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Séance d'ouverture Atelier 1 : Le livre, une économie singulière Atelier 2 : La diffusion des livres : évolutions et enjeux Atelier 3 : Limpact du numérique : vers une nouvelle économie du livre ? Atelier 4 : Quelles régulations pour les marchés du livre en Europe ? Séance de clôture Dizscours de clôture de Michel Duffour |
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Séance d'ouverture
A l'occasion de la Présidence française de l'Union européenne, le Ministère de la Culture et de la Communication a souhaité organiser une rencontre européenne réunissant les différents acteurs de la chaîne du livre. Ce projet répond à une véritable attente. Nos débats seront placés sous le double signe de la singularité et de la diversité. La singularité vient tout d'abord du livre lui-même, objet culturel dont la forme a beaucoup évolué, mais aussi véhicule de la pensée, de débats et de rêves. Pourtant, le livre, en dépit de sa dimension culturelle, n'échappe pas à la dimension économique, mais il s'agit d'une économie, à son tour, singulière, peu connue de ceux qui ne la pratiquent pas. Aussi avons-nous tenu à convier à cette rencontre un certain nombre d'universitaires et de chercheurs. La diversité, ensuite, est illustrée par le foisonnement éditorial que nous connaissons. A la diversité du livre répond ainsi une diversité des formes de la diffusion, qui permet de rencontrer un large public. La diversité est également celle de la situation du livre dans nos différents pays, que notre colloque va permettre de comparer. En particulier, la plupart des Etats européens ont élaboré des politiques publiques afin de soutenir l'édition et la diffusion du livre, notamment grâce à une fiscalité avantageuse. La diversité s'exprime enfin au travers des deux mutations importantes qu'a connu le livre ces dernières années. La première est le développement du numérique, qui touche aussi bien le mode de distribution que l'objet-livre lui-même. La seconde est l'harmonisation européenne, qui n'est pas spécifique à notre secteur, mais qui le concerne en établissant, notamment, des règles de concurrence et de libre-circulation des marchandises. Aujourd'hui, la question se pose de savoir si le livre et son économie sont dépassés sous leur forme actuelle ou s'ils comportent, du fait de leurs singularités, certains atouts garantissant leur adaptation aux innovations technologiques. Pour y répondre, nous devons parler le même langage et donner le même sens aux mots : ainsi, lorsque nous parlons de réglementation, faisons-nous référence à un cadre dirigiste ou à une simple régulation du jeu des acteurs économiques ? Je ne prendrai pas position et je me contenterai de citer Jean-Jacques Rousseau, qui disait qu'il vaut mieux être homme à paradoxes qu'homme à préjugés. Pour moi, c'est en surmontant les paradoxes du livre que nous dépasserons les préjugés que nous pouvons avoir à son endroit et je suis certain que nos travaux permettront de faire un pas en avant dans la compréhension de l'économie du livre.
Cette rencontre de Strasbourg prouve son opportunité à plusieurs titres. En effet, l'on ne compte plus les rencontres ayant pour sujet les nouvelles technologies de l'information et de la communication et, dans ce contexte, parler du livre est pour le moins original. Pourtant, le livre est un vecteur privilégié de la culture. Il a presque détenu un monopole dans la
transmission des savoirs pendant plusieurs siècles, mais il est
fortement touché par l'avènement de la Nouvelle
Economie, qui bouleverse tant les contenus que les modes de
distribution. On observe de nos jours une diminution du nombre de grands lecteurs. Cette évolution se double d'une véritable lame de fond : le développement de la gratuité. Pourtant, je pense que nous avons un grand avenir : en effet, nous resterons fournisseurs de contenu, l'élément le plus important sur Internet. L'on peut également penser que l'édition papier et l'édition électronique répondront aux besoins de différentes catégories de lecteurs. Je citerai en particulier, s'agissant de la transmission des savoirs, une innovation technologique : le cartable électronique, pour l'instant destiné à l'enseignement secondaire. Il est complémentaire de l'édition papier, autrement dit des manuels scolaires, qui resteront dans le pré carré de l'enseignement primaire. Je crois que le métier d'éditeur a un
grand avenir. Il opère un tri et son discernement garantit la
qualité des contenus, ce qui aura son importance sur Internet.
