Ce type de tissu, appelé "hispano-mauresque", car fabriqué par des maures pour les chrétiens, a été étudié grâce aux découvertes des tombes royales de l'abbaye cistercienne de Las Huelgas, près de Burgos, et aux habits princiers qu'elles contenaient. Plus précisément, il s'apparente au groupe des tissus mi-soie (soie en trame* et lin en chaîne*), raisonnablement datés du XIIIe siècle et largement diffusés en Europe septentrionale par le pélerinage de Saint-Jacques de Compostelle. |
L'introduction de lin dans cette catégorie de textiles, originellement tout en soie, semble avoir eu plusieurs causes. Bien que les musulmans aient introduit la sériculture*
dès leur arrivée dans la péninsule ibérique, la soie demeurait une "denrée rare et précieuse". Le lin, normalement invisible sous les trames de soie, permettait un gain de matière appréciable et un tombé avantageux, (équivalent à celui d'un samit cinq ou six lats, nécessitant trois fois plus de soie) pour un coût moindre. L'économie réalisée permettait ainsi de répondre à une demande sans cesse croissante.A partir de ce concept de rentabilité, on peut comprendre l'intégration des bordures de début et fin de pièces pour la confection du vêtement, comme l'utilisation maximum d'une pièce textile.
Les analyses du Laboratoire de recherche des Monuments historiques, nous donnent de précieuses indications sur la nature des fils et de leurs composants et contribuent ainsi à l'établissement du dossier scientifique.
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Détail de la bordure des manches |
Les filés métalliques, dorés à l'origine et qui ont maintenant un aspect grisâtre, correspondent à de la baudruche*. Cette technique, originaire du bassin méditerranéen (Chypre et Byzance), fut importée en Europe dès le XIe siècle et s'est particulièrement développée au XIIIe siècle. Egalement issue d'un souci de rentabilité, elle permettait de réaliser des fils d'or et d'argent avec peu de métal : une très fine couche est posée sur une lamelle de muqueuse viscérale (intestin, vessie...) de mouton ou de boeuf ; elle est ainsi directement collée par et sur le substrat humide. L'inconvénient, très vite vérifié et qui a valu l'abandon de la méthode dès le XVe siècle, était son manque de solidité entraînant la disparition du revêtement métallique. Nous pouvons constater ce phénomène sur le tissu de la dalmatique où seules quelques traces de métal subsistent dans les clos du tissage. Le manque de matière analysable n'a pas permis de déterminer s'il agissait d'un alliage or-argent ou de la superposition d'une feuille d'or sur une couche d'argent. |
Les colorants utilisés pour teindre les trames de soie ont été analysés par chromatographie en phase liquide à haute performance* ; il s'agit de Kermès (violet), de gaude (jaune), de gaude et indigo (vert) et de bois du Brésil (beige).
On a attribué à certains colorants un rôle thérapeutique et prophylactique. Tel est le cas du kermès qui, d'après un médecin arabe chrétien du IXe siècle, Yahya Ibn Masawaih, avait la réputation de soigner les maladies du sang. Son pouvoir s'étendait à la soie teinte et pouvait être utilisé par les femmes enceintes sous forme de ceinture de soie pour protéger le foetus. Les fragments d'une chasuble conservée à Thuir (Pyrénées-Orientales), décorée d'aigles se détachant en jaune et noir sur un fond rouge (kermès) et qui était censée faciliter les accouchements, illustrent cette croyance.
... à la coupe
La laize* de tissu, ou "paile" selon la terminologie médiévale, a été coupée en de nombreux morceaux pour confectionner la dalmatique. Il faut rappeler à ce propos que le commerce de ces " pailes " était régi par des règlements particuliers à chaque centre de production ; très précis, ils déterminaient entre autre la largeur et la longueur des coupons de tissu. Ceci peut expliquer pourquoi de nombreuses réalisations de cette époque, malgré l'usage d'une matière première somptueuse, sont faites de pièces et de morceaux.
Outre cette caractéristique, la coupe, les assemblages qui ne tiennent pas compte de l'orientation du dessin, ainsi que les grossières coutures au fil de lin bleu des différents panneaux sont également significatifs du XIIIe siècle et nous autorisent à penser que la fabrication de l'ornement a suivi de peu celle de l'étoffe.
L'encolure, qui est un arrangement moderne, est bordée d'un galon ancien fait de fragments juxtaposés de huit millimètres de large remontés à la colle sur un biais de coton bleu (rappel d'une doublure jadis bleue ?). Le décor de ce galon, très courant au Moyen Âge, développe trois lignes de chevrons rouge et jaune sur un fond or ; bien qu'il ne s'agisse pas de baudruche mais de la technique traditionnelle d'une lame de métal enroulée sur une âme de soie jaune, l'enroulant d'or a pratiquement disparu. |
On ne sait rien de la doublure originale. Peut-être était-elle faite de lin indigo, comme semblent l'indiquer le support du galon de col, les fils de couture ainsi que les passants qui subsistent sur la doublure moderne mais dont la fonction a été oubliée.
Une mode ancestrale : histoire d'un vétement liturgique. |
La dalmatique dite "de saint Etienne de Muret" : son histoire. |
La relique d'un saint : de l'objet à la symbolique. |
Des matériaux... à la coupe |
La restauration, du passé au présent. |
Les différentes étapes de la restauration de 1994 à 1997. |