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dAf 101


FAU Laurent. dir.

Les Monts d’Aubrac au Moyen Âge

Genèse d’un monde agropastoral

Le plateau de l’Aubrac et ses contreforts ont été étudiés par une équipe pluridisciplinaire regroupant archéologues, historiens,  ethnologues et environnementalistes. Il a ainsi été montré que cette région, en dépit d’une réputation de pays hostile à l’homme,  recèle une richesse insoupçonnée et possède un gros potentiel archéologique, notamment pour les périodes médiévale et moderne. Une importante documentation écrite, ainsi qu’un conservatoire environnemental exceptionnel ont permis de définir les cadres  spatiotemporels de cette recherche. Cet ouvrage montre également comment la Domerie d’Aubrac, ayant constitué d’immenses  pâturages, a fossilisé l’habitat depuis le bas Moyen Âge. Il présente les formes de l’habitat agropastoral des XIe - XIIe siècles, qui est  l’un des thèmes majeurs de cette étude, et permet d’appréhender une société rurale montagnarde médiévale au travers de sites  d’exploitations agricoles permanents (mas) et temporaires (burons)  se situant entre 1100 et 1300 m d’altitude.

Résumé court

Résumé long

Introduction

En dépit d’une réputation de pays dépeuplé, subissant le froid et les intempéries, l’Aubrac possède un potentiel archéologique important, notamment pour la période médiévale. Depuis 1994, la découverte de dizaines de sites d’habitat permanent et de proto-industrie, ainsi que de centaines d’habitats temporaires est venue compléter les études antérieures, notamment historique et ethnologique. Le travail d’une équipe pluridisciplinaire rassemblant archéologues, historiens, ethnologues et environnementalistes a permis de placer ces nouvelles données dans leur contexte et de présenter un pays montagnard à l’époque médiévale.

 

1 Présentation géographique et géomorphologique

L’Aubrac, constitué d’un vaste plateau granitique à l’est, basaltique à l’ouest, est relié au sud à la rivière Lot par des vallées encaissées (les boraldes) et des langues de terres (les serres). La présence naturelle de la roche sous forme de blocs calibrés à la surface du plateau constitue une réserve de matériaux dans laquelle l’homme a puisé pour construire des bâtiments de pierre. Une analyse paysagère des périodes récentes a été effectuée à partir d’une base palynologique connue et grâce à l’étude de plusieurs tourbières. Elle nous apprend que les premiers signes de défrichement interviennent entre le IXe et le IVe s. av. J.-C., la grande phase de déforestation liée au pastoralisme étant, quant à elle, identifiée entre le VIIe et le XIIe s. de notre ère.

 

2 L’Aubrac avant l’arrivée des moines

Les sites préhistoriques, d’époque néolithique, se concentrent dans les boraldes et sont liés à l’extraction de matériaux.

À la période romaine, le plateau est traversé par une importante voie reliant Lyon à l’Espagne ; un relais d’étape, qui lui était associé, a été repéré. Le site du lac de Saint-Andéol, cité par Grégoire de Tours, a livré des ex-voto d’époque protohistorique ; un temple antique, implanté à proximité, a été fouillé dans les années 1950. Au XIe s., les seigneuries laïques, notamment celle des Canilhac en Auvergne, des Peyre en Gévaudan et des Calmont en Rouergue, se partagent l’Aubrac.

 

3 L’Aubrac à l’époque de la Domerie

L’hôpital d’Aubrac, lié au pèlerinage de Saint-Jacques-de-Compostelle, s’implante au XIIe s. dans un pays détenu par de nombreuses seigneuries laïques. Il accapare bon nombre de terres du plateau qu’il bonifie en les transformant en pâturages. Son domaine ne se limite pas au seul plateau de l’Aubrac, de nombreuses possessions se situant en Gévaudan, en Auvergne et en Rouergue. Une transhumance liée à la fois au Languedoc et au Quercy, permet de faire venir des centaines de moutons au plus grand bénéfice de la Domerie. Implanté à Aubrac, l’hôpital regroupe de nombreuses constructions : outre l’église et les édifices conventuels (cloître, dortoir, aula…), il existe une hostellerie ainsi qu’un hôpital des pauvres, le tout protégé par des fortifications (enceinte, tours). Plusieurs de ces bâtiments, notamment l’église, la tour des Anglais et l’hostellerie sont encore visibles aujourd’hui. La Domerie établit un maillage du territoire par le biais d’un réseau de granges monastiques. La population, répartie dans quelques villages et aussi dans des fermes, exploite des terrains à vocation essentiellement pastorale. Dès le XIIIe s., la spécialisation de l’élevage oriente la production du pays.

