|
I. Lexpérience française
Pour M. GRÜND, le livre est un produit qui doit
toucher le plus grand nombre de consommateurs. Son expérience déditeur
de produits de grande diffusion lamène à penser
que les systèmes de prix fixe du livre permettent de vendre
davantage de livres, moins cher.
1. La concurrence entre éditeurs
Le prix fixe nempêche nullement la concurrence entre éditeurs.
Pour autant, le prix a son importance. Les éditeurs doivent
parvenir à fixer des prix attractifs sur un marché où
loffre est sans cesse croissante.
2. La concurrence entre réseaux
de distribution
Le prix fixe permet aux éditeurs de vendre partout les mêmes
produits, excluant toute distribution sélective. M. GRÜND
a, par le passé, commercialisé un atlas routier, non
soumis au prix fixe. Il a observé que les grands distributeurs
ont bien vite monopolisé le produit, parce que les libraires
classiques sen désintéressaient, ce qui a contribué
à réduire le nombre de points de vente.
3. Un facteur de baisse des prix
au service de lutilisateur final
Le consommateur, à qualité de produit supposée égale,
opère son choix en fonction du prix. Le livre, qui nest
pas un bien indispensable, correspond le plus souvent à un
achat dimpulsion. Il convient donc de le mettre à la
disposition du public dans le plus grand nombre dendroits, à
condition que les éditeurs ne soient pas contraints à
une distribution sélective. Les éditeurs ont besoin de
tous les réseaux pour toucher tous les consommateurs, parce que
le coût de production dun ouvrage diminue parallèlement
à laugmentation de la production. Pour autant, le régime
de prix fixe nempêche pas de trouver des niveaux de prix
très différents dun pays à lautre. En
effet, il nest pas rare de trouver un même ouvrage deux
fois plus cher lorsquil est édité et vendu au
Royaume-Uni, par rapport à la France.
M. GRÜND pense quil faut appliquer les prix fixes à
léchelle des zones linguistiques, et non en les
cantonnant sur un territoire national.
II. Le cas de la Suède
M. GRAHN pense quil ne devrait y avoir aucune réglementation
pour maintenir le marché du livre en Europe. En Suède,
le marché est libre depuis plus de trente ans et aucun
cataclysme nest intervenu. Au contraire, certaines subventions
versées aux éditeurs et aux libraires ont soutenu lactivité.
En revanche, M. GRAHN trouverait pertinent de mettre en place des
aides à la traduction.
En outre, la TVA, qui est de 25 % en Suède, pèse
lourdement sur le prix du livre. Sa diminution, par exemple à 6
%, permettrait dencourager davantage la lecture.
1. Lévolution de lindustrie
du livre en Suède
Avant 1970, le marché suédois était caractérisé
par des prix fixes et un commissionnement fixe des éditeurs et
libraires. A lépoque, les ventes directes de livres étaient
assez importantes : les clubs du livre étaient peu nombreux. En
1970, toutes les dispositions en vigueur ont été supprimées
au profit dune libéralisation des prix. Cette libéralisation
a en fait été décidée en 1965, afin de
laisser au secteur cinq ans pour sorganiser. 300 libraires y ont
immédiatement adhéré. Les changements ont immédiatement
produit leurs effets : les prix ont baissé.
2. Les différents canaux de
distribution
Depuis 1992, il nexiste plus aucun accord réglementaire
pour réguler le marché. En dépit dune
concurrence accrue entre canaux de distribution, le nombre de
librairies en Suède na pas diminué. Au contraire,
les librairies ayant un assortiment complet est passé de 298 à
292 entre 1970 et 1992, soit une quasi-stabilité.
En revanche, le nombre dautres points de vente, depuis les
hypermarchés jusquaux stations-service, sest énormément
développé : lon en compte plus de 4 000. De plus,
certains acteurs ont noué des alliances pour augmenter leur
distribution et les ventes réalisées par les Clubs du
livre (qui sont au nombre dune trentaine actuellement) ont énormément
augmenté : ils représentent 25 % du marché.
Pour lheure, Internet représente une part négligeable
des ventes de livres, ne dépassant pas 5 %. De plus, les livres
vendus par ce biais sont avant tout des ouvrages universitaires ou
destinés aux enfants.
3. Le marché de lédition
Les ventes totales de livres sont restées stables depuis le début
des années 70, à 30 millions de volumes chaque année.
