Présentation
de « In situ »
Editorial : Joël Perrin, ou lexemple de lInventaire
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Présentation
de « In situ »
La création d'une revue permettant de rendre compte des travaux
de recherche de l'Inventaire général et, plus largement,
des travaux sur le patrimoine conservé in situ est le
résultat, comme de nombreux projets collectifs, de réflexions,
d'échanges, dattentes maintes fois exprimées. On
évoquera notamment l'Impatient et la Lettre de la demeure
urbaine successivement portés par Dominique Hervier (1)
et par Bernard Toulier
(2). Mis en uvre avec peu de moyens, à l'époque
du stencil et de la machine à « ronéoter »,
ces projets contribuèrent à faciliter les échanges
entre les équipes. Mais, faute de moyens, leur aspect austère
au regard des collections largement illustrées, Cahiers,
Images et Itinéraires du patrimoine du patrimoine, ne
permit pas le développement souhaité.
L'Inventaire
apporte aujourdhui son concours à la publication de la
revue Histoire de l'art ; les chercheurs publient également
dans d'autres revues nationales, dans des revues régionales,
mais nombre de sujets traités dans les stages de formation et
de découvertes sur le terrain n'ont pu jusqu'à présent
être diffusés par l'intermédiaire des moyens de
publication traditionnels. Nous ne pouvions que le déplorer,
mais les projets de création d'une revue se heurtaient à
la question des moyens financiers et à celle de sa diffusion.
Le système
documentaire national, résultat d'un patient travail d'analyse,
de collecte et de traitement des informations sur le patrimoine, connaît
aujourd'hui une nouvelle phase de croissance articulée avec les
réflexions sur la mise en uvre de dossiers
électroniques. Paradoxalement, les bases
de données, aujourd'hui régulièrement alimentées,
sont en quelque sorte victimes de leur richesse et l'utilisateur a besoin
d'être guidé dans un univers rendu opaque par la quantité
dinformation. L'idée a donc pris corps, pour faire face
à cette crise de croissance, de développer autour des
bases des «produits» qui permettent de rendre leur contenu
plus visible, en proposant des points d'entrées multiples : textes
de présentation, visites guidées, etc.
La mise en
place dune revue en ligne est une réponse à ces
demandes croisées. Support de publication relativement économique
avec les moyens de diffusion offerts par le développement des
réseaux, elle vient en outre compléter le dispositif documentaire
évoqué ci-dessus puisqu'elle permet, au travers de liens
insérés dans le corps de certains articles, d'illustrer
les propos des auteurs en affichant les notices correspondantes dans
les bases de données. Restait à lui donner un véritable
statut de publication scientifique offrant toutes les garanties de catalogage,
de pérennité et daccès. Le travail délaboration
du cahier des charges conduit par Caroline Thillou avec laide
de Franck Maugeais vise à répondre à ces différentes
questions. Sa mise à disposition en ligne constitue une nouveauté
qui sera probablement utile à tous ceux qui sont intéressés
par ce mode de publication dont le développement est à
coup sûr prévisible.
Le premier
numéro, on verra ci-dessous pourquoi, est essentiellement consacré
au domaine des objets mobiliers. Les suivants seront consacrés
à la publication de monographies darchitecture, puis à
des articles sur des études urbaines. Nous y privilégions
une approche thématique sur des sujets variés qui viennent
illustrer la diversité du patrimoine dans toutes ses composantes
typologiques et chronologiques. La publication des numéros est
envisagée selon une périodicité semestrielle.