 

4 L’habitat permanent

L’étude historique, environnementale et archéologique a permis d’appréhender une série d’exploitations agropastorales (mas), datée entre le XIe et le XIIIe s. et située à plus de 1 200 m d’altitude. Cet habitat rural correspond à une implantation permanente sur le plateau, et a été fossilisé par les pâturages dès le bas Moyen Âge. Une vague de colonisation, due probablement à une importante poussée démographique au XIe s., a conduit les hommes de ce pays à conquérir des lieux qui restaient encore sans occupants, à savoir les hautes terres de l’Aubrac. Cette colonisation a perduré très certainement un siècle, avant de laisser la place aux vastes pâturages installés par l’hôpital d’Aubrac. Les textes médiévaux concernant l’habitat rural sont rares ; néanmoins certains d’entre eux décrivent l’architecture civile de l’Aubrac dès le XIIe s., et nous apportent ainsi de précieux renseignements venant corroborer les données archéologiques.

Une prospection de grande ampleur accompagnée d’une série de sondages archéologiques ont mis en évidence une vingtaine d’exploitations agricoles ainsi que leur environnement. Plusieurs caractéristiques telles que le regroupement de l’habitat et de l’étable sous un même toit, l’enfouissement des bâtiments, les modes de construction, des entrées aménagées, etc., témoignent d’une architecture liée à un milieu montagnard. La toiture des habitations était constituée de matériaux végétaux, sans doute du chaume de seigle ; une étude ethnologique décrit d’ailleurs les dernières couvertures de ce type encore présentes aujourd’hui sur certains bâtiments du département du Cantal. Le système de charpente reposant sur les murs porteurs ne nécessite pas de poteaux et libère ainsi l’espace intérieur.

 

5 L’habitat temporaire

L’habitat temporaire et le pastoralisme sont souvent mentionnés dans les textes, notamment pour la période moderne : les baux de location ainsi que les actes notariés nous permettent de comprendre le système d’exploitation des « montagnes » de l’Aubrac. De plus, l’étude de référence ethnologique réalisée il y a une vingtaine d’années par le CNRS complète cette approche pluridisciplinaire. Les cabanes de bergers (buron en français, mazuc en occitan) sont construites en matériaux périssables ou en pierre à partir du XVIIe s. afin de loger les bergers et de fabriquer le fromage. Les mazucs sont souvent reconstruits à un endroit différent chaque année afin que le troupeau puisse fumer la totalité de la montagne. Plusieurs sondages archéologiques ont précisé les caractéristiques architecturales de ces constructions et ont livré un mobilier attribuable aux XVIIe-XVIIIe s. (écuelle, verre à pied…).

 

6 L’artisanat et la proto-industrie

Les traces d’artisanat ou de proto-industrie, présentes dans les boraldes de l’Aubrac, nous révèlent la présence, au bas Moyen âge, de ferrières, mines et verreries ; quelques mentions font par ailleurs état de bûcherons et de tourneurs sur bois. La fouille partielle d’une verrerie du XIVe s. a mis en évidence une production de verres creux décorés de cordons bleutés, que l’analyse chimique des composants permet de rattacher à l’influence méditerranéenne. Les bâtiments constitués notamment d’au moins deux fours et d’un moulin concasseur nous sont parvenus dans un très bon état de conservation.

 

Synthèse

La richesse insoupçonnée de l’Aubrac s’est manifestée à travers la découverte de nombreux sites archéologiques mais aussi grâce à sa documentation écrite, son patrimoine ethnologique et son environnement. L’étude pluridisciplinaire a permis d’appréhender l’occupation médiévale de ce pays dans son ensemble. Parmi les nombreux résultats de cette étude, l’habitat permanent montagnard médiéval s’est révélé être un élément majeur.

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