Depuis vingt ans, le prix du livre est unique en France, quel que soit l'endroit où il est acheté. En vingt ans, cette mesure a permis de préserver un nombre important de librairies, mais aussi de maintenir la diversité du livre et des contenus éditoriaux. Néanmoins, le niveau de prix du livre a considérablement diminué. Quoi qu'il en soit, les librairies vivent aujourd'hui dans un contexte de concurrence qui ne porte pas sur les prix, mais sur la qualité du service apporté aux lecteurs, ce qui constitue une situation enviable. Si certains de nos voisins européens nous ont suivis dans la politique du prix fixe, d'autres ont préféré livrer l'économie éditoriale à une concurrence sauvage. Comme l'illustre l'exemple du Royaume-Uni, cela a impliqué une concentration de la distribution dans les grandes chaînes et une diminution des contenus éditoriaux. Aujourd'hui, ce danger n'épargne toutefois pas la France et nous devons nous poser la question de savoir comment faire pour que les grossistes n'écrasent pas les autres canaux de distribution à coups de remises commerciales. Nous devons également nous poser la question de la rémunération des auteurs. L'ouverture des frontières européennes a permis aux lecteurs de trouver des livres dans leur langue maternelle dans n'importe quel pays de l'Union. Internet a même favorisé le développement des systèmes de commande d'ouvrages. Néanmoins, nous devons faire attention aux libraires en ligne, qui n'ont de libraires que le nom : ils restent des grossistes de la vente par correspondance. Pourtant, cette révolution numérique impose à chaque acteur de la chaîne du livre de reconsidérer son rôle. Le libraire, tout d'abord, est un maillon essentiel entre les distributeurs et les lecteurs. Il ne joue pas seulement un rôle de distributeur : il fait véritablement office de promoteur de l'édition vis-à-vis des lecteurs. C'est grâce aux libraires, à leur diversité et à leur complémentarité qu'une offre dense existe dans notre pays. Par ailleurs, nous avons vu apparaître le livre électronique : qu'allons-nous en faire ? Qu'allons-nous faire de la numérisation ? L'on parle de plus en plus de " lecture liquide " Nos débats doivent nous permettre d'y voir plus clair, mais je voudrais insister sur la fragilité de la chaîne du livre. Cette chaîne n'a pas seulement une valeur économique, comme voudraient nous le faire croire certains intervenants qui veulent la briser. Elle joue également un rôle fondamental dans la diffusion d'une culture faite de diversité. J'appelle les libraires à se mettre d'accord sur une plate-forme commune permettant de respecter la législation. Notre liberté culturelle en dépend, car le monopole et l'uniformisation n'ont jamais permis le développement de la qualité et de la variété. Je tiens à réaffirmer la volonté des libraires de voir la loi maintenue et respectée dans tous les Etats de l'Union. Mesdames et Messieurs, je vais aujourd'hui dresser un tableau qui pourra vous paraître trop optimiste de la situation du livre en Europe et je le ferai délibérément. Je crois en effet que l'ouverture de nouveaux marchés et de nouvelles technologies nous offre de nouvelles opportunités pour faire connaître nos produits et notre diversité. I. Les nouvelles technologies et le développement du livre En considérant les événements survenus ces vingt dernières années, l'on a trop tendance à verser dans le pessimisme : l'informatisation, les jeux vidéo et l'essor d'Internet semblaient ainsi sonner le glas du livre, en plus des bouleversements de la distribution, qui semblaient condamner les libraires