La création de ce ministère est confiée à
André Malraux.
De 1959 à 1969, ce dernier fut -au sein de tous les gouvernements
nommés par le Général de Gaulle- "ministre
d'Etat, chargé des Affaires culturelles", premier dans
l'ordre protocolaire des gouvernements considérés .
Les attributions de Malraux sont liées à un transfert
arrêté par le décret du 3 février 1959.
De l'Education nationale sont issues la Direction Générale
des Arts et Lettres, la Direction de l'Architecture et la Direction
des Archives de France.
Malraux se voit également attribuer les services chargés
des activités culturelles du Haut-Commissariat à la
Jeunesse et aux Sports. Enfin, le ministère de l'Industrie
et du Commerce transfère le Centre National de la Cinématographie
(CNC).
L'autre étape majeure est la création d'un service puis
d'une direction de l'administration générale en 1961
qui doit gérer les agents de l'administration centrale ainsi
que les 3500 agents des services extérieurs. Cette direction
de l'administration générale (DAG) garantit de fait
l'autonomie du ministère et sa pérennité.
Peu à peu l'organigramme s'étoffe, réponse administrative
à la volonté politique. Les nouvelles structures se
développent surtout à partir de l'ancienne direction
générale des Arts et Lettres. En décembre 1961
par exemple, la sous-direction du Spectacle et de la musique devient
la direction du Théâtre, de la musique et des spectacles.
En 1969, six directions et une inspection générale,
plus les Fouilles et l'Inventaire rattachés au Cabinet, matérialisent
cette croissance administrative.
L'organisation de l'administration centrale est complétée
par la mise en place de comité régionaux des affaires
culturelles (1963), de conseillers régionaux à la création
artistique (1965), et des trois premiers Directeurs régionaux
des Affaires culturelles (1969), réformes qui amorcent la déconcentration
du ministère.
... à son
développement
De 1969 à 1981, la dénomination
de la structure ministérielle a changé à plusieurs
reprises.
L'appellation fondatrice de ministère des Affaires culturelles
se mue en ministère des Affaires culturelles et de l'Environnement
en mars 1974. Dès le mois de juin suivant, la structure s'affaiblit
incontestablement en devenant Secrétariat d'Etat à la
Culture. Par-là même, la Ve République giscardienne
confirme la place modeste qu'elle souhaite attribuer à la politique
culturelle. En février 1977, l'appellation ministère
de la Culture et de l'Environnement s'impose avant de se transformer
de nouveau, en mars 1981, en ministère de la Culture et de
la Communication.
Ces multiples fluctuations témoignent pour une part de l'incertitude
à formuler clairement les attributions qui relèvent
de l'intervention de l'Etat dans les domaines artistiques et culturels.
L'organigramme de l'administration centrale enregistre aussi de profondes
modifications. Avant même le départ de Malraux, en mars
1969, la suppression de la Direction générale des Arts
et Lettres suscite une recomposition d'envergure. La création
d'une Direction de l'Action culturelle et le regroupement des spectacles
vivants au sein d'une Direction des spectacles, de la musique et des
lettres matérialisent les principaux changements. En 1970,
la musique obtient enfin son autonomie sous la forme d'une Direction
de la Musique, de l'Art lyrique et de la Danse. Cette nouvelle configuration
sert de socle administratif sur l'ensemble de la période considérée.
Deux changements sont cependant à signaler.
En 1975, la création de la Direction du Livre, à partir
de services précédemment rattachés à quatre
ministères, conduit à une première réorganisation.
Le transfert demeure cependant incomplet puisqu'il ne touche ni la
Bibliothèque nationale, ni les bibliothèques scolaires
et universitaires. L'éclatement de l'ancienne Direction des
bibliothèques est alors vécu comme un démantèlement
par une profession fortement structurée. Dix ans après
les conclusions du rapport sur la lecture publique - rapport commandé
par le Premier ministre Georges Pompidou à la suite du comité
interministériel de 1966 - qui soulignait avec force les carences
de la situation française, la philosophie qui cimente l'identité
même des professionnels connaît un infléchissement
sensible : la lecture publique quitte le registre de l'action éducative
pour celui de l'action culturelle, alors même que l'Etat se
désengage financièrement.
De plus, en 1978, les attributions de la Direction de l'architecture
sont transférées au ministère de l'Environnement
et du Cadre de la vie. La sous-direction des monuments historiques
et des Palais nationaux demeure cependant sous la tutelle de la culture
et forme, avec le département d'Archéologie, une nouvelle
Direction du Patrimoine à partir d'octobre 1978. Cette autonomisation
est confortée par un élargissement de la notion de patrimoine
: construite à l'origine pour les seuls Monuments historiques,
cette Direction du Patrimoine intègre, à partir de 1980,
une division du Patrimoine mobilier, une Mission du Patrimoine ethnologique
et une Mission du Patrimoine photographique.