Sagissant de laugmentation des prix, une étude a été
menée dix ans après la libéralisation. Elle a
montré que les premières baisses introduites par les
Clubs du livre ont provoqué une baisse généralisée
à lensemble du secteur.
M. GRAHN évoque ensuite le problème de la TVA, très
élevée en Suède. Lassociation quil préside
a exigé sa diminution, afin de faire baisser les prix et daugmenter
les ventes tout en faisant progresser la pratique de la lecture. Elle
trouve également inadmissible que tous les autres supports écrits
(journaux) soient moins taxés que le livre. De plus, une baisse
de la TVA reviendrait à donner un signe fort en direction de la
société, en favorisant la consommation.
4. Les programmes de subventions
suédois
Les programmes de subventions représentent 2,5 % du budget de
la culture. Ils ont été introduits en 1975 sur la base dune
évaluation qualitative des titres culturels et ont contribué
à mettre en place des sélections de livres plus variées.
En 1977, un programme de 10 millions de couronnes a ainsi permis de
renforcer les réseaux de libraires.
5. Conclusion
La réglementation du marché du livre doit et peut être
évitée. La libéralisation permet daméliorer
la pratique de la lecture et les ventes de livres, renforçant
la culture dun pays.
III. Lexemple du Royaume-Uni
M. CLEMENT recommande une réglementation
minimale pour le marché du livre à léchelon
européen. Cela étant, il se dit favorable au principe de
la subsidiarité, toujours en Europe. En effet, les livres ne
peuvent être vendus à lidentique dans tous les pays
: chacun dentre eux conserve des différences culturelles
très importantes, qui conditionnent les comportements des
lecteurs. M. CLEMENT affirme quil nexiste aucun marché
unique du livre, mais quinze marchés différents. Aussi
conçoit-il que le système de prix fixe puisse être
bénéfique dans certains pays, mais pas dans dautres.
Il faut laisser chaque pays décider, en fonction des variables
de son marché national.
M. CLEMENT évoque également le rôle essentiel joué
par les bibliothèques dans la diffusion du livre. Il se dit
scandalisé que le gouvernement français nait pas
agi plus tôt pour développer le système de prêt,
dautant plus que ce pays accorde une grande importance à
sa culture.
M. CLEMENT affirme ensuite que les pays ne doivent pas adopter une
attitude rigide vis-à-vis du livre. Ils doivent garantir lévolutivité
de leur législation, afin de suivre les évolutions du
marché. Selon lui, seules les bibliothèques peuvent
acheter à moindre prix, du fait de leurs volumes dachats.
Au Royaume-Uni, un accord est intervenu en la matière,
notamment pour lédition académique. Ainsi, les éditeurs
ont publié leurs ouvrages en nombre moins important, vendus
majoritairement aux bibliothèques, ce qui permet damortir
leur prix de création en assurant des débouchés.
De plus, le gouvernement subventionne les éditeurs douvrages
universitaires, assumant ainsi sa responsabilité.
Concernant lédition et la vente par Internet, M. CLEMENT
observe quelles en sont encore à leurs balbutiements.
Selon lui, Internet peut apporter des services très utiles. A
moyen, voire à court terme, lenjeu principal pourrait
ainsi ne plus être le prix, mais le service apporté aux
consommateurs. Dans un tel contexte, les interventions
gouvernementales ne peuvent quêtre très ciblées
afin de ne pas favoriser la concurrence entre plusieurs pays parlant
la même langue. Il évoque à ce sujet la
concurrence des ouvrages américains sur le marché
britannique, phénomène quInternet ne fait quamplifier
puisque les livres sont moins onéreux aux Etats-Unis.
M. CLEMENT insiste sur le rôle déducation du
gouvernement, mais ajoute que ce même gouvernement ne doit pas
intervenir davantage sur le marché du livre.
IV. Lexemple de lAutriche
Selon M. HILSCHER, la diversité est lune
des caractéristiques principales des marchés du livre.
Ces marchés sont aujourdhui placés devant des défis
majeurs : des changements technologiques provoqués par la société
de linformation, qui ont modifié les structures des marchés
du livre et continueront à le faire.
En Autriche, jusquà lété 2000, le
marché était très intégré avec lAllemagne.
Lors de sa dernière Directive, la Commission européenne
a confirmé que les systèmes de prix fixes
transfrontaliers étaient contraires aux règles de la
concurrence européenne. Cela montre que les arguments culturels
ont peu de poids au regard des arguments économiques.