Editorial
: Joël Perrin, ou lexemple de lInventaire
Le 21 février
1999, la sonnerie du téléphone interrompit pour nous une
après-midi dominicale, nous laissant stupéfaits par l'annonce
de la mort de Joël Perrin. Il était tellement lié
à la vie de lInventaire, à notre vie, depuis si
longtemps... La diversité des contributions qui vont suivre est
à limage de son inépuisable curiosité. Quelques
textes, plus intimes, écrits par Philippe Arbaizar, son condisciple
à luniversité de Bordeaux, et par Jean-Claude Lasserre,
conservateur régional de lInventaire en Aquitaine auprès
de qui Joël travailla pendant de nombreuses années, nous
aident à le connaître dans ses premières années
dhistorien de lart. Nombreux sont ceux qui sy reconnaîtront,
pour qui ces évocations renverront à leurs propres souvenirs
ou à leurs propres évolutions. Joël, dit Philippe
Arbaizar, ne portait jamais de cartable. Nous lavons connu transportant
toujours avec lui dénormes sacoches. Une constante cependant,
limpressionnante quantité de livres et de papiers dont
il ne se séparait jamais.
Totalement
accaparé par son amour du contact avec les uvres et par
son désir de le faire partager aux autres, Joël Perrin a
relativement peu publié. On trouvera la bibliographie de ses
travaux, réunie ici par ses collègues, qui furent aussi
ses amis, Renaud Benoit-Cattin, Pierre Curie, Catherine Duboÿ-Lahonde
et François Le Buf.
Joël
Perrin a consacré lessentiel du temps quil a passé
à la sous-direction de lInventaire général
à des travaux de recherche terminologique liés au vocabulaire
du mobilier religieux (on trouvera dans ce numéro le vocabulaire
de lautel quil avait préparé) dont laboutissement
fut la publication du Thesaurus multilingue des objets religieux.
Il consacra beaucoup dénergie à ce projet, sans
malheureusement pouvoir en connaître laboutissement puisque
louvrage ne fut publié quà la fin de lannée
1999. Sans lui, ce travail naurait pu se faire. Sa connaissance
du sujet, alliée à son goût de la précision,
à sa connaissance des trois langues de travail - il devait à
une grand-mère élevée en Angleterre une maîtrise
de langlais qui nous laissait tous admiratifs - et à sa
bonhommie naturelle a fait de lui le pivot du groupe lors des longues
séances épuisantes, à Rome, Williamstown ou Paris,
qui neurent rien de touristique. Kilos de livres, de papiers,
de photocopies transportés daéroports en taxis nourrissaient
les échanges et permettaient de confronter, en saffranchissant
de la difficulté linguistique, létat des connaissances
de chacun des participants. Ce faisant, nous ouvrîmes sans doute
des perspectives insondables à nos partenaires anglo-saxons sur
la complexité et la diversité des meubles et objets liés
à lexercice de la liturgie catholique romaine. Plus sérieusement,
ce travail nous a apporté beaucoup : école de rigueur
et de précision, confrontation des sources et de la réalité
des uvres, travail de collecte iconographique, confrontation texte
image, il a permis par sa systématique de toucher à ce
qui fait le cur de la démarche en histoire de lart
: chronologie, typologies formelles et fonctionnelles, répartitions
topographiques, identifications duvres nouvelles et de particularismes,
etc. Il constitue désormais un instrument essentiel pour lidentification
du patrimoine et se situe bien au centre des questions récurrentes
sur ce quest lhistoire de lart, sa nature, son historiographie,
abordées également par larticle de Philippe Arbaizar
et par celui de Michel Melot consacré à lart selon
André Malraux.
Les articles
dOdile Canneva-Tétu sur le mobilier lillois et de Françoise
Reynier sur le mobilier de la cathédrale de Cavaillon prolongent
également le travail de Joël Perrin sans ce domaine longtemps
mené en complicité avec Nicole de Reyniès. À
Cavaillon, il avait été préparé dans le
cadre dun stage de formation et vient ici, en quelque sorte, rendre
hommage à ses talents de pédagogue. Cest également
à loccasion de la préparation dun stage en
Ile-de-France que Joël Perrin avait travaillé sur la chaire
à prêcher de Saint-Germain-en-Laye, provenant de Versailles.
La publication de larticle très documenté dAlexandre
Maral sur la chapelle royale de Versailles parachève sa démarche.
Joël
Perrin a peut être consacré moins de temps à larchitecture.
