François Le Buf
Chercheur
Service régional de l'Inventaire
DRAC Pays de la Loire
1, rue Stanislas Baudry
44035 Nantes
francois.leboeuf@culture.gouv.fr
Mathurin Jousse est essentiellement
connu pour avoir publié trois traités de construction consacrés
à la serrurerie, la charpente et la stéréotomie,
les premiers du genre en France. Ces ouvrages témoignent assurément
de la variété des centres d'intérêt d'un auteur,
curieux de l'activité de métiers du bâtiment aussi
divers. Traités pratiques plutôt que théoriques, ils
semblent en outre fondés sur une certaine expérience, au
point qu'il paraissait impensable, aux yeux de beaucoup, que Jousse n'ait
pas été lui-même un homme de l'art. Aussi lui a-t-on
attribué, sans véritable preuve, la paternité de
certains édifices dans le contexte bouillonnant de l'activité
constructrice de La Flèche, petite ville aux confins du Maine et
de l'Anjou, où Henri IV avait fondé en 1603 le célèbre
collège royal des jésuites. Il semble bien pourtant qu'il
n'en ait rien été.

Ces incertitudes résultent d'une méconnaissance à
peu près totale de la vie et de l'uvre de Jousse, en dehors
des informations fournies par ses publications. Sa notoriété
a souffert de diverses inexactitudes. Ainsi fut-il longtemps confondu
avec son propre fils, comme lui prénommé Mathurin, maître
orfèvre né à La Flèche en 1607 et mort dans
cette même ville en 1672 (1).
Cette erreur n'avait d'ailleurs pas manqué d'intriguer quelques
auteurs, constatant qu'il aurait ainsi publié certains de ses traités
à l'âge de vingt ans, ce qui ne pouvait manquer en effet
de les laisser perplexes (2).
Une autre incertitude concerne l'attribution à Jousse de certaines
constructions, laquelle ne repose sur aucune base sûre. Il aurait
ainsi été l'auteur de la chapelle du château de la
Varenne, construit à La Flèche pour Guillaume Fouquet de
la Varenne, officier et ami d'Henri IV, à qui le roi avait cédé
la seigneurie de cette ville par engagement (3).
Cette hypothèse n'est guère probable, pas plus que celle
concernant la construction de la célèbre tribune d'orgue
de l'église des jésuites, sur laquelle il nous faudra revenir.
Si elle ne permet d'éclairer dans sa totalité la vie et
la personnalité de l'homme, l'étude des archives fléchoises
et notamment celle du minutier de la ville, particulièrement riche
au XVIIe siècle, permet tout de même d'apporter certaines
précisions. La période pendant laquelle il a vécu
tout d'abord. Si nous ignorons le lieu (4)
et la date exacte de sa naissance, du moins sommes-nous certains de la
date de son enterrement, le 17 mars 1645 au cimetière Saint-Thomas
de La Flèche (5).
Le document précise l'âge de Jousse au moment de son décès,
soixante dix ans, ce qui permet de situer sa naissance aux alentours de
1575.

S'étalant sur une période comprise entre 1601 et les années
qui ont suivi sa mort, la plupart des documents concernant Jousse que
nous avons retrouvés donnent à penser que les dernières
décennies de sa vie au moins se sont déroulées dans
la cité angevine. Par ailleurs, ces documents le désignent
toujours soit comme maître serrurier, soit comme marchand. Ce dernier
état apparaît plus fréquemment dans les dernières
années de sa vie et pourrait indiquer une amélioration de
sa situation financière. Jousse était alors considéré
à l'égal des négociants fléchois, dont le
nombre s'était singulièrement étoffé à
la faveur d'une période de prospérité engendrée,
entre autres, par la présence du collège dans la ville (6).
Suivant une pratique partagée avec les membres de cette petite
élite, il avait probablement investi une partie de ses économies
dans l'achat de terres. Ainsi, voyons-nous en 1648 sa veuve bailler à
rente une propriété rurale située dans la paroisse
voisine du Bailleul (7).
De fait, l'un des actes les plus anciens concerne l'achat d'un terrain
en 1622, sur lequel il s'engage à faire bâtir une maison
qu'il vendra en 1639 à Georges Griveau, l'imprimeur fléchois
chargé de l'impression de ses ouvrages (8).
La description qui en est faite à cette occasion révèle
un édifice qui s'apparente, par sa taille, ses dispositions et
le nombre de ses pièces, aux nombreux hôtels élevés
dans la ville au XVIIe siècle, et qui témoigne ainsi de
l'aisance relative de son propriétaire (9).
Jousse possédait par ailleurs plusieurs maisons qui se situaient
rue Basse, dans la partie sud de la ville (actuellement rue Grollier),
ainsi que dans le quartier de la Beufferie, faubourg qui s'était
développé non loin sur la rive sud du Loir (10).
Il avait élu domicile dans l'une des maisons de la rue Basse, sans
doute après la vente de sa demeure de la rue du Collège.