La Présidence française de lUnion européenne
a repris ce sujet afin de rouvrir le débat. M. HILSCHER pense
quil convient à présent de modifier les législations.
Ainsi, le gouvernement autrichien a mis en place une législation
obligeant les distributeurs et éditeurs à respecter un
certain niveau de prix pour les ouvrages écrits en allemand. Cétait
la seule solution acceptable au vu du grand nombre dimportations
(80 % des ouvrages sont issus de lAllemagne).
Néanmoins, en rencontrant la profession, la Commission européenne
a affirmé que chaque Etat-membre bénéficiait de
plus grandes marges de manuvre pour mettre en place des mesures
nationales. Seule une solution législative, selon le modèle
français, permet ainsi de régler la situation. En
Autriche, le libraire ne peut vendre en deçà du prix éditeur.
La législation prévoit également que les ouvrages
importés sont eux aussi soumis au nouveau régime de
prix, cela afin déviter les réimportations douvrages.
Cette législation a été votée pour cinq
ans.
M. HILSCHER en vient ensuite à lapplication des
dispositions nationales de régulation des prix du livre. Selon
lui, une Directive communautaire sur les prix du livre devrait : ·
- permettre aux Etats-membres de décider dintroduire
ou non un système national de prix ;
- retenir la pratique actuelle de la Commission
européenne, encourageant une pratique culturelle et une
structure diversifiée du marché ;
- tenir compte des dispositions anti-contournement
des dispositifs nationaux ;
- soutenir la politique de lEurope des régions
(au sens transnational).
V. Lexpérience allemande
Pour M. HEKER, sil est vrai que le livre est un
bien culturel particulier, il doit se voir appliquer des mesures
particulières dans la politique dun pays. De ce point de
vue, le prix fixe permet de maintenir en vie des maisons dédition
de petite ou moyenne taille, ce qui est un gage de diversité,
ainsi que des structures de vente assurant un maillage fin du
territoire. En outre, dans les pays où le prix fixe est en
vigueur, les ouvrages sont généralement vendus moins
cher.
Les instances européennes ont reconnu limportance que
pourrait avoir la mise en place dun prix fixe à léchelon
européen, afin de maintenir le dynamisme du marché du
livre. Le Parlement européen a demandé à la
Commission détudier un tel système, mais son appel
na pas été entendu : la Commission européenne
na eu de cesse, depuis des années, de briser toute
initiative transnationale de prix fixe, désirant au contraire
cantonner ce système à lintérieur des
frontières nationales.
Selon M. HEKER, les règles de concurrence communautaire
pourraient pourtant permettre des ententes sur les prix dans les régions
transfrontalières. La Commission semble dailleurs avoir
quelque peu changé davis, en envisageant de rédiger
une Directive permettant aux Etats-membres de choisir entre un système
de prix fixe national ou un système libéral. Pour lui,
la culture favorise finalement lintégration européenne.
VI. La situation du livre en Italie
Mme CAFFO indique que la nouvelle économie du
livre met en avant les problèmes de sauvegarde et de laccès
des citoyens à la culture. Le gouvernement italien agit ainsi
pour favoriser le développement de la lecture, qui représente
un facteur indispensable déquilibre entre les médias
et qui encourage la pluralité des idées.
Le système de prix fixe qui a été mis en place
en Italie permet une diffusion généralisée de
tous les titres sur le territoire national. En cela, il joue un rôle
essentiel pour maintenir léquilibre du marché. Des
dispositions ont également été prises concernant
les droits dauteur, sur la base dun accord, aujourdhui
révolu, passé entre lAEI (association des éditeurs)
et lALI (association des libraires).
Aujourdhui, la Ministre de la Culture a inséré le
principe du prix fixe du livre dans un texte de loi. Ainsi, le prix
final du livre devrait être déterminé par léditeur
ou limportateur. Il serait également interdit de vendre
un ouvrage à un prix inférieur à 90 % du prix éditeur,
ce qui limite les remises commerciales. En outre, des mesures en
faveur des librairies seront prises.
Pourtant, le système de prix fixe ne sappliquera
toutefois pas aux librairies en ligne, parce que cette nouvelle forme
de commerce ne saurait être réglementée par des
dispositions nationales. Sur la Toile, en effet, seul le marché
global fait loi. Toutes les dispositions nationales peuvent y être
contournées. Néanmoins, le système de prix fixe
sera revu dans deux ans, afin de tenir compte des évolutions du
marché intervenues pendant la période.