Revenant à son travail de jeunesse - il navait jamais vraiment
quitté Bordeaux et sa région - il a toutefois préparé
dans les derniers mois de sa vie un Itinéraire du patrimoine
sur le château de Cadillac, paru peu après sa mort. Larticle
de François Verdier sur la Tour de Beurre et la tour couronnée
à Rouen, consacré à deux édifices majeurs
du Moyen-Age normand, permet dillustrer un aspect moins connu
de la réflexion de Joël Perrin : ces généalogies
descendantes et ascendantes que les familiers de lunivers
des formes font en permanence. Sources et récurrences, quoi de
plus inattendu que le lien invisible entre un building de Chicago et
la tour de la croisée du transept de labbaye de Saint-Ouen
de Rouen ? Joël, certains le savent, était passionné
dart contemporain sous toutes ses formes : architecture, peinture,
photographie...
Ce domaine
de larchitecture, on le retrouve aussi au travers de larticle
de François Le Buf sur Mathurin Jousse, sujet inédit
enrichi par la tentative de reconstitution de sa bibliothèque
proposée par Patrick Le Buf. Ces articles, nous lespérons,
satisferont la curiosité de tous ceux qui sintéressent
à lhistoire sociale et culturelle des artistes et des ateliers.
La sculpture
est largement représentée dans ce numéro au travers
des articles de Claire Etienne (étonnante destinée duvres
qui se déplacent dans lespace et prennent ainsi un autre
sens) et de Catherine Guillot et Sylvie Patry (comment létude
duvres in situ conduit à renouveler la connaissance
dun sculpteur du XIXe siècle, Bruno Chérier). On
attend aujourdhui avec impatience les résultats dune
étude à laquelle Joël a participé avec passion
: celle de la statuaire en terre cuite de louest de la France.
Avec François Le Buf et Geneviève Bresc, conservateur
au département des sculptures du Louvre, il a mis sur pied un
projet dexposition et de Cahier du patrimoine qui devrait révéler
lextraordinaire qualité des ateliers manceaux aux XVIIe
et XVIIIe siècles.
De la sculpture
ou de la peinture, on ne saurait dire aujourdhui quel était
le sujet qui passionnait le plus Joël Perrin. Les articles de Pierre
Curie et de Renaud Benoit-Cattin sont là pour en témoigner.
Selon que lon est spécialiste de lun ou lautre
domaine, on lui attribuerait volontiers tel ou tel penchant. Mais après
tout, pourquoi vouloir à tout prix trancher ? Quel hommage plus
vrai que daffirmer quil fut le meilleur généraliste
qui soit ? Celui qui, comme le médecin de famille - noublions
pas que Joël commença sa formation par des études
de médecine, comme son père et sa tante qui exercèrent
dans la région bordelaise, et il me revient à lesprit
à linstant quil prenait souvent des notes, de sa
fine écriture aux longs jambages penchés, sur les vieux
blocs dordonnances du Docteur Perrin... - celui donc qui seul
est capable de faire le lien entre le passé et le présent,
entre les différents lieux dexpression vitale : lart
comme lieu dexpression de la pensée et de lesthétique,
dans leur enracinement culturel et affectif.
Nous remercions
ceux qui apporté leur aide à la réalisation de
ce numéro et plus particulièrement Isabelle Perrin, Marie-Félicie
Pérez et Françoise Levaillant qui nous ont autorisés
à publier la notice parue dans la revue Histoire de lart,
Serge Guilbaut qui enseigne au Canada et qui fut, comme Philippe Arbaizar,
condisciple de Joël Perrin à luniversité de
Bordeaux pour lenvoi de ses photographies, Françoise Cosler,
Béatrice Coquet, Philippe Fortin et Elsa Lambert à la
sous-direction de la documentation, des études et de lInventaire,
Direction de lArchitecture et du Patrimoine.
Notes
(1) Conservateur
régional de l'Inventaire en Ile-de-France.
(2) Responsable de la cellule du patrimoine du XIXe et du XXe siècle
à la sous-direction des études, de la documentation et
de l'Inventaire général.