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In situ
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Patrick Le
Buf
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Religion : [2] [11]
[16] [44] [80]
[84]?
dont : ouvrages de controverse : [32] [39]
[59]
démonolâtrie, possession : [8]-[77]
[34]
12 items, soit 10,43 %
Philosophie : [57]
[58]?
2 items, soit moins de 1 %
Ésotérisme, astrologie
etc. : [18] [31]?
[43]
dont chiromancie : [40] [41]
5 items, soit 4,35 %
Artes dictaminis : [22]
[26] [81] [82]
4 items, soit 3, 48 %
Histoire et géographie
politique : [1] [4]
[5] [9] [14]
[15] [29] [35]
[97]
9 items, soit 7,83 %
Géographie physique : [19]
[64] [74]
3 items, soit 2,60 %
Droit : [3]
[27]
2 items, soit moins de 1 %
Métrologie : [91]
1 item, soit moins de 1 %
Ouvrages illustrés : [37]
[48] [52] [89]
[107]?
5 items, soit 4,35 %
Histoire naturelle, botanique,
minéralogie : [7]
[56] [90]
3 items, soit 2,60 %
Arithmétique et algèbre
: [33] [46] [61]
[67] [70] [99]
6 items, soit 5,21 %
Géométrie :
[24] [50] [54]
[70] [75] [88]
[96] [106] [115]
dont : arpentage : [60] [71]
[76] [116]
usage du compas de proportion : [68] [78]
[117]
usage du cadran : [62]
17 items, soit 14,78 %
Astronomie : [6]
[17] [25]? [69]
[85] [114]
dont : éphémérides : [12]
[53]
8 items, soit 6,96 %
Chimie : [10]
dont : recettes et "trucs" pratiques : [49]?
[79]? [83] [100]
5 items, soit 4,35 %
Pyrotechnie : [23]
[100]
2 items, soit moins de 1 %
Médecine : [20]
[21] [42]
3 items, soit 2,60 %
Agronomie : [28]
1 item, soit moins de 1 %
Mécanique : [95]
1 item, soit moins de 1 %
Gnomonique : [50]
[65] [66]
3 items, soit 2,60 %
Peinture : [30]
[107]?
2 items, soit moins de 1 %
Architecture : [36]
[51] [63] [73]
[87] [93] [94]
[108] [109] [110]
[111] [112]
12 items, soit 10,43 %
Poliorcétique et art
militaire : [72] [98]
[100] [101] [102]
[103] [104] [105]
[106]?
9 items, soit 7,83 %
Divers et indéterminés
: [13] [38] [45]
[47]? [55] [113]?
6 items, soit 5,21 %
Auteurs anciens : [7]
[14] [57]
dont : Euclide : [24] [54]
[75] [88] [115]
Vitruve : [63] [112]
13 items, soit 11,30 %
NB : Laddition de tous ces pourcentages donne un résultat supérieur à 100 % puisquun certain nombre de titres ressortissent à plusieurs catégories à la fois.
Au moment où linventaire a été établi, il ne semble pas que les livres aient été classés : leur énumération ne suit aucun ordre thématique. On peut toutefois penser que cette situation résulte de déclassements postérieurs au décès de Mathurin Jousse : çà et là en effet, on décèle des " noyaux ", des " nébuleuses " thématiques. Lexemple le plus frappant en est la poliorcétique, condensée sur les items n° [98] à [105], ou bien, dans une moindre mesure, les items [60] à [71] qui tournent tous plus ou au moins autour de la géométrie, de lhorométrie et de lusage des instruments tels que cadran, astrolabe, etc.
Ce qui frappe au premier abord, cest labsence
quasi totale de titres littéraires, même parmi les auteurs
de lAntiquité (Ovide étant présent, semble-t-il,
plus en raison de la qualité iconographique de lexemplaire
possédé par Jousse que pour le texte même). On remarque
ensuite linexistence de traités de serrurerie, alors que
la serrurerie était lactivité première de Jousse
et quil a rédigé un ouvrage sur cette matière.
À noter, en revanche, labondance de traités darchitecture
et de poliorcétique (qui peuvent dailleurs être regroupés
dans une seule catégorie) ainsi que de géométrie : cétaient visiblement les domaines qui préoccupaient
le plus Mathurin Jousse. Il sintéressait également
à lastronomie et à la gnomonique, et se montrait soucieux
décrire dans un style élégant (artes dictaminis).
Les événements du passé et la situation politique
du monde de son temps retenaient aussi son attention.