indépendants et les petites maisons d'édition. Pourtant, tout au moins dans le monde anglophone, l'on publie de plus en plus de livres et le nombre de libraires ne diminue pas drastiquement. Que le prix du livre soit fixe ou non, le revenu des libraires progresse plus rapidement que le revenu moyen. Je crois donc que les libraires et les éditeurs ont des opportunités uniques à saisir : les nouvelles technologies sont nos amies, pas nos ennemies. Elles facilitent la fabrication, mais aussi la distribution du livre, qui est de plus en plus efficace sur les marchés européens. Les ventes sur Internet représentent aujourd'hui 6 % des ventes britanniques et il reste pas moins de 2 000 libraires au Royaume-Uni. Ces derniers utilisent d'ailleurs les potentiels d'Internet, qui leur offre une vision très précise des ventes sur le marché, via le système statistique Bookmarks, et qui leur facilite les commandes. Je crois que ceux qui resteront réfractaires au progrès technologique ne pourront résister, mais que ceux qui l'épouseront se développeront. II. Le nouveau paysage du livre Depuis dix ans, le paysage du livre a bien changé : certaines maisons d'édition ont effectivement disparu, mais il existe encore une réelle concurrence et ce, sur tous les segments. Par exemple, sur le segment des dictionnaires, plusieurs marques existent en France, qu'il s'agisse de Larousse ou de d'Hachette. De grands groupes d'édition se sont formés, mais ont préservé l'autonomie de leurs filiales et, donc, de leurs marques, garantissant la variété du paysage éditorial. En outre, les plus gros distributeurs ont élaboré des systèmes de gestion des stocks et de distribution, qui ont ensuite pu être étendus aux plus petits distributeurs. L'innovation, en la matière, a donc servi à tous. A l'heure de la mondialisation de l'économie, les marchés du livre restent pourtant nationaux. Je me demande donc pourquoi la Commission européenne attache une telle importance au prix du livre, dans la mesure où les échanges internationaux ne représentent qu'un dixième du chiffre d'affaires total du livre dans l'Europe des Quinze, à 2 milliards d'euros. Pour moi, le problème du prix demeure subsidiaire : le commerce du livre en Europe concerne quinze marchés aux caractéristiques fort différentes, qui illustrent les spécificités culturelles de chaque pays. Par ailleurs, il est vrai qu'Internet a un impact significatif sur le marché du livre : l'on ne peut plus nier l'importance que le commerce électronique prendra dans notre secteur, comme l'illustre l'arrivée en Europe d'Amazon.com. Le commerce et l'édition électronique faciliteront certainement la diffusion du livre, mais elle cohabitera avec l'édition papier. En effet, les professionnels du livre fournissent aux lecteurs un service qui perdurera. III. Demandes faites à l'Union européenne Finalement, nous demandons à l'Union européenne de créer un environnement permettant aux deux branches de l'édition de survivre. Il faut pour cela mettre en place une législation et un environnement économique qui ne nous désavantage pas face à nos concurrents asiatiques ou américains. En outre, il faut favoriser l'apprentissage de la lecture : aujourd'hui, tant en Amérique qu'en Europe, un nombre croissant d'adultes est en état d'illettrisme fonctionnel. Les éditeurs et les libraires n'ont pas besoin de subventions, ni nationales, ni européennes, mais les bibliothèques doivent pour leur part bénéficier d'investissements publics pour augmenter leur fonds et leur efficacité. Voilà le message que je voudrais faire passer à nos gouvernants. Je vous remercie.
Chers amis du livre, je voudrais féliciter la France d'avoir organisé cette manifestation à Strasbourg. Elle a suscité un très vif intérêt parmi les passionnés du livre. Mon expérience de cette industrie a prouvé que tous les intervenants de ce secteur sont des passionnés. Ceux qui y commencent leur carrière y restent généralement tout au long de leur vie professionnelle. I. Le lecteur, garant de l'avenir du livre Il a été dit que les nouvelles technologies et la mondialisation allaient bouleverser notre secteur. Pour moi, l'avenir du livre dépend en premier lieu du lecteur, qui déterminera quel sera l'avenir de notre secteur et de nos professions. Que lira-t-il, qu'achètera-t-il demain, sous quelle forme ? Quel sera son lien avec le livre ? Pour nous autres, libraires, ces questions sont essentielles et doivent nous préoccuper chaque jour. Nous devons réfléchir aux souhaits conscients ou inconscients de nos clients. Si nous comprenons bien le lecteur, nous saurons en effet nous adapter avec succès. II. Paysage de l'industrie du livre Etre libraire : quel beau métier ! Pourtant, nous sommes sans arrêt confrontés à deux mondes opposés. Nous devons en effet répondre à des impératifs économiques de rentabilité, mais nous sommes également plongés dans la sphère culturelle. Un libraire, un éditeur doit être une personne cultivée pour rencontrer le succès. Pour ma part, je pense que l'industrie du livre a droit à une aide de l'Etat pour assurer ses missions culturelles. Par exemple, en Europe, peu d'auteurs peuvent vivre uniquement de leur plume. Il faut donc mettre en place des mécanismes de subvention aux auteurs et aux traducteurs. Si nous voulons préserver la formidable diversité culturelle de l'Europe, il faudra y mettre le prix. En général, l'on envisage l'industrie du livre de la manière suivante : l'éditeur vend à des grossistes et à des distributeurs, et les libraires s'adressent à ces intermédiaires avant de vendre les ouvrages aux lecteurs. Parfois, ils s'adressent directement à l'éditeur. Aujourd'hui, les choses évoluent : l'éditeur vend de plus en plus directement aux lecteurs, par l'intermédiaire de clubs du livre ou d'Internet. Pour moi, il faut avoir un autre point de vue sur la chaîne du livre : en fait, il existe plusieurs canaux de distribution. Le premier canal de distribution, que j'ai intitulé " marketing et feedback ", est particulièrement développé dans les pays anglo-saxons, où il est important d'avoir des statistiques et des retours d'opinion des consommateurs. Le second canal concerne les paiements, par exemple
par le biais de cartes de crédit. Le troisième porte sur
les commandes. Enfin, le dernier canal porte sur la distribution
physique des ouvrages. L'on a beaucoup parlé de la vente sur
Internet, mais les Amazon.com et autres Fnac.com ne peuvent rien faire
sans une logistique impressionnante. III. De nouveaux modes de travail dans le secteur du livre Tout cela nous impose de travailler différemment, en acceptant tout d'abord de nous mettre en réseau. Même si les marchés du livre restent nationaux, nous devons tenir compte des lecteurs polyglottes et des expatriés en coopérant avec d'autres intervenants étrangers. La sous-traitance et la logistique sont également très importantes : parfois, il est même possible d'imprimer un ouvrage à la demande ! Tout cela évolue en faveur de l'édition sur mesure. Cela permet de réduire les coûts et les gaspillages, les stocks et, ainsi, la distribution. Comment pouvons-nous coopérer ? L'on pourrait imaginer un Extranet pour le commerce du livre. Tout le monde connaît aujourd'hui Amazon.com, qui vend directement aux particuliers, mais l'on parle très peu du B-to-B (Business to Business), autrement dit des relations entre acteurs économiques du secteur. S'agissant des activités commerciales, un tel Extranet constituerait un vecteur privilégié pour faire connaître les livres, en instituant le " bouche-à-oreille électronique ". Vous le voyez, Internet offre de multiples opportunités de développement. Abordons maintenant les dispositions législatives
et légales qui s'appliquent au livre, à commencer par la
TVA. La Fédération européenne des Libraires
plaide pour un taux de TVA nul sur le livre, qui montrerait que le
livre est un objet avant tout culturel et favoriserait la lecture.
Pour l'heure, les taux sont très variables suivant les pays. A
Royaume-Uni, le prix du livre est libre avec une TVA à 0 %,
tandis que la Norvège a imposé un prix unique. Le
Danemark applique pour sa part une TVA à 25 %.
