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CANTRELLE Sylvie, GOY Corinne et Claudine MUNIER
Histoire d'un quartier de Montbéliard (Doubs)
Le bourg Saint-Martin (XIIIe-XXe s.)
Né vers la fin du IXe s. avec la construction d'un château sur un éperon dominant le cours de l'Allan et de
Les fouilles entreprises en 1993-1994 à l'occasion de la construction d'un centre commercial dans le quartier de Velotte, dans le faubourg Saint-Martin, ont permis de retracer, au fil de sept grands états successifs, l'évolution architecturale du bâti et du système de défense urbain. Elles éclairent aussi quelques aspects de la vie quotidienne et sociale des habitants de ce quartier intra muros dont le caractère " campagnard " a perduré jusqu'au dernier quart du XIXe s.
Résumé court
Résumé long
Montbéliard naît à la fin du ixe ou au début du Xe s. lorsqu’un château est érigé sur un éperon rocheux, dans cette région de contacts entre le monde germanique et le monde bourguignon. Un bourg castral, chef-lieu du comté, s’installe aux XIe et XIIe s. autour de ce promontoire, au pied duquel coulent l’Allan et
Le bourg Saint-Martin, situé à l’ouest du château, a été créé au xiiie s. Le quartier Velotte désigne la partie orientale du bourg Saint-Martin, située de part et d’autre de la rue de Velotte.
En 1989, la municipalité de Montbéliard programme dans le quartier Velotte la construction d’un centre commercial et immobilier avec parking souterrain. Des sondages et une fouille réduite menés par la cellule d’archéologie urbaine de la ville en 1991 et 1992 ont permis de circonscrire la surface occupée par les vestiges archéologiques. Ces découvertes ont abouti à la fouille extensive, en 1993-1994, de
Au XIIIe s. (état I), la portion du quartier étudiée est encore peu bâtie et les constructions s’installent en bordure d’une zone marécageuse. À cette époque, un mur en grand appareil orienté N-S, interprété comme le rempart primitif, longeait une voie. À l’ouest de ces structures s’implante un vaste bâtiment isolé, peut-être à caractère public. Ce secteur du bourg Saint-Martin est alors à forte dominante rurale et peut-être déjà un des centres de la vie politique de la ville.
À la fin du XIIIe s. et au XIVe s. (état II), le bâtiment public est largement remanié. Au sud de ce bâtiment (A), une autre construction est édifiée (B), qui perdurera à cet emplacement jusqu’à la seconde moitié du XVe s. avec plusieurs étapes de reconstructions. Une troisième habitation (C) va s’installer en avant du bâtiment public A. De l’autre côté de la rue, deux palissades parallèles sont édifiées à l’extrême fin du XIIIe s.
Dans la première moitié du XVe s. (état III), le mur d’enceinte primitif est arasé et le tracé de la rue modifié. Un nouveau mur d’enceinte maçonné est édifié à l’est du précédent. Les limites du quartier sont ainsi repoussées d’une quinzaine de mètres vers l’extérieur de la ville. Cet espace est remblayé et trois maisons y sont construites. Il ne subsiste des maisons en matériaux périssables D et E que quelques vestiges de sols et de murs qui n’ont pas permis de reconstituer l’intégralité de leur plan. Nous ne connaissons de la troisième maison (F) en pierre qu’une seule pièce située le long de la rue. De l’autre côté de la rue, le bâtiment B va être agrandi.
Dans la seconde moitié du XVe s. ou au début du XVIe s. (état IV), un mur de boulevard est construit à l’extérieur du rempart précédent, parallèle et distant de
Au XVIe s. (état V), la maison D est arasée, la maison E est reconstruite et la maison F perdure. Au nord est aménagée une nouvelle ruelle ouvrant sur la rue de Velotte, parallèle à celle déjà existante. Ces deux ruelles délimitent trois îlots s’étendant entre la rue de Velotte et le rempart : un îlot nord, un îlot sud et un îlot central. La maison E, reconstruite sans modification d’orientation, occupe la quasi-totalité de l’îlot central. Sa façade donne sur la ruelle sud. L’autre ruelle donne accès à l’arrière de la maison E et à la maison G de l’îlot nord. À l’ouest de la rue, une nouvelle construction, interprétée comme une grange, est édifiée en conservant l’emprise de l’ancienne maison B.
À la fin du XVIe s. (état V bis), la configuration générale du quartier change peu. La maison F, agrandie, occupe désormais une partie de la ruelle sud qui perd par conséquent sa vocation ; l’accès au bâtiment s’effectue dorénavant par la ruelle nord. À l’ouest de la rue de Velotte ne subsiste que le mur de parcelle E-O.
Le début du XVIIe s. (état V ter) est illustré par des vestiges groupés à l’ouest de la rue de Velotte et couvrant
À l’organisation de type village des XIVe, XVe et XVIe s., caractérisée par une succession de maisons en bordure de rue donnant sur des champs en arrière, succèdent, à l’époque moderne (état VI), des parcelles vides d’habitat (prés, jardins, vergers…). Les fortifications continuent d’exister, peut-être réutilisées comme limites de propriété.
À l’époque contemporaine (état VII), l’édification du collège Cuvier dans les années 1876-1878, à l’ouest de la rue de Velotte, et d’une gendarmerie en 1889 à l’est de cette rue va perturber les niveaux archéologiques anciens.
Les différentes couches archéologiques ont livré peu de mobilier. Le mobilier quotidien découvert, même s’il est fort incomplet, est suggéré par quelques objets épars qui signalent, au-delà de leur simple existence à un moment donné, la façon dont certaines réalités matérielles ont été vécues par les hommes. Ainsi, les éléments architecturaux et les objets de l’agencement intérieur complètent notre vision d’ensemble des maisons fouillées. La présence de latrines, l’utilisation de tuiles, de vitrages ou de décoration dans la construction de maisons dénotent, tout comme l’atmosphère intérieure illustrée par le chauffage au poêle ou par l’éclairage, l’accès à un certain confort. Dans d’autres domaines, ceux de l’alimentation et de l’hygiène, abordés grâce aux objets de cuisine et aux déchets organiques (végétaux, faune, parasites), les vestiges permettent de nous rapprocher des occupants de ces maisons: que mangeaient-ils, dans quels récipients et comment cuisinaient-ils, et même, comment digéraient-ils ? Enfin, les activités définies à partir des outils et des rejets végétaux découverts montrent le caractère encore très campagnard des occupations des habitants à l’intérieur des murs de la ville, même si certaines activités sociales, telles que les échanges, la guerre ou la chasse, le jeu et la lecture ont pu être exprimées.