La personnalité plus intime de Jousse transparaît elle aussi
à travers sa bibliothèque, et nous réserve quelques
surprises : il semble avoir éprouvé une certaine attirance
pour lésotérisme, lastrologie, la chiromancie
attirance qui nallait toutefois pas jusquà une
passion approfondie. Il accordait un grand intérêt aux questions
religieuses, et notamment à la controverse, à la réfutation
du protestantisme. Mais le plus étonnant, cest la présence
de cet étrange libelle dont les deux tomes nétaient
matériellement plus rangés ensemble lorsque le notaire a
dressé son inventaire, et qui relate un cas de possession et de
sorcellerie survenu en Flandre en 1623 ([8]-[77]).
Pourquoi sintéresser à une province aussi éloignée
? Dans ce contexte, on peut sétonner de ne trouver aucun
écho de laffaire de Loudun de 1634, plus proche géographiquement
et qui avait suscité la parution dun très grand nombre
dopuscules, notamment chez Georges Griveau, léditeur
fléchois attitré de Mathurin Jousse.
Les lieux dédition ne nous apprennent pas
grand-chose. Il semble surprenant de ne pas relever plus déditions
purement locales : en dehors des uvres de Jousse lui-même,
toutes publiées à La Flèche chez Georges Griveau,
on ne trouve guère que deux éditions fléchoises : louvrage de controverse dHonorat Nicquet imprimé par
Louis Hébert, et celui dun " gentilhomme breton "
anonyme, imprimé par Jacques Rezé, et une édition
angevine : Des antiquités dAnjou de Jean Hiret, paru chez
A. Hernault. Mais peut-être les titres non identifiés ressortissent-ils
partiellement à la production éditoriale locale ? Mentionnons
en outre quelques ouvrages provenant de petits éditeurs locaux
géographiquement très éloignés du pays de
Mathurin Jousse : les deux traités de Flamant ([98]
et [99]), tous deux imprimés à
Montbéliard, louvrage de Thybourel ([100]),
édité à Pont-à-Mousson, et celui du père
Leurechon ([33]), peut-être édité
dans la même ville.
Létude des dates dédition se révèle
en revanche plus fructueuse. Sur les trente-neuf éditions dont
lidentification est quasi certaine (soit le tiers de la bibliothèque
de Jousse), on en dénombre 18 à coup sûr antérieures
à 1620 (dont 9 datant très probablement du XVIe siècle,
parmi 14 dont on peut seulement dire quelles sont antérieures
à 1615), 15 qui séchelonnent entre 1620 et 1630, et
5 qui sont postérieures à 1630. Compte tenu du fait quil
reste tout de même beaucoup déditions non identifiées,
et considérant quun ouvrage édité à
une date donnée peut très bien navoir été
acheté que bien plus tard, il paraît assez raisonnable daffirmer,
avec toute la prudence qui simpose, que Mathurin Jousse a constitué
lessentiel de sa bibliothèque entre 1620 et 1630, soit une
période assez courte et qui correspond, ce qui nest nullement
surprenant, à sa pleine maturité.
Voilà pour les quelques conclusions matérielles
que lon peut tirer de cet inventaire. Mais une investigation certainement
plus riche consisterait à lexploiter par rapport à
luvre de Jousse lui-même, pour étudier la manière
sont il sest servi de ses lectures, notamment dans le domaine de
larchitecture et de la poliorcétique, pour élaborer
ses propres théories. Une étude plus précise de la
personnalité des auteurs de ces ouvrages pourrait également
éclairer, par ricochet, celle de Jousse : combien dentre
eux étaient jésuites, ou proches des jésuites ? Quest-ce
qui a déterminé le choix de tel titre plutôt que tel
autre au moment de lachat ?
Il convient par ailleurs de souligner que, vu le laps de temps qui sest
écoulé entre le décès de Mathurin Jousse (1645)
et létablissement de linventaire (1652), il nest
pas totalement impensable quun certain nombre douvrages effectivement
possédés de son vivant par le maître serrurier fléchois
ne figurent pas dans cette liste, considération que tend à
corroborer limpression de " déclassement " post
mortem subi par ce fonds douvrages. Cette remarque de prudence
ne retire rien à lintérêt de ce document, même
si elle engage à appréhender avec une certaine circonspection
léclairage quil jette sur ce qua pu être,
dans la France provinciale du début du XVIIe siècle, la
culture générale et technique dun " honnête
homme " avant la lettre.