Alexandre MaralConservateur du patrimoine
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Placée sous le vocable de saint Louis, la chapelle royale du château
de Versailles qui fut inaugurée en 1682, la quatrième depuis
le début du règne personnel de Louis XIV, prenait la suite
d'un édifice conçu comme définitif mais vite détruit
pour des raisons de commodité liées à l'installation
de la cour à Versailles et à un important agrandissement
du palais (1).
De tous les sanctuaires anonymes, comme privés de vocable, qui
se sont succédé au sein du château, c'est le seul
dont la titulature, royale, est attestée. Le récit de la
consécration, suffisamment précis, est fourni par la Gazette
de France de 1682 :
« Le 30 [avril], nostre archevesque (2)
fit la bénédiction de la chapelle
de Versailles, dédiée sous le titre de saint Louis. Ensuite
il célébra la messe, à la fin de laquelle il donna
la bénédiction du Saint-Sacrement. Leurs Majestez assistèrent
à la cérémonie, accompagnées d'un grand nombre
de seigneurs et de dames »(3).
Cette chapelle, dont l'affectation au culte coïncidait avec l'arrivée
de la cour et du gouvernement à Versailles pour une installation
définitive, connut d'emblée une activité incessante
: vêpres, messe et sermon pour la fête de Pentecôte
les 16-17 mai (4),
vêpres et salut pour la Fête-Dieu le 29 mai, (5)
etc., sans compter toutes les messes et offices quotidiens non répertoriés.
À l'exception de la Description sommaire du chasteau de Versailles
de Félibien, dont l'édition de 1689 (intégrée
dans son Recueil de descriptions de peintures et d'autres ouvrages
faits pour le roy), n'est que la reprise sans changement de celle
de 1674, et l'Explication historique de ce qu'il y a de plus remarquable
dans la maison royale de Versailles et en celle de Monsieur à Saint-Cloud
de Morellet, parue il est vrai un an avant la consécration, les
guides officiels du château prennent tout de même en compte
l'existence de cette chapelle, qu'à la différence des précédentes
ils citent au détour d'une de leurs évocations des appartements
du palais, même s'ils ne livrent malheureusement pas de description
de l'intérieur. Ainsi, dans la Nouvelle description des chasteaux
et parcs de Versailles et de Marly de Piganiol de La Force, parue
en 1701, l'auteur mentionne, à côté du salon de l'Abondance,
l'« ancienne chapelle », ancienne par rapport à celle
qui fut commencée en 1687 et dont il fait état tout aussi
brièvement (6).
Dans sa Description sommaire de Versailles ancienne et nouvelle,
ouvrage datant de 1703 et intégrant la description faite par son
père André Félibien trente années auparavant,
Félibien des Avaux situe l'entrée de l'appartement des Bains
« vis-à-vis d'une des portes de la chapelle, sous un grand
passage qui donne entrée dans les jardins » (7).
De même, après avoir décrit le Grand Degré,
il mentionne le vestibule du cabinet des médailles, qui «
donne aussi entrée aux tribunes de la chapelle, par lesquelles,
à travers un passage où doit être le vestibule des
tribunes de la nouvelle chapelle que l'on bâtit, on peut aller voir
les appartemens contenus dans l'aile neuve » (8).
Annoncée par les guides officiels eux-mêmes, la précarité
de cette chapelle frappe d'entrée de jeu. La chapelle de 1672,
même après un remaniement d'envergure en 1675, fut subitement
abandonnée pour une construction improvisée en un endroit
du château où l'on ne prévoyait, du fait de l'existence
de la grotte de Thétis, aucune construction de l'ampleur de celle
entreprise au midi (9).
Le Mercure galant de mai 1682 fait état de la précipitation
du transfert en même temps que du caractère provisoire de
la construction entreprise :
« Le dessein de ce monarque a toujours esté
que la chapelle de Versailles fust le lieu le plus magnifique de ce somptueux
et brillant palais. Et comme un ouvrage d'une parfaite beauté ne
peut s'achever en peu d'années et qu'il a toujours fait voir que
rien ne luy couste lorsqu'il s'agit de faire éclater sa piété,
il a bien voulu en faire construire une autre qui passera toujours pour
très belle et qui cependant ne sera que la nef de celle à
laquelle il a ordonné qu'on travaillast » (10).
En novembre 1686, à propos du voyage des ambassadeurs de Siam en
France, le Mercure galant tient un discours légèrement
différent, où il apparaît que la chapelle de 1682
était condamnée à disparaître :
« [...] Lorsqu'ils eurent commencé à examiner la chapelle,
on leur dit qu'elle ne servoit à Sa Majesté qu'en attendant
qu'on eust achevé d'en bastir une plus belle à laquelle
elle faisoit travailler » (11).
On pourrait s'interroger
à juste titre sur la contradiction apparente entre ce qui semblait
évident quatre ans à peine après l'inauguration de
la chapelle et une durée de vingt-huit ans de bons et loyaux offices.
Il semble que le manque d'argent dû aux guerres ait été
la principale cause du prolongement inattendu de cette situation, mais
il ne faudrait pas négliger l'influence de Madame de Maintenon,
qui, d'après les Souvenirs de Mademoiselle d'Aumale, «
a fait tout ce qu'elle a pu pour empêcher le roi de faire tant de
dépenses pour la chapelle de Versailles », qu'elle considérait
« d'autant plus inutile qu'elle étoit persuadée que
ce lieu ne seroit pas toujours la résidence de nos rois »
(12).
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Énigmatique,
au destin inattendu, peu connue en dépit de sa durée de
vie, cette chapelle a pourtant fait l'objet de nombreuses représentations.
Les sources essentielles émanent de l'agence d'architecture des
Bâtiments du roi et sont donc principalement conservées aux
Archives nationales et à la Bibliothèque nationale de France.
Blottie contre le corps central du château, située au départ
de l'aile du Nord, qui fut bâtie à partir de 1684, la chapelle
de 1682 figure sur de nombreux plans du palais antérieurs à
1710 (13).
Deux
plans, l'un du rez-de-chaussée et l'autre du premier étage
du corps central, permettent de situer plus précisément
la chapelle de 1682 (14) : adossée à l'aile du Gouvernement, dont elle venait aveugler
une partie de la façade nord, son accès se fait au rez-de-chaussée
à partir du passage menant de l'avant-cour au parterre du Nord
ou bien à partir de l'avant-cour directement. On pénètre
dans un vestibule oblong d'une longueur de cinq toises et demie sur une
largeur d'une toise et demie environ (qui, parce que l'aile du Gouvernement
est relativement de peu d'épaisseur, se situe dans le prolongement
de la façade de l'enveloppe de Le Vau), dont l'extrémité
ouest se termine en exèdre, ouvert sur la chapelle proprement dite
par un large passage d'au moins trois toises dans lequel est installée
une grille. La nef ouvre sur le parterre du Nord par deux baies ménagées
dans le mur ouest, tandis qu'à la troisième, bouchée
par la présence de stalles, correspond le sanctuaire, surélevé
d'une marche, qui mesure deux toises sur quatre : l'autel y est placé
au centre, au sommet d'un triple emmarchement et encadré de deux
colonnes ; côté est, en partant de l'espace prolongeant le
vestibule et ouvert sur la cour de la chapelle, se trouvent deux petites
chapelles latérales et une petite pièce de dimensions semblables,
séparée du sanctuaire par des stalles, ouvrant aussi sur
la cour de la chapelle, ainsi que sur l'aile du Nord, mais traversée
par une cloison oblique. Ces quatre espaces sont individualisés
par leur voûtement d'arêtes. Au premier étage, ouvrant
sur l'actuel salon de l'Abondance à l'ouest et sur une petite pièce
mitoyenne de celui-ci au sud, la tribune de cette chapelle palatine dessine
un L dont la barre verticale, qui compte une toise et demie de large,
est dans l'exact prolongement de l'enfilade du Grand Appartement de l'enveloppe
de Le Vau. Face à l'entrée, une fenêtre donne sur
la cour. Cette chapelle est éclairée par sept fenêtres,
trois donnant sur le parterre du Nord à l'ouest, les quatre autres
sur la cour de la chapelle à l'est. On ne sait si la dernière
de ces quatre fenêtres est aveugle, du fait de la présence
d'un autel (15). Les trumeaux entre les fenêtres n'ont pas tous la même largeur,
ce qui se retrouve d'ailleurs dans l'actuel salon d'Hercule. Face à
la barre horizontale du L correspondant à la tribune est, qui mesure
deux toises de large, un simple passage, beaucoup moins large et ne donnant
pas accès à l'aile du Nord, est gardé par une balustrade
de même configuration que celle de la tribune. Une des deux logettes
en encorbellement situées au sud, aux deux extrémités
de la tribune royale, sert de passage.
Deux
plans faisant aussi partie d'un même ensemble (16)
montrant le rez-de-chaussée et le premier étage d'un château
où coexistent projets et réalité, parmi lesquelles
la chapelle de 1682, ainsi qu'un plan du rez-de-chaussée seul (17),
indiquent dans l'ensemble les mêmes dispositions, avec cependant
quelques précisions. Ainsi, nombre de cloisons n'apparaissent plus
à l'intérieur de l'aile du Gouvernement, permettant un accès
direct à la chapelle par une pièce ouvrant sur la cour royale
au rez-de-chaussée et, au premier étage, par un escalier
longeant le cabinet des Médailles. Aux deux niveaux, une large
porte s'ouvre sur le futur vestibule de la chapelle dite de 1710. Les
piliers est du rez-de-chaussée semblent beaucoup plus épais
que sur le premier plan, mais peut-être ne s'agit-il que de l'encadrement
des autels des chapelles latérales. Dernière précision
que le plan de la Bibliothèque nationale de France permet d'apporter,
le sanctuaire est doté de deux rangées de stalles.
À
l'échelle de la seule chapelle, les principales indications sont
fournies par deux plans dressés pour l'aménagement du vestibule
de la chapelle dite de 1710 (18).
Ils sont pourvus chacun d'une retombe montrant la partie nord de la chapelle,
destinée à disparaître. Y figurent notamment un autel
adossé au mur est du bas-côté et, dans un sanctuaire
de plan rectangulaire, fermé sur les petits côtés
par une rangée de stalles précédées d'un banc
et d'un double emmarchement sur le côté, le maître-autel
contre le mur nord, encadré de deux doubles colonnes et surhaussé
de quatre marches. À l'est du sanctuaire, la sacristie (mesurant
deux toises sur deux toises et demie) occupe un espace correspondant à
l'intersection de la travée du sanctuaire et de celle du bas-côté
sous la tribune. Dans le renfoncement nord de cette petite pièce,
face aux angles arrondis de la paroi sud, le premier plan montre un chapier.
Tandis que les plans cités plus haut faisaient état, pour
cette même pièce, d'une cloison interne et d'une porte donnant
accès à l'aile du Nord, ces dernières ont désormais
disparu, le problème ayant été résolu par
la construction d'une petite pièce, d'une toise et demie sur deux
et demie, prise sur la cour de la chapelle, dans laquelle sont dessinés
un lit de repos et un placard. L'accès à cette pièce
est indiqué par un étroit passage encadré de deux
placards. Cette pièce était du reste menacée, sinon
de disparaître, du moins de perdre les quelques marches et le perron
ouvrant sur la partie de l'aile qu'allait remplacer la chapelle dite de
1710 (19).
D'un précision digne d'un architecte, le plan pour le mariage du
duc de Chartres, le futur Régent, en 1692, soigneusement dessiné
dans un des registres des relations des cérémonies de la
cour de France par Desgranges, présente l'état du sanctuaire
lui-même (20).
L'autel est placé au sommet de cinq marches et s'appuie sur un
mur encadré de deux pilastres précédés de
colonnes. Ces dernières servent à leur tour à encadrer,
avec une autre colonne qui leur est symétrique et qui s'apppuie
aussi sur un pilastre, une niche cylindrique, destinée sans doute
à recevoir quelque statue.
Conservé aux Archives nationales, un ensemble de coupes et élévations
donnent d'utiles compléments d'information sur la disposition interne
de la chapelle et font état d'un changement de parti lors de sa
construction.
Première en date, l'élévation extérieure de
la façade de la grotte de Thétis et d'un projet de chapelle
jouxtant la grotte
indique
un premier étage assez bas, qui ne dépasse pas la hauteur
de la grotte, et un comble atteignant à peine l'entablement de
l'étage noble de l'enveloppe de Le Vau, à une hauteur totale
de sept toises environ (21).
L'effet d'écrasement de l'ensemble est renforcé par le fait
que la corniche couronnant les trois arcades du rez-de-chaussée
y règne avec celle du même étage du château.
Ce projet est annoté : « Fassade du bastiment de la chapelle
que l'on doit faire pour le roy, à Versailles, ce 22 juin 1681
».
Une
retombe propose un premier étage plus élevé, qui
dépasse nettement la hauteur de la grotte et permet à la
toiture d'atteindre le milieu de l'attique du palais, à une hauteur
totale de presque huit toises (22).
C'est ce projet de surélévation, où la corniche située
au-dessus des trois fenêtres à arc segmentaire règne
avec la moulure des sommiers des arcades du château, qui semble
avoir été retenu, à en juger par l'annotation qui
figure au verso de la retombe : « Paraphé par Mgr Colbert
et Jacques Mézière (23),
en conséquence du marché passé devant Lamy, notaire,
ce jourd'huy ... juillet MVIc quatre-vingtz-un ».
Correspondant
à ce double projet, deux coupes de l'intérieur de la chapelle
montrent deux résultats différents en fonction de la hauteur
du premier étage (24).
La seconde est annotée et signée au verso : « Paraphé
par Monseigneur Colbert et Jacques Mazière en conséquance
du marché passé devant Lamy, notaire, ce jourd'huy 26e juillet
MVIc quatre-vingtz-un. Colbert. J. Mazière ».
Ces
deux coupes, qui font voir la face interne du mur donnant sur la cour
de la chapelle, à l'est, présentent une ordonnance de trois
arcades en plein cintre atteignant la hauteur d'un peu plus de deux toises
et demie au rez-de-chaussée, sans autre décor sculpté
qu'une double mouluration à la base des arcades. Au sud, le dessous
de la tribune, séparé de la chapelle dont il constitue une
sorte de vestibule par un pilier supportant le départ d'un arc
surbaissé (dont la coupe montre un soffite), présente une
ouverture rectangulaire légèrement décentrée
donnant sur la cour de la chapelle par l'intermédiaire de la pièce
carrée visible sur les plans. Les arcades sont garnies différemment
selon les coupes : la première montre, dans les deux arcades de
la nef, une clôture en bois tourné, surmontée d'une
imposte fixe composée d'un motif rayonnant aussi en bois tourné,
tandis que l'arcade du sanctuaire est garnie, sous la même imposte
que dans les autres, de deux vantaux en bois mouluré évoquant
les battants d'une porte ; sur la seconde coupe, l'arcade correspondant
à la sacristie est la même, mais les deux autres de la nef
n'ont qu'une petite clôture basse de menuiserie à panneaux
avec porte centrale ouvrante. Sur chacune des deux coupes, le maître-autel,
assez simple, est précédé de cinq marches. Au premier
étage, qui repose dans les deux cas sur un plancher en contrebas
de cinq pieds de celui de l'aile du Gouvernement (25),
les deux coupes diffèrent non seulement par la hauteur qu'elles
accordent aux fenêtres, mais aussi par l'agencement du décor : à gauche de la tribune, qui ouvre sur la cour de la chapelle
par une baie rectangulaire simplement moulurée, tout aussi désaxée
que la porte du rez-de-chaussée et qui est dotée d'un balustrade
dont les deux coupes reproduisent un premier balustre, les trois arcs
segmentaires placés en face des fenêtres à l'aplomb
des arcades du rez-de-chaussée n'ont d'autre décor, sur
la première coupe, qu'une balustrade ajourée interrompue
par la paroi ; sur la seconde coupe, où les fenêtres sont
beaucoup plus élevées (elles atteignent la hauteur de deux
toises contre seulement dix pieds sur la première coupe) et sont
ornées d'un chambranle, les trumeaux sont précédés
d'un ange-atlante qui repose sur le dé d'une balustrade continue,
à l'aplomb des grandes arcades du rez-de-chaussée. Beaucoup
plus élégant, le second projet donne une impression de dilatation
de l'espace à l'étage royal, du fait de la disparition de
la cloison intermédiaire qui rétrécit le volume de
la chapelle au rez-de-chaussée, en raison aussi de la beauté
de ces anges rappelant les termes-atlantes d'un « sallon »
prévu au débouché du Grand Degré (26).
Deux toitures coiffent nef et tribune, celle de cette dernière
étant plus pentue sur la seconde coupe en raison de la voûte
qu'elle recouvre.
La
coupe que les Marie considéraient comme un projet, et qui est en
fait un relevé, présente, comme le confirment les gravures
du temps, la chapelle telle qu'elle fut réalisée, le maître-autel
disposé au nord (27).
Encadré de deux colonnes sur pilastres, cet autel est surmonté
d'un important entablement et d'un fronton, la croix du sommet culminant
ainsi à presque sept toises. Trois arcades moulurées en
anse de panier, d'une hauteur de deux toises environ, avec têtes
d'angelots à la clef, séparées par des pilastres
doriques, occupent le rez-de-chaussée. Au premier étage,
qui représente une hauteur presque égale à celle
du rez-de-chaussée (environ vingt pieds), les dés de la
balustrade servent de soubassement à des termes en chérubins
qui soutiennent la corniche. Ces derniers ne sont pas sans évoquer
ceux du projet d'un « grand pallier du grand escailler »,
tels que les représente une coupe de l'enveloppe de Le Vau conservée
à la Bibliothèque de l'Institut (28).
Des fenêtres rectangulaires moulurées occupent toute la hauteur
de l'étage. Au-dessus enfin, une voûte assez importante de
plus de deux toises prend place sous la charpente et la toiture, cette
dernière sommée d'une grande croix haute de neuf pieds un
quart (29).
Au verso figure une annotation : « À Lambert pour m'en parler
» (30).
Cette coupe, centrée sur le mur qui sépare la chapelle de
la grotte (31),
ne prend pas en compte le côté de la tribune au sud, mais
celui où se pose le problème du raccord entre la chapelle
et l'aile du Nord en construction. Une nette différence de hauteur
s'observe au niveau des toitures, et les hachures à la sanguine
indiquent probablement des étais provisoires, placés afin
de permettre le remplacement du mur nord par une cloison plus légère.
Cette
différence de hauteur se retrouve sur la coupe est-ouest du même
endroit également annotée : « À Lambert pour
m'en parler » (32).
Liée au projet d'intégration de la chapelle au sein de l'aile
du Nord, elle montre clairement la cloison de bois à substituer
au mur de la grotte devenu superflu. Conçue en fait pour occuper
l'espace sis entre le château et la grotte, la chapelle fut englobée
dans l'aile du Nord, au point que cette dernière, avec sa toiture
nettement plus haute, vint masquer celle de la chapelle, dont le faîte
n'atteignait qu'à peine la ferme de la toiture de l'aile du Nord
(33).
La période où l'édifice consacré au culte
était signalé à l'extérieur par une croix
fut donc extrêmement courte. Sur cette coupe figure encore le passage
en coursière à l'intérieur des piliers entre les
fenêtres de la façade ouest et, à l'est, une large
tribune, pourvue même d'une charpente indépendante couvrant
une voûte en plein cintre, comme sur la partie royale.
Cette
coupe est heureusement complétée par un profil coté
de la chapelle, faussement annoté « Salle de comédie
» (34).
Probablement à la hauteur du sanctuaire, à en juger par
la différence de niveau entre le sol à l'intérieur
de la chapelle et dans les jardins, la paroi de la chapelle donnant sur
le jardin à l'ouest est visible en coupe, doublée et surélevée
par la façade de l'aile du Nord. Les cotes précisent trois
toises un pied un pouce et demie pour le rez-de-chaussée, trois
pieds pour la balustrade du premier étage, une toise quatre pieds
quatre pouces trois quarts pour la fenêtre du premier étage,
de même hauteur que le terme, un pied cinq pouces pour l'entablement
au-dessus. La coursière, qui mesure six pieds trois quarts sur
vingt et un pouces, est encadrée cette fois d'un balustre côté
ouest et d'un terme placé sur un dé à l'intérieur
de la paroi vue de profil (35).
La hauteur de la chapelle, jusqu'au départ de la voussure, atteint
donc cinq toises quatre pouces onze pieds un quart, pour une hauteur de
l'aile de dix toises trois pieds un pouce. Le départ de la toiture,
qui fait saillie à l'extérieur, se situe au niveau de l'imposte
des arcades du premier étage de la façade de l'aile sur
jardin, c'est-à-dire légèrement plus bas que sur
la coupe précédente.
Un
dernier dessin (36)
montre une coupe de l'aile du Gouvernement et une élévation
d'un projet de façade de la chapelle sur la cour (37),
ainsi que, de nouveau en coupe, l'escalier construit en 1686 au départ
de l'aile située à l'emplacement de la chapelle actuelle,
en face de l'aile du Gouvernement, et fermant la cour de la chapelle au
nord (38).
La différence de niveau à la hauteur du premier étage
entre l'aile du Gouvernement et la tribune de la chapelle y est confirmée.
Par ailleurs, le problème posé par la rencontre de l'attique
de l'aile du Nord et de la toiture de la chapelle semble résolu,
puisque aucune ombre portée ne vient en souligner un éventuel
retrait. En probable correspondance avec celles de l'intérieur,
des arcades en anse de panier d'une hauteur d'environ deux toises forment
le rez-de-chaussée.
uvre
certes de Nicolas de Poilly, la gravure représentant la «
Fermeture de la chapelle de Versailles qui est de fer sizelé »
(39)
est à rattacher davantage aux dessins d'architecture qu'aux
uvres d'art, du fait de la présentation de ce segment de
grille et d'un battant de porte surmonté d'une croix. Le travail
de ferronnerie est fort intéressant : on discerne les motifs du
chiffre de Louis XIV, de la fleur de lys, de la tête solaire (soleil
rhodien). Il s'agit probablement d'un projet pour la grille destinée
à fermer la cour de la chapelle, à l'extérieur, et
non pour celle du vestibule (40).
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Pour précis et fiables qu'ils puissent être, les dessins
d'architecture, documents de travail avant tout, ne renseignent que sur
la structure de l'édifice, l'agencement de ses volumes et de ses
formes, ou bien ne traitent que d'un détail, en fonction du projet
à concevoir et à soumettre à approbation ou du problème
à résoudre. C'est aux artistes qu'il appartient de montrer
la réalité complexe du lieu : leur vision de l'ensemble,
si elle n'est pas trop fantaisiste, embrasse les moindres détails
et vient conforter et préciser l'image de l'édifice dont
le document de l'architecte a donné les lignes générales.
De qualité inégale mais chronologiquement recensées,
les uvres dont il est question à présent sont pour
certaines d'entre elles inédites et forment, avec les dessins d'architecture
précédemment évoqués, un corpus exhaustif
sur la chapelle de 1682.
Première grande cérémonie religieuse ponctuant la
vie de la cour installée à Versailles, le mariage du duc
de Bourbon avec Mademoiselle de Nantes fut célébré
le 24 juillet 1685 dans la chapelle du château. LAlmanach
pour lannée MCLXXXVI en publia une représentation.
De grand format, gravée « chez Jean Moncornet », cette
estampe
montre
le moment où, les époux étant sous le poêle,
l'évêque prononce la bénédiction nuptiale (41).
Une partie du sanctuaire, avec le retable au fond, est donc visible. Les
époux sont à genoux sur une marche arrondie aux angles,
donnant accès à un repos avant la marche d'autel proprement
dite. L'autel comporte trois gradins, dont le dernier supporte un crucifix
encadré par quatre chandeliers. Le tableau du maître-autel
représente une Déploration du Christ : la Vierge, sur la
gauche, montre des deux bras son Fils mort, étendu sur un linceul,
tandis que du regard elle implore le Ciel ; sainte Marie-Madeleine, éplorée
et les mains jointes, se tient en face, au milieu du tableau, sur fond
de paysage désertique. De part et d'autre du grand cadre en bois
sculpté et probablement doré, deux paires de colonnes semblent
correspondre à celles qui figurent sur les plans cités plus
haut, mais elles ne se détachent devant aucun pilastre. Le pavement
est composé de cercles de couleur claire inscrits dans des carrés
plus foncés et séparés les uns des autres par un
quadrillage à nouveau de couleur claire (42).
« La création des chevaliers du Saint-Esprit faite par le
roy dans la chapelle de Versailles le 2 juin » 1686 est le titre
d'une gravure anonyme qui figure en vignette d'un almanach pour 1687 (43)
: elle représente le moment où le roi reçoit le serment
des nouveaux chevaliers à genoux devant lui et montre encore le
sanctuaire, mais avec moins d'exactitude que la précédente
gravure. Là, isolé par une table de communion constituée
d'une balustrade, l'autel est surmonté d'un tabernacle et de quatre
chandeliers disposés sur différents gradins. Le retable
se compose d'un tableau d'autel dont le sujet n'est malheureusement pas
lisible, encadré par deux colonnes à côté desquelles
s'enroulent des volutes retombant probablement d'un fronton, écho
agrandi de l'ordonnance du tabernacle. Aux extrémités, deux
niches abritant une statue mettent en valeur l'élément central
du retable.
D'une
manière beaucoup plus sûre, les cérémonies
du 1er janvier et du 2 février 1689 furent représentées
en une seule gravure éditée « chez N. Langlois »,
partie de l' Almanach pour l'an de grâce MDCLXXXX (44).
Avec son dessin préparatoire dû à Sébastien
Leclerc (45),
il s'agit d'un document exceptionnel qui offre une vision élargie
de la chapelle. L'instant représenté est celui où
le roi, assis sous un dais provisoire, remet le cordon de l'ordre du Saint-Esprit
aux chevaliers agenouillés devant lui. Le sanctuaire, toute la
paroi ouest et une partie de la tribune royale surplombant le vestibule
de la chapelle au sud sont précisément représentés.
Le pavage est fait d'un damier de carreaux noirs et blancs. L'autel, surélevé
de deux marches, supporte deux gradins et un tabernacle figurant un édifice
religieux en miniature : deux étages reliés par des volutes
et sommés d'une coupole et d'une croix. Le tableau d'autel représente
une Nativité : devant un portique à l'antique, la Vierge
adore le Nouveau-Né, tandis que dans les airs un ange déploie
un phylactère où pourraient bien être inscrits les
premiers mots du Gloria in excelsis. Si l'autel a à peu
près l'apparence de celui que représente la gravure de 1686-87,
le cadre du tableau est identique à celui qui est figuré
pour le mariage du duc de Bourbon. Mais les anges adorateurs sont nouveaux,
pleins de grâce et de légèreté, placés
de part et d'autre du retable. Celui-ci est formé de deux colonnes
cannelées d'ordre corinthien devant pilastres soutenant un entablement
et un fronton triangulaire. Ce somptueux ensemble étonne pour un
édifice en principe provisoire, et l'étonnement redouble
lorsqu'on considère le reste de l'intérieur : les quatre
piliers scandant le mur ouest sont dotés de pilastres moulurés
d'ordre dorique, qui interrompent l'imposte des grandes arcades ; une
guirlande de fleurs vient orner leurs écoinçons, dont les
clefs sont constituées de têtes de chérubins, tandis
qu'au premier étage de curieux anges-termes soutiennent l'architrave.
Tout ce décor rappelle celui qui est dessiné sur l'élévation
de 1684, mais les arcades en plein cintre au rez-de-chaussée et
les fenêtres assez basses à l'étage en diffèrent
notablement et sont plutôt à rapprocher de la première
élévation de 1681. Des trois arcades du rez-de-chaussée,
celle qui est la plus proche du sanctuaire est aveugle du fait de la présence
non seulement de stalles richement sculptées, mais aussi d'une
cloison ornée d'un motif de palmette d'assez grande dimension.
Le premier étage est parcouru par une balustrade qui borde un passage
en coursière donnant sur trois fenêtres rectangulaires. À
gauche, du côté de l'entrée, la tribune royale est
supportée par un arc surbaissé, qui n'était évoqué
que par les projets de 1681. Son angle nord-ouest est occupé par
une logette sur trompe.
Quoique
non datée, la gravure représentant Madame de Maintenon à
la chapelle, publiée chez Claude-Auguste Berey, sorte de «
portrait de mode », peut être mise en rapport avec le document
précédent (46).
En effet, derrière la marquise qui se tient debout devant un carreau
posé à terre, un livre de prières à la main,
on reconnaît la même arcade centrale de la nef sur le côté
ouest, pourvue d'une fenêtre en ferronnerie dont l'imposte est à
motifs rayonnants, et surtout, à droite, une partie de la chaire,
fixée au pilier. Celle-ci présente une cuve assez ample,
godronnée et ornée des lys de France.
Gravée en tête de l'épître dédicatoire
au roi qui précède la traduction faite par l'abbé
de Choisy de l'Imitation de Jésus-Christ, parue à
Paris chez Antoine Dezallier en 1692, une vignette
montre
le roi assistant à la messe en sa chapelle, ses aumôniers
placés entre lui et l'autel et les enfants de France derrière
lui, sur le tapis de pied (47).
D'un dessin beaucoup moins précis, ce témoignage confirme
cependant les renseignements fournis par la gravure d'après le
dessin de Sébastien Leclerc, dont l'imposante lampe suspendue devant
l'autel, destinée à signaler la présence du Saint-Sacrement.
Parmi les somptueux manuscrits enluminés fournis à Louis
XIV par l'atelier d'enluminure des Invalides, le vespéral achevé
en 1693 contient une superbe miniature représentant Louis XIV en
prière
,
agenouillé devant le maître-autel de sa chapelle (48).
D'un dessin précis et très détaillé, ce document
exceptionnel offre une description colorée du sanctuaire et d'une
partie de la nef. Surélevé d'une marche par rapport au sol,
un pavement uni et fait de dalles irrégulières, l'autel
est habillé d'un antependium en étoffe et supporte
un tabernacle doré à deux niveaux que surmontent une coupole
et un crucifix, le tout encadré de quatre chandeliers. Dans une
bordure dorée, le tableau d'autel représente une Nativité
conforme à celle qui figure sur la gravure d'après le dessin
de Leclerc. Saint Joseph figure en bas à droite de la composition.
Le retable correspond aux données fournies par les témoignages
antérieurs, mais les anges adorateurs et les chapiteaux sont ici
dorés. Le fond de la composition montre la paroi ouest de la chapelle
: l'arcade du rez-de-chaussée donnant sur le parterre nord, séparée
par un pilastre d'une arcade pleine précédée des
stalles, un décor de guirlandes, palmettes et têtes d'anges
dorées ; et au premier étage, une balustrade non ajourée,
les anges engainés placés directement sur les piliers, une
architrave décorée d'un tore de laurier au-dessus de la
coursière. Cet ensemble très coloré se rapproche,
par sa splendeur et son éclat, de l'esprit du Grand Appartement,
tout juste achevé au moment de l'inauguration de la chapelle de
1682. La forme cintrée des arcades et la taille restreinte des
fenêtres rapprochent ce dessin du premier projet de 1681 pour la
chapelle et de la gravure d'après dessin de Leclerc.
Document
en couleur lui aussi, même si le style est plus sobre, le tableau
d'Antoine Pezey représentant le serment du marquis de Dangeau comme
grand maître des ordres réunis de Notre-Dame du Mont-Carmel
et de Saint-Lazare de Jérusalem, le 18 décembre 1695, offre
une vision presque contemporaine de la miniature, mais avec un point de
vue plus large (49).