VII. Le cas de la Belgique
M. GOFFE souligne le caractère particulier de
la Belgique, pays qui comporte trois zones linguistiques formant trois
marchés du livre distincts. Il avait mis en place des accords
transnationaux, mais la Commission européenne les a supprimés.
Depuis 1980, diverses initiatives de régulation du prix du
livre sont intervenues, mais limpulsion définitive est
venue du Ministre de lEconomie, en 1999. Une loi devrait ainsi
voir le jour en 2000, sur la base de la loi Lang française.
Le marché belge du livre a trois caractéristiques
principales :
- il sagit dun marché dimportation,
coincé essentiellement entre les marchés français
et néerlandais ;
- il est marqué par les échanges
culturels transnationaux, qui suppose une harmonisation des
pratiques commerciales (un marché commun du livre) ;
- il se situe au carrefour géographique de
plusieurs pays.
De ce point de vue, il fait parfois
figure de « zone franche », au mauvais sens du terme : bien
souvent, les éditeurs sen servent comme dune plaque
tournante (le « carrousel ») pour organiser des pratiques de
réexportation vers les pays voisins.
Selon M. GOFFE, la politique européenne du livre doit devenir
plus cohérente,
- en reconnaissant lexistence de zones
culturelles communes fondées sur la langue ;
- en reconnaissant lobsolescence de
certaines pratiques commerciales, comme la TVA ;
- en tenant compte de larrivée de leuro,
qui provoquera un lissage des prix au sein dune même
zone linguistique.
Les libraires belges demandent à
pouvoir acheter les ouvrages au même prix quen France ou
aux Pays-Bas. Dans le cas contraire, larrivée de leuro
pourrait leur causer des difficultés, en nivelant le prix des
livres à la baisse.
M. GOFFE demande également aux différents pays de
mettre en place des législations cohérentes, notamment
en termes de prix et de modes de distribution. La concurrence, en
effet, doit se cantonner au secteur économique, et non sexercer
entre législations nationales.
Enfin, M. GOFFE souligne le fait que les échanges
transfrontaliers doivent faire lobjet de mesures européennes
spécifiques, puisquils posent des problèmes non
moins spécifiques. Selon lui, il y a urgence car sans politique
culturelle, il pourrait ne plus y avoir dEurope.
VIII. Les Pays-Bas : un exemple dinteraction
entre la politique de la concurrence et la politique culturelle au
sein de lUnion européenne
Pour M. VAN EMPEL, la législation ne peut tout
régir. Cest notamment le cas du commerce électronique.
Malgré une volonté politique affirmée, le
contexte législatif européen fait quune Directive
ne peut primer sur les dispositions des Traités (notamment les
articles 81 et 82). Par conséquent, si un pays souhaite avoir
un régime spécifique du livre, ce dernier doit se
soumettre à lévaluation prévue dans le
cadre de larticle 81.
Le livre est un produit particulier, non seulement sur le plan
culturel, mais aussi économique. Chaque livre est différent
des autres et il ny a pas de « meilleur livre ». Aussi
les acteurs économiques doivent-ils comprendre que loffre
ne doit pas être centrée sur certains ouvrages sélectionnés,
mais sétendre à lensemble des ouvrages. La
politique culturelle doit également renforcer loffre des éditeurs.
La structure de cette offre correspond dailleurs aux exigences
de la demande.
M. VAN EMPEL pense également quun système de
subventions aux éditeurs nest pas approprié, parce
quil pourrait contraindre la liberté dexpression.
Les individus ont le droit de choisir ce quils désirent
lire, ce qui suppose que les éditeurs puissent publier ce quils
veulent, sans aucune contrainte de la part des autorités.
Par ailleurs, le Traité de Rome semble favoriser les logiques
dintégration transfrontalière, au-delà de lintégration
des territoires nationaux au sein de lUnion. M. VAN EMPEL
souligne limportance des zones linguistiques, qui représentent
des enjeux économiques considérables. Pourtant, les
instances européennes tentent dentraver la
libre-circulation des livres dans des zones homogènes, préférant
une logique purement nationale. Pourtant, larrivée de leuro
nivellera les situations nationales, notamment en termes de prix, et
le niveau transnational apparaîtra alors comme le seul à être
véritablement pertinent.
M. VAN EMPEL conclut que le moment est venu pour revoir les modalités
dapplication des règles de la concurrence sappliquant
aux livres. La décentralisation de cette politique doit être
recommandée, dans le sens dun plus grand pragmatisme. En
effet, le véritable contexte du livre nest pas national,
mais linguistique.
