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dAf 80


CLAUDE Sandrine

Le château de Gréoux-les-Bains (Alpes-de-Haute-Provence).

Une résidence seigneuriale du Moyen Âge à l'Époque moderne

Établi au cœur de la Provence, sur un site dont les eaux thermales furent exploitées dès l'époque gallo-romaine, le château de Gréoux-les-Bains domine de sa puissante silhouette un village qui conserve, dans son parcellaire et son architecture, les traces de son évolution au cours du Moyen ge et de l'Époque moderne. Sandrine Claude tente ici, par une analyse conjointe des sources d'archives, des données ponctuelles de fouilles et des vestiges monumentaux - avec une approche systématique relevant de l'archéologie du bâti -, de répondre à la problématique posée par les origines et les ambitions qui ont présidé à la réalisation d'un château démesuré par rapport à son contexte géographique et humain. Ainsi sont retracées l'histoire - jusqu'à présent méconnue - du château, replacé dans son environnement peuplé, celle de ses commanditaires et de ses propriétaires successifs, ainsi que l'évolution architecturale de l'édifice.

Résumé court

Résumé long

Malgré un regain d’intérêt prononcé, depuis quelques années, pour l’étude de l’architecture castrale en Provence, le château de Gréoux-les-Bains demeurait mal connu. Son étude, intégrée à une analyse de l’environnement habité depuis l’Antiquité, a été servie par une documentation de terrain et d’archives tout à fait considérable pour un site rural en région provençale.


1 Le cadre géographique et humain

L’ancienneté de l’occupation de ce terroir, au riche potentiel naturel, a été reconnue à travers les témoins diffus des périodes pré- et protohistoriques. L’établissement, dès l’Antiquité, d’une petite agglomération fréquentée par l’aristocratie romaine est bien attesté en vallée, à proximité d’une source thermale.

Méconnu aux siècles suivants, le paysage construit ne redevient perceptible qu’au milieu du Moyen Âge, période durant laquelle s’affirment deux pôles d’occupