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Linventaire scientifique des collections
est lun des critères obligatoires pour lagrément
dun musée par le ministère chargé de la culture
(direction des musées de France). Il sapplique à lensemble des collections, quels que soient le domaine concerné ou la technique de fabrication. À ce titre, il constitue une opération muséologique primordiale. |
Linventaire a pour but dassurer la conservation administrative et de préserver lidentité des objets acquis par les musées ou qui y sont déposés.
Linventaire établit de façon indubitable quun objet appartient au musée ou que celui-ci la recu en dépôt de la part dun tiers. Cet objet, du fait de son entrée dans une collection publique, relève alors de la domanialité publique, régime juridique propre au patrimoine public.
Ce patrimoine se trouve ainsi soumis à deux règles
fondamentales :
linaliénabilité : les
collections ne peuvent être ni vendues, ni données, ce qui est
conforme à la déontologie des musées, dominée par
le souci de conservation des uvres ;
limprescriptibilité : en cas de perte ou de vol, les uvres
appartenant au domaine public peuvent être
récupérées sans limite de temps, entre les mains du
nouveau possesseur, même si celui-ci est de bonne foi (il faut, pour
bénéficier de la protection du domaine public, prouver que
lobjet retrouvé appartient bien à ce domaine public,
doù limportance de la régularité des
procédures dacquisition et dinventaire).
Linventaire est aussi un document administratif spécifique, qui
permet à la collectivité propriétaire didentifier et
de gérer ses collections dans de bonnes conditions.
Linventaire constitue également un document de référence obligatoire pour toute étude ou tout classement entrepris par le musée. Le numéro dinventaire permet lidentification exacte de tout objet appartenant aux collections du musée, sans risque derreur ou de confusion. Il est donc le garant de lidentité dun objet.
Linventaire sapplique aux objets de toute nature relevant des collections du musée : peintures, sculptures, dessins, gravures, médailles, objets ethnographiques, objets dart mobilier, objets archéologiques, techniques, photographies, etc.
Il exclut en principe les moulages, mais ceux reproduisant un original disparu ou détruit et ayant pris ainsi valeur doriginal, peuvent être, à ce titre uniquement et sous réserve que soit mentionnée la nature exacte du moulage, inclus dans linventaire.
Deux types dinventaire sont à mettre en place dans un
musée :
pour les acquisitions (avec un numéro
dacquisition) ;
pour les dépôts (avec un
numéro de dépôt). Si les objets inventoriés
bénéficient dune protection au titre des monuments
historiques, il convient dans linventaire, den indiquer la nature
et la date.
Linventaire relève, par excellence, du travail du conservateur. Cette tâche requiert en effet une grande rigueur et des connaissances scientifiques solides permettant didentifier avec précision les objets, de les décrire selon les termes scientifiques les plus adaptés.
Plusieurs étapes accompagnent et complètent le processus
dinventaire :
la rédaction dun bordereau de
saisie des données (ou minute dinventaire) ;
linventaire photographique (photo densemble et vues de
détails si nécessaire) ;
la constitution du dossier de
lobjet, incluant lensemble de la documentation qui a pu être
recueillie sur lobjet, en particulier les publications où il est
mentionné, ainsi que les éléments de comparaison qui ont
pu être découverts, les correspondances avec les chercheurs, les
factures, les arrêtés dacquisition, les dessins, etc. ;
la création de fichiers annexes, tels les fichiers comprenant les
noms dauteurs, les noms de lieux dorigine, les thèmes
représentés, les noms des donateurs ou des vendeurs, etc.
La vérification est létape finale; il est en effet indispensable de contrôler les transcriptions dans le registre dinventaire afin quaucune erreur nait pu sy glisser par inadvertance.
Le numéro dinventaire peut être
décomposé en plusieurs éléments :
lannée dentrée : les trois chiffres du
millésime de lannée dentrée débutent le
numéro ; ainsi, le chiffre 994 sera affecté à tous les
objets entrés dans les collections du musée en 1994;
le numéro de collection : il y aura autant de numéros, de 1
à x, que dobjets ou de séries dobjets (mobilier
archéologique dun même site, objets provenant dune
enquête ethnographique menée sur un même lieu, etc.) acquis
pendant lannée ;
le numéro dordre de
lobjet dans la série : ainsi 994.3.56 sera le 56ème objet
de la 3ème collection acquise en 1994.
Lorsque lobjet se compose de plusieurs parties (une
soupière et son couvercle, par exemple), on rajoute après le
numéro de lobjet un chiffre entre parenthèse (ex : 56 (1)
pour la soupière, 56 (2) pour le couvercle).
Cela est valable aussi
pour les objets constitutifs dun meuble ou les composantes dun
costume, etc.
Pour les dépôts, la numérotation obéit aux mêmes règles que pour les acquisitions, en rajoutant la lettre D (= dépôt) devant le numéro.
Peut se poser également le problème des objets
entrés anciennement dans les collections et non inventoriés : il
sagit de linventaire rétrospectif. La règle est alors
la suivante : lobjet est pris en charge à linventaire de
lannée en cours. Le numéro de collection, en revanche, sera
remplacé par 0.
Linscription de ces objets, dont la situation
se trouve ainsi régularisée progressivement, est faite à
la fin de lannée, à la suite des acquisitions
courantes.
La plupart des grandes villes possèdent plusieurs musées distincts. Pour harmoniser leurs inventaires, on peut proposer de compléter le numéro dinventaire par un numéro se référant à chaque établissement et qui viendrait en tête du numéro dinventaire précédemment défini.
Le registre dinventaire est un cahier au format à litalienne, de 315 x 240 mm, à couverture cartonnée résistante. Les notices sont à rédiger à lencre de Chine et les noms de lecture difficile (noms de lieux, de personnes, mots dutilisation peu fréquente) doivent être inscrits en majuscules, afin dassurer une lisibilité parfaite.
La pagination est faite, dès louverture du registre, par page (et non par feuillet) sans lacune et sans bis. Le total des pages est consigné en tête de registre avec la formule suivante :
Tout grattage, gommage ou effacement chimique est interdit. Les seules
corrections autorisées sont celles que le conservateur reconnaît
comme indispensables. Rédigées à lencre rouge, elles
sont complétées, pour régularisation, du paraphe du
conservateur ou du conservateur en chef.
Il est déconseillé
dutiliser des abréviations dans le fil du texte. Si elles sont
compréhensibles par vous, elles ne le seront pas forcément par
les personnes qui seront amenées à travailler sur les registres
dinventaire. Toutefois, si leur emploi était nécessaire, il
conviendrait den indiquer la signification exacte en début du
registre.
La mention d° ou dito peut être employée
à condition quon répète en tête de chaque page
les dénominations de rubriques pour éviter toute erreur lors des
recherches ultérieures.
Chaque acquisition ou dépôt est
séparé du suivant par un trait horizontal, tiré sur toute
la longueur des deux pages du registre.
Sur la couverture figure
létiquette didentification du registre :
La conservation des registres dinventaire doit faire lobjet de soins particuliers. Il est conseillé de les ranger dans une armoire solide, fermée à clef et pouvant résister au feu un temps minimum ; mieux encore, on peut les ranger dans un coffre-fort situé de préférence hors du musée, afin déviter, en cas dincendie, la destruction simultanée de linventaire et des collections.
Par ailleurs, si les fichiers doivent être accessibles à tous, la consultation des inventaires doit être réservée au personnel scientifique et aux chercheurs dûment autorisés par le conservateur.
Le registre dinventaire se présente sous forme de colonnes, dont chacune concerne un élément didentification de lobjet inventorié. Il est indispensable de les remplir toutes avec soin.
Il est bien évidemment possible dapporter des
compléments au registre, dans la mesure où une étude
nouvelle précisera par exemple sa date ou sa provenance.
Pour les
corrections éventuelles, écrire ou barrer à lencre
rouge et réduire ces corrections au minimum.
Des registres normalisés dinventaire peuvent être
obtenus en écrivant à :
Direction des musées de France
6, rue des Pyramides 75041 Paris cedex 01
ou en vous adressant au
conseiller pour les musées de la direction régionale des affaires
culturelles de votre région.
Linformatique est devenue, à lheure actuelle, un auxiliaire privilégié pour létude et lenregistrement des collections de musées.
Des banques de données nationales existent depuis les années 1970, regroupant les objets par technique (peintures, estampes, etc.) ou par civilisation (collections égyptiennes, grecques, romaines, etc.). La base Joconde concerne ainsi linventaire des dessins et peintures des musées de France, la base Carrare celui des sculptures, tandis que la base Pharaon recense les collections dégyptologie.
Lobjectif est double :
interne : inventorier les
collections du musée, avec la volonté de parvenir à un
recensement complet des fonds ;
externe : permettre
léchange dinformations sur ces collections et faciliter leur
étude, mais aussi leur communication au public le plus large (par le
vidéodisque par exemple).
En ce qui concerne les systèmes documentaires actuellement utilisés, le logiciel Micromusée est parmi les plus employés par les musées français.
Attention :
linventaire informatisé ne doit en aucun cas se substituer au registre rempli à la main. Il vient en complément du registre et facilite certaines opérations de contrôle de la collection comme le récolement.
Le récolement consiste à vérifier périodiquement la présence des objets inscrits à linventaire. Il permet de déterminer si des objets ont disparu, à la suite dun vol ou dune destruction et doit concerner aussi bien les objets exposés que ceux conservés en réserve.
Des procès-verbaux de destruction ou de vol doivent être dressés en cas de nécessité. Comment reporter le numéro dinventaire sur lobjet ?
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Quelques règles de simple bon sens : éviter un emplacement qui nuirait à la présentation et choisir de préférence le dos ou le revers de lobjet ; ne jamais inscrire un numéro sur la face avant de lobjet ; éviter un emplacement exposé aux chocs ou aux frottements (ainsi, il vaut mieux ne pas écrire sur la partie portante dune assiette ou dune cruche) ; éviter un emplacement quune recherche raisonnable ne permet pas de découvrir ; lidentification dun objet ne doit pas devenir un jeu de piste ; adopter pour une série dobjets de même type le même emplacement pour lapposition du numéro ; sil sagit dune peinture sur châssis, le numéro est porté traditionnellement au dos, en bas à droite, sur le châssis ; lorsquun organisme dépose dans un musée un objet sur lequel figure son numéro dacquisition, le musée place au-dessous de celui-ci le numéro de dépôt quil attribue à cet objet. |
Un peu de technique ! Utiliser de lencre de Chine noire (ou blanche, selon la teinte de fond de lobjet) afin que le numéro se détache nettement. Une plume ou un stylo à encre de Chine (type Rotring) sont conseillés afin dobtenir un numéro finement écrit et donc bien lisible. Après séchage de lencre, un petit pinceau fin permet de passer une couche de vernis incolore sur le numéro pour le protéger et le fixer. Pour les matières poreuses, il est conseillé de prévoir une première application de vernis à lendroit où lon va inscrire le numéro. Pour les textiles, tissus, tapis, tapisseries : le numéro est inscrit à lencre de Chine sur un rectangle de parchemin de 30 x 3 mm environ, cousu à chaque extrémité de la pièce. La panoplie du parfait conservateur nécessite donc également quelques aiguilles et du fil ! Lutilisation détiquettes autocollantes est totalement à proscrire : elles peuvent se détacher et laisser ainsi lobjet sans référence, mais aussi endommager lobjet lors du vieillissement de la colle. Pour les documents sur papier (estampes et dessins), le numéro dinventaire doit être inscrit au crayon de graphite. Ne jamais utiliser de crayon gras et encore moins de stylo à bille. Le numéro se place au verso, en bas à droite. |
Direction des musées de France
6, rue des Pyramides 75041
Paris cedex 01 - Tél. : 01 40 15 36 30
Ordonnance du 13 juillet 1945 portant organisation provisoire des musées des beaux-arts.
Décret du 28 janvier 1982 portant création du conseil artistique des musées classés et contrôlés, modifié par le décret du 14 mars 1991 relatif aux modalités de dépôt.
Droit et administration des musées, Jean Chatelain, Documentation française, 1993.
Lancées à linitiative de la DRAC Alsace, les fiches pratiques sont élaborées en liaison avec un groupe de travail réunissant directions régionales des affaires culturelles et directions dadministration centrale.
Coordination :
Mission de la déconcentration
Directeur de la publication : Directeur de l'administration
générale
Illustrations : Caroline Béguerie-Getrey
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