Avec la gravure qui en a été faite par celui-ci (50),
on a là, assurément, un document de première importance
pour connaître l'intérieur de la chapelle. Presque tous les
détails observés sur la gravure d'après le dessin
de Leclerc s'y retrouvent, mais si le point de vue est semblable, centré
sur la paroi ouest, le recul est plus important, ce qui permet de considérer
aussi les parois nord et sud dans leur entier, ainsi qu'une partie de
la voûte. De la sorte, il est possible d'envisager le retable dans
son ensemble, fort bien proportionné et présentant de remarquables
qualités de sculpture. C'est devant un pilastre soutenant le retour
de l'entablement du retable que les anges adorateurs du maître-autel
sont placés. Au sommet du retable, le fronton triangulaire apparaît
surmonté de deux anges couchés adorant la Croix. De part
et d'autre du retable, un panneau en bois ou en stuc mouluré, orné
de motifs de branchages et d'une cassolette fumante, se raccorde au reste
du retable par un aileron à volutes, orné d'une guirlande
de fleurs. Au sud de la chapelle, la tribune royale est vue pratiquement
dans son ensemble : on en distingue la voûte et les portes donnant
sur le salon de l'Abondance et sur l'escalier menant à l'avant-cour.
Au rez-de-chaussée, une large grille sépare le vestibule
de la chapelle, et on perçoit le rayon de lumière provenant
de l'arcade ouvrant sur la cour de la chapelle à l'est. La nef
est couverte d'une grande voûte, comme dans les salons du Grand
Appartement, mais à un niveau plus bas. De nombreux détails
sont plus clairement exprimés, voire corrigés par rapport
à la gravure des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit
en 1689 : l'autel est au sommet de quatre marches précédées
d'un repos lui-même surélevé de deux marches pour
constituer un sanctuaire par rapport à la nef ; les stalles et
la cloison de l'arcade nord-ouest ont perdu de leur exubérance
décorative, tout comme la chaire ; la logette de l'angle sud-ouest
présente toujours trois baies vitrées, mais beaucoup plus
simples et plus larges, sans oculus au-dessus ; les moulurations ont disparu
du sommier des grandes arcades, qui gagnent en revanche un épais
rouleau ; enfin et surtout, ces dernières sont en anse de panier,
et les fenêtres du premier étage sont plus hautes. On est
là en parfaite conformité avec l'élévation
de 1684.
De nombreuses gravures, ainsi qu'un tableau, illustrent le mariage du
duc de Bourgogne, le 7 décembre 1697. De médiocre qualité
au regard des uvres de Sébastien Leclerc ou d'après
lui, ces documents doivent être retenus pour les renseignements
ponctuels qu'ils apportent (51).
Tirée d'un almanach pour 1698, une gravure de Robert Bonnart ne
montre que les anges adorateurs, les deux colonnes cannelées et
un cadre vide au-dessus du tabernacle (52).
Avec
un cadre de vision encore plus restreint, la gravure extraite de l' Almanach
pour l'an de grâce MDCXVIII, faite « chez N. Langlois
et Ant. Trouvain » laisse voir les deux colonnes cannelées
qui encadrent l'autel, placées chacune devant un pilastre aussi
cannelé (53).
À deux niveaux, le tabernacle semble assez conforme à celui
représenté par Sébastien Leclerc, avec ses colonnettes
et ses ailerons qui en font une véritable façade d'église
en miniature.
Moins précise, une gravure allemande anonyme offre le même
angle de vision. On y discerne toutefois le second niveau du tabernacle,
encadré de deux beaux ailerons (54).
Un
angle de vue inédit est donné par la gravure publiée
« chez N. Arnoult » (55):
le regard en effet se porte de l'ouest vers l'est, laissant le retable
sur la gauche. On distingue l'un des deux anges adorateurs qui encadrent
le maître-autel et, au fond, au-dessus des stalles placées
entre la sacristie et le sanctuaire, une cloison ornée non d'une
palmette, mais de deux cornes d'abondance.
Tout aussi inédit est le point de vue d'après lequel a été
réalisée une gravure anonyme,
qui montre les deux tribunes se faisant face, au-dessus du sanctuaire
(56).
À l'instar de la miniature du vespéral de Louis XIV, cette
gravure laisse voir un ange engainé à l'extrémité
nord de la tribune.
Le
« Mariage de Monseigneur le duc de Bourgogne avec Marie-Adélaïde
princesse de Savoye », estampe gravée « chez Gérard
Jollain » et extraite d'un autre Almanach pour l'an de grâce
MDCXVIII, présente aussi les deux tribunes se faisant face
au-dessus du sanctuaire (57).
Les deux anges adorateurs sont surplombés par deux médaillons
fixés au mur. Le tableau d'autel représente une Nativité
: la mangeoire où l'Enfant est couché est au centre, des
personnages en position d'adoration sont au premier plan, tandis que des
anges s'agitent dans les nuées. Sur les cloisons situées
au-dessus des stalles, on retrouve, placé comme dans un enfeu,
le motif de la palmette surmontant une guirlande.
La
peinture d'Antoine Dieu reprend un angle de vision devenu classique depuis
Sébastien Leclerc, mais le cadrage est ici limité aux trois
arcades et au sanctuaire, ne laissant rien voir de l'étage ou du
vestibule (58).
Elle diffère peu de la vision qu'offre la peinture ou la gravure
du serment de Dangeau, si ce n'est que les stalles semblent avoir disparu
de l'arcade aveugle, remplacées par un cadre en menuiserie surmonté
d'un motif de palmette, peut-être une fausse porte.
|
Pour fastidieux qu'il paraisse, l'établissement d'un corpus aussi
exhaustif que possible des représentations de la chapelle de 1682
est une étape indispensable à sa compréhension (59).
Même si tous les documents recensés ne sont pas d'égale
qualité, chacun est riche de renseignements nouveaux, que la confrontation
avec les témoignages écrits permet de confirmer et de préciser.
Née dans l'urgence, cette chapelle a néanmoins fait l'objet
d'une conception élaborée, précise jusque dans les
moindres détails, comme en témoigne la lettre de Colbert
à Mansart du 10 septembre 1681, qui fait connaître par la
même occasion le nom de l'architecte (60)
:
« [...] Sa Majesté a approuvé vos pensées
pour la tribune de la nouvelle chapelle de Versailles avec la balustrade,
les culs-de-lampe et le percement des murs pour communiquer la tribune
du costé du jardin » (61).
La veille,
9 septembre 1681, depuis Fontainebleau, Colbert adressait à son
neveu le marquis d'Ormoy, surintendant en survivance des Bâtiments,
un mémoire dans lequel il lui demandait les noms des menuisiers
travaillant à Versailles :
« Marquer les meilleurs et ceux qui ont le moins
de travail, afin que je puisse leur donner les ouvrages de la chapelle
de Versailles » (62).
Commentées
plus haut, une élévation extérieure et une coupe
intérieure témoignent d'un premier projet pour la chapelle,
achevé le 22 juin 1681. La retombe placée sur l'élévation
extérieure, ainsi qu'une autre coupe intérieure, seul document
à porter les signatures authentiques de Colbert et de l'entrepreneur
Jacques Mazière, proposent un second projet, agréé
dès le mois de juillet, puisque l'annotation figurant au verso
de la coupe indique que celle-ci a été jointe au «
marché passé devant Lamy, notaire, ce jour d'huy 26e juillet
MVIc quatre-vingtz-un » entre Colbert et Mazière (63).
D'après l'élévation de 1684 et le tableau de Pezey
en 1695, on sait que ce deuxième projet ne fut pas réalisé
: il y eut donc un changement de parti, qu'il faut situer avant septembre
1681, et dont il ne reste aucun projet connu (64).
Le marché de maçonnerie signé, l'entrepreneur put
commencer les travaux, ce dont les comptes des Bâtiments pour l'année
1681 se font l'écho :
« Table des chapitres augmentez. [...] Pour le bastiment
à faire près du grand escalier de Versailles jusqu'à
la grotte pour servir de chapelle, 30000 livres » (65).
« (3 août - 6 décembre : ) À Mazière,
à compte dud. bastiment (seize paiements (66)
; 29000 livres) » (67).
On ignore
la nature exacte des « pensées » de Mansart auxquelles
la lettre de Colbert fait allusion en septembre 1681, mais il faut croire
que le rez-de-chaussée était construit à cette date,
puisqu'il n'est question que de la tribune, des culs-de-lampe soutenant
les logettes et des fenêtres hautes donnant sur le parterre du Nord.
En 1682, les comptes des Bâtiments ne livrent qu'une mention relative
à des travaux de maçonnerie, faisant explicitement référence
à l'année 1681, au terme de laquelle tout le gros uvre
était vraisemblablement achevé :
« 9 mars : à Mazière, parfait payement
de 34648 livres 10 sols pour les ouvrages de maçonnerie de la nouvelle
chapelle de Versailles en 1681, 5648 livres 10 sols » (68).
Dès
octobre 1681, les comptes des Bâtiments font état de travaux
de charpenterie et de couverture :
« (26 octobre - 14 décembre) : à Mallet,
sur la charpenterie de la chapelle (quatre paiements, 6000 livres) »
(69).
« 30 novembre : à luy [Yvon, couvreur], sur la nouvelle chapelle,
800 livres » (70).
« 13 avril 1682 : à Renard, sur la couverture de la nouvelle
chapelle, 1000 livres » (71).
« (20 avril - 11 mai) : à Croissant, sur la menuiserie des
combles de la chapelle et de la Petite Escurie (deux paiements, 2000 livres)
» (72).
Un marché
inédit, assez précis quoique non daté, passé
avec l'entrepreneur Pierre Lisque, concerne le sol de marbre (73)
: le pavage devait être noir et blanc, avec une bande rouge le long
du mur. Les comptes des Bâtiments mentionnent aussi à plusieurs
reprises les travaux de marbrerie effectués dans la chapelle, mais
sans faire allusion une seule fois à Lisque (74)
:
« (21 décembre 1681 - 4 janvier 1682) : à
eux [Misson et Derbais, marbriers], sur le pavé de marbre de la
chapelle (deux paiements, 1400 livres) » (75).
« (25 janvier - 27 avril) : à Misson et Derbais, marbriers,
sur leurs ouvrages (cinq paiements, 3900 livres) » (76).
« 25 juillet : à Misson et Derbais, parfait payement de 7706
livres 3 sols 4 deniers pour ouvrages de pavé de marbre faits à
la chapelle du chasteau, 2706 livres 3 sols 4 deniers » (77).
D'après
un mémoire adressé par Colbert au marquis d'Ormoy, on sait
que la pavage de la chapelle était d'une épaisseur d'«
un pouce et demy », à la différence des « pavés
de marbre ordinaire » en usage dans les autres parties du château
(78).
Dès le début de l'année 1682, la chapelle était
préservée des intempéries. À cette période
en effet, les comptes des Bâtiments attestent la mise en place des
portes et des croisées correspondant aux arcades et fenêtres
hautes de la chapelle :
« 4 janvier 1682 : à Luchet le fils, sur la
porte de fer qu'il fait pour l'entrée de la chapelle vis-à-vis
de l'appartement des Bains, 400 livres » (79).
« (25 janvier - 27 avril : ) à Luchet, serrurier, sur la
porte de fer qu'il fait (cinq paiements, 2400 livres) » (80).
« 15 février : à Boudet, sur la porte de fer qu'il
fait pour mettre une des croisées de la chapelle, 400 livres »
(81).
« 17 juin : à Vizié, espinglier, pour garniture de
fil de Richart aux croisées de la chapelle et autres endroits,
57 livres 18 sols » (82).
« 14 juillet : à luy [Delorel] et Luchet, serruriers, parfait
payement de 101403 livres 5 sols pour les grilles de fer des clostures
de la cour, des deux petites cours et des deux dessentes du chasteau,
de la Grande et de la Petite Escurie, et de la porte de la chapelle dud.
chasteau, 11103 livres 5 sols » (83).
« 5 août : à Luchet, pour deux portes de fer pour les
deux arcades de la nouvelle chapelle, 2000 livres » (84).
Un «
Mémoire des ouvrages à faire au chasteau de Versailles [...]
pendant le voyage de Fontainebleau et le restant de la présente
année 1699 » mentionne l'existence de doubles chassis pour
l'hiver (85).
À la date du 13 mars 1682, un mémoire adressé par
Colbert au marquis d'Ormoy fait connaître assez précisément
l'état d'avancement des travaux :
« Pour Versailles. Faire achever la chapelle, poser
la grille de séparation (86),
presser les grilles des arcades, la menuiserie de la chapelle haute, les
cariatides, les confessionnaux, les portes, et faire en sorte que tous
les ouvriers soyent dehors mercredy au soir, et que les doreurs puissent
travailler jeudy » (87).
Le même
jour, D'Ormoy écrivait à Colbert, peut-être pour lui
répondre, de Versailles :
«Chapelle. L'échafaud est osté. J'ay
envoyé ce matin à Paris pour avoir la grille de séparation.
Elle doit estre icy ce soir. On commencera à la poser demain matin.
Les bases des cariatides seront posées ce soir. Tout le reste de
la menuiserie arrivera demain. On la posera en mesme temps » (88).
En tant que
contrôleur des Bâtiments du roi, Lambert, dont le nom est
écrit sur plusieurs dessins d'architecture (89),
était chargé de veiller aux travaux de transformation imposés
par la construction de l'aile du Nord à partir de 1684. Ceux-ci,
dont les comptes des Bâtiments ne font pas mention explicite, les
rapportant sans doute à ceux de l'aile du Nord, sont attestés
par les trois dessins d'architecture commentés plus haut (90).
Ils ont pu être réalisés durant un séjour de
la cour à Fontainebleau en 1684, au moment de la destruction de
la grotte de Thétis, ou en 1685, ou bien encore entre le 11 mars
1685, date du dernier baptême célébré à
la chapelle du château avant celui du 25 juillet 1685, et le 24
juillet 1685, date du mariage du duc de Bourbon (91).
|
Construit en hâte, blotti entre le corps central du château
et la grotte de Thétis, l'édifice provisoire de 1682 imposa
peu à peu sa présence au sein d'un palais en plein développement.
Chapelle palatine, desservie par une communauté de lazaristes installés
par Louis XIV dès 1682, le nouveau sanctuaire devait en outre répondre
aux nécessités du cérémonial royal et notamment
permettre au roi et à sa famille d'assister quotidiennement à
la messe depuis la tribune, au terme d'un parcours empruntant l'enfilade
du Grand Appartement.
Ainsi, le salon de l'Abondance, qui servait en principe d'antichambre
au cabinet des médailles, fut appelé à donner accès
à la tribune royale de la chapelle par une porte qui se situait
dans l'alignement exact de toutes celles du Grand Appartement. C'est en
1682 que les comptes des Bâtiments mentionnent des paiements faits
à Hubert Misson et Jérôme Derbais « pour pavé
de marbre du salon à costé de lad. chapelle » (92)
et à Pierre Mazeline et Noël Jouvenet « sur leurs ouvrages
de sculpture à la corniche de stuc du sallon vers la grotte »
(93).
La même année, René-Antoine Houasse exécuta
les « ouvrages de peintures faits au platfonds de la pièce
qui précède le cabinet des curiositez », pour lesquels
il fut rémunéré en 1683 (94).
Le secteur nord-est du corps central, loin d'être gêné,
en quelque sorte, par la chapelle, se développa en harmonie avec
elle.
Les salles donnant accès au vestibule du rez-de-chaussée
et, depuis le nord, à la tribune du premier étage ne sont
documentées que par les plans dont il a été question
plus haut : comprises dans l'angle nord-ouest de l'aile du Gouvernement,
celle du rez-de-chaussée donnait sur l'avant-cour au sud et, par
un couloir est-ouest qui occupait la largeur d'une cage d'escalier, sur
le passage public menant de l'avant-cour aux jardins à l'ouest,
tandis que celle du premier étage, beaucoup plus petite, ouvrait
à la fois sur le salon de l'Abondance, avec lequel elle était
de plain-pied, et, par quelques marches à monter, sur l'escalier
venant de l'avant-cour, lequel recevait aussi l'arrivée d'un couloir
distribuant toutes les pièces de l'aile du Gouvernement, celles
du pavillon exceptées. Ancienne aile des offices, cette partie
du château datait de 1662 mais elle avait dû être profondément
remaniée lors de l'implantation de la chapelle, qui s'appuyait
directement sur la façade de Le Vau.
En revanche, la partie située au nord de la chapelle est mieux
connue. Entreprise en 1684, l'aile du Nord condamnait la grotte de Thétis,
qui, largement passée de mode, ne pouvait être incluse dans
le nouveau bâtiment (95).
Pour assurer le passage du corps central à la nouvelle aile, il
semble que la tribune de la chapelle ait été mise à
contribution, faute de mieux (96).
Moins haute que l'aile du Nord, la chapelle laissait voir, à travers
les fenêtres du premier étage de la façade construite
en 1684-85, la corniche et le chéneau de son toit, de deux ans
antérieurs, la saillie de la corniche empêchant la pose de
châssis dans les ouvertures des fenêtres de l'aile (97).
Après l'échec du projet de chapelle de plan centré
au milieu de l'aile en 1684-85, on envisagea, dès 1687, la construction
de la chapelle dite de 1710, qui devait mettre fin à une situation
encombrante, sinon absurde, et offrir l'image d'un lieu de culte royal
à l'échelle du palais (98).
Les travaux commencèrent par le massif ouest, celui des deux vestibules
de plan carré superposés. Un « Estat des ouvrages
à faire pour le roy dans ses bastiments de Versailles pendant l'année
prochaine 1688, du département du sieur Lambert » mentionne
le « sallon de la chapelle », à l'un des murs duquel
« est adossé l'hautel d'à présent » (99)
: il s'agit du vestibule bas, qu'il est prévu de doter
de vingt colonnes, d'un plancher, d'une corniche (100).
En 1693, à propos du vestibule haut, Saint-Simon, dans ses Mémoires,
parle d'un « passage obscur, entre la tribune et la galerie de l'aile
neuve (101)
[...], et ce passage étoit destiné à un grand salon
pour la chapelle neuve que le roi vouloit bâtir » (102).
En 1689 en effet, les travaux furent interrompus du fait de la guerre
et, par la suite, le décor en marbre polychrome, réalisé
au moins dans le vestibule bas, fut remis en question (103).
Dix ans plus tard, dans sa Description sommaire de Versailles ancienne
et nouvelle, Félibien des Avaux cite le salon de l'Abondance
en précisant qu'il « donne aussi entrée aux tribunes
de la chapelle, par lesquelles, à travers un passage où
doit estre le vestibule des tribunes de la nouvelle chapelle que l'on
bâtit, on peut aller voir les apartemens contenus dans l'aile neuve
» (104).
Les travaux de la nouvelle chapelle, même s'ils n'aboutirent pas
dans l'immédiat, ne furent pas sans conséquences pour la
petite pièce formant appendice dans la cour de la chapelle, sacrifiée
à la pose des fondations de la nouvelle chapelle et à un
remaniement de la cour :
« Recepte, [...] 10 juillet 1689, [...] de Jean Mallet,
charpentier, pour le prix, tant de 700 pièces de bois, dont 450
de chesne et 250 de chasteignier, provenans des démolitions du
village de Chèvreloup, et de 66 autres pièces de bois de
chesne provenant de la démolition de la petite sacristie de la
chapelle du chasteau de Versailles et de l'appartement du sieur Bastide
sous le mouvement de l'horloge, à raison de 250 livres le cent
de pièces, 1915 livres » (105).
« Recepte, [...] du 10 juillet 1689, [...] d'Estienne Yvon, couvreur,
pour le prix de 3 toises 1/2 d'ardoise provenant de la démolition
de la couverture de l'ancienne sacristie de la chapelle du chasteau de
Versailles, à raison de 3 livres le cent, 10 livres 10 sols »
(106).
« 18 septembre 1689 : à luy [Louis Renouf, paveur], sur ses
ouvrages de pavé dans la cour de la chapelle du chasteau, 300 livres
» (107).
« 3 décembre 1690 : à luy [Roger, serrurier], pour
la grille de fer qu'il a fait par augmentation à la closture de
la petite cour proche la chapelle du chasteau de Versailles, 87 livres
» (108).
D'après
les deux plans du sanctuaire conservés aux Archives nationales,
il semble que la « petite sacristie » fut reconstruite après
l'interruption des travaux de la chapelle.
Chargés officiellement de la desserte de la chapelle en 1682, les
lazaristes pouvaient disposer de logements et de pièces servant
à l'instruction des six enfants de chur dont le Mercure
galant de mai 1682 signale l'existence au service de la chapelle (109).
Dès le 12 février 1682, en effet, une lettre du marquis
d'Ormoy à Colbert fait état de la décision royale
d'octroyer « deux chambres au-dessus des pompes pour les Pères
de la Mission » (110).
Un « Mémoire du nombre des appartements à faire dans
la grande aisle à bastir » fait allusion, sans les situer
vraiment, à « trois pièces pour les Pères de
la Mission » au rez-de-chaussée, sans compter le «
logement des Pères de la Mission » donnant sur la rue, à
« quatre pièces aux Pères de la Mission » dans
l'aile séparant les deux futures cours au premier étage
(futur Pavillon de Noailles), et à « deux estages encore
pour les Pères de la Mission » à l'étage de
l'attique, toujours dans la même aile (111).
De même, Félibien des Avaux, dans sa Description sommaire
de Versailles ancienne et nouvelle, explique que les appartements
des cours de l'aile neuve étaient occupés en partie par
les ecclésiastiques qui desservaient la chapelle (112).
|
Si, au moment de sa bénédiction, l'édifice était
en mesure de servir au culte, le décor intérieur n'était
pas encore achevé. Contrairement à une opinion de Pierre
de Nolhac, Fiske Kimball a montré que les morceaux d'ornementation
qui avaient été réalisés pour la chapelle
de 1672 ne furent pas remployés dans celle de 1682, pour laquelle
on créa un décor principalement en bois, du fait de son
caractère provisoire mais aussi de l'évolution du goût
(113).
D'après une source peu connue et restée inédite,
le Journal privé de mon 3e voyage de Paris fait en l'an 1703
de Louis Monnier de Richardin, « le maistre-autel est orné
d'une assez belle menuiserie dorrée, de deux colomnes et de quatre
pilastres d'ordre corinthien » (114).
Les comptes des Bâtiments font du reste une place importante à
la menuiserie. Les premiers paiements, dès septembre 1681, sont
strictement contemporains du projet de porte pour la sacristie dont il
a été question plus haut :
« (28 septembre 1681 - 11 janvier 1682 : ) à
Rivet et Muidebled, sur leurs ouvrages de menuiserie de la nouvelle chapelle
(quatorze paiements (115)
; 13000 livres) » (116).
« 18 janvier : à Rivet et Muidebled, sur la menuiserie de
la chapelle du chasteau, 400 livres » (117).
« (25 janvier - 8 mars) : à Rivet et Muidebled, menuisiers,
sur leurs ouvrages (sept paiements, 5900 livres » (118)
.
« (27 avril - 19 juin) : à Desrivier, sculpteur, sur les
ornemens en bois qu'il fait à la menuiserie de la chapelle (trois
paiements, 450 livres) » (119).
« 30 aoust : à Rivet, menuisier, et Muidebled, son associé,
parfait payement de 26816 livres 19 sols 6 deniers pour ouvrages et réparations
de menuiserie à la chapelle et au chasteau de Versailles en 1681
et 1682, 616 livres 19 sols 6 deniers » (120).
« 1er septembre : à Rivet, menuisier, par gratification,
en considération de la dilligence et soins extraordinaires qu'il
a donnez à faire les ouvrages de menuiserie de la nouvelle chapelle,
500 livres » (121).
Sous ce terme
un peu vague de menuiserie, distinct cependant de la sculpture, doivent
être compris les différents autels, les stalles et les cloisons
qui les surmontent, les tables de communion placées devant les
deux autels latéraux, ainsi que des confessionnaux, qu'il est impossible
de localiser mais que mentionne un mémoire de Colbert (122).
En revanche, on le sait par l'« Adjudication de maçonnerie
pour la construction d'un bâtiment dans le chasteau de Versailles
à Guillaume Le Duc », les balustrades des tribunes de l'étage
étaient composées de balustres en pierre de Tonnerre (123)
.
Hormis les ouvrages destinés à protéger la chapelle
des intempéries, deux paiements correspondent aux grilles extérieures
et intérieures : la première, dans la cour de la chapelle,
selon un axe nord-sud ; la seconde, selon un axe est-ouest, sous la tribune
royale, de façon à fermer le vestibule.
« (15 février - 8 mars 1682) : à Marie,
serrurier, sur la grille et porte de fer qui doit fermer la cour de la
chapelle (deux paiements, 800 livres) » (124).
« 8 avril 1682 : à Blin, serrurier, sur la grille de la chapelle,
600 livres » (125)
.
Des travaux
de dorure et de peinture décorative, sur lesquels les comptes des
Bâtiments ne fournissent que peu de précision, complètent
un décor qui était achevé dans ses grandes lignes
à la fin de l'été 1682 :
« 15 mars 1682 : à Deszoziers, doreur, sur
les peintures qu'il fait, 300 livres » (126).
« (22 mars - 10 mai 1682 : ) à luy [Desauziers], sur ses
ouvrages à la nouvelle chapelle du château de Versailles
(huit paiements, 5000 livres) » (127).
« 22 mars 1682 : à Richard et Francart, peintres, sur la
décoration qu'ils font à la gallerie (128)
de la chapelle, 300 livres » (129).
« 5 août 1682 : à Dezauziers, peintre, parfait payement
de 6340 livres 17 sols 3 deniers pour ouvrages de dorure à la nouvelle
chapelle du chasteau, 1040 livres 17 sols 3 deniers » (130).
Adressé
par le marquis d'Ormoy à Colbert le 14 avril 1682, un « Mémoire
pour mon père » fait savoir que
« Desoziers promet que la partie du tabernacle qui
est icy sera dorée à la fin de la semaine prochaine, ainsy
qu'il l'a promis » (131).
|
À l'instar de la chapelle qui l'avait précédée
dans le palais, celle de 1682 était affirmée au dehors comme
lieu de culte. Le signalement de cette fonction sacrée était
autant sonore que visuel : la croix qui sommait l'édifice, ôtée,
comme on l'a vu, dès 1684, était secondée par une
cloche, mentionnée sans indication d'emplacement par les comptes
des Bâtiments :
« 4 mai 1682 : à Héron, fondeur, pour une cloche,
67 livres 2 sols » (132).
« 13 août 1682 : à Marie et Belain,
serruriers, parfait payement de 2270 livres 8 sols pour la grille de fer
servant à clore la chapelle du chasteau, 1270 livres 8 sols »
(133).
« 1er octobre 1682 : à luy [Blin, serrurier], sur la croix
qu'il fait pour mettre sur la chapelle, 300 livres » (134).
« 27 janvier 1683 : à Belin, serrurier, parfait payement
de 4000 livres pour la croix de fer de la chapelle, 3700 livres »
(135).
« 2 septembre 1685 : à François du Chastel, sculpteur,
pour les planches qu'il a gravées sur buis pour les ornemens des
cloches de Versailles, 55 livres » (136).
« 4 juin 1690 : à Nicolas Nainville, fondeur, pour une cloche
qu'il a fondue pour la chapelle du chasteau de Versailles, 111 livres
4 sols » (137).
« 20 novembre 1695 : à luy [Gilles Le Moyne, fondeur], pour,
avec 218 livres qui luy sont déduits pour le prix de 350 livres
que pèse la vieille cloche de la chapelle qui lui a esté
donnée à compte à raison de 12 sols la livre, faire
le parfait payement de 329 livres 15 sols 3 deniers, à quoy monte
la nouvelle cloche qu'il a fondue pour la chapelle du chasteau pesant
356 livres 1/2 à raison de 18 sols 6 deniers la livre, 119 livres
15 sols 3 deniers » (138).
Absent de
toutes les sources figurées connues, l'orgue était probablement
placé sur la tribune à l'est, la seule partie de la chapelle
dont aucune représentation n'est connue. L'instrument commandé
en 1679 pour la chapelle précédente, dans le cadre d'un
ambitieux réaménagement, ne fut placé à Versailles
qu'en 1711 et à la tribune de la chapelle définitive, consacrée
l'année précédente (139).
Celui de la chapelle de 1682, sur lequel jouèrent d'illustres organistes
du roi, devait n'être qu'un simple positif à un clavier,
ou au mieux un cabinet d'orgue plus important, à deux claviers
manuels et un pédalier. En 1731, dans sa Description historique
des château, bourg et forest de Fontainebleau, l'abbé
Guilbert signale, à propos de la chapelle de la Trinité
du château de Fontainebleau, que « les deux balcons ou tribunes
qui sont près de l'autel au-dessus du lambris servent à
placer la Musique ; dans celui à gauche est un buffet d'orgues
estimé des curieux qui étoit à l'ancienne chapelle
de Versailles », très probablement celle de 1682 (140).
En 1765, cet orgue fut entièrement relevé mais maintenu
dans son « petit cabinet » d'origine (141).
Il comptait alors seulement deux claviers, avec au premier les jeux de
bourdon, prestant, nasard, doublette, tierce, cromorne et plein-jeu. Lors
du réaménagement de la tribune de la Musique, en 1772, il
fut remplacé par un nouveau buffet de Boullet le Jeune, encore
en place aujourd'hui.
Une
« Coupe de l'ancienne tribune » faisant partie du recueil
de Jean-Baptiste Métoyen réalisé en 1773 reste la
seule source pour connaître au moins l'apparence de l'orgue de «
l'ancienne chapelle de Versailles», qui y figure représenté
de face (142).
En l'absence d'inventaire précis, seuls les documents figurés
sont en mesure de donner une idée du mobilier de la chapelle. La
vignette de l'Imitation de Jésus-Christ et le tableau de
Pezey montrent le prie-Dieu du roi, couvert d'un tapis de pied sur lequel
prenaient place les enfants de France. Le trône et le dais provisoires
qui étaient installés pour les cérémonies
de l'ordre du Saint-Esprit sont représentés sur la gravure
d'après Leclerc, appliqués contre le premier pilier au nord-ouest
de la nef et débordant sur les arcades (143)
. Chaque année, les cérémonies de l'ordre nécessitaient
l'installation provisoire d'un mobilier conséquent, comme en témoigne
ce paiement de 1698 ordonné au grand trésorier de l'ordre
du Saint-Esprit :
« Fait aussy dépense le sieur marquis de Torcy
de la somme de trois cent quatre-vingt quatre livres, payée au
sieur Boulard pour son remboursement de pareille somme par luy avancée
aux tapissiers qui ont fourny et fait porter le nombre de formes et sièges
nécessaires pour asseoir les princes, prélats, chevaliers,
commandeurs et officiers desdits ordres qui se sont trouvez aux assemblées
que Sa Majesté a faittes le 1er janvier, 2e février et feste
de la Pentecoste de ladite année 1697 en la chapelle du château
de Versailles ; ladite somme payée audit sieur Boulard en vertu
de l'ordonnance de Sa Majesté du 23e janvier 1698, cy 3480 livres
» (144).
Il faut supposer
aussi de nombreux tapis, qui servaient pour les grandes cérémonies,
les quelque dizaines de carreaux des ducs et des duchesses, posés
à même le sol, et, à la tribune, le prie-Dieu du roi
et son tapis de pied que l'on faisait retomber par-dessus la balustrade
lorsque le roi entrait dans la chapelle par en haut. Dans le sanctuaire,
on imagine, outre les stalles, une banquette pour le célébrant
et des bancs pour les clercs. Au fil de l'inventaire général
du mobilier de la Couronne, seul un Nota figurant au bas du n°
1846 de l'« inventaire des lits et emmeublemens » pour l'année
1699 signale que des sièges meublant le cabinet des petits appartements
de la Ménagerie « il y a quatre fauteuils et quatre sièges
plians qui servent à Versailles à la chapelle » :
comme les autres pièces de la série d'où ils étaient
extraits, ils étaient de bois peint, à fond blanc, ornés
de fleurs de plusieurs couleurs, couverts d'un brocard à fond d'argent
présentant un motif de rinceaux d'or et de fleurs de soie au naturel,
et garnis de frange or et argent (145)
. On ignore où ce mobilier pouvait prendre place, et s'il servait
en permanence : peut-être n'avait-il été emprunté
que pour le mariage du duc de Bourgogne, et pas encore restitué
au moment de la rédaction de l'inventaire. Le journal du Garde-Meuble
fait référence, à la date du 16 avril 1706, à
des « formes servans à la chapelle et à la comédie
de Versailles » lorsqu'il fut question de les « rétablir
» au moyen de « quatre pièces de moquette rouge à
fleurs de 10 aunes 3/4 chacune » livrées par la veuve Le
Brun (146).
Mention est faite d'« un chandelier pasquale de l'ancienne chapelle
», placé dans le sanctuaire entre Pâques et l'Ascension
et, le reste de l'année, peut-être près de l'éventuel
baptistère dont on peut supposer l'existence à droite en
entrant, ou du moins dans la sacristie, et d'« une armoire de 8
pieds de hault sur 4 pieds de large » provenant sans doute de la
sacristie dans un registre des démolitions pour la période
1706-1715, à la date du 18 juillet 1710 (147).
Pour cette dernière pièce, qui abritait aussi des meubles
pouvant servir dans le sanctuaire, on dispose d'un inventaire plus précis,
daté de juillet 1708 :
« Dans la sacristie et chapelle : 4 tabourets de moquette rouge
à fleurs, les bous de noyer, unis ; 2 longues formes de même
moquette ; cinq autres formes de même moquette, moins longues ;
un rideau de fenêtre de 3 lez de bazin sur douze pieds de haut ;
un banc à lit de bois de chêne à un battant qui s'abat
par devant, long de 5 pieds 9 pouces sur 21 pouces de large, garny d'un
matelas de laine, un matelas de laine et toille rayée, un traversin
de plume et coutil, 2 couvertures de laine blanche, et un pavillon d'étoffe,
fil et laine aurore et verd ; un bous de lit de sangle de deux pieds 1/2
de large ; deux tapis de drap verd, cloués l'un sur une table à
traiteaux, l'autre sur la table des ornemens de la sacristie » (148).
À
la différence des autres ouvrages de menuiserie, les paiements
des comptes des Bâtiments désignent explicitement leur objet
lorsqu'il s'agit de la chaire et des deux petites logettes ou «
cabinets de la tribune » (149)
:
« (15 mars 1682 - 13 septembre : ) à Rivet,
menuisier, sur la chaise à prescher et autres ouvrages (sept paiements,
6400 livres) »
(150).
« 1er novembre : à luy [Rivet], sur les deux
oratoires de menuiserie faits pour la reyne dans la tribune de la chapelle,
1200 livres » (151).
« 15 novembre : à Rivet, sur ses ouvrages des oratoires de
la reyne, 800 livres » (152).
« 21 novembre : à Rivet, menuisier, pour distribuer à
ses compagnons à cause de leur vigilance aux ouvrages de menuiserie
qu'il a faits aux oratoires de la reyne à Versailles, 44 livres
»
(153).
« (17 janvier 1683 - 28 février : ) à Rivet, menuisier,
sur la troisième chaire à prescher de la chapelle (quatre
paiements, 1700 livres) » (154).
« 23 janvier 1684 [...] : à Rivet, menuisier, parfait payement
de 7337 livres 13 sols 11 deniers pour ouvrages de menuiserie par luy
faits tant pour la troisième chaire à prescher de la chapelle
appartenant à Madame de Maintenon qu'à la Surintendance
et autres endroits du chasteau de Versailles en 1683, 3837 livres 12 sols
11 deniers »
(155).
Des paiements
relatifs à la peinture et à la dorure complètent
ceux de menuiserie :
« 22 novembre 1682 : à La Baronnière le père,
doreur, sur les oratoires de la reyne et autres endroits, 800 livres»
(156)
.
« (27 janvier 1683) : à Dufaux et Micheux, doreurs, pour
payement de la dorure et peinture en blanc qu'ils ont faites à
la chaire du prédicateur, 435 livres 17 sols 9 deniers »
(157).
« (13-27 juin 1683 : ) aux Dufaux frères, doreurs, sur la
dorure de la chaire du prédicateur (deux paiements), 500 livres
» (158).
« 5 mars 1684 : aux Dufaux frères, doreurs, parfait payement
de 827 livres 3 sols 3 deniers pour ouvrages de dorure et peinture en
blanc qu'ils ont fait à la chaire du prédicateur de la chapelle
du chasteau, 327 livres 3 sols 3 deniers » (159).
Mentionnée
dès mars 1682, un mois avant la consécration de la chapelle,
la chaire de la chapelle devenait donc, en février 1683, la mystérieuse
« troisième chaire, appartenant à Madame de Maintenon
», que Micheux et les frères Dufaux furent chargés
de peindre en blanc et de dorer au mois de juin de la même année
(160).
Probablement d'après les indications de Le Hongre, le sculpteur
Le Comte fut requis pour dégrossir et orner un corps de menuiserie
qui venait d'être réalisé et attendait d'être
peint et doré :
« (28 février 1683 - 9 mai 1683 : ) à
Le Comte, sur la sculpture de la chaire du prédicateur (trois paiements,
1800 livres) » (161).
« 9 octobre 1683 : à luy [Le Hongre, sculpteur], pour les
modelles de centaures et de la chaire à prescher pour la chapelle
du chasteau, 1060 livres » (162).
Ces données
sont confortées par deux mémoires apportés au «
Bureau des Bastiments », le 7 février 1684, par l'inspecteur
des travaux Lefebvre : le premier est du sculpteur Le Comte « pour
ouvrages faits pour la chaise [sic] de la chapelle du chasteau
de Versailles contenant six articles revenant à la somme de quatre
mil cinq cens livres » ; le second de « Dufaux, doreur, pour
dorures faites à la chaire de la chapelle de Versailles contenant
vingt-trois articles revenant à la somme de quinze cens cinquante
huit livres unze sols deux deniers » (163).
La chaire représentée en 1689-90 ressemble à celle
qui orne le fond du portrait de Madame de Maintenon publié chez
Claude-Auguste Berey.
|
Les travaux confiés à des sculpteurs de renom travaillant
à Versailles et affectés à la chapelle pour l'embellir
sont assurément mieux documentés. Même si, comme on
l'a vu, le cadre décoratif, tout provisoire qu'il fût, constituait
un ensemble de qualité, les sculptures furent réalisées
en bois, prévues peut-être pour être réutilisées
par la suite. Après 1710, en effet, les deux anges adorateurs et
le maître-autel qu'ils encadraient furent envoyés par Louis
XIV à la paroisse de Marly, dont ils ornent encore aujourd'hui
le sanctuaire
(164).
Sans préciser la nature des uvres réalisées,
les comptes des Bâtiments indiquent quatre artistes pour l'ensemble
du décor sculpté :
« (2 novembre 1681 - 11 janvier 1682 : ) à
Mazeline et Jouvenet, sur la sculpture de la nouvelle chapelle (six paiements,
4100 livres) » (165).
« 18 janvier 1682 : à Mazeline et Jouvenet, sculpteurs, sur
la nouvelle chapelle du chasteau, 300 livres » (166).
« (25 janvier 1682 - 19 avril 1682 : ) à Mazeline et Jouvenet,
sculpteurs, sur leurs ouvrages (treize paiements, 8400 livres) »
(167).
« 23 août 1682 : à eux [Mazeline et Jouvenet], sur
les quatre figures et vazes de bois qu'ils font pour la chapelle, 600
livres » (168).
« (4 - 11 octobre 1682 : ) à Mazeline et Jouvenet, sculpteurs,
sur leur sculpture (deux paiements, 900 livres) » (169).
« 1er novembre 1682 : à Le Hongre, sculpteur, sur les deux
bas-reliefs du dessus des portes du passage de la tribune, 500 livres
» (170).
« 30 avril 1683 : à Mazeline et Jouvenet, sculpteurs, parfait
payement de 3288 livres 16 sols pour leurs ouvrages aux deux oratoires
de la reyne, 1988 livres 16 sols » (171).
« À luy [Clérion, sculpteur], pour ouvrages de sculpture
en pierre qu'il a faits au balcon de la cour du chasteau, au-dessus du
passage du costé du parterre de l'Amour, et deux masques aux claveaux
des portes et croisées de la chapelle, du costé du petit
parc, en 1682, 510 livres » (172).
En dehors
d'Étienne Le Hongre, auteur de deux bas-reliefs dont seuls les
comptes des Bâtiments font état, et de Jean-Jacques Clérion,
mentionné pour des travaux extérieurs, l'ensemble des sculptures
fut réalisé par Noël Jouvenet et Pierre Mazeline :
outre les deux anges, les paires de têtes de chérubins avec
leurs guirlandes au-dessus des arcades du rez-de-chaussée, les
grands anges en forme de télamon supportant la corniche, au premier
étage, les parties sculptées des deux oratoires de la tribune
royale, les deux angelots couchés de part et d'autre de la croix
au sommet du maître-autel et les deux panneaux muraux surmontés
d'une cassolette, de chaque côté du maître-autel, sont
visibles sur les documents figurés, le tableau de Pezey notamment
(173).
En ce qui concerne l'éventuelle peinture de la voûte, le
commentaire de Nivelon apporte quelques précisions utiles :
« [...] Mais, comme les choses changèrent
par la disposition et le changement des lieux où se devoit exécuter
ce grand sujet
(174), il fut destiné pour celle
que l'on devoit construire de nouveau. [...] Le temps fournissant sans
intermission de nouveaux sujets à Monsieur Le Brun pour la gloire
du prince, dans celui que l'on construisoit une nouvelle chapelle dans
ce palais, il s'est passé ce chef-d'uvre de la grâce
et si éclatant pour la grandeur de cette couronne et la prudence
de Louis le Grand par l'anéantissement de l'hérésie,
qui obligea Monsieur Le Brun de faire un nouveau projet pour y représenté,
afin d'en laisser la mémoire à la postérité,
et auquel sujet il a donné le titre du Triomphe de la croix.
Ce grand sujet du salut du monde et de l'Église militante comme
le plus glorieux de la triomphante, étant la base et le fondement
des deux en général, est placé dans une gloire environnée
des ordres angéliques, soutenu des quatre évangélistes
comme étant les fondements généraux sous lesquels
les deux parties d'élus, tant de l'Église militante que
triomphante, se voient soumis, tels que furent autrefois les anciens Hébreux
sortant d'Égypte. Sous les enseignes de quatre figures hiéroglifiques
des évangélistes, les douze apôtres, comme les fondements
posés et laissés du Verbe en terre, sont disposés
dans un ordre plus bas pour dépeindre que ce sont eux qui ont cimenté,
à l'imitation du Verbe, par l'effusion de leur sang, les fondements
précieux. Tous les saints qui ont souffert la mort dans la primitive
Église y sont pareillement représentés suivant les
grands chefs, et convenablement au rang de leur martyre. Les vierges,
dont la palme, jointe au lys de la pureté, semble donner un plus
haut degré de gloire, et les confesseurs ou grands chefs d'ordre
y ont aussi leur rang. Toutes ces choses sont disposées de manière
qu'elles forment un spectacle de gloire digne d'être exposé
aux yeux chrétiens en leur dépeignant les degrés,
et que c'est par le signe du salut, dont le grand saint Paul tiroit toute
sa gloire dans ses souffrances, que l'homme y peut monter. Je n'ai pu
donner une idée que très informe de ce sujet, ne l'ayant
pu voir que sur le récit qui m'en a été fait assez
confusément » (175).
La Chute
des anges rebelles, inachevée en 1680 à la veille de
la destruction de la troisième chapelle du château, fut donc
remplacée, à une date sans doute postérieure à
la révocation de l'édit de Nantes, par un Triomphe de
la croix (176).
Entre 1682 et 1685, Le Brun semble avoir vraiment envisagé de reprendre
l'uvre interrompue à la voûte de la chapelle de 1672,
comme le laissent entendre deux mémoires anonymes mentionnant un
tableau de cabinet peint par l'artiste à partir des dessins de
la Chute des anges rebelles au moment de la destruction de la chapelle
de 1672 afin de garder l'idée de la composition générale
(177)
. Nulle part mentionnées, les raisons de l'abandon du second projet,
celui du Triomphe de la croix, furent probablement le caractère
provisoire de la chapelle, qui ne permettait pas d'engager une forte dépense
pour une uvre tributaire de son support, mais surtout la semi-disgrâce
où entra Le Brun après la mort de Colbert, un an à
peine après l'achèvement de la chapelle (178).
Couverte d'une voûte laissée vierge, la chapelle de 1682
perpétua pendant vingt-huit ans une formule qui devait être
généralement adoptée avec le remaniement de l'appartement
du roi en 1701.
Mû par une sincère admiration ou par le souci de plaire au
roi, ou encore par le désir malin de montrer au roi que le premier
peintre, au lieu de se consacrer entièrement à sa gloire
et à l'ornementation de ses palais, peignait des chefs-d'uvre
pour des particuliers, Louvois fit retenir en 1684 pour le roi un tableau
de Le Brun représentant une Descente de croix qui avait
été commandé par le maréchal de Villeroy pour
les carmélites de Lyon, ce qui obligea Le Brun à en faire
un second pour honorer sa commande (179)
. D'après Nivelon, ce tableau était destiné à
orner l'autel de la chapelle de Versailles :
« L'autel de la chapelle devoit être rempli
d'un tableau que Monsieur Le Brun avoit fait pour Monsieur le maréchal
de Villeroy, haut de dix-sept pieds et large de neuf, que Monsieur de
Louvois, à son avènement au ministère de la Surintendance,
a fait rester à Paris pour sa beauté et destiné pour
l'autel de cette chapelle, ce qui obligea Monsieur Le Brun d'en faire
une copie qu'il a repeinte et qui est à Lyon dans celle où
repose le corps de ce gouverneur de Louis le Grand. Ce sujet est d'une
grande manière, noblement traité dans sa représentation,
composé de plusieurs figures, dont quatre sont occupées
à la descente du Christ dessus un grand linceuil ; saint Jean,
plus bas, y est représenté en action de Le recevoir entre
ses bras. De l'autre côté, l'une de ces quatre figures est
représentée par un caractère d'âge vénérable
et riche dans son habillement, pour figurer cet homme noble, Joseph d'Arymathie,
aidant à ce triste ministère en soutenant les bras du Christ.
La Magdeleine est au bas de la croix, un genou en terre, les bras levés
pour recevoir Celui qui lui avait concédé la grâce,
et de part et d'autre se voient ces deux Maries dans des différentes
douleurs à ce spectacle. Mais le plus touchant et ce qui attire
plus les yeux après la vue du Christ est la Mère désolée
qui est debout, comme s'approchant à pas tremblants de cet objet
sur lequel elle a la vue fixée, exprimans le resserrement de son
cur et de son âme, pénétrée l'un et l'autre
du glaive de la douleur la plus aiguë ; dans ce triste état
elle est soutenue d'une des saintes femmes qui l'accompagnoient à
ce dernier acte d'amour. Au bas se voient les choses nécessaires
pour le dernier office qui fut rendu au corps de Jésus-Christ pour
être posé dans le sépulcre. Ce tableau a causé
du murmure entre les personnes de l'art, en conséquence qu'il s'en
voit un de Rubens sur lequel on a prétendu que Monsieur Le Brun
avoit formé sa composition. Cependant, à considérer
bien les choses, on tombera d'accord qu'il est très difficile,
représentant dans une telle hauteur un sujet pareil, de ne pas
se rencontrer dans quelque ressemblance générale, étant
un même moment. Mais lorsqu'on examinera ces deux sujets, on verra
bien de la différence dans les goûts du dessein, la noblesse
du choix des sujets, qui seulement feront tomber d'accord qu'ils étoient
tous deux de grands auteurs dans leurs manières » (180).
En fait, selon
le Mercure galant de mars 1690, c'était la chapelle définitive,
celle qui fut inaugurée en 1710, que Louvois désirait orner
de la Descente de croix :
« Il [Le Brun] fit il y a quelques années
une Descente de croix pour Monsieur l'archevesque de Lyon (181).
[...] Monsieur de Louvois, ayant esté aux Gobelins pour en visiter
les ouvrages, vit chez Monsieur Le Brun cette Descente de croix et l'ouvrage
luy parut si beau que ce ministre le retint pour le grand autel de la
chapelle neuve que le roy fait bastir à Versailles et dont la guerre
n'a point fait discontinuer le travail » (182).
Du reste,
de l'ensemble des documents figurés montrant le tableau du maître-autel
de la chapelle provisoire de 1682, seule la gravure représentant
le mariage du duc de Bourbon en 1685 se rapproche, avec sa Déploration
du Christ, du thème traité par Le Brun, mais sans que
l'on puisse prolonger la comparaison avec la Descente de croix
du musée de Rennes (183).
Après avoir été signalé aux Gobelins en 1686
(184)
et en 1687 (185),
l'original de la Descente de croix y était encore le 10
mars 1690, lors de la levée des scellés apposés à
la mort de Le Brun. À cette date, le tableau fut envoyé
sur ordre de Louvois au Louvre pour rejoindre la collection royale, comme
le précise l'« Inventaire des tableaux et desseins qui se
sont trouvez sous le scellé aposé chez Monsieur Le Brun
aux Gobelins le 10 mars 1690 » (186).
En dépit d'un hypothétique transfert du tableau à
Versailles après 1696 (187),
sa présence était encore attestée au « Cabinet
des tableaux » du Louvre par les inventaires de 1706 (188)
et de 1709-1710 (189).
Le 28 août 1682, Colbert écrivait à Le Brun pour lui
demander de faire enlever le brocart provisoire installé dans le
cadre du tableau du maître-autel et de le remplacer par une copie
d'une Vierge du Corrège dont Le Brun lui-même avait
suggéré l'installation en cet endroit (190)
. À la date du 21 août 1703, Monnier de Richardin indique,
à la suite du passage déjà cité de son Journal,
que le tableau de l'autel représente une Nativité
(191)
. Et c'est bien une Nativité qui figure au maître-autel
sur la gravure des cérémonies de l'ordre du Saint-Esprit
de 1689. Confirmant les dires du témoin oculaire, l'original de
l'inventaire des tableaux du roi signé par Paillet le 9 décembre
1695 mentionne, de Boullogne l'aîné, « une copie de
la Nativité de Jésus-Christ d'après le Corrège
» dans la chapelle du château de Versailles (192).
Sans doute s'agit-il d'une des deux grandes copies, payées 1600
livres en 1679 à Boullogne l'aîné qui les avait réalisées
en Lombardie, d'après le Saint Roch distribuant les aumônes
d'Annibal Carrache et la Nativité de Corrège (193).
Il est fort probable aussi que cette copie ait été ensuite
placée à l'autel de la chapelle des Tuileries : une copie
de la Nativité du Corrège par Boullogne l'aîné
est en effet mentionnée en cet endroit par l'« Inventaire
général de tous les tableaux qui ont été faits
pour le service du roy, qu'il faut adjouter depuis à l'inventaire
général fait en 1709 jusques en 1737 », rédigé
par Bailly (194).
Il est certain en tout cas que le tableau ne fut pas envoyé à
la paroisse de Marly en même temps que le retable, puisque un paiement
de 450 livres est attesté par les comptes des Bâtiments,
le 12 mai 1711, « à Stiémart, peintre, pour la copie
qu'il a faite d'après le Corrège d'un tableau représentant
la Nativité de Notre-Seigneur, dont le roy a fait don à
l'église de la paroisse de Marly en 1710 » (195)
.
La chapelle était ornée d'autres tableaux que celui du maître-autel,
et il est possible d'en connaître quelques-uns grâce à
l'Inventaire général des tableaux du roy, rédigé
en 1709-1710 par Nicolas Bailly, garde des tableaux de Versailles (196).
Ce document a été partiellement édité en 1899
par Fernand Engerand, qui se référait aussi aux autres inventaires,
ceux de Le Brun (197)
(1683), de Paillet (198)
(1695) et de Bailly (199)
(1706). Ces inventaires commençant par énumérer les
peintures de l'école italienne, c'est en premier lieu un tableau
d'un grand maître italien qui est mentionné :
« Pierre de Cortone. Un tableau représentant la sainte Vierge,
l'Enfant Jésus et sainte Martine ; figures de petite nature ; ayant
de hauteur quatre pieds un pouce sur quatre pieds huit pouces de large,
rehaussé de trois pouces, baissé par les coins pour suivre
le ceintre de la bordure » (200).
Ce tableau,
que Bailly situait dans le cabinet de la Surintendance en 1709-1710, avait
été attesté par Paillet en 1695 (201)
et par Bailly en 1706 (202)
dans la chapelle du château. Il correspond au n° 181 de l'inventaire
de Le Brun en 1683 (203).
Son sujet n'explique pas sa présence dans la chapelle pour une
si longue durée. Il est probable que son format, mais surtout son
prestigieux auteur aient contribué à en légitimer
l'installation (204).
Il est aujourd'hui conservé au musée du Louvre (205)
.
Appartenant à l'école française, les deux tableaux
suivants, qui dépeignent les saints patrons du couple royal, sont
d'une iconographie classique pour une chapelle palatine :
« Bon Boulogne. Un tableau représentant un
Saint Louis à genoux devant un autel, offrant une couronne d'espines
; figure de demi-nature ; ayant de hauteur quatre pieds neuf pouces sur
quatre pieds de large ; dans sa bordure dorée ; ceintré
à oreille par le haut. Donné par le roy au R.P. de La Rue,
le 14 juin 1710 » (206).
« Louis de Boulogne le Jeune. Un tableau représentant sainte
Thérèse et un ange qui tient une flèche ardente ;
figures de demi-nature ; ayant de hauteur quatre pieds neuf pouces sur
quatre pieds de large ; dans sa bordure dorée. Le roy l'a donné
à la paroisse du village de Montreuil, le 23e aoust 1710»
(207).
Ayant exactement
les mêmes dimensions, ces deux derniers tableaux formaient une paire
et étaient vraisemblablement placés au-dessus de chacun
des deux autels latéraux au rez-de-chaussée, tandis que
celui de Cortone pouvait former le retable de celui de la tribune, ou
orner la sacristie (208).
Ils furent tous deux donnés par le roi en 1710 (209),
alors que deux autels consacrés aux mêmes saints avaient
été prévus dans la chapelle suivante (210)
. C'est sans doute à ces deux tableaux que les comptes
des Bâtiments se réfèrent dans le chapitre des dépenses
pour 1682 :
« 9 août : aux Boulognes, pour deux tableaux
pour la chapelle du chasteau, 600 livres » (211).
Pour l'année
1683, les comptes des Bâtiments mentionnent René-Antoine
Houasse, l'auteur du plafond du salon de l'Abondance, mais sans donner
aucune précision sur ses travaux pour la chapelle de 1682 :
« Parfaits payemens des dépenses faites les années
précédentes. [...] 7 mars 1683. [...] À Houasse,
pour ouvrages de peinture par luy faits, tant pour la chapelle de la Reyne
à la paroisse que pour celle de la Grande Escurie et du chasteau
de Versailles, 1100 livres » (212).
De même,
l'année 1696 des comptes des Bâtiments renferme deux mentions
relatives à des uvres exécutées en 1687-1688,
dont on ne connaît pas plus le sujet ni l'emplacement :
« 21 avril : de luy [Jean-Baptiste Brunet, garde
du Trésor royal], 1750 livres pour délivrer aux sieurs Boulogne
frères, peintres, pour, avec 2200 livres qu'ils ont cy-devant receus,
faire le parfait payement de 3950 livres, à quoy montent treize
tableaux qu'ils ont faits pour le service du roy et qui ont esté
posez tant à la chapelle du château de Versailles et à
Trianon qu'à l'église de Saint-Cyr en 1688, et 14 livres
11 sols 8 deniers pour les taxations, 1764 livres 11 sols 8 deniers »
(213).
« 22 avril : aux sieurs Boulogne, frères, peintres, pour
parfait payement de 3950 livres pour treize tableaux qu'ils ont faits
pour le service du roy et posez tant à la chapelle du châsteau
de Versailles et à Trianon qu'à l'église de Saint-Cyr,
en 1687 et 1688, 1750 livres » (214).
|
Le chapitre des ornements liturgiques et linge de chapelle est particulièrement
bien documenté, grâce à l'inventaire général
du mobilier de la Couronne (215)
et au journal du Garde-Meuble (216).
Il faut compléter ces sources par l'inventaire de Corset et Lebel
(217)
et par les minutes comptables relatives au département de l'Argenterie,
Menus-Plaisirs et Affaires de la Chambre (218).
Conséquence du changement de lieu de culte au sein du palais et
de l'installation à Versailles des lazaristes et, de manière
permanente, des officiers ecclésiastiques de la Maison du roi,
les années 1682 et 1683 virent un renouvellement et un accroissement
du nombre des ornements liturgiques par rapport au fonds provenant de
la chapelle de 1672. À trois reprises au cours de l'année
1682, le journal du Garde-Meuble enregistre l'arrivée de somptueux
ensembles, ce qui donne indirectement des renseignements sur le nombre
des autels, leur emplacement et leurs dimensions. Le temps de la Passion
1683, le premier à se dérouler en cette chapelle, entraîna
la commande d'étoffes de couleur violette pour couvrir au moins
sept tableaux et cinq croix, celles des quatre autels et celle du fronton
du grand retable :
« Du 25 may 1682. Estat de quatre ornemens d'église faitz
de riches brocatz d'or et d'argent pour la chapelle du chasteau de Versailles,
sçavoir :
- le blanc, composé de riche brocat d'argent, les orfrois d'un
riche brocat or argent assemblez par un passement d'or à jour,
consistans en ce quy suit : une chasuble, une estolle, un manipule, deux
thuniques, une estolle, deux manipules, un corporalier, trois chapes,
un devant d'autel, plus le voile de calice de satin blanc, une palle de
linge ;
- le viollet, composé tout d'un riche brocat or argent et viollet
garny d'un fort passement d'or et d'argent avec un velouté rouge
consistant en ce qui suit : trois chapes, deux thuniques, une chasuble,
deux estolles, une autre estole de parade, trois manipules, trois devans
d'autel - un grand et deux petitz -, deux aurillers, une bourse, une escharpe,
plus le voile de calice ;
- l'ornement rouge, composé d'un brocat or argent fond rouge, les
orfrois d'un autre riche brocat or et argent assemblez d'un riche gallon
or argent avec un velouté vert consistant en ce quy suit : une
chasuble, étolle et fanon, une thunique, étole et fanon,
une autre thunique et fanon, trois chapes, une estole de parade, un grémielle,
une bource, une escharpe, deux aurillers, plus le voile de broderie, trois
devantz d'autel - un grand, deux petitz dud. brocat -, deux palles de
toille ;
- l'ornement vert, composé d'un brocat or argent fond vert, les
orfrois d'un riche brocat or argent et couleur de Ponceaux avec un passement
tout or, consistant en ce quy suit : trois chappes, une chasuble, deux
tuniques, deux étolles, trois manipules, un devant d'autel, un
corporalier, plus le voile de satin, une palle de linge, le tout avec
les armes du roy brodées, deux dessus de cyboire de brocat, plus
une escharpe rayée blanc et vert » (219).
« Du 4 juillet 1682. [...] Estat de quatre petitz
ornemens d'église envoyez à Versailles pour la chapelle
du chasteau, sçavoir :
- 2 chasubles, estole et fanon de damas rouge avec gallon or et argent,
une bource dud. damas, deux petitz devantz d'autel dud. damas, un voile
de calice de satin, une palle de linge ;
- deux chasubles de damas blanc avec dentelle d'or, et pareille suite
d'ornemens ;
- deux chasubles de damas vert avec dentelle or argent, et pareille suitte
;
- deux chasubles de damas viollet avec dentelle d'or et d'argent, et pareille
suite » (220).
« Du 15 novembre 1682. [...] Aporté par le sieur Delaistre,
brodeur :
- un ornement d'église de velours noir avec passement, frange et
mollet d'argent, les orfrois de toille d'argent traict, pour servir à
la chapelle du chasteau de Versailles, consistant en ce quy suit : trois
chappes, deux thuniques, une chasuble, deux estolles et trois manipules,
un corporalier, un devant d'autel, plus un voille de satin noir brodé
et une palle de linge fin ;
- plus, pour les deux petites chapelles et pour la tribune : trois chasubles,
trois étoles, trois manipulles, trois corporaliers dud. velours,
garnis de frange et passement d'argent, trois voiles de calice de satin
noir sans broderie, trois petitz devantz d'autelz, trois palles de linge
;
- plus, pour augmenter aux autres ornemens de couleurs : deux devant pour
lad. chapelle, deux chappes de brocat d'argent et de brocat or argent
pour l'ornement blanc, et 2 autres chappes pour l'ornement or argent et
rouge. Envoyé les ornemens cy-dessus à Versailles »
(221).
« Du 20 décembre 1682. Estat de plusieurs
meubles de brocat de velours et or damas faitz exprès et envoyez
à Versailles depuis le 18 avril 1682, sçavoir : [...] huict
rideaux de damas blanc de 6 lez sur 3 aunes 3/4, moletez d'or, pour la
chapelle ; [...] un dais de velours rouge avec les armes du roy à
grande frange d'or pour porter sur le Saint-Sacrement » (222).
« Du 9 avril 1683. Estat de ce quy a esté envoyé à
Versailles pour couvrir les images pendant la sepmaine sainte dans la
chapelle dud. chasteau : sept rideaux de taffetas violet garnis de frange
et mollet de soye violet et blanc ; un grand pavillon de damas violet
garny de frange et mollet or argent ; cinq petitz voiles de mohaire de
soye violette garny d'une petite dentelle d'or et d'argent pour couvrir
les croix ; un grand voille de taffetas garny d'une dentelle d'or et d'argent
; trois étolles de mohaire viollette garnies de dentelle et frange
d'or et d'argent ; un grand tapis de pied et 3 careaux de drap viollet
» (223).
Une indication
supplémentaire est apportée par la minute d'un paiement
ordonné le 21 mai 1683 par le roi en faveur du trésorier
général de l'Argenterie (224).
Celui-ci devait rétribuer Duc et Marsollier, marchands de soie,
Charron, marchand drapier, Leleu et Le Vasseur, marchands passementiers,
et Delaître, brodeur, qui avaient tous contribué à
la fabrication de deux ornements pour la chapelle, l'un « de velours
fonds d'argent nué de couleurs et l'autre de brocart fonds viollet
broché d'argent », ainsi que de « trois rideaux pour
couvrir le tableau du grand autel de lad. chapelle ».
L'ensemble renouvelé des ornements et linges liturgiques de la
chapelle fait l'objet d'une récapitulation, avec des précisions
supplémentaires, dans les inventaires du mobilier de la Couronne
et de Corset et Lebel, le second, interrompu après 1684, étant
vraisemblablement la source du premier. Ainsi, le n° 64 de l'inventaire
de Corset et Lebel indique que les deux petits devants d'autel faisant
partie de l'ornement violet dont le journal du Garde-Meuble faisait mention
le 25 mai 1682 étaient prévus « pour servir aux deux
petits autels des chapelles qui sont au costé droit en entrant
» (225).
La même précision est apportée pour le n° 65,
l'ornement rouge faisant partie du même envoi (226).
Correspondant à l'envoi des quatre petits ornements du 4 juillet
1682, les numéros 68 et 69 de cet inventaire précisent aussi
qu'ils étaient destinés aux deux autels latéraux
du rez-de-chaussée, curieusement placés « à
gauche de la chapelle de Versailles en entrant » (227).
