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LA SOMME A SES ENFANTS
Monuments aux morts de 1914-1918


Présentation


Proyart

Le deuil immense de la Grande Guerre a déterminé les communes - même les plus modestes - à rendre hommage à leurs enfants morts pour la Patrie. Et pour la première fois, cet hommage s'adresse aux soldats, nommément, pas seulement à leurs chefs.
Cet élan collectif des citoyens eut pour conséquence un phénomène sans précédent dans l'histoire du monument public : il s'est édifié dans le pays, dans les années 1920-1925, environ 36 000 monuments aux morts ! C'est dire que ces derniers, souvent décriés sur le plan artistique, constituent un pan important de notre patrimoine.
Pourtant, au lendemain de la guerre, villes et villages étaient éprouvés. Il fallait tout reconstruire et un monument, si modeste qu'il fût, coûtait cher. Certes, l'Etat est intervenu : subventions, lois et décrets ont aidé et réglementé ces édifications. Si cet hommage a néanmoins représenté un gros sacrifice, nul n'a songé à s'en plaindre tant le désir d'exprimer sa gratitude était fort ; parfois, pourtant, querelles de clocher, opinions politiques divisèrent les habitants sur l'emplacement ou la nature du monument...
On se doute, en outre, qu'un tel nombre de constructions eut des incidences commerciales. Fondeurs, marbriers, maçons proposèrent des modèles dans des catalogues. Les montants variaient de 2 000 F à 320 000 F -prix du catalogue Gourdon pour l'arc de triomphe de Proyart-, une somme énorme à l'époque.
Parfois, on sollicita des artistes du département : Albert Roze, le grand sculpteur local, a réalisé 23 monuments, dont ceux d'Amiens et du cimetière Saint-Acheul. D'autres sculpteurs locaux intervinrent : Molliens, à Thézy-Glimont, Le Quesnel, Etalon ; Leclabart à Abbeville, Marcelcave, Arry et La Faloise. A Ault, en revanche, le monument est attribué à Landowski. Certaines villes comme Péronne, Abbeville, Montdidier organisèrent un concours pour le choix du monument.
Devant la multiplication de ces derniers, les autorités durent préciser certains points, en particulier sur le plan esthétique. Ainsi fut mise en place la "Commission d'examen des projets d'érection de monuments commémoratifs aux morts de la Guerre".
Dans la Somme, cette dernière, présidée par Albert Roze, alors directeur de l'École nationale des Beaux-Arts, joua bien son rôle. Les projets revenaient dans les mairies avec un avis circonstancié et des conseils techniques précis pour améliorer la qualité artistique de l'oeuvre.
Quand toutes les démarches étaient accomplies, et le monument installé, l'inauguration avait lieu. Partout elle fut organisée avec lustre et vécue dans la ferveur des grandes émotions. Services funèbres, défilés, discours, dépôts de gerbes, appel des noms, sonnerie, musique, feux d'artifice étaient au programme.
Parfois de hautes personnalités donnèrent toute sa dimension à l'événement : le maréchal Foch à Abbeville, Edouard Herriot ministre de l'Instruction publique à Roye, le général de Castelnau à Proyart, le général Nollet, ministre de la Guerre, à Moreuil... Toutes ces manifestations furent largement commentées dans les journaux de l'époque.
Les formes et symboles de ces monuments sont variés : la plupart, par souci financier, représentent un obélisque surmonté d'une croix de guerre, d'une urne funéraire ou d'un coq gaulois. Certains dénoncent les horreurs de la guerre, comme "la Picarde maudissant la guerre" de Péronne qui tend un poing vengeur.
D'autres traduisent le deuil et l'affliction : femmes ou Victoires pleurant et berçant un jeune soldat comme à Beaumont-Hamel. Ailleurs, des femmes ou des enfants gravent de façon pathétique les noms de leurs morts (Soyécourt, Miraumont). A Corbie, le monument d'A. Roze représente une mère qui apprend à son jeune enfant le sacrifice de son père en lui montrant les noms inscrits dans la pierre.
Enfin, tous les genres de "poilus" se dressent dans nos villages : soldat de Benet brandissant une couronne de lauriers comme à Raincheval et à Cappy, soldat étreignant son drapeau à Arvillers, soldat blessé à Flins, soldat résistant de Pourquet à Morisel, campé les bras croisés à Saint-Léger-lès-Domart, farouche combattant comme à Beauchamps ou à Sauvillers-Mongival...
Souvent dédaigné, le monument aux morts de nos communes mérite bien un instant d'attention...


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Les images de cette découverte "virtuelle" des monuments aux morts de la Somme sont issues de la collection :
Itinéraires du patrimoine réalisée par l'Inventaire général des monuments et des richesses artistiques de la France,
Direction régionale des Affaires culturelles de Picardie.


(Itinéraires du patrimoine, ISSN 1159-1722 ; 85).
ISBN 2-906340-13-8.

24p. : ill. ; 22,5 cm.

prix : 4,57 €

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