La restauration, du passé et au présent


Les interventions de conservation-restauration ont été réalisées en deux temps. Une première étude suivie d'un dépoussiérage et d'une mise à plat fut faite à l'occasion de la présentation de la pièce lors de l'exposition Légende dorée du Limousin à Paris en 1994. Cette étude qui prenait en compte l'état de conservation, l'analyse critique des interventions antérieures et des conditions d'exposition, a permis de mettre au point un programme de restauration en accord avec la déontologie en vigueur pour les objets du patrimoine.

Dans le passé, la restauration ou réparation des objets avait pour but de les remettre en état et de leur rendre au mieux leur aspect esthétique. Les techniques mises en oeuvre se rapprochaient jusqu'à se confondre avec celles qui avaient présidé à leur fabrication. Ainsi pour la réparation des textiles anciens, on n'hésitait pas à rebroder des motifs affadis par la lumière ou à ravauder un tissu usé. Un peu plus tard, le champ d'intervention des artisans s'étant quelque peu élargi, les techniques propres à chaque matériau se sont mélangées à d'autres. C'est ainsi que la dalmatique après avoir été ravaudée avec des fils de soie, technique on ne peut plus traditionnelle, s'est vue traitée comme une peinture : les lacunes consécutives à des prélèvements de reliques (?) ou à d'importantes usures ont été masquées par des pièces collées au revers et peintes selon le motif disparu.

A certains endroits, les fils de lin de la chaîne* devenue apparente ont été également peints. Il va de soi que ces tentatives pour cacher de façon plus ou moins heureuse les dégradations du passé aboutirent à un échec. D'une part, elles mettent en péril le devenir de l'objet ; la colle et la peinture vieillissant, elles dégradent la fibre textile. D'autre part, il faut reconnaître que le savoir faire s'appauvrissant, le résultat esthétique est loin d'être satisfaisant !

Au concept de réparation-restauration s'est substitué progressivement celui de conservation-restauration. Ce principe est devenu une spécialité à part entière qui a peu à peu remplacé le travail des artisans d'art. Actuellement, aucune intervention importante de restauration n'a lieu sans qu'il y ait au préalable un bilan sanitaire de la pièce, assorti en certains cas d'analyse en laboratoire.


Bilan de santé ou état de conservation


Du premier bilan sanitaire réalisé sur la dalmatique, alors extraite de son placard mural de l'église d'Ambazac, nous avons tiré un certain nombre d'enseignements et de constats. Les conditions de présentation telles qu'elles avaient été définies dans le passé étaient devenues extrêmement dangereuses pour le devenir de l'objet. Mal soutenue par un cintre, inadéquat vu le poids et la conformation du vêtement, la dalmatique présentait des déformations et des zones de fragilité dues aux tensions du tissu. L'éclairage par des spots directionnels avait provoqué l'affadissement des couleurs et on distinguait nettement que certaines parties étaient plus passées que d'autres. Le climat de la vitrine extrêmement humide avait entraîné le développement de moisissures, apparentes au niveau des bordures inférieures.

L'association de ces trois paramètres, mauvais soutien, éclairage inadapté et humidité importante, est donc en partie responsable de l'accélération de l'hydrolyse* des fibres plus communément appelé vieillissement.

Les restaurations antérieures, par l'oxydation des matériaux utilisés et leur inadéquation, participent également à ce phénomène.

Le vêtement ayant été mis à plat, il apparaît que sa structure et, dans un deuxième temps celle du tissu, est également une source de détérioration. On constate que la surface de la dalmatique est très irrégulière et présente des effets de "vagues". Lorsqu'elle est tenue verticalement, sa partie inférieure forme une poche importante. Cette déformation semble provenir non seulement de la mauvaise qualité des coutures originales, mais également du doublage de lin qui ne remplit pas correctement sa fonction de support. En effet, la doublure, trop petite, est solidaire de la dalmatique par des lignes de points très espacées. Le poids élevé du vêtement impose donc des tensions importantes aux endroits de liaison.

A ces tensions s'ajoutent celles inhérentes à la fabrication du tissu. Dans ce type de tissage, les chaînes en lin vont frotter et endommager progressivement les trames* de soie plus fragiles. Le cisaillement progressif des trames de soie libérant les chaînes de lin va augmenter de façon exponentielle. La disparition progressive des trames de soie rend le rapport lin/soie de plus en plus inégal et définit la nécessité d'une intervention à ce niveau.

La connaissance de la pièce et de son lieu d'exposition va permettre de prolonger au maximum sa vie et ainsi d'en assurer la transmission pour les générations futures. C'est cette démarche qui a prévalu tout au long de notre intervention sur la dalmatique.

Le projet de conservation-restauration qui s'est construit à partir de ces différentes observations a pour but de ralentir les phénomènes d'altération en agissant à la fois sur les causes et sur les effets.


Une mode ancestrale : histoire d'un vétement liturgique.

La dalmatique dite "de saint Etienne de Muret" : son histoire.

La relique d'un saint : de l'objet à la symbolique.

Des matériaux... à la coupe

La restauration, du passé au présent.

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