IX. Débat avec la salle
Une représentante de la Commission européenne,
qui travaille à la DG Education et Culture, indique que la
Commission est tenue par les textes et la législation européenne.
Les Traités doivent être respectés, mais le problème
se pose parfois de leur interprétation.
Une participante espagnole, Mme
CHEVALIER, signale la publication dun ouvrage réalisé
par les associations déditeurs publics et privés,
de libraires, de revues culturelles, dauteurs, de distributeurs
et de Clubs du livre afin de répondre à un décret
voté en juillet 2000. Le gouvernement espagnol a effectivement
libéralisé les rabais sur les manuels scolaires. A la
rentrée, les hypermarchés ont donc proposé ces
manuels à prix coûtant, avec 25 % de remise. Cette mesure
a soulevé la colère du secteur du livre en Espagne. Mme
CHEVALIER veut ainsi prouver que même dans les pays où
une loi sur le prix fixe existe, tout est possible
Un représentant du gouvernement
espagnol indique que lEspagne continue à appliquer le
prix fixe du livre. La mesure récemment prise concerne
seulement labolition des plafonds de remises des livres
scolaires, afin den diminuer le coût pour les familles. En
effet, il nexiste pas en Espagne dallocation rentrée,
comme cest le cas en France.
Une représentante grecque,
membre de la Fédération grecque des Editeurs, indique
que la législation de son pays est similaire à la loi
Lang. Le législateur fixe donc les prix pour les livres grecs
publiés dans le pays (ou à létranger, en
langue grecque). Très récemment, la Commission européenne
a déposé une plainte contre ce système, demandant
une justification des modalités de commercialisation des livres
produits à létranger. Elle a également
demandé de modifier la législation sur le prix fixe du
fait de ladoption de la Directive communautaire sur le commerce électronique.
Les autorités craignent donc que cela annonce clairement la
volonté politique de la Commission de sattaquer aux marchés
nationaux, même en labsence de distorsion du marché
communautaire.
Un représentant de la Fédération
des Auteurs remarque que les écrivains européens sont très
peu nombreux à assister à cette rencontre. La Fédération
soutient les représentants du Syndicat des Editeurs allemands
et celui des Editeurs autrichiens pour dire que le temps est venu dune
harmonisation européenne en matière denvironnement
économique du livre, tenant compte de larrivée du
commerce électronique. Elle demande également lélaboration
dune Directive communautaire sur le prix unique du livre, qui
soit libérale, mais surtout européenne. En effet, la
Commission européenne na jamais reconnu la spécificité
du livre, qui est avant tout un bien culturel. Un participant souligne
le fait que les problèmes qui viennent dêtre évoqués
ne sont pas purement nationaux : il sagit du problème de
la politique du livre à léchelon communautaire.
M. EVERLING demande sil
faudrait, dès lors, une « super loi Lang » pour lensemble
de lUnion européenne. Il lui est répondu que le
problème posé est avant tout politique. Pour autant, les
éditeurs ne demandent pas lapplication dune telle
loi à léchelon européen.
Un représentant du Ministre
belge de la Culture tient à affirmer lintérêt
de son ministre pour le problème du prix du livre. Ainsi, en lespace
dun semestre, les grands principes du prix unique ont été
arrêtés. Une loi directement inspirée de la loi
Lang devrait ainsi être votée, fixant le prix minimal du
livre. Elle concernera les livres publiés depuis moins de 18
mois, y compris ceux incorporant des supports audiovisuels ou multimédia.
Les détaillants auront la possibilité daccorder un
rabais, qui reste à chiffrer. Sagissant des problématiques
de réimportation, une mesure (Tabel) est également en
discussion, qui fixera des taux de TVA différents selon les
pays de provenance. La Belgique rejoindra ainsi les pays ayant choisi
la loi législative pour accorder au livre toute lattention
quil mérite.
Un libraire rouennais se dit surpris
de constater que MM. CLEMENT et GRAHN demandent des subventions plus
importantes. En effet, le prix unique permet de garantir la diversité
des publications. M. GRAHN répond quil na pas une
vision uniquement libérale. Il se place avant tout du point de
vue du lecteur.
