé d'un filtre biologique permet d'éliminer une partie du mycellium des moisissures et des poussières emprisonnées dans le clos du tissage. Elle permet également une observation attentive de la structure et un repérage des parties fragilisées.

Les mesures de la pièce sont prises et reportées sur les schémas ; elles sont utilisées en premier lieu pour la fabrication d'un support en polystyrène. Ce support une fois achevé est introduit à l'intérieur du vêtement ; il formera un soutien efficace lors du nettoyage à l'eau en limitant les mouvements d'un tissu d'autant plus fragilisé qu'il est mouillé. Les parties les plus usées sont recouvertes d'un filet de nylon cousu à grands points.

La pièce ainsi préparée est positionnée dans le bac, puis progressivement recouverte d'eau déminéralisée et additionnée d'un " savon " neutre en très faible concentration. Après de nombreux rinçages, la pièce est mise à sécher. L'examen des coutures latérales ayant montré qu'elles n'étaient pas originales, elles sont démontées pour permettre une mise à plat du textile. Les fils détachés et les bords effilochés des lacunes sont alignés selon le droit fil d'une aiguille à dissection.

Des plaques de verre alourdies de plomb maintiennent le pourtour et les parties fragilisées en place, pendant qu'un pulseur à air froid accélère le séchage. La doublure de lin est nettoyée selon le même processus.


Consolidation


Chaque panneau de la dalmatique est doublé d'une toile de soie teinte. La teinture a été réalisée en atelier et selon un procédé garantissant le maximum de stabilité des colorants à la lumière et aux épreuves humides. La couleur a été définie auparavant par la moyenne optique des trois teintes actuellement en présence, le jaune, le violet et l'écru. Cette toile, posée au revers, va donc servir de support aux points de restauration.

Dans ses grandes lignes, le parti adopté a été le suivant : stopper l'usure de la soie en fixant les fils de lin et redonner une meilleure lisibilité aux motifs. En profitant de la structure particulière du samit, où l'usure de l'un des lats de surface (ici le violet) n'induit pas la destruction du réseau textile, l'autre couleur restant sous-jacente à la chaîne en lin, nous avons limité chaque zone de consolidation aux contours du motif violet ou jaune.

Détail de l'endroit de la dalmatique après restauration

Utilisant un fil d'organsin de soie quatre bouts, de la couleur locale, nous avons fixé les chaînes écrues par de larges barrettes au point de Boulogne, espacées entre elles de deux millimètres. Ces points, reprenant le tracé des trames disparues, par leur densité redonnent force et cohésion au tissu. Ils rappellent en quelque sorte la technique du " trattegio ", utilisée pour la restauration des peintures murales ; la proximité de nombreux petits traits de couleur, avec une mise à distance nécessaire, permet visuellement la réintégration de lacunes importantes. La doublure est également restaurée par quelques pièces et points de restauration avant d'être remontée à sa place originelle. Les zones de tiraillement sont reprises et un réseau de points de baguage, solidarisant la dalmatique à la doublure, est mis en place

.

Ainsi consolidée et prête, nous l'espérons, à affronter les décennies à venir, la dalmatique est installée sur un nouveau support et dans une nouvelle vitrine aux conditions climatiques et d'éclairage contrôlées.


Une mode ancestrale : histoire d'un vétement liturgique.

La dalmatique dite "de saint Etienne de Muret" : son histoire.

La relique d'un saint : de l'objet à la symbolique.

Des matériaux... à la coupe

La restauration, du passé au présent.

Les différentes de la restauration de 1994 à 1997.

Sommaire