Établi sept ans après sa mort, l'inventaire de son mobilier
(11),
dont sa veuve avait l'usufruit, témoignerait d'un train de vie
relativement modeste, si l'on se fiait du moins à la liste des
objets de la vie quotidienne. Sa maison de la rue Basse était une
maison"ordinaire"à un étage, chaque niveau étant
probablement divisé par un refend. Au rez-de-chaussée, se
trouvait une chambre basse, où vivaient Jousse et son épouse
et où était aménagée une sorte d'alcôve,
près de laquelle il y avait, probablement séparées
de celle-ci par des cloisons de bois, une petite cuisine et une petite
estude à costé du degré. La grande pièce
de l'autre côté du refend consistait en une estude où
souloit estre la bibliothècque dud. déffunct Jousse.
A l'étage, au-dessus du bureau, se trouvait une autre chambre et
au-dessus de la chambre basse une pièce qualifiée de grenier
qui servait visiblement de débarras. S'il témoigne d'un
certain confort, l'ameublement ne reflète pas ce caractère
ostentatoire qu'on observe alors généralement dans les demeures
des notables fléchois. En revanche, son outillage, un nombre impressionnant
d'appareils scientifiques, ses uvres d'art, les ouvrages de sa bibliothèque
(cf. infra) révèlent une individualité particulièrement
originale.
Sensible à travers ses publications, le large éventail de
ses compétences et de ses centres d'intérêt tend déjà
à révéler une personnalité peu commune. La
présence, dans sa chambre, d'un tableau enchâssé
représentant au naturel le pourtraict dud. deffunct Jousse,
montre en outre un homme peut-être conscient de sa valeur. D'autres
indices signalent chez lui un caractère plutôt trempé.

Ainsi, ce curieux règlement de comptes avec son fils Mathurin passé
devant notaire en 1636 (12).
Ayant promis 1500 livres à celui-ci à l'occasion de son
contrat de mariage passé en 1635, il s'était engagé
à lui verser 1000 livres dès l'année suivante. Il
s'empresse alors d'en défalquer le montant des sommes engagées
pour l'apprentissage du jeune orfèvre et dont le décompte
s'élève à 1150 livres. "Généreux",
il fait cadeau à son fils des 150 livres supplémentaires,
à condition que celui-ci demeure tenu ne faire demande ne poursuitte
ni contrainte à sond. père ni sa mère en principal
ni intérestz durant sa vie de lad. somme de cinq cent livres qui
reste à payer de la somme convenue par sond. contract de mariage.
Après la mort de son père, Mathurin le Jeune, qui
avait pourtant signé le document, en contestera le contenu (13),
en quoi il estoit énormément lézé et soustenoit
y estre bien fondé pour n'avoir consenti aud. compte que par l'authorité
dud. Jousse son père, en la maison duquel il demeuroit et qu'il
estoit encore dans le temps de restitution. Si ces documents ne nous
permettent pas de déterminer la nature exacte du différend
entre les Jousse, du moins mettent-ils en évidence la détermination
du père.
La spécialité de Jousse comme serrurier a surpris les auteurs
qui se sont intéressés à lui et introduit chez eux
le doute, tant cet état paraissait largement en deçà
de ses capacités. Pourtant, dans la transcription du privilège
royal autorisant celui-ci à commercialiser la fidelle ouverture
de l'art de serrurier en 1627, il est bien désigné comme
marchand et maître serrurier. Dès 1803, il était considéré
comme ingénieur et architecte (14).
Plus récemment, on a voulu voir à travers ses traités
l'uvre d'un homme trop familiarisé avec la pratique et le
langage des maîtres maçons pour qu'il n'ait pas fait lui-même
partie de cette corporation (15).

Nous avons vu que, lorsqu'il n'était pas désigné
comme marchand, Mathurin Jousse était toujours mentionné
comme maître serrurier. De fait, tous les documents se rapportant
à ses travaux qu'il nous a été donné de retrouver,
sont toujours en relation avec l'activité de la serrurerie. C'est
bien le serrurier qui se voit attribuer par les échevins de La
Flèche en 1631 la réfection de la grosse horloge qui se
trouve dans le clocher de l'église Saint-Thomas : reconnaissons
tout de même que cette tâche impliquait de la part de Jousse
une habileté toute particulière, qui n'était sans
doute pas à la portée de n'importe quel artisan (16).
La même année, c'est encore le même maître serrurier
qui contracte un bail au rabais pour la réparation des portes,
ponts levis, ponts dormants et barrières de la ville (17).
Dans sa dédicace aux jésuites de La Flèche qui se
trouve dans la fidelle ouverture de l'art de serrurier provenant
de la bibliothèque du collège, Jousse fait allusion à
diverses sortes de besongnes & ouvrages qu'il aurait exécutés
pour les Pères (18).
Cette information est probablement à l'origine de certains malentendus,
parmi lesquels l'attribution de la tribune d'orgue de la chapelle. De
fait, nous n'avons retrouvé qu'une seule pièce d'archives
se rapportant à des travaux de Jousse pour les jésuites.
Il s'agit d'un accord notarié daté de 1621 (19),
passé entre celui-ci et trois compagnons serruriers pour exécuter
les ferrures des croisées de l'aile orientale de la "cour
des Classes", la cour centrale du collège, qui venait d'être
achevée l'année précédente suivant le plan
et dessein qui en a ci part esté faict et dressé par Me
Martellange, architecte et religieux de lad. société
(20).
Le document fait par ailleurs allusion à de précédents
travaux effectués par l'un des compagnons serruriers dans la chambre
du portier du collège, dont nous pouvons supposer qu'ils ont également
été dirigés par Jousse.