Si l'envoi du 15 novembre ne donna lieu à aucune précision
supplémentaire dans les inventaires (228),
les numéros 73 à 78 de l'inventaire de Corset et Lebel complétèrent
bien en revanche celui du 9 avril 1683 (229)
: on y apprend en effet que le « grand pavillon de damas
violet » servait à couvrir « le principal autel de
la chapelle de Versailles pendant le caresme », que les «
sept rideaux de taffetas violet » étaient pour les «
figures de lad. chapelle », enfin que les « grand tapis de
pied et trois carreaux de drap violet » ne servaient que pendant
la semaine sainte. On doit mentionner aussi les « trente-six surplis
de toille unie » (230),
que le journal du Garde-Meuble évoque sans préciser qu'ils
étaient destinés à la chapelle (231)
: ils permettent d'imaginer le nombre de clercs susceptibles
de prendre part aux cérémonies.
Après les grandes commandes des années 1682-1683, le fonds
était non seulement entretenu, mais continuait à s'accroître,
certes dans des proportions moindres, surtout lorsqu'il s'agissait de
constituer des « chapelles » pour les ducs de Bourgogne, de
Berry et de Bretagne :
« Du 11e octobre 1685.[...] Envoyé à
M. Tourolle à Versailles les susd. 65 aunes 3/4 de pluche [rouge
cramoisi] pour garnir les fausses portes de la chapelle dud. château
et pour des niches à chiens » (232).
« Du 3 septembre 1689. Estat des meubles faits par le sieur Doublet
(233),
tapissier, pour servir à Monseigneur le duc de Bourgogne et à
ses principaux officiers. [...] Pour la chapelle : un tapis de pied de
4 lez de velours rouge cramoisi sur 4 aunes doublé de toille et
garny de frange or et argent autour ; un carreau dud. velours avec galon
et glands or et argent et housse de serge » (234).
« Dud. jour 3e septembre [1689]. Apporté par le sieur Delaître,
brodeur, un ornement de damas rouge cramoisi qu'il a fait de nuf
pour servir à la chapelle de Monseigneur le duc de Bourgogne, consistant
en 2 devants d'autel, 2 coussins, une chasuble, étolle, manipulle,
bource, palle, le tout de damas rouge cramoisyi à petit patron,
garny de galons, frange et molet or et argent, enrichy des armes de mondit
seigneur ; un voille de satin cramoisi doublé de taffetas garny
de dantelle or et argent ; le surplus des étoffes nécessaires
pour achever led. ornemens a esté fourny par le sieur Marsollier
(235),
et la garniture or et argent par le sieur Le Vasseur, dont j'ay donné
certifficat. Envoyé led. ornement à Versailles, dont Monsieur
l'abbé Archon a donné receu » (236).
« Dud. jour 3 septembre [1689]. Apporté par le sieur Boullé,
marchand, le linge d'églize, cy-après mentionné pour
servir à la chapelle de Monseigneur le duc de Bourgogne, sçavoir
: 2 aubes de toille d'Hollande garnies de dantelle, 2 surplis de toille
d'Hollande garnis de dantelle, 4 amicts unis, 2 corporaux à dentelles,
6 purificatoires à dentelles, 6 Lavabo unis, 2 coeffes de
calice, 2 nappes fines garnies de dantelle, 4 autres nappes de toille
blanche unies, 2 ceintures d'aubes, dont je luy ay donné certifficat.
Envoyé à Versailles le susd. linge, dont Monsieur l'abbé
Archon a donné receu » (237).
« Du 25e septembre [1690]. État des meubles
nufs fait par le sieur Doublet, tapissier, pour le service de Monseigneur
le duc d'Anjou que le roy a mis entre les mains de Mr le duc de Beauvilliers
son gouverneur. Pour la chapelle : un tapis de 4 lez de velours rouge
sur 4 aunes, doublé de toille et garny de frange or et argent autour
; un carreau dud. velours avec galon autour et glands or et argent aux
coins, et housse de serge ; un autre tapis de pied et 1 carreau de drap
noir » (238).
« Du 8e novembre 1690. Faut faire recepte d'entrée de 4 carreaux
de velours rouge cramoisi, garnis autour de frangeon doublé d'or,
faits de nuf par le sieur Doublet, tapissier, pour servir à
la chapelle de Versailles, dont je luy ay donné certifficat. Envoyé
lesd. 4 carreaux de velours à Monsieur Tourolle à Versailles
» (239).
« Du 4e avril [1691]. Apporté par le sieur Gillet, marchand,
le linge d'église cy-après mentionné, fait de nuf
pour la chapelle royalle du château de Versailles, sçavoir
: 18 grandes aubes unies de toille blanche ; 8 aubes de lad. toille, garnies
de dantelle ; dix-huit aubes de toille de Rouen fines, garnies de dantelle
; 48 grands surplis unis de toille demy Hollande ; 24 surplis unis de
toille blanche pour les enfans de cur ; 10 nappes d'autel unies
de toille blanche (240)
; trois petittes nappes de communion unies de mesme toille
; six douzaines de tours d'estolle de toille blanche à dentelle
; six douzaines d'essuy-mains unis pour les autels ; vingt-quatre palles
à dentelle avec leurs cartes » (241).
« Octobre 1693. État des meubles nufs
faits par le sieur Doublet, tapissier, pour le service de Monseigneur
le duc de Berry, que le roy a mis entre les mains de Monsieur le duc de
Beauvilliers son gouverneur. [...] Pour la chapelle : un tapis de 4 lez
de velours rouge sur 4 aunes, doublé de toille et garny de frange
or et argent autour ; 1 carreau dud. velours avec galon autour et glands
or et argent aux coins, et housses de serge » (242).
« Dud. 31e [mars 1696]. Délivré à Monsieur
Delaître, brodeur chasublier, pour racommoder et rétablir
les ornemens de la chapelle du chasteau de Versailles, sçavoir
: 1 aune 7/12 de damas blanc du Garde-Meuble, de celuy n° 39 qu'il
a employé à racommoder les petits ornemens de lad. chapelle
; plus 9 petits morceaux de vieux brocat d'argent, que ledit sieur Delaître
avoit raporté au Garde-Meuble le 20 avril 1691, restant d'une chappe
du riche ornement blanc de lad. chapelle, inventoriée au n°
74, le surplus de lad. chappe ayant esté employé par led.
sieur Delaître audit mois d'avril 1691 à racommoder, refaire
et remonter tout le sud. ornement complet n° 74, lesquels 9 petits
morceaux de brocat ont aussy servy à racommoder led. ornement n°
74, et laquelle chappe il faudra faire décharger sur l'inventaire
par Monsieur Du Metz » (243).
« Juillet 1704. [...] État des meubles nufs
faits par le sieur Lallier (244),
tapissier, pour servir à la naissance de Monseigneur le duc de
Bretagne, né à Versailles le mercredi 25 juin 1704 à
5 heures après-midy. [...] Livré par Monsieur Delaître,
brodeur chasublier, pour servir à ladite chapelle : un ornement
de gros de Tours, fond blanc à fleurs nuées de plusieurs
couleurs, composé d'un devant d'autel, une chasuble avec son étolle,
manipule, bource, palle et voille, le tout doublé de taffetas verd
et garny de frange, galon et dantelle d'or aux endroits nécessaires,
avec les armes de Monseigneur le duc de Bretagne au devant d'autel et
à la chasuble. Plus une pierre de marbre bénite, un missel
in-folio relié en maroquin rouge avec lesd. armes, un pupitre
façon de la Chine, le canon de la messe avec l'évangile
et 1 Lavabo. Linges d'église : 2 aubes de toille blanche
à dantelles, 2 surplis de baptiste à dantelle avec leurs
ceintures, 6 amits unis, 2 corporaux à dantelles, 4 purificatoires,
4 essuy-mains, 4 tours d'étolle, 2 nappes fines à dantelles,
2 nappes d'autel de dessous de toille demy blanc uny, 2 palles garnies
de dantelle, le tout mis dans un coffre à compartimens garny de
serge verte, dont Madame la maréchale de La Motte (245)
a donné certifficat » (246).
« Du 28 février 1705. J'ay délivré
à Monsieur Lebègue 4 aunes de damas bleu provenans du mémoire
de diverses choses et 2 aunes 1/12 de damas blanc restant du n° 39
de l'inventaire général pour raccommoder les ornemens de
la chapelle du château de Versailles » (247).
En dehors
de ces deux dernières livraisons, il n'y en eut plus pour la chapelle
après 1696. Alors que la reprise des travaux de construction de
la chapelle définitive, inaugurée en 1710, pouvait légitimement
mettre un terme à une série d'acquisitions désormais
sans objet, une seconde campagne de grandes commandes, attestée
en 1698 par le journal du Garde-Meuble, semble concerner la chapelle de
1682 (248)
:
« Le 18e dudit [mars 1698]. Led. jour, livré
par le sieur Brion, marchand, le linge d'église cy-après
mentionné pour servir à la chapelle royalle du chasteau
de Versailles, sçavoir : 2 nappes de toille demy-Hollande pour
le grand autel, 2 nappes de toille fine pour led. autel les grandes festes,
1 nappe de dessous de toille demy-blanche, 8 nappes de toille demy-Hollande
pour les petits autels, 4 nappes de dessous de toille demy-blanche pour
lesd. autels, 12 aubes de toille blanche de différentes grandeurs
garnies de dantelle pour les grandes messes, 3 aubes de toille demy-Hollande
garnies de dantelle pour les grandes festes, 12 aubes de toille blanche
de différentes grandeurs garnies de dantelle pour les messes basses,
12 autres aubes de pareille toille et grandeurs unies, 48 surplis de toille
blanche unis de différantes grandeurs, 3 surplis de toille de baptiste
pour les prédicateurs, 24 surplis de toille demy-Hollande unis
pour les enfans de cur, 8 nappes de communion de toille demy-Hollande
garnis de dantelle dont 4 grandes et 4 petites, 4 autres nappes de communion
plus fines aussy à dantelle, 2 nappes de crédence garnies
de dantelle, 6 tours d'autel dont 4 à dantelles et 2 unis, 6 douzaines
d'amits, 4 douzaines de mouchoirs, 7 douzaines de tours d'étolle
dont 5 douzaines à dantelle et 2 douzaines unis, 6 douzaines de
purificatoires de toille demy-Hollande, 6 douzaines de rouleaux de toille
blanche, une douzaine d'essuye-mains garnis de dantelle, 2 douzaines d'essuye-mains
unis, 24 corporaux dont 12 à dantelle et 12 unis, 12 palles garnies
de dantelles, 4 corporaux ronds garnis de dantelle pour le salut, 18 ceintures.
Envoyé le tout à Versailles led. jour 18 mars 1698, dont
Monsieur Lebel a donné receu » (249).
« Le 28 dud. [mars 1698]. Livré par le sieur
Delaistre, brodeur chasublier, pour la chapelle du chasteau de Versailles
: 3 chasubles de damas blanc garnies de galon d'or, avec les armes du
roy en broderie au bas, doublées de taffetas rouge, avec chacune
leurs étolles, manipulles, bources et voiles dud. damas, doublés
de taffetas et garnis de galon d'or sans armes ; deux devants d'autel
de même damas blanc, garnis d'une croix de chevalier de galon d'or
au milieu, avec les armes du roy en broderie par les cotez, et doublez
de toille blanche»(250).«
Le 27 dud. [may 1698]. Livré par le sieur Delaître, brodeur
chasublier, pour servir à la chapelle royalle du chasteau de Versailles,
un ornement de brocat or et argent dont les orfrois sont de brocat tout
or, assemblés par un large galon d'or bordé d'un velouté
rouge cramoisy, doublé de taffetas rouge et garny de frange, molet
et dantelle d'or aux endroits nécessaires, avec les armes du roy
en broderie aux principales pièces, consistant en : 5 chappes,
2 tuniques, une chasuble, 3 étolles, 3 manipulles, un corporalier,
un voile et un devant d'autel, 3 dessus de ciboires dud. brocat or et
argent ; 1e écharpe dud. brocat or et argent, doublée de
brocat vert à fleurs d'or et rouge ; 2 autres devants d'autels
desd. brocats pour les petits autels des chapelles ; le tout envelopé
de serge d'Aumale verte. [...] Plus délivré par le sieur
Delaistre pour l'autel de la tribune de lad. chapelle : 2 chasubles de
gros de Tours fond blanc à fleurs de soye, nuées de plusieurs
couleurs, garnies de galon d'or avec les armes du roy en broderie au bas,
doublées de taffetas rouge, avec chacune leurs étolles,
manipulles, bources et voilles de lad. étoffe, doublées
de taffetas et garnies de galon et dantelles d'or sans armes ; un devant
d'autel de pareille étoffe, garny d'une croix de galon d'or au
milieu, avec les armes du roy en broderie par les cotez, et doublé
de toille » (251).
« Led. jour [21 juin 1698]. Livré par led.
sieur Doublet pour servir au roy à la chapelle du chasteau de Versailles
: un tapis de pied de 7 lez de velours rouge cramoisy sur quatre aunes
de long, garny autour d'un large et riche passement et frange d'or et
doublé de toille ; 2 carreaux dud. velours, garny des 2 côtez
dud. passement d'or et sur le tour d'un autre galon plus estroit avec
glands de bouqueterie aux coins, attachées avec des tenons de fer
et bouts de chaisnes au-dedans des carreaux à la longueur de 6
pouces, et un morceau de cuivre qui passe au travers du gland, rivé
par le bout avec fausses housses de serge de Londres rouge » (252).
|
À l'instar des ornements liturgiques, les mêmes sources,
journal du Garde-Meuble (252)
et inventaire général du mobilier de la Couronne (254),
font état d'abondantes livraisons autour des années 1682-1683.
En un domaine néanmoins où il n'est pas nécessaire
de renouveler les pièces aussi fréquemment, celles qui étaient
héritées de la chapelle de 1672 furent conservées
dans leur usage, si bien que les nouvelles commandes furent de moindre
importance :
« Du 28 mars 1682. Aporté par le sieur Merlin,
orfèvre : deux encenseoirs d'argent cizelé pour joindre
à la grande chapelle d'argent, pezans les deux dix-neuf marcs quatre
onces, cy 19 marcs 4 onces ; deux petites nefz à mettre de l'encens,
pezans les deux cinq marcs cinq onces, cy 5 marcs 5 onces ; dont je luy
ay donné certifficat. Aporté par le sieur de Launay (255),
orphèvre, pour servir à la parroisse de Versailles ou à
la chapelle : 3 croix d'argent à pied carré, pezant 46 marcs
4 onces 6 gros ; 6 chandeliers d'argent à pied triangle, 43 marcs
2 onces 6 gros ; 1 cyboire, 8 marcs ; 1 croix à processions, 25
marcs ; 3 bassins unis, 9 marcs 6 gros ; 6 burettes, 3 marcs 7 onces 6
gros ; 2 chandeliers à processions, 26 marcs 5 onces 4 gros ; 1
soleil, 6 marcs ; 1 boitte aux saintes huilles, 8 marcs 4 onces 2 gros
; 1 cyboire vermeil, 3 marcs 3 onces ; délivré les susdittes
argenteries à Versailles par led. sieur de Launay et par le sieur
Merlin, dont le sieur Lebelle a donné receu » (256).
« Du 4 avril 1682. [...] Envoyé à Versailles,
outre toutes les pièces de la grande chapelle quy y ont esté
envoyées cy-devant : les 2 encensoirs d'argent portez en l'autre
part, faitz de neuf par le sieur Merlin, pezant 19 marcs 4 onces ; 2 petites
nefz d'argent pezans 5 marcs 5 onces ; dont le sieur Lebelle a donné
receu et non de tout le reste de lad. chapelle » (257).
« Du 13 juin 1682. Aporté par le sieur de Launay, orfèvre,
les petites argenteries cy-aprez pour joindre à celles pour la
chapelle de Versailles enregistrées le 28 mars devant, sçavoir
: une sonnette, 3 marcs 5 onces 5 gros 1/2 ; une boitte aux saintes huilles,
6 onces 5 gros ; une boitte pour les baptesmes, 1 marc 1 once 2 gros ;
une boitte à lavers les mains, 7 onces 4 gros ; dont j'ay donné
certifficat. Envoyé à Versailles ce que dessus, dont le
sieur Lebelle a donné certifficat » (258).
