La dalmatique dite "de saint Etienne de Muret"

(M.H. 20.06.1891).


... de la légende à l'analyse scientifique

Signalée dans les inventaires de Grandmont en 1575 et 1666, l'origine de ce vêtement liturgique ne fait donc aucun doute. Comme la châsse, elle fut donnée à la paroisse d'Ambazac, sous la Révolution, en 1793. Il semble, si on en croit le témoignage de l'abbé Nadaud en 1738, que son utilisation était encore de rigueur pour les nouveaux diacres chantant leur premier évangile dans l'abbaye. Cette circonstance, assez exceptionnelle, explique sans doute les nombreuses réparations d'usage constatées au cours de la toute récente restauration.

La légende, dont l'origine n'est pas clairement établie, prétend que ce vêtement fut donné à saint Etienne de Muret en 1121 par la reine-impératrice Mathilde, femme de l'empereur d'Allemagne, d'Henri V puis de Geoffroy Plantagenêt. Cette anecdote eut la vie dure puisqu'il fallut attendre 1960 pour que la remarquable étude de Dorothy Shepherd (+) permette de prouver que le tissu dont est constituée cette dalmatique ne pouvait être antérieur au XIIIe siècle. Réalisée en Espagne, dans la seconde moitié du XIIIe siècle (peut-être dans les environs de Burgos), il est vraisemblable qu'elle ait été acquise dans la péninsule ibérique par un pèlerin de Saint-Jacques-de-Compostelle qui en fit don à l'abbaye de Grandmont en hommage à Etienne, son fondateur. C'est sans doute l'intervention de la reine Mathilde dans la construction de la nouvelle abbaye qui fit attribuer faussement à cette souveraine tous les objets anciens en provenant ; morte en 1164, elle ne put être la donatrice d'un vêtement plus récent de deux siècles.

Délaissée par les voleurs, cette dalmatique subit, en 1965, une première restauration par Margarita Classen-Smith (+) à l'occasion de l'exposition sur les Trésors des églises de France. Exposée, comme nous l'avons déjà souligné, depuis 1976 dans un milieu humide, vecteur de développement micro-biologique, elle méritait une nouvelle restauration suivant des méthodes scientifiques précises, ce qui permit aussi bien de confirmer les hypothèses de Dorothy Shepherd que d'affiner notre connaissance technique du tissage de la fin du XIIIe siècle. Objet de vénération, cette oeuvre est aujourd'hui plus précisément connue, ses concepteurs mieux compris et sa valeur tant symbolique qu'historique réaffirmée.


Une mode ancestrale : histoire d'un vétement liturgique.

La dalmatique dite "de saint Etienne de Muret" : son histoire.

La relique d'un saint : de l'objet à la symbolique.

Des matériaux... à la coupe

La restauration, du passé au présent.

Les différentes étapes de la restauration de 1994 à 1997.

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