Cette aile du collège, où se trouvait notamment le réfectoire
des jésuites, a été très remaniée au
XIXe siècle et les fenêtres et leurs ferrures ont été
remplacées. En revanche, le passage central du bâtiment a
conservé ses portes du XVIIe siècle : 
sur l'une d'elles est fixé un judas en fer forgé et soudé
orné du monogramme de la Compagnie de Jésus. Le contrat
ne mentionne pas cet ouvrage, mais il paraît tentant d'y voir un
échantillon du travail de Jousse.
Un autre document attestant l'activité de Jousse comme maître
serrurier est un contrat d'apprentissage datant de 1638, soit quelques
années avant sa mort (21).
Enfin, pour achever de nous convaincre, retournons à l'inventaire
cité plus haut, qui mentionne la présence, dans la maison
de Jousse, d'une quantité impressionnante de matériel se
rapportant à l'activité de serrurier : des réserves
de métal, fer, cuivre, étain, de l'outillage également,
tel que marteaux, tarots, ciseaux, limes, brequins, enclumes, scies, râpes,
valets d'établi, tenailles, etc., également des gonds et
fiches, ainsi que quelques outils de menuisier comme ciseaux, varlopes
et rabots.
Mais l'ancienne bibliothèque, véritable "caverne d'Ali
Baba", recèle d'autres trésors qui révèlent
les compétences multiples de notre homme dans la pratique des arts
du métal. Parmi les différents ustenciles manufacturés
de Jousse, le notaire note ainsi, pêle-mêle, la présence
de moules en bois pour faire des cierges, des petits moulins de fer, ainsi
qu'un modelle de bois pour servir à faire des moulins, ou
encore des branches de chevreuil propres à emmancher des couteaux.
Il relève également la présence de plusieurs pièces
d'orfèvrerie religieuse en métal ordinaire, cuivre ou laiton,
des reliquaires, plusieurs crucifix, dont plusieurs sont non réparez.
Il note aussi une petite Vierge en cuivre, un moule pour faire des crucifix
en plomb, quatre petitz tableaux de plomb, ou encore sept livres
de plomb où est compris une petite statue. Il signale enfin
plusieurs anticques ou médailles représentant plusieurs
empereurs, Cézars et autres de cuivre pesant trois livres et demi.
Dans la même catégorie, notons encore la quinzaine d' estampes
creuses pour faire médailles, qui représentent divers
personnages religieux, parmi lesquels un saint Ignace, qui correspond
certainement à une commande des jésuites, ou les dix
neuf poinçons de relief représentant les mesmes figures,
trouvés dans la pièce principale. Ailleurs, il est question
de petits tableaux de cuivre, représentant une Vierge et une Crucifixion.
Visiblement, Jousse était habile à confectionner des petits
objets en métal repoussé ou moulé.

L'inventaire fait par ailleurs état d'un certain nombre d'uvres
d'art. Si le notaire ne relève qu'un ouvrage de sculpture, une
tête d'angelot en bois, il note en revanche la présence
de plusieurs tableaux peints à l'huile. Outre son portrait déjà
mentionné, se trouvaient dans la pièce principale une Vierge
et une Crucifixion. Dans la bibliothèque, il y avait une toile
représentant Nostre Sauveur, dans un grenier neuf tableaux
en toile huislée représentant les apôtres,
dans une pièce au-dessus, trois autres tableaux : une Crucifixion,
une petite Notre-Dame et un autre tableau représentant Hérodias
(22).
Enfin, le notaire note scrupuleusement un autre tableau peint à
la détrempe sur le manteau de la cheminée de cette pièce,
dont le sujet est malheureusement illisible.
L'amateur d'art est également artiste, comme en témoigne
un certain nombre de plaques de cuivre destinées à imprimer
des estampes : dans un livre relié, trente et neuf planches
tant grandes que petites qui sont les planches du livre de serrurier,
un st François, lesquelles sont en cuivre rouge et jaulne, ailleurs
une petite planche de cuivre gravée de feillages, deux tableaux
servant de cilindre (23)
et, dans une autre pièce, un fer de latton représentant
un nom de Jésus pour servir de planche aux libraires. Dans
cette catégorie doivent être également classées
les deux équerres servant à faire des moresques.
Tous ces objets évoquent évidemment l'activité éditoriale
de Jousse et les planches qui illustrent ses ouvrages. A ce propos, mentionnons
au passage la présence dans sa bibliothèque d' une méchante
esciptoire de bois.

Sa première publication date de 1626, alors que Jousse avait gravé
les planches de la perspective positive de Viator (24)
traduite par Martellange et dont un exemplaire se trouvait d'ailleurs
dans sa bibliothèque (lire ci-dessous, n° 86). Il n'y a rien
de surprenant à ce que Jousse ait rencontré le célèbre
architecte jésuite. La présence à La Flèche
de Martellange est attestée au moins à deux reprises, en
1612 et 1614, alors qu'il avait pris la suite de Louis Métezeau
sur le chantier du collège (25).
Et nous ne pouvons exclure qu'il n'y soit pas revenu par la suite, même
si cela n'est pas formellement établi. Dans tous les cas, il paraît
plus que plausible qu'à l'occasion de ses séjours fléchois,
l'architecte jésuite ait entretenu avec Jousse des rapports fructueux,
d'autant qu'ils appartenaient tous deux à la même génération.
En 1635, Jousse publiait une nouvelle édition de La perspective
de Viator, reveue, augmentée et réduite de grand en petit
(26).
Quelques années plus tôt, en 1627, il avait fait paraître
ses deux premiers traités, La fidelle ouverture de l'art de
serrurier (27)
et Le théâtre de l'art de charpentier (28).
Enfin, en 1642, il éditait Le secret d'architecture (29),
qui devait assurer définitivement sa renommée.
Tous ces travaux d'édition posent une nouvelle fois la question
: quelles étaient les véritables compétences professionnelles
du maître serrurier ? Ces différents ouvrages font pour le
moins la preuve d'un esprit en alerte, dont la curiosité se laisse
volontiers solliciter. Pour éclairer cette part de la personnalité
de l'auteur, il nous faut à nouveau retourner à l'inventaire
de son mobilier. Le bureau de Jousse renferme en effet un grand nombre
d'instruments scientifiques, dont la présence est à mettre
en relation avec une bonne partie de sa bibliothèque, et notamment
la trentaine d'ouvrages qui ont trait à l'arithmétique,
la géométrie ou l'astronomie (lire le détail ci-dessous).
Parmi ces objets, on relève des compas, plusieurs règles
pour les mathématicques, des équerres, des toises, un
instrument pour mezurer l'espais, plusieurs cadrans, en bois ou
en métal, une boussole, une paire de lunettes d'aproche
et une lunette à longue vue ou cette curieuse croix de bois
servant d'instrument de mathématicques nommé le bâton
de Jacob, instrument qui servait à effectuer des calculs astronomiques.
Le notaire prend bien soin d'indiquer que certains de ces instruments
sont imparfaicts. Deux d'ente eux, un cercle astronomique et une
croix de laiton servant de cadran sont par ailleurs signalés comme
non achevés. Selon toute probabilité, Mathurin Jousse fabriquait
lui-même la plupart de ces appareils.

Cette activité qui s'ajoute aux talents de Jousse nous ramène
irrésistiblement au collège des jésuites. Qui donc
en effet, sinon les enseignants et élèves de l'établissement
étaient appelés à utiliser de tels appareils ? Notons
d'ailleurs que leur fabrication pourrait très bien faire partie
des divers travaux, déjà mentionnés, auxquels les
jésuites ont employé notre homme, selon les propres termes
de celui-ci (30).
Cette clientèle que nous lui supposons, les rapports qu'il a entretenus
avec Martellange et les travaux de serrurerie effectués pour les
jésuites mettent en évidence le rôle central joué
par le collège des jésuites dans la carrière de Jousse.
Commencée dès sa fondation en 1603, sa construction était
loin d'être achevée à la mort du serrurier en 1645,
même si les parties essentielles étaient alors en place.
Mathurin Jousse en a très probablement suivi attentivement le chantier,
comme en témoigne une planche du Théâtre de l'art
de charpentier, qui est assez directement inspirée par la charpente
de la chapelle du collège,  achevée
en 1621 (31).
Nous y reconnaissons notamment la silhouette de la "tour de bois",
qui désignait le lanternon élevé au-dessus du faîte
de la chapelle, tel qu'il se profilait avant sa transformation au XIXe
siècle.
Édité en 1642, le Secret d'architecture, premier
traité entièrement consacré à la stéréotomie,
semble également très lié au chantier du collège.
Il est évidemment tentant d'établir, comme l'ont fait de
nombreux auteurs (32),
une relation entre cet ouvrage et la construction à la même
époque de la célèbre tribune d'orgue des jésuites
de La Flèche. Construite en tuffeau provenant des carrières
de la Maumonnière, près de Saumur, celle-ci se présente
en effet comme un chef-d'uvre de stéréotomie. Adossée
au mur ouest de la chapelle,  la
tribune est portée par deux piliers ornés d'atlantes sculptés
et se compose de trois trompes : une centrale en berceau et deux coniques
latérales, toutes trois en tour ronde. Leur mise en uvre,
qui demandait une maîtrise peu commune à cette époque,
montre que le chantier des jésuites a été le théâtre
d'expériences novatrices qui n'ont pu laisser Jousse indifférent.
La parution du Secret d'architecture avait précédé
de quelques mois seulement l' Architecture des voûtes de François
Derand, publiée l'année suivante (33).
Dans sa préface, ce dernier ne manque d'ailleurs pas d'exprimer
son déplaisir d'avoir été ainsi devancé :
il est bien vray qu'une plus grande pièce concernant le mesme
sujet, & mise au jour depuis six mois ou ça ou environ, sous
le tiltre"le secret d'architecture (...)" m'a prévenu
et surpris au milieu de mon impression. Mais je l'ai reconnu fautive en
beaucoup de chefs, & destituée d'ailleurs des plus beaux traicts,
& des plus riches pratiques de l'art ; j'ai jugé que son Autheur
n'avoit aucunement atteint son but, et qu'il sera obligé de donner
une meilleure forme à son ouvrage s'il veut qu'il passe pour légitime
& qu'il nous soit autant utile, comme est grande l'espérance
qu'il prétend que nous concevions d'y trouver les plus beaux secrets
d'architecture. On peut trouver mise au point plus généreuse.

Aussi, s'il paraît ainsi logique d'associer le traité de
Jousse à la construction de la tribune, le même argument
vaut pour l'ouvrage de Derand. En effet, l'architecte jésuite n'était
pas non plus un inconnu dans l'établissement fléchois où,
après avoir été élève entre 1613 et
1615, il avait enseigné les mathématiques entre 1618 et
1621 (34).
Probablement a-t-il eu à ce titre recours aux instruments scientifiques
de Jousse. Derand avait lui-même dirigé la construction de
certains ouvrages dans la chapelle, parmi lesquels le retable du maître-autel
en 1633 (35).
Ainsi impliqué dans le décor de l'église des Pères,
l'architecte ne pouvait, lui non plus, ignorer la construction de la tribune
d'orgue, élevée dans les années suivantes.
En réalité, ni Jousse ni Derand n'en sont les auteurs. Le
marché de sa construction en 1637 mentionne en effet sans ambiguïté
le nom de l'architecte et maître tailleur de pierre fléchois
Jacques Nadreau (36),
connu pour certains travaux dans la ville et la région (37).
Les travaux furent achevés en 1640, date des marchés de
l'augmentation de l'orgue et de la construction du buffet (38).
Une clause dans ce contrat de la tribune est de nature à retenir
toute notre attention. Les jésuites ont exigé en effet de
l'architecte une garantie décennale, condition que nous n'avons
rencontrée nulle part dans les autres marchés, très
nombreux, qu'ils ont passés avec les différents artisans
intervenus dans la construction du collège. Pourtant, il y aurait
eu de quoi les inquiéter lorsqu'un différend est survenu
quelques années plus tôt entre l'architecte des voûtes
de la chapelle et le maître charpentier chargé d'en faire
les cintres (39).
Mais les voûtes d'ogives s'inscrivaient alors dans la tradition
d'un long savoir-faire, qui ne justifiait pas autant de précautions
(40).
D'évidence, les Pères ont fait la preuve d'une bien plus
grande prudence devant le caractère hardi de cette construction.

A n'en pas douter, celle-ci fut l'objet de débats, que nous imaginons
volontiers passionnés. Comment ne pas envisager que Jousse comme
Derand, deux "spécialistes" de la stéréotomie
et deux témoins privilégiés du chantier du collège,
ne se trouvèrent pas alors au centre de ces discussions ?
Contrairement à une tradition tenace, que pourtant il paraissait
tentant de suivre, le maître serrurier et théoricien d'architecture
n'aurait ainsi participé à aucun travail d'architecture,
du moins au vu des pièces d'archives aujourd'hui retrouvées.
Témoignons cependant d'au moins une uvre de Mathurin Jousse,
malheureusement disparue. Il s'agit de son monument funéraire qu'il
avait dessiné vers 1631 et dont il fait part dans son testament
: sur sa sépulture sera faict et pozé un tombeau de pierres
relevées et taillées suivant le modelle et dessain qui sera
treuvé au cabinet dud. testateur (41).
Au lendemain de sa mort, son épouse Françoise Le Royer à
qui il avait légué la totalité de ses biens, fera
exécuter le monument dans le cimetière Saint-Thomas de La
Flèche (42).
Cette uvre, qui semble plutôt modeste d'après la description
qui en est faite dans le marché, ne peut prétendre témoigner
à elle seule de l'activité constructrice de Mathurin Jousse.
Aussi sommes-nous tenté de nous joindre à une suggestion
d'Émile Pecquet (43),
notant que si Jousse n'a mentionné ses propres réalisations
que dans son ouvrage sur la serrurerie à l'exclusion de ses autres
traités, c'est probablement parce que ses compétences pratiques
s'arrêtaient à ce domaine.
Au terme de cette courte évocation d'une carrière si peu
ordinaire, la personnalité de Mathurin Jousse montre une originalité
et une force de caractère qui ne peuvent laisser indifférent.
Il a su faire preuve d'une créativité et d'une curiosité
sans cesse en éveil. En réalité, la variété
de ses centres d'intérêt l'apparente à la tradition
des érudits de la Renaissance.

La mise en forme de ses traités a de quoi surprendre. Des inversions
de gravures et de nombreuses coquilles en obscurcissent souvent le sens.
Le caractère provincial de ces éditions, sur lequel son
concurrent, François Derand, insiste non sans cruauté, trahit
à l'évidence l'isolement de leur auteur. Cet isolement a-t-il
participé de cette volonté d'humilité affichée
parfois par Jousse, notamment dans certains de ses avant-propos ? Reconnaissons
que cette solitude fut sans doute toute relative. Nous avons vu qu'il
fut sûrement en relation avec Martellange et Derand, qui figuraient
parmi les architectes les plus renommés alors dans le pays. Comment
imaginer qu'il n'ait pas fréquenté la plupart des acteurs
de ce prestigieux chantier ? Les méchants souffletz garniz de
cuir et le méchant buffet d'orgues au rebut dans son grenier
ou les anches de cuivre trouvés dans son bureau ne proviendraient-ils
pas du premier instrument des jésuites, avant sa reconstruction
confiée au facteur picard Ambroise Le Vasseur (44),
avec lequel nous n'imaginons pas qu'il n'ait eu des échanges, voire
une collaboration ?