Vous allez profiter à la fois du discours d'un Magistrat, puisque je suis encore membre du Conseil d'Etat pour trois jours, d'un suppôt de la modernité, puisque j'entrerai dès lundi prochain dans la société Cytale, spécialisée dans les livres électroniques, et d'un auteur, personnage le plus solitaire et le plus oublié dans le secteur du livre. Au nom de tous mes confrères auteurs, je vous salue donc et je voudrais vous faire part de trois convictions. I. Le livre à l'âge du numérique La première est que l'apparition du numérique change l'économie du livre en profondeur. En observant la longue histoire du livre, c'est la première fois depuis le XVème Siècle que nous assistons à des changements aussi radicaux. Internet remet effectivement en cause des éléments aussi déterminants que le choix et la distribution du livre. Cette révolution a déjà commencé et va s'accélérer. Je suis également frappé par le manque de vigilance de tous les professionnels face à cela : toutes les corporations y réfléchissent séparément, mais ne se réunissent jamais pour en discuter. Or la vigilance implique le dialogue, et j'attendais une telle rencontre depuis longtemps. C'est aujourd'hui chose faite et je plaide en faveur de son renouvellement selon un rythme régulier, pour faire le point sur les progrès techniques et l'évolution des textes juridiques. II. L'impact des nouvelles technologies sur les métiers du livre Ma seconde conviction est que cette révolution n'est pas seulement une nouvelle, mais aussi une bonne nouvelle, parce qu'elle ne va pas tuer les anciens métiers, mais les forcer à devenir encore plus performants. Considérons-les successivement. Je crois plus que jamais à la fonction irremplaçable du libraire. En effet, plus l'offre disponible est étoffée, plus il faut des personnes pour conseiller les lecteurs. Je me délecte pour ma part de profiter des suggestions des libraires, mais aussi de leur indiquer des livres que, parfois, ils n'ont pas lu. Je voudrais d'ailleurs citer Chroniques abyssinielles, de Moses Isegawa. Qu'en est-il des éditeurs ? Leur travail sera de plus en plus de faire comprendre aux auteurs qu'ils leur apportent un service différent de celui des imprimeurs. Pour ma part, je trouve cette fonction d'éditeur irremplaçable, ne serait-ce que pour m'obliger à couper certains passages de mes romans ! Enfin, pour les auteurs, la révolution du numérique et du réseau est également une bonne nouvelle, parce qu'ils pourront créer des uvres différentes, voire plus riches. Par exemple, j'ai écrit une biographie du jardinier Lenôtre et j'avoue qu'elle pourrait être étoffée par le multimédia. Les nouvelles technologies permettent également aux auteurs de vendre selon de nouveaux canaux et, ainsi, d'atteindre des gens différents ou d'entrer plus facilement en contact avec leur public. Ainsi, certains éditeurs gèrent des sites consacrés à un auteur. Cela étant, les nouvelles technologies introduisent également certaines incertitudes, notamment sur les droits d'auteur, dont certains pensent qu'ils doivent être réduits à une peau de chagrin. Pourtant, les nouvelles technologies peuvent permettre de faire progresser la lecture. Prenons l'exemple du secteur audiovisuel : dans le secteur public, l'on trouve de moins en moins d'émissions, de plus en plus tardives, et le fidèle Bernard Pivot va bientôt arrêter. Or l'on pourra trouver sur Internet des sites se substituant à de telles émissions, permettant même de mettre en contact lecteurs et auteurs. Autre exemple : en face du Conseil d'Etat, une librairie, qui appartient à une excellente maison d'édition, présente régulièrement des extraits du fonds de cette maison d'édition. Il est vrai que nombre de ces textes sont épuisés et ne seront pas imprimés, faute de pouvoir atteindre des chiffres de ventes rentables. Or la numérisation permettrait de les faire revivre : c'est tout le vertige qu'offrirait la librairie infinie. Voilà ce qui m'a incité à entrer chez Sital, moi qui éprouve envers la lecture un véritable " besoin de femme enceinte ". III. La nécessité d'édicter des règles Vous le savez, toute révolution s'accompagne d'une part d'anarchie et d'arbitraire. Ma troisième conviction est donc qu'il faut des règles à la nouvelle économie du livre. J'en vois trois. Le premier est la nécessité de droits et, notamment, de droits d'auteurs. Leur suppression sonnerait le glas de la création. De ce point de vue, les premiers tests d'application de la Directive européenne sur la société de l'information me font frémir. Le second est qu'il faut des règles pour garantir la diversité du livre. Le livre me semble effectivement être un refuge de la diversité dans un monde d'uniformité et de mondialisation. Dans cette perspective, tous les acteurs de l'industrie du livre sont des chevaliers de la diversité. Mon plus grand cauchemar serait de ne dialoguer qu'avec un seul éditeur qui, lui-même, ne dialoguerait qu'avec un seul libraire. Le troisième est qu'il faut édifier des règles à la modernité. Pour conclure, je dirai que l'on a toujours tendance à croire que ce qui a duré longtemps durera toujours. Mais après tout, la lecture a précédé le livre et le bois a précédé le papier. Il est vrai que le livre papier perd son monopole, mais cela ne signifie pas pour autant qu'il va disparaître, bien au contraire.