M. EVERLING aborde le thème de
lavenir de la politique européenne du livre, qui
chapeauterait lensemble des politiques nationales. Un juriste
bruxellois pense quil est important de savoir quelles sont les
implications du prix fixe. Il demande à Mme CAFFO dans quel délai
les mesures italiennes entreront en vigueur, du fait de linstabilité
gouvernementale de ce pays. Sadressant à M. GRAHN, il
demande quel est le degré de concentration des maisons dédition
en Suède. Il pense pour sa part que la tendance est à la
concentration tous azimuts sur ce marché. En outre, il qualifie
la situation du marché du livre entre 1970 et 1992 de cartel.
La solution suédoise lui semble donc impossible à généraliser
puisquil sagit, au bout du compte, de la loi du plus fort.
Mme CAFFO répond que dans
quelques jours, la Ministre va présenter son projet de loi au
Conseil des Ministres. Il suivra ensuite le parcours parlementaire. En
tout cas, la Ministre a une réelle volonté daccélérer
la promulgation de cette loi.
M. GRAHN a limpression que lEurope
sengage dans une impasse intellectuelle lorsquelle mélange
laspect culturel et laspect économique du livre.
Selon lui, il faut se montrer pragmatique : il existe des liens entre
ces deux mondes pour de nombreux produits et le livre ny fait
pas exception. Il considère le prix fixe comme une ingérence
dans lactivité des entreprises. Il sagit ni plus ni
moins que dune mesure protectionniste. Or le libéralisme
na jamais contraint la créativité. Par ailleurs, ladoption
dune fiscalité basse sur le livre constitue un acte
culturel, qui touche aux droits des auteurs, des éditeurs et
des imprimeurs. Enfin, il est daccord pour dire que la situation
de son pays entre 1970 et 1992 était un cartel, mais elle a été
abolie.
M. CLEMENT soppose à
toute forme de subvention. Pour lui, le financement des bibliothèques
nen fait toutefois pas partie. Il sagit dun impératif
déducation. Néanmoins, ce système ninstaure
aucune rente de situation pour certains éditeurs : chaque
ouvrage doit défendre sa place sur le marché. Néanmoins,
un tel système de prêts douvrages rend le livre très
accessible.
M. GRÜND signale lexistence
dun système de vases communicants en Europe : en effet, à
une réglementation de type prix fixe correspond généralement
un moindre engagement de lEtat dans lachat de livres, et
vice-versa. Il se souvient en particulier des déclarations de
M. BANGEMANN, à lépoque ministre dans son pays,
qui disait être un libéral favorable au prix fixe parce
quil ne souhaitait pas subventionner les bibliothèques.
M. HILSCHER souhaite, pour sa part, lélaboration
dune Directive-cadre préservant les différences dappréhension
nationales. Selon lui, il nest pas étonnant que la loi
Lang soit devenue une référence pour tous les pays qui
ressentent le besoin dune régulation du marché du
livre. Il croit également que le respect du droit communautaire
explique la pression qua exercé la Commission européenne
sur lAutriche et sur lAllemagne, mais selon lui, les
raisons invoquées sont trop simplistes : en effet, nul ne
saurait qualifier ou prouver limportance de la culture. Il
demande à la Commission européenne de clarifier sa
position à lavenir.
M. HEKER affirme que les éditeurs
allemands ne veulent pas de subventions, mais de conventions-cadres
claires et précises. En effet, ils considèrent les
subventions comme une sorte de censure. Un représentant de lAssociation
des Libraires suédois a mené une enquête sur laide
gouvernementale apportée à la lecture : elle na
rien à voir avec une subvention, qui revient à porter
une activité économique à bout de bras. Au
contraire, les mesures suédoises visent à promouvoir la
lecture. Elle relève donc de la politique culturelle, et non de
subsides économiques.
Pour M. EVERLING, il sagit bien
de subventions dans la mesure où cette mesure concerne la
publication de certains livres. Ainsi, lEtat suédois
donne une certaine orientation au secteur de lédition.
Un participant demande au nom de quoi
le monde du livre interpelle-t-il le politique ? Selon lui, ce nest
pas au nom du corporatisme, mais au nom du culturel. Pourtant, aucune
définition de ce concept de « culturel » na été
donnée. Pour lui, lhomme est un être doué de
parole, mais il a imaginé un rituel pour différencier le
discours argumenté de la simple discussion. Il croit de même
que le livre est le rituel du texte, qui rend intelligible la pensée
humaine et qui est porteur dun message. Or cela justifie en soi
linterpellation du politique par tous les acteurs de la chaîne
du livre. |