Notes :

(1) Ce texte préparé à partir de diverses recherches conduites dans le cadre de l’Inventaire général de Haute-Normandie est dédié à Joël Perrin. Celui-ci était souvent venu me rendre visite à Rouen où je lui avais fait découvrir le patrimoine d’une ville du Nord. J’essayais souvent de lui montrer la beauté architecturale des deux grands édifices majeurs de la ville, la cathédrale et Saint-Ouen. Il en était très impressionné mais je sais bien que ce qui l’attirait surtout, c’était la richesse de la peinture religieuse du XVIIe siècle encore très présente dans ces édifices et que nous passions plus de temps devant les retables des chapelles un peu obscures que sur les terrasses et les couronnements des clochers...

(2) Je remercie mes collègues du Service régional de l’inventaire de Haute-Normandie, du Centre et de la Sous-Direction, bibliothèque du Patrimoine et laboratoire photographique, qui ont facilité la préparation de cet article en collectant et numérisant l’illustration. Je remercie tout particulièrement Monsieur Dominique Moufle, architecte en chef des Monuments historiques responsable de Saint-Ouen qui m’a communiqué et autorisé à reproduire les magnifiques relevés qu’il vient d’établir sur la tour couronnée Je remercie enfin Renaud Benoit-Cattin qui a relu ce texte et m’a donné quelques encouragements et précisions fort utiles.

(3) Pour les amateurs de proportions, il est intéressant de noter que depuis l’achèvement, il y a un peu plus d’un siècle, de la flèche de fonte de fer de la cathédrale projetée par Alavoine en 1828, celle-ci culmine à 154 m soit presque exactement le double de la hauteur de nos deux tours mesurant, la Tour de Beurre : 77 m et la Tour couronnée : 79 m. Mais ce rapport symbolique n’existait pas avec l’ancienne flèche de la cathédrale de Robert Becquet, de 1540, qui devait culminer à environ 135 m, ce qui était déjà un record pour cette époque.

(4) Il y aurait beaucoup à dire sur le beurre en Normandie à la fin du XVe siècle, ce qui détournerait quelque peu de cette étude. Il faut peut-être rappeler que ce nec plus ultra des produits laitiers symbolise depuis lors la richesse de la gastronomie normande liée à de nouveaux modes de productions agricoles introduits justement à la fin du XVe siècle et basés sur l’établissement, à côté des céréales, d’une nouvelle économie rurale associant sur les herbages plantés de pommiers à cidre, l’élevage des vaches pour la production de laitages, beurre, crèmes et fromages et de viande de bœuf et de veau qui se consomme beaucoup plus régulièrement dans une société aimant de plus en plus la bonne chère, même pendant le carême ! D’autres pensent de façon peut-être plus sage que ce nom de Tour de Beurre peut lui venir de la couleur de la pierre jaune de l’Oise dont elle est construite, encore inhabituelle à Rouen et qui devait faire penser aux habitants à une énorme motte de beurre, ce qui rejoint l’obsession évoquée plus haut...

(5) Toutes les flèches de pierres, et elles furent nombreuses, élevées à Rouen au XVe ou au XVIe siècle ont aujourd’hui disparu, même si elles avaient fait à l’époque de leur construction l’objet d’une admiration internationale, comme la flèche de Saint-Laurent, l’une des dernières arasées, ou celle de Saint-André dont le pape s’était fait envoyer le relevé.

(6) On sait que la nef fut construite pendant la première moitié du XVIe siècle et que seul le premier niveau des tours de façades fut implanté. Dans une gravure de Harel, Portail de l’église de Saint-Ouen de Rouen comme il doit être achevé (Paris, B. N. Est. Ve 22 a (II), pl. 19) illustrant l’ouvrage de Dom Pommeraye publié en 1662 sur l’histoire de l’abbaye, on voit tout ce que le projet, du moins tel qu’il était encore conçu au milieu du XVIIe siècle, doit à la Tour couronnée.

(7) Rapport de Simon Lenoir et de Jean Willemer, maîtres des oeuvres de maçonnerie et de charpenterie du roi sur les dangers d’écroulement des piliers du transept de l’église Saint-Ouen, 21 janvier 1441, A. D. Seine-Maritime 14 H 440, publié par Jules Quicherat, Documents inédits sur la construction de Saint-Ouen de Rouen, Paris, Bibl. de l’Ecole des Chartes, 1852, pp. 464-476.

(8) Cette clef annulaire laisse penser que l’architecte de cette lanterne avait prévu de pouvoir monter des cloches dans un étage supérieur où il avait imaginé un beffroi comme cela se trouve dans d’autres édifices des environs (Jumièges, Saint-Martin-de-Boscherville...), soit à une hauteur exceptionnelle et qui nous paraît aujourd’hui peu réaliste.

(9) Ces données sont reprises de Bauchal, Ch., Nouveau dictionnaire..., Paris, 1887, p. 856.

(10) Dominique Hervier, notice sur Saint-Gatien de Tours dans le Guide du patrimoine de la région Centre..., p. 487-496.

(11) Rappelons qu’il était alors curé de Saint-Maclou de Rouen d’où il pouvait à loisir suivre les deux chantiers qui ont pu inspirer Verneuil. Il n’eut pas le même projet pour Saint Maclou, alors couronné par une flèche de charpente, la flèche de pierre actuelle étant une oeuvre magnifique de Barthélémy achevée vers 1875.

(12) Voir : Coupe de la tour de Notre-Dame à Rouen par Pierre-Adrien Pâris. Dessin au crayon , H 1,06 ; L 0,42, Besançon, bibliothèque municipale.