Je vous parlerai du futur incertain des livres universitaires. Comme l'a dit Monsieur Orsenna, l'économie du livre fait face à de véritables bouleversements : les nouvelles technologies et l'avènement de l'âge de l'économie de marché, libérale. Monsieur Orsenna a demandé d'établir des règles dans ce contexte et je le rejoins dans cette voie. Je crois que ces tendances touchent tout particulièrement les livres universitaires, destinés aux étudiants et aux chercheurs et professeurs d'Université. En France, ces ouvrages sont le plus souvent très spécifiques et diffusés par des librairies spécialisée, souvent implantées sur les campus universitaires. Ce marché est également caractérisé par une saisonnalité très marquée. Observons à présent la situation au Royaume-Uni, pays où le libéralisme ne connaît aucune contrainte. Quels sont les éléments qui composent la demande d'ouvrages universitaires ? Cette demande émane tout d'abord des étudiants, dont le nombre augmente faiblement. Or les étudiants doivent payer leurs études. Ils sont donc généralement fauchés et, donc, sensibles au prix. Ils sont ainsi tentés par la photocopie d'ouvrages entiers. De plus, ce sont souvent les professeurs eux-mêmes qui font de telles photocopies et qui les distribuent à leurs étudiants, cernant les chapitres les plus utiles pour passer les examens. Néanmoins, contrairement à ce que l'on pensait, les étudiants ne se sont pas précipités sur Internet. Le Réseau n'a pas supplanté le papier. Pourtant, le livre électronique est généralement considéré comme un produit qui offre une plus-value par rapport au livre traditionnel. En second lieu, les bibliothèques, qui constituent un autre élément composant la demande d'ouvrages, accordent de plus en plus de crédits aux achats de produits électroniques, au détriment de l'achat de livres. Il faut y voir le résultat de l'agressivité commerciale des libraires en ligne. Pour en revenir au livre électronique, une part croissante d'éditeurs s'y rallient, mais il convient, je le crois, d'être prudent : le format électronique a certes beaucoup progressé, de 165 % en 1999, mais l'on ne peut encore dire qu'il va supplanter le format papier. Néanmoins, s'agissant des ouvrages universitaires, je crains que l'introduction du livre électronique apporte davantage de perturbations que de gains. Les librairies spécialisées sont de
plus en plus concurrencées par les libraires en ligne, qui
proposent de plus en plus souvent des fonctions de téléchargement
d'ouvrages. Les professeurs ont amorcé ce mouvement et
devraient être suivis, à l'avenir, par les étudiants.
En effet, les rabais consentis sur Internet vont jusqu'à 30 %
par rapport au prix en librairie, ce qui crée un effet de
vitrine, même si les rabais moyens dépassent rarement 10
ou 15 %. Le livre électronique peut donc offrir de
nouvelles opportunités aux éditeurs et aux auteurs, mais
pas aux libraires spécialisés dans les publications
scientifiques. Ces libraires pourraient certes jouer un rôle
d'intermédiaires, mais je crains fort qu'ils finissent par être
supplantés par des opérateurs nationaux ou
internationaux. Leur avenir paraît donc assez noir. J'en veux
pour preuve les chiffres de ventes : certains libraires annoncent des
pertes et certains ont été rachetés par de
grandes chaînes de distribution. |
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