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dAf 88


KERÉBEL Hervé

Corseul (Côtes-d'Armor), un quartier de la ville antique

Grâce aux fouilles conduites par H. Kerébel, Fanum Martis, actuel Corseul, se dévoile peu à peu. Sur la réserve archéologique de Monterfil II, un vaste ensemble commercial et artisanal a été mis au jour, sur près de 5000 m2, le long d'un axe majeur du chef-lieu de la cité des Coriosolites. Il a ainsi été possible de suivre, de 15/10 av. n.è. au IVe s. ap., l'évolution architecturale et topographique du quartier. Le mobilier recueilli, comptant une grande proportion d'estampilles italiques et d'amphores de Lipari, atteste que la cité fut un important marché où s'échangeaient des produits d'origine méditerranéenne. L'étude des vestiges est étayée par une analyse métrologique, menée par un architecte archéologue, qui a notamment permis la restitution des élévations régies par l'ordre toscan. Si Corseul offre encore un vaste champ d'investigations possibles, la fouille de Monterfil II précise désormais comment furent mis en place, sous le règne d'Auguste, le parcellaire urbain et les emprises des domaines public et privé.

Résumé court

Résumé long

1. Introduction

Le bourg actuel de Corseul (Côtes d'Armor) s'étend en partie à l'emplacement des vestiges de Fanum Martis, le chef-lieu de la cité des Coriosolites. De nombreux quartiers de la ville antique, aujourd'hui recouverts par des champs, sont aisément accessibles aux recherches archéologiques. Le site de Monterfil II est inclus dans la réserve archéologique acquise en 1986 par la commune de Corseul. Les recherches y ont débuté cette même année dans le cadre de fouilles programmées. Dans la topographie de la ville antique, le quartier de Monterfil semble se situer non loin du centre monumental de l'agglomération, établi légèrement en amont.

 

2. Les vestiges

Les façades de deux îlots, séparés l'un de l'autre par un axe est-ouest majeur, ont été intégralement fouillées. Au nord de la rue, un grand édifice homogène, issu semble-t-il d'un projet architectural unique, s'étend sur toute la longueur de l'îlot. Il présente une succession de petites pièces quadrangulaires et de salles plus importantes, peut-être lieux d'activités commerciales et artisanales non identifiées. L'édifice a connu plusieurs modifications mais il a évolué jusqu'à son abandon en conservant la même emprise et son aspect monumental d'origine. Au sud de cette rue, s'étendent plusieurs édifices contigus ou séparés par des espaces non construits. Comme de l'autre côté de la voie, des pièces quadrangulaires s'ouvrent sur des portiques bordant la rue. En retrait des constructions en façade sur la rue, de nouveaux bâtiments correspondent à d'autres propriétés. Dans l'îlot sud; les vestiges sont regroupés sur des parcelles dont les limites sont aisément identifiables. Les évolutions architecturales des différents bâtiments mis au jour sont présentées en fonction d'horizons établis à partir de la chronologie relative du quartier.

 

3. La chronologie du site

Plusieurs lots de mobilier, principalement céramique, ont été sélectionnés afin d'établir la chronologie du site. Les éléments pertinents de ces ensembles sont détaillés, horizon par horizon, les lots complets devant faire l'objet d'une publication ultérieure. Même limitée, cette analyse, en plus des références chronologiques qu'elle apporte pour l'étude des vestiges du quartier de Monterfil II, permet de proposer une évolution du faciès céramique rencontré à Corseul de la fin du Ier S. av. J.-c. jusqu'au milieu du IIIe s. Quatre horizons sont proposés: l'horizon 1 (15- 10 av. J.-C. / 30-40), l'horizon II (30-40 / fin Ier s.), l'horizon III (IIe s.) et l'horizon IV (fin IIe-IIIe s.).

 

4. Le quartier de Monterfil II

La synthèse de ces données permet de proposer un schéma d'évolution cohérent de l'intégralité du quartier. Par ailleurs, malgré l'état des vestiges parfois fortement arasés, un certain nombre d'informations intéressantes permettent d'aborder des questionnements novateurs pour le site de Corseul, ayant trait au parcellaire urbain et même à l'aspect architectural de cette partie de la cité L'analyse du quartier est complétée par une recherche comparative élargie à des parallèles existant dans le reste de l'Empire.

 

Ainsi, à Verulamium, en Bretagne insulaire, un édifice de grande taille ressemble fortement à .celui de l'îlot nord de Monterfil II : il semble s'agir d'un bâtiment artisanal et commercial construit par des vétérans. À Xanten, en Allemagne, un édifice aussi très proche a été, quant à lui, identifié comme une auberge. Ces quelques éléments confortent l'hypothèse, pour Monterfil II, d'un quartier commercial implanté de part et d'autre d'une rue importante menant vers le centre monumental de Fanum Martis, l'antique Corseul. Quelques vestiges permettent aussi d'aborder la question de la destruction et de l'abandon de ce quartier dont les phases chronologiques sont étayées par l'étude de quelques lots de mobilier.

 

5. Le mobilier: études spécialisées

Les fouilles ont livré une quantité importante et très variée de mobilier. La céramique, comme à l'accoutumée, y est largement majoritaire. Les études spécialisées de céramologie portent sur deux types de mobilier bien particuliers rencontrés en abondance sur le site. Ainsi, le quartier de Monterfil II a fourni un nombre non négligeable d'estampilles italiques par rapport à ce que ('on a pu observer sur les autres sites fouillés dans Corseul, soit 72 individus sur un total de 95 recensés. Par l'importance même de cet ensemble d'estampilles italiques, Fanum Martis se distingue des autres agglomérations armoricaines, ce qui peut peut-être s'expliquer par une fondation très ancienne, remontant aux années 15-10 avant n.è. D'autre part, il apparaît nettement que la céramique retrouvée sur le site de Monterfil II, et dans une moindre mesure dans le reste de l'agglomération, se caractérise par une forte présence d'amphores de Lipari. Par ailleurs, des activités artisanales, liées à la teinturerie ou à la tannerie, peuvent tout à fait être envisagées à l'échelle du quartier, voire de l'agglomération antique. Ce caractère commercial semble aussi confirmé par les nombreuses découvertes de monnaies. Celles-ci sont présentées sous forme d'un corpus complet car elles apportent des informations significatives sur la spécificité de ce secteur de la ville. Enfin, les éléments métalliques mis au jour à Monterfil II sont également présentés en raison, notamment, de la grande variété des petits objets de la vie quotidienne.

 

6. Fanum Martis, chef-lieu de la cité des Coriosolites

Les recherches archéologiques conduites sur la ville antique de Corseul n'ont pas été poursuivies après la fin de la fouille de Monterfil II. Cet arrêt a été l'occasion de faire le point sur les connaissances acquises sur Fanum Martis. La confrontation des données issues de cette fouille avec celles des autres sites permet de proposer de nouvelles perspectives, plus particulièrement sur le plan urbanistique. L'évolution générale de l'espace urbain est ainsi revue à la lueur de nouveaux éléments; une chronologie globale de l'agglomération est aussi esquissée. Pour chaque période, sont donc présentés les changements qui ont affecté les différents secteurs de la ville. Quelques hypothèses sur l'aspect de la cité au Bas-Empire sont aussi exposées; elles ont abouti, en particulier, à une proposition de restitution de l'évolution de la trame viaire après l'abandon-des quartiers, survenue, pour certains, dès la fin du IIIe s.

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