Son expérience de compagnon, que supposent avec beaucoup de probabilité
certains auteurs (45),
ne plaide pas non plus en faveur d'un trop grand isolement. Ses liens
avec le compagnonnage sont encore avérés lorsqu'il fait
appel à des serruriers venant des quatre coins du pays pour mener
à bien les travaux de la "cour des classes".
Cette profonde intimité avec le chantier du collège a certainement
été déterminante dans la carrière de Mathurin
Jousse. Ne serait-ce pas au contact de tous ces artisans, parmi lesquels
ont figuré les plus habiles, que le maître serrurier aurait
acquis cette expérience propre à faire voir en sa personne
un praticien issu de la famille des maîtres maçons ?

Annexes
(1) Le Buf François. Mathurin Jousse, maître
orfèvre à La Flèche (1607-1672). Les orfèvres
dAnjou et du Bas-Maine. Paris, CNMHS / Éditions du Patrimoine,
1998, p. 86-89.
(2) Pecquet Emile-C. Mathurin Jousse, architecte et
ingénieur de la ville de La Flèche au XVIIe siècle.
Cahiers Fléchois, n° 6 (1984), p. 28-41.
(3) Clère Jules. Histoire de lÉcole
de La Flèche, depuis sa fondation par Henri IV jusquà
sa réorganisation en Prytanée Impérial Militaire.
La Flèche, Jourdan, 1853, p. 165.Construit entre 1600 et 1620,
le château, qui sélevait dans la partie orientale de
la ville close, fut détruit vers 1820. La chapelle se trouvait
dans le corps de logis. Voir à ce sujet : Schilte Pierre. Le
château des Fouquet de la Varenne à La Flèche au XVIIe
siècle. Le Mans, Martin, [1988]. Lattribution de ces
travaux à Jousse est peut-être fondée sur la dédicace
du théâtre de lart de charpentier adressée
à René Fouquet de la Varenne, le fils de Guillaume qui était
mort en 1616. Si elle napporte la preuve de lintervention
de Jousse au château de la Varenne, du moins témoigne-t-elle
de relations entre les deux hommes.
(4) Jousse est un patronyme très courant depuis
le XVIe siècle au moins à La Flèche et dans les paroisses
environnantes. Il est par conséquent très probable quil
soit un enfant du pays fléchois.
(5) A.C. La Flèche : R 1. Registre des baptêmes,
mariages et sépultures de la paroisse Saint-Thomas de La Flèche.
Le dix septiesme jour dud. mois et an [mars 1645] cy-dessus, a esté
inhumé au grand cimetière Mathurin Jousse, aagé de
soixante et dix ans.
(6) Le Buf François. Un collège
royal dans la ville : le renouveau du patrimoine fléchois.
303, Arts, Recherches, Créations, n° 44 (1995), p. 22-33.
(7) A.D. Sarthe : 4 E VIII 111, 25 avril 1648, bail à
rente du lieu des Rougeries, au Bailleul.
(8) A.D. Sarthe : 4 E VIII 69/1241, 27 décembre
1622, achat par M. Jousse dune parcelle rue du Collège, en
laquelle led. preneur demeure tenu bastir et y entretenir lesd. bastiments
en si bon estat que lad. rente y puisse estre vallablement prise.
A.D. Sarthe : 4 E VIII 102, 12 septembre 1639, vente par M. Jousse à
limprimeur Georges Griveau saison rue du Collège quil
auroict faict bastir et construire de neuf.
(9) Située entre la rue du Collège et la
rue Carnot, la parcelle nest pas précisément identifiée.
Sil subsiste quelques hôtels du XVIIe siècle dans cet
assez vaste îlot, aucun ne répond avec satisfaction à
la description du document : (...) ung corps de logis composé
de quatre caves, cavereaux, trois desquelz sont en voûte de pierre,
deulx chambres basses à cheminée, lune devant et lautre
derrière servant de cuisine, quatre chambres haultes à cheminée
tant du second que troiziesme estage, quatre grandes estudes, quatre greniers
dessus du grand corps de logis et accompagnement, plus ung autre corps
de logis servant de bouticque composé dune bouticque à
cheminée, une petitte chambre dessus et grenier dessus, dune
botte de latrines voûté de pierre estant au bout de lad.
bouticque, avecq une petitte cour pavée dardoise qui est
oultre la cinture du premier logis et lad. bouticque et ung puy qui est
en la grand cour dud. grand corps de logis avecq une pomppe qui est dans
lad. cuisine servant à tirer leau dud. puy, tous lesd. logis
et bouticque couverts dardoise avecq de la plomblerie tout autour
dud. logis (...).
(10) A.D. Sarthe : 4 E VII 15/633, 19 novembre 1636, accord
entre Jousse et un de ses locataires du faubourg de la Beufferie au sujet
dun terme de loyer.
4 E VIII 107, 12 octobre 1644, bail à ferme dun
logis, sis et situé en la rue Basse, basti et construict de
neuf, joignant dun costé les maisons et appartenances de
Denis Gaillard, dautre costé un corps de logis aussi basti
de neuf appartenant aud. Jousse bailleur (...)
