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MOUTON Daniel
Mottes castrales en Provence
les origines de la fortification privée au Moyen Âge
Deux décennies de recherches sur les mottes castrales de Provence ont apporté des éléments nouveaux sur le phénomène castral qui s’est développé dès la fin du Xe siècle. Plus de soixante sites ont été répertoriés et la prospection continue à en révéler de nouveaux. Les fouilles de plusieurs d’entre eux ont permis d’établir une évolution dans les modes d’organisation et de construction de ces petits châteaux. À l’origine, ce furent des établissements très modestes, simples maisons perchées qui nécessitaient assez peu de moyens et des techniques faciles à mettre en œuvre. Dans un second temps, dès l’an Mil toutefois, on relève la construction de véritables forteresses. L’étude de ces premières fortifications s’intéresse à l’occupation des terroirs qui s’organisèrent autour du castrum, souvent mentionné dans les textes. La construction de ces fortifications semble intense autour de l’an Mil et au cours du XIe siècle mais certaines ont été érigées au début du XIIIe siècle. Les recherches se poursuivent et montrent que les débuts de la fortification privée s’insèrent dans un vaste mouvement d’occupation des terroirs autour de fortifications aux caractères complexes.
Résumé court
Résumé long
L’ouvrage rend compte de près de deux décennies de recherches sur les premières étapes du phénomène castral, au moment de la militarisation des territoires qui, en Provence comme dans de nombreuses autres régions, s’est développée autour de l’an Mil. C’est le moment où se constituèrent un grand nombre de petits terroirs sous la domination de fortifications, parfois désignés Moutte, forme provençale de « motte ».
La zone étudiée se concentre sur la partie centrale de
La fouille du site de Niozelles (Alpes-de-Haute-Provence), désigné dans les textes du début du XIe s. comme roca de Aldefred, a été très riche. Cette motte a été établie sur un relief naturel dont le sommet a été aplani pour recevoir la première construction. C’était une pratique courante en Provence où, pour l’instant, on ne connaît qu’un seul tertre entièrement artificiel. Vers 970-980, une grande maison rectangulaire fut édifiée en pierres locales liées à la terre (fig. 4, 5, 6 et fig. C, D, pl. h. t.). Seul le perchement constituait une défense ; aucun élément de fortification ne venait la protéger. Dans un angle, un petit édicule contenait sans doute un escalier. La confirmation d’une construction à un étage a été apportée par la fouille d’un autre site,
La motte de Niozelles s’insère dans un territoire où l’on perçoit deux centres d’occupation de l’Antiquité tardive, l’un proche du site et l’autre dans les parages du château médiéval aujourd’hui ruiné. On ne saurait dire si à l’emplacement de ce dernier une première occupation était contemporaine de la motte où si son installation a suivi l’abandon de celle-ci.
La maison qui, sur la motte, a précédé la fortification aurait pu avoir été construite là au hasard de l’occupation du territoire et n’avoir pas de rapport avec le site castral. En réalité, il n’en est rien car, comme le montre la suite de l’étude, ce type de construction a été mis en évidence sur d’autres mottes provençales.
L’ouvrage se poursuit sur un corpus de plus de trente sites pour lesquels les relevés ont mis en évidence caractères communs et différences d’organisation. De plus, lorsque cela a été possible, l’étude des textes a permis une approche chronologique d’ensemble. Du point de vue morphologique, la très grande majorité des sites résulte d’aménagement de reliefs naturels. Dans plus de 70 % des cas, ce sont des reliefs d’éperon barrés par un fossé qui atteint presque systématiquement une dizaine de mètres de large. À cet élément de défense s’ajoutent parfois les traces d’un mur d’enceinte et, plus rarement, les vestiges d’une tour qui peut être rectangulaire, carrée (fig. 41, 42) ou même ronde dans un cas (fig. 96, 97).
La chronologie révélée par les textes et les fouilles montre que ces sites sont apparus dans les dernières décennies du Xe s. Certains sites ont été occupés jusqu’au XIVe s. en ayant subi, sans doute, nombre de transformations. Toutefois, en l’état actuel des connaissances, la motte la plus récemment érigée est celle de Cadarache (fig. 71) dont l’occupation, au début du XIIe s., a été tout à fait éphémère.
Deux autres sites retiennent particuliè-rement l’attention :
Dans un certain nombre de cas, on a pu observer les rapports entre la constitution du castrum et l’occupation du territoire. Dans la basse vallée de
Les recherches se poursuivent et montrent que les débuts de la fortification privée s’insèrent dans un vaste mouvement d’occupation des terroirs autour de fortifications aux caractères complexes.