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dAf 82


ROMEUF Anne-Marie et Monique DUMONTET

Les ex-voto gallo-romains de Chamalières (Puy-de-Dôme)

La construction d'immeubles à l'emplacement de la source des Roches à Chamalières a révélé la présence d'un dépôt de quelque 3500 ex-voto en bois gisant dans la tourbe baignée d'eau minérale.

 Exceptionnel par son nombre et son état de conservation, cet ensemble, vestige d'un sanctuaire guérisseur du Ier s. ap. J.-C., est ici abordé sous ses aspects majeurs : contexte de découverte, sujets représentés (pour la plupart anthropomorphes), typologie, techniques de taille, " styles ", approches comparatives. Expression d'un art populaire connu par ailleurs en Gaule, cette statuaire votive associe traditions indigènes et modèles italiques, annonçant la statuaire en pierre de l'art gallo-romain provincial.

 Un catalogue sur cédérom, base de données comptant 1725 notices illustrées de photographies, est adjoint à l'ouvrage. Il présente les pièces les plus remarquables, conservées au musée Bargoin de Clermont-Ferrand.

Résumé court

Résumé long

Cette publication est l’aboutissement d’une fouille de sauvetage réalisée de 1968 à 1971 à l’emplacement de la source minérale des Roches à Chamalières, lors de la construction d’un ensemble d’immeubles. Les ex-voto découverts s’inscrivent dans une tradition de dévotion populaire, largement attestée dans le monde antique, qui s’est perpétuée jusqu’à nos jours.


1 Le chantier de fouilles

Après la découverte d’une couche de bois visible en coupe dans une tranchée de drainage, deux campagnes de fouilles, de 3 et 5 mois, de 1968 à 1971, ont permis de dégager par tranches successives l’ensemble du gisement : les ex-voto étaient accumulés sur un peu plus de 200 m2 dans un bassin creusé par les sources, baignant dans l’eau minérale, et enveloppés d’une gangue de tourbe surmontée d’une couche de diatomite. Le dépôt avait été perturbé par diverses installations au XIXe s. ; sa limite, subsistant au nord et au nord-est, était constituée par un simple petit empierrement. L’absence de bâtiment et de captage conduit à voir là le témoignage d’un culte de l’eau en plein air, que la céramique et les monnaies associées aux ex-voto permettent de situer au Ier s. ap. J.-C., entre les règnes d’Auguste et de Néron. Avec ses 10 000 pièces ou fragments, correspondant aux restes de quelque 3 500 ex-voto, c’est le dépôt le plus abondant jamais découvert en Gaule, vestige d’un important sanctuaire de pleine nature.


          Annexe 1 : La conservation des ex-voto

Pour être conservés durablement, les bois qui nous sont parvenus gorgés d’eau ont dû être traités : après des essais par les méthodes de l’alun et de l’alcool / éther / résine, le traitement des plus belles pièces a été effectué à Clermont-Ferrand par imprégnation d’Arigal C ou de Lyofix, puis à Grenoble par lyophilisation après consolidation au polyéthylène-glycol.


2 Le petit mobilier

Quelques autres offrandes étaient mêlées aux ex-voto de bois : une tablette de défixion en plomb mentionnant le nom du dieu Maponos (une des plus longues inscriptions en langue gauloise connues), une soixantaine de monnaies (13 gauloises, 35 romaines, dont 20 de Nîmes au crocodile et au palmier), de la céramique (principalement des coupelles carénées peintes), cinq fibules, de petits objets en métal, pierre, verre, argile, vannerie, et des restes de fruits (noix, noisettes, cerises, pêches, pépins de raisin).


3 Les ex-voto : thèmes et types

La plupart des ex-voto sont des sculptures anthropomorphes :

– personnages entiers habillés, debout sur un socle (exception faite d’un cavalier, de deux femmes assises, et de trois emmaillotés), ou statuettes rudimentaires sans indication de vêtement ;

– bustes et têtes, avec souvent l’amorce des épaules et parfois l’indication de l’encolure, ainsi que trois exemplaires de têtes superposées ;

– parties inférieures de corps comprenant le bassin et les jambes, généralement posées sur un socle ;

– bras, mains, jambes et pieds découpés en silhouettes ou sculptés en ronde bosse ;

– représentations d’organes internes et externes (planches anatomiques, seins, yeux). Une petite série s’apparentant au règne animal comprend une quinzaine d’objets : chevaux, jambes de chevaux, et patte de bovidé. Près d’un millier de fines plaquettes rectangulaires, vraisemblablement peintes ou inscrites à l’origine, complètent le dépôt. Tous ces thèmes sont connus aussi bien dans le monde gréco-romain qu’à l’époque moderne. Les rapprochements effectués montrent qu’à Chamalières l’éventail de thèmes était très large, et qu’il y avait un fort pourcentage d’ex-voto de guérison – de jambes notamment –, et de plaquettes. Les types varient surtout en fonction de l’essence utilisée, ce que confirme l’étude technique et stylistique.