(11) A.D. Sarthe : 4 E VIII 114, 21 décembre 1652.
(...) inventaire faict à La Flèche des meubles, ustenciles
manufacturés et livres représentez par honorable femme Françoise
Le Royer, veufve de déffunct Mathurin Jousse, vivant marchand (...)
(12) A.D. Sarthe : 4 E VIII 105 décembre 1636, articles
ci-devant accordez entre Mathurin Jousse lesné, marchand,
et Mathurin Jousse le jeune son filz, maistre orfèbvre, contenant
le fournissement et paiement par led. Jousse père aud. Jousse son
filz des choses ci-après mentionnées
(13) A.D. Sarthe : 4 E VIII 110, 28 septembre 1647, compromis
entre Mathurin Jousse le jeune et sa mère, Françoise
Le Royer.
(14) Marchant de Burbure François-Roger-Fidel. Essai
historique sur la ville et le collège de La Flèche.
Angers, an XI [1803], p. 104.
(15) Pérouse de Montclos Jean-Marie. Larchitecture
à la française, XVIe, XVIIe, XVIIIe siècles.
Paris, Picard, 1982, p. 96-98.
(16) A.D. Sarthe : B 2558, 15 mai 1631 - 18 septembre 1632
; B 2560, 7 janvier 1633.
Lors de cette adjudication, Jousse sétait trouvé en
concurrence avec une autre serrurier de la ville, Martial Blondeau.
Après un différend survenu en 1633, les échevins
furent contraints de lui régler le solde de ses
travaux, pour le reste davoir rabillé et faict jouer lorloge.
(17) A.D. Sarthe : 4 E VIII 98, 9 septembre 1631 ; B 2557,
19 mars - 29 avril 1632.
(18) Louvrage est aujourdhui conservé
dans la bibliothèque du Prytanée national militaire.
(19) A.D. Sarthe : 4 E VIII 16/418, contrat entre Mathurin
Jousse et trois compagnons serruriers pour les ferrures des croisées
de laile orientale de la"cour des Classes"du collège
des jésuites de La Flèche (cf. annexe n° 1).
(20) A.D. Sarthe : 4 E VIII 16/415, 31 août 1620,
marché entre les jésuites et Guillaume Le Gué, maître
tailleur de pierre, Guillaume Malteste, maître charpentier et Jean
Sacher, couvreur, pour la construction de laile orientale de la"cour
des Classes"; 4 E VIII 16/532, 10 novembre 1620, contrat entre les
jésuites et plusieurs artisans pour les travaux de finition de
laile en question.
(21) A.D. Sarthe : 4 E VI 333/154, 14 janvier 1638,
contrat entre Mathurin Jousse, maître serrurier et Jehan Pichonneau,
fils de Jehan Pichonneau, laboureur à Cré, près de
La Flèche, pour lui monstrer à son possible ce qui est
de la vaccation de maistre sereurier. Lélève ne
présentait pas de réelles dispositions ? Toujours est-il
que le contrat sera annulé huit jours plus tard (cf. annexe n°
2).
(22) Le musée communal de La Flèche possède,
depuis sa fondation au XIXe siècle, un très beau tableau
à lhuile sur bois datant de la première moitié
du XVIIe siècle, dont lorigine est méconnue, figurant
Salomé présentant sur un plateau le chef de saint Jean-Baptiste.
Cette très belle uvre proviendrait-elle de la collection
de Mathurin Jousse ?
(23) Le notaire signale à plusieurs reprises la
présence de cylindres de métal, grands ou petits, dont nous
supposons quils devaient être utilisés pour les gravures.
(24) La Perspective positive de Viator. Traduite du
latin en françois. Augmentée et illustrée, Par Maistre
Estienne Martellange de la Compagnie de Jésus. Avec les Figures
gravées. A La Flèche. Par Mathurin Jousse. La Flèche,
Georges Griveau, 1626.
(25) Bouchot (Henri). Notice sur la vie et les travaux
dÉtienne Martellange architecte des jésuites (1569-1641)
daprès les documents conservés au cabinet des estampes
de la Bibliothèque nationale. Bibliothèque de lÉcole
des Chartes, t. 47 (1886), p. 38.
(26) La perspective positive de Viator, Latine et Françoise,
reveue, augmentée et réduite de grand en petit [Mathurin
Jousse]. La Flèche, Georges Griveau, 1635.
(27) La fidelle Ouverture de lart de serrurier
: où lon void les principaulx préceptes, Desseings
et figures, touchant Les expériences et opérations Manuelles
dudict Art. Ensemble Un petit traicté De diverses trempes. Le tout
faict et Composé par Mathurin Jousse de La Flèche. La
Flèche, Georges Griveau, 1627.
(28) Le théâtre de lart de Charpentier
Enrichi de Diverses Figures Avec linterprétation dicelles
faict et dressé Par Mathurin Jousse De La Flèche. La
Flèche, Georges Griveau, 1627.
(29) Le secret darchitecture découvrant
fidèlement les traits géométriques, coupes et desrobements
nécessaires dans les bastiments. Enrichi dun grand nombre
de Figures, adioustées sur châque Discours pour lexplication
diceux. La Flèche, Georges Griveaux, 1642.