« Du 9 avril 1683. Aporté par Monsieur Marcadé, orfèvre,
un cyboire d'argent quy se démonte, hault de cinq pouces, pezant
2 marcs 2 onces, dont je luy ay donné certifficat ; envoyé
led. cyboire d'argent à Versailles » .(259)
« Du 18e dud. [décembre 1685]. Apporté par le sieur
Coussinet, orfeuvre, un calice avec sa patenne d'argent, pezant ensemble
3 marcs 7 gros 1/2, dont je luy ay donné certifficat ; envoyé
le susd. calice avec sa patenne à M. Lebel pour servir à
la chapelle du château de Versailles, dont il a donné receu
» (260).
« Dud. 4 septembre [1689]. Apporté par le sieur de Launay,
orfèvre, une chapelle d'argent vermeil doré pour le service
de Monseigneur le duc de Bourgogne consistant en : une croix avec son
crucifix, pezant 7 marcs 1 once 5 gros ; 2 chandeliers, pezans ensemble
8 marcs 1 once 5 gros ; 1 calice et sa patène, pezants 4 marcs
6 onces 5 gros ; 1 bassin et les 2 burettes, pezans ens. 4 marcs 7 onces
4 gros ; 1 benetier et son goupillon, pezants 5 marcs 2 onces ; 1e sonnette,
pezant 1 marc 1 gros ; le tout gravé des armes de Monseigneur le
duc de Bourgogne, pezant ens. 31 marcs 3 onces 1 gros ; dont je luy ay
donné certifficat ; envoyé à Versailles lad. argenterie,
dont Monsieur l'abbé Archon a donné receu » (261).
« Juillet 1704. [...] État des meubles nufs faits par
le sieur Lallier, tapissier, pour servir à la naissance de Monseigneur
le duc de Bretagne, né à Versailles le mercredi 25 juin
1704 à 5 heures après-midy. [...] Autre argenterie, pour
la chapelle : une croix avec son Christ, pesant 7 marcs 3 onces 5 gros
; 2 chandeliers, 7 marcs 7 onces 7 gros 1/2 ; 1 calice et sa patène,
4 marcs 2 onces 6 gros ; 1e cuvette, 2 marcs 0 once 4 gros ; 2 burettes,
1 marc 7 onces ; 1e sonnette, 1 marc 2 onces 6 gros ; 1 bénitier
et son goupillon, 4 marcs 7 onces 0 gros ; le tout d'argent vermeil doré,
ciselé d'ornemens et gravé des armes de Monseigneur le duc
de Bretagne » (262).
« Du 6 avril 1705. Livré par le sieur de Launay un bassin
ovale, vermeil doré, chantourné et godronné au bord,
gravé des armes de France et de Navarre et dessous des trois couronnes,
pezant six marcs deux onces trois gros ; envoié le même jour
au sieur Lebel à Versailles, qui en a donné receu »
(263).
Si les envois du 28 mars 1682, 13 juin 1682, 9 avril 1683 et 18 décembre 1685 sont consignés aussi dans l'inventaire général du mobilier de la Couronne (respectivement aux numéros 90-99 et 104, 100-103, 105, et enfin 108), cette dernière source donne quelques précisions supplémentaires. Ainsi, pour les numéros 90 et 91 par exemple, les deux encensoirs et les deux navettes sont décrits « ciselez de petits fleurons et autres ornemens », et il est dit dans un Nota en marge, signé « D.M. » (264), « qu'il manque une cuillère et la chaisne d'une navette qui ont esté vollées sur l'affirmation du sieur Lebel ». Concernant l'ostensoir du n° 98, l'inventaire général ajoute qu'il était doté d'un « pied carré, cizelé au milieu d'une Cène ». La « boeste » du n° 100 fait l'objet d'une annotation marginale encore signée « D.M. » : « veu les certifficatz du sieur Chupperel (265), sacristain de la chapelle de Versailles, et du sieur Lebel, concierge, du vol fait de cette boeste, deschargé ».
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À l'usage du roi ou des clercs chargés de la desserte de
la chapelle royale, de prestigieux recueils de prières et livres
liturgiques, véritables éléments du décor,
furent créés pour servir dans la chapelle de 1682. La Description
générale de l'Hôtel royal des Invalides établi
par Louis le Grand dans la plaine de Grenelle près Paris, ouvrage
de Le Jeune de Boulencourt paru en 1683, signale au chapitre V que
« la dernière fois qu'elle [Sa Majesté]
y est venue, on luy fit voir des livres d'Église travaillez par
des Invalides manchots. Elle les trouva si beaux qu'elle voulut qu'ils
en fissent de semblables pour sa chapelle de Versailles » (266).
Les comptes
des Bâtiments du roi contiennent un certain nombre de paiements
relatifs à ces ouvrages :
« Pour les ouvrages et dépenses extraordinaires.
[...] 2 janvier 1684 : au procureur des missionnaires des Invalides, sur
la dépense des livres de plain-chant qu'il fait faire pour la chapelle
de Versailles : 700 livres » (267).
« Dépenses extraordinaires. [...] 28 avril 1686 : au procureur
des missionnaires des Invalides, parfait payement de 1368 livres 6 sols,
à quoy monte la dépense des livres de plain-chant qu'il
a fait faire pour la chapelle de Versailles, 668 livres 5 sols »
(268).
« Bibliothèque. [...] 21 septembre 1687 : au sieur Miroir,
procureur des Invalides, à compte de la dépense qu'il fait
pour les Heures du roy, 1200 livres » (269).
« Bibliothèque. [...] 18 janvier 1688 : au sieur Miroir,
procureur des Invalides, parfait payement de 2135 livres, à quoy
monte la dépense qu'il a faite pour les Heures du roy, 935
livres » (270).
« 3 octobre 1688 : à luy [sieur Miroir], à compte
de la dépense qu'il a faite pour le livre de Sa Majesté,
1000 livres » (271).
« Recepte. [...] 16 novembre 1689 : dud. sieur de
Frémont, 2301 livres 1 sol, pour, avec 1000 livres ordonnez le
3 octobre 1688, faire 3301 livres 1 sol, à quoy monte le parfait
payement de la dépense que Sa Majesté a ordonné estre
faite tant pour la seconde partie de ses Heures que pour deux grands
livres de chant pour la chapelle du chasteau de Versailles, et d'un moyen
pour l'Hostel des Invalides, et 19 livres 3 sols 6 deniers pour les taxations,
2320 livres 4 sols 6 deniers » (272).
« Fonds libellez. [...] 27 novembre 1689 : au sieur de Mauroy, procureur
des Invalides, parfait payement de 3301 livres 1 sol, à quoy monte
la dépense faite tant pour la deuxième partie des Heures
de Sa Majesté que pour deux grands livres de chant de la chapelle
du chasteau de Versailles et d'un moyen pour l'Hostel des Invalides, y
compris 128 livres 15 sols pour le soldat invalide qui a escrit les Heures
du roy et 112 livres 10 sols pour ceux qui ont travaillé aux
grands livres de chant, 2301 livres 1 sol » (273).
« Fonds libellez. [...] 18 septembre 1692 : au procureur
des missionnaires des Invalides, pour l'entier et parfait payement de
deux grands derniers antiphonaires que Sa Majesté a ordonné
estre faits pour la chapelle de son château de versailles, 434 livres
16 sols » (274).
« Recette. [...] 24 septembre 1692 : de luy [Jean-Baptiste Brunet,
garde du Trésor royal], 434 livres 16 sols pour délivrer
au procureur des missionnaires des Invalides, pour l'entier et parfait
payement des deux grands derniers antiphonaires que Sa Majesté
a ordonné estre faits pour la chapelle de son château de
Versailles, et 3 livres 12 sols 6 deniers pour les taxations, 438 livres
8 sols 6 deniers » (275).
De ces trois
séries de commandes (276)
- une en 1684-1686 pour des livres de plain-chant, une en 1689 pour un
livre d'heures et pour deux livres de plain-chant, la dernière
en 1692 pour deux antiphonaires -, il ne subsiste, à la Bibliothèque
nationale, que des vestiges des deux premières : un Graduale
et antiphonale ad usum S.-Ludovici Domus Regiae Versaliensis pro solemnioribus
totius anni festivitatibus, A.D. MDCLXXXVI (277),
et les Heures de Louis le Grand, faites dans l'Hostel royal des Invalides,
deux volumes datés de 1688 et 1693 (278),
en fait un missel privé pour le premier volume et un vespéral
pour le second (279).
En dépit de l'existence d'une chapelle dédiée à
saint Louis à Saint-Cyr (280),
les deux ouvrages qui subsistent semblent bien avoir été
réalisés pour la chapelle, où le premier pouvait
servir à la fois aux Pères de la Mission et aux officiers
ecclésiastiques de la Maison du roi, le second au roi seulement.
Jacques Vanuxem, dans ses deux principaux articles sur ces manuscrits
(281),
a mis en valeur leur intérêt artistique : outre les vignettes,
lettres et culs-de-lampe habituels aux ouvrages liturgiques de ce temps,
on trouve dans l'antiphonaire treize grands vases de fleurs occupant toute
la page, six en camaïeu et sept au naturel, ainsi qu'une «
couronne impériale » dans la seconde partie des Heures
du roi. Tout cela rappelle à la fois l'art d'un Jean Lepautre,
les peintres de fleurs et les enlumineurs spécialisés ornant
les vélins du roi, conservés à la Bibliothèque
du Muséum d'histoire naturelle. Certaines bordures, semées
de petits paysages à la Paul Bril, évoquent les bordures
des tapis de la Savonnerie, tandis que les scènes à personnages,
la plupart en camaïeu, font penser aux vignettes exécutées
pour des livres imprimés.
Hormis ces épaves, qui constituent sans doute les fleurons d'un
ensemble beaucoup plus vaste mais inconnu - incluant les missels et canons
d'autel, les autres antiphonaires et les livres des lazaristes -, la Bibliothèque
nationale de France conserve un Officium quod in Sacello Regio festis
solemnibus cantatur, jussu Ludovici Magni editum, cura Andreae Philidor,
librorum regiae musices custodis, labore Philippi Guilberti Le Roy, regiorum
musicorum (282).
Ces immenses volumes, qui à eux cinq contiennent les vêpres
et messes de toutes les grandes fêtes de l'année liturgique
- sauf les ténèbres et vêpres de la semaine sainte
et le samedi saint - ainsi que les matines et laudes de Noël, furent
réalisés entre 1701 et 1703, sans qu'il en soit fait mention
dans les comptes des Bâtiments et sans qu'il soit possible d'en
connaître les auteurs. À en juger par les particularités
musicales qu'ils présentent par rapport aux ouvrages venus des
Invalides (283),
il s'agit de livres liturgiques destinés exclusivement aux chantres
de la Musique de la Chapelle du roi - et non aux lazaristes (284).
Leur décoration est aussi plus réduite (sauf en ce qui concerne
les superbes reliures en maroquin rouge aux armes, qui conviennent bien
à des livres placés sur un lutrin) du fait de l'évolution
du goût en matière d'enluminure, probablement aussi à
cause du souci d'économie dont la période fut marquée.
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Après l'éphémère projet d'une chapelle de
plan centré au milieu de l'aile du Nord, l'édifice destiné
à devenir la cinquième et dernière chapelle du palais
fut entrepris en 1687. Dès lors, la chapelle de 1682, qui du reste
faisait obstacle pour passer du corps central du château à
l'aile du Nord depuis 1684, était condamnée à plus
ou moins brève échéance. Interrompu en 1689, repris
en 1699 pour ne s'achever qu'en 1710, le chantier de la cinquième
chapelle lui laissa néanmoins un important répit (285).
« La vieille chapelle est présentement renversée ; on n'y a laissé que la tribune, qui sert de passage pour aller
à la nouvelle » (286).
À la
date du dimanche 8 juin 1710, Dangeau ne pouvait prévoir que la
chapelle de 1682, si elle n'était plus dès lors lieu de
culte, restait encore appelée à rendre des services de nature
liturgique. Pour le dimanche des Rameaux du 29 mars 1711, il écrivait
:
« Le roi et toute la maison royale assistèrent
à toutes les dévotions de la journée ; on avoit fait
mettre un autel dans la vieille chapelle, où l'on fut adorer la
croix » (287).
Et Sourches,
le 20 mars 1712 :
« Le 20 au matin, il [le roi] alla à la procession des Rameaux,
et adorer la croix, suivant sa coutume, dans l'ancienne chapelle, où
on avoit dressé l'autel et préparé la croix pour
cet effet. [...] Ensuite, étant revenu en procession à sa
chapelle, il y entendit la grand'messe, qui fut chantée par sa
Musique»
(288).
Inéluctable
malgré tout, la destruction fut entreprise en mars 1711, à
en juger par le « Mémoire des ouvrages de charpenterie [...]
par Malet », qui mentionne la démolition du « vieux
bafroy » abritant la cloche au-dessus du comble (289).
Pour l'année 1712, une destruction plus systématique est
attestée par le registre des démolitions conservé
aux Archives du Service d'architecture du Domaine de Versailles :
« Recette des démolitions. [...] Juin 1712. Du 16e, rentré
deux croisées à panneaux, de chacun 7 pieds de haut sur
4 pieds 1/4 de large ; quatorze chassis à carreaux de verre, de
chacun 4 pieds 3/4 de haut sur 3 pieds 1/2 de large ; seize chassis de
mesme, de 9 pieds de haut sur 3 pieds 9 pouces ; quatre portes vitrées
à hauteur d'appuis, de 10 pieds 1/2 de haut sur 3 pieds 9 pouces
de large, garnies de leur volets, et deux cintres pour le dessus desd.
portes ; et 19 balustres de bois de chesne ; le tout venu de la démolition
de l'ancienne chapelle du chasteau ».
« Recette et dépence du plomb. [...] 1712. Recette. Juin.
Du 13e, du comble de l'ancienne chapelle, 27900 livres. 1712. Dépence.
Aoust. Du 1er, 19e et 30e, donné au sieur Lucas (290),
pour le comble du salon neuf du chasteau, 40794 livres ».
Doté d'un plancher, l'étage de la tribune fut donc assez rapidement occupé par une nouvelle pièce (291). Dénommée « nouveau sallon » dans les comptes des Bâtiments du roi, celle-ci est mentionnée par des paiements s'échelonnant du 1er mai 1712 au 16 février 1716 (292) et correspondant, en 1712, à des travaux de maçonnerie et de charpenterie (surélévation de la voûte à la hauteur de l'aile du Nord, et probable reprise de la façade sur cour) et, ensuite, à ceux de menuiserie et de marbrerie (293). De l'ancienne chapelle, il ne restait donc plus que les arcades du rez-de-chaussée - fermées par les grilles ouvragées d'un vestibule-passage tel qu'on le voit sur une coupe conservée aux Archives nationales (294) -, les portes du premier niveau donnant sur le salon de l'Abondance, sur la cage d'un hypothétique « escalier des Grands Apartemens » - attesté néanmoins par une adjudication (295) et plusieurs plans (296), dont un faisant partie du recueil de Gilles Demortain (297) - et sur le vestibule haut de la chapelle de 1710.
Tandis qu'un
ensemble beaucoup plus prestigieux s'établissait sur les ruines
de notre petite chapelle de 1682, il convient certes d'insister sur son
étonnante destinée, d'une longévité si imprévue,
peu accordée à sa nature propre. Mais on ne saurait passer
sous silence l'autre paradoxe de cette chapelle, qui, conçue pour
ne pas durer, renfermait des chefs-d'uvre en matière de décor
intérieur, et qui, curieusement, peut être citée comme
une phase importante de l'évolution des intérieurs français : pièce carrée, aux murs symétriques, avec portes
et fausses portes se répondant, fenêtres du sol à
la corniche, plafond encore traditionnellement voûté mais
dénué de tout caractère italien : on est là
en présence d'un type d'organisation de l'espace intérieur
destiné à une grande fortune (298).
S'il est une loi dans l'invention de l'architecture et du décor
versaillais, c'est bien celle de l'empirisme...