          Annexe 2 :  Le costume et la coiffure

Le costume masculin était généralement constitué par la cape indigène, beaucoup plus rarement par le manteau agrafé sur l’épaule au-dessus d’une tunique, ou par une simple tunique ; un seul chapeau est représenté. La majorité des femmes portaient un manteau qui pouvait être drapé de différentes façons sur leur tunique longue et quelques-unes la pèlerine ; le corsage apparaît rarement, un voile couvre parfois les cheveux ; un torque et une fibule sont figurés sur le même buste. Quelques vêtements longs ne sont pas identifiables ; trois semblent être le maillot des enfants. Les hommes sont le plus souvent coiffés de godrons rigides et symétriques, plus rarement de cheveux lisses dessinant une frange et tombant en pointe sur la nuque, dont on peut se demander s’il ne s’agit pas de la même coiffure traitée dans deux styles différents. Les femmes ont d’ordinaire les cheveux longs, souvent séparés en bandeaux par une raie médiane, pouvant former un ou deux pans sur les épaules, parfois surmontés d’une auréole, exceptionnellement d’une coque.


          Annexe 3 : Les offrandes

Un tiers des personnages sont représentés avec des attributs : objets ronds, rectangulaires, épis, pommes de pin, bourses, grappes de raisin, sac et oiseau, en ordre de fréquence décroissant. Un quart des bras présentent une offrande ronde,

deux bras en portent deux. Ces attributs relèvent tous du symbolisme religieux gréco-romain habituel et ne nous renseignent pas de façon certaine sur la nature de la divinité honorée.


4 Les ex-voto : technique et style

L’inventaire des sculptures sur bois antiques montre qu’elles sont extrêmement rares en Grèce et en Italie, comme en Europe en général, même si les textes nous renseignent sur les essences utilisées et si des outils ont été trouvés en fouille ou reproduits sur les monuments lapidaires.

A Chamalières les sculptures sont très majoritairement en hêtre, beaucoup plus rarement en chêne, exceptionnellement dans d’autres essences ; les tablettes, généralement en chêne, sont parfois en frêne ou en résineux. Le mode de débitage varie selon les essences, mais le plus caractéristique est celui qui se pratiquait habituellement sur le hêtre : les rondins, après avoir été refendus en parts à section grossièrement triangulaire étaient ensuite retouchés en forme de goutte d’eau. Les outils utilisés pour le dégagement des volumes et le dessin du détail (plane, herminette, ciseau, couteau, gouge, burin) n’ont laissé que peu de traces, en raison du polissage très répandu. De rares vestiges de peinture laissent supposer que la collection était peinte.

On peut distinguer trois styles de sculpture, correspondant aux essences utilisées, qui reflètent l’existence de trois ateliers locaux ou de trois groupes de sculpteurs à l’intérieur d’un même atelier.

Le plus répandu est celui de la statuaire de hêtre, que l’on peut qualifier de « style de Chamalières ». Sa qualité résulte d’un accord parfait entre la technique de sculpture sur bois et les principes de la stylisation indigène, que l’on peut noter aussi bien dans le traitement de la tête, que dans la construction du corps, l’anatomie, le drapé des vêtements. Mais cet art paraît aussi avoir été influencé par celui des ex-voto italiques, au moins pour les bustes. Les sculptures de chêne sont celles dont le style offre le plus de parenté avec celui des autres ex-voto gallo-romains en bois, particulièrement ceux des sources de la Seine. Elles sont plus variées que celles de hêtre, aussi bien dans la technique que dans l’inspiration. Les sculptures rudimentaires en bois de qualité inférieure, souvent taillées dans des branches, sont exemptes de tout élément classique contrairement aux ex-voto de chêne et généralement moins soignées que les sculptures de hêtre : si quelques-unes peuvent être considérées comme la survivance des premières manifestations de l’art celtique, la plupart sont les productions bon marché d’un art de sanctuaire.


Conclusion

Le dépôt de Chamalières se signale par la quantité d’ex-voto mis au jour, leur étonnante conservation, la diversité des thèmes et des types représentés, la qualité des sculptures, et la date de leur enfouissement au commencement de notre ère. Ces ex-voto s’inscrivent dans un contexte de piété populaire commun au monde classique et témoignent de l’existence d’un courant d’échanges entre les sanctuaires de Gaule. Les modèles ont évolué à Chamalières, transformés par la technique de la sculpture sur bois, et mêlant influences stylistiques locales et italiques.

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