(30) Lettres à Messieurs les Révérends
Pères de la Compagnie de Jésus, dédicace de la
fidelle ouverture de lart de serrurier. Cf. note 17.
(31) Le théâtre de lart de charpentier,
p. 142-143 : CVIII figure, p. 146-147 : CXI figure.
(32) Salbert Jacques. La chapelle Saint-Louis du colège
des jésuites de La Flèche en Anjou (aujourdhui Prytanée
militaire). Annales de Bretagne, t. 68 (1961), p. 168-187.
Moisy (Pierre). La chapelle du collège des jésuites de
La Flèche. Congrès archéologique de France,
1964, p. 39.
(33) Larchitecture des voûtes ou lart
des traicts et coupe de voûtes traicté très-util,
voire nécessaire à tous architectes, maistres massons, appareilleurs,
tailleurs de pierre, et généralement à tous ceux
qui se meslent de larchitecture, mesme militaire. Paris, Sébastien
Cramoisy, 1643.
La stéréotomie était décidément un
sujet qui intéressait à la même époque les
praticiens comme les théoriciens. En 1640, paraissait ainsi, de
Girard Desargues, le Brouillon project dexemples dune manière
universelle du S.G.D.L., touchant la practique du trait à preuve
pour la coupe des pierre en architecture, et, en 1643, La practique
du traict à preuve de M. Desargues, lyonnais pour la coupe des
pierres à larchitecture, par Abraham Bosse (cf. Pérouse
de Montclos. Op. cit.).
(34) Moisy (Pierre). Les église jésuites
de lancienne assistance de France. Rome, Institutio Historicum
S.J., 1958, t. 1, p. 131-144.
(35) Le Buf (François). Quelques travaux
inédits de Derand dans la chapelle des jésuites de La Flèche.
Histoire de lArt, n° 39 (octobre 1997), p. 97-105.
A.D. Sarthe : 4 E VI 328/247, 20 juin 1633, marché avec larchitecte
lavallois Pierre Corbineau, sous le contrôle de François
Derand, pour la construction du retable du maître-autel de la chapelle
des jésuites.
Daprès le même document, Corbineau devait également
exécuter les tribunes du transept, également dessinées
par Derand. Louvrage actuel, qui ne correspond pas à la description
quen fait le marché, est en revanche conforme à des
dessins plus anciens de Martellange.
(36) A.D. Sarthe : 4 E VIII 173/579, 25 novembre 1637,
marché avec Jacques Nadreau pour la construction de la tribune
dorgue (cf. annexe n° 3) ; 4 E VIII 173/615, 12 décembre
1637, marché pour la livraison du tuffeau nécessaire à
cette construction (cf. annexe n° 4).
(37) Jacques Nadreau a construit plusieurs maisons et
hôtels à La Flèche entre 1633 et 1640. Il est également
lauteur du château de Courcelles, à quelque distance
de la ville, aujourdhui détruit. Enfin, en 1637, la même
année où il prenait en charge la tribune dorgue des
jésuites, il recevait commande du couvent des capucins de La Flèche,
nouvellement installés dans la ville.
(38) Dufourq (Norbert). Le grand orgue de la chapelle
du Prytanée Militaire de La Flèche. Province du Maine,
t. 66 (1964), p. 161-228.
Lors de travaux récents de restauration de lorgue, une pièce
de monnaie datant de 1639 a été retrouvée sous le
revêtement en bois qui recouvre la main courante de la balustrade
de la tribune.
(39) A.D. Sarthe : 4 E VIII 15/464, 2 octobre 1620, compromis
entre les jésuites, larchitecte des voûtes de la chapelle
et le charpentier chargé des cintres.
(40) Les chantiers de leurs églises montrent que
les jésuites ont parfois hésité à trancher
entre tradition et modernité : ainsi à Blois. A La Flèche,
il est probable que Martellange, qui avait quitté la ville lorsque
la chapelle fut voûtée, aurait préféré
couvrir celle-ci dun berceau, comme il lavait fait à
léglise du noviciat de Paris.
(41) A.D. Sarthe : 4 E VIII 25/81, 8 mars 1631, testament
de Mathurin Jousse (cf. annexe n° 5).
(42) A.D. Sarthe : 4 E VI 340/198, 8 mai 1645, contrat
entre Françoise Le Royer, veuve de Mathurin Jousse, et Pierre Chaudet,
carrier à Durtal (Maine-et-Loire), pour la construction du tombeau
des époux Jousse (cf. annexe n° 6) ; 4 E VII 94/42, 20 mars
1662, contrat entre les enfants Jousse et le tailleur de pierre Jean Jottu,
pour achever le tombeau, après la mort de Françoise Le Royer.
(43) Pecquet Camille-C.. Op. cit., p. 38.
(44) Dufourcq Norbert. Op. cit. Par ailleurs, la présence
dans le même grenier de deux vieilles harpes avec leur étui
en sapin, donne à penser que Jousse a peut-être été
amené à réparer ces instruments, plutôt quelle
ne révélerait des aptitudes à la musique, sujet qui
nest pas représenté dans sa bibliothèque.
(45) Clère Jules. Op. cit., p. 164.
Terquem M.Bulletin de bibliographie, dhistoire et de biographie
mathématiques. Paris, t. 1, 1855, p. 52-55.
Pecquet Emile-C.. Op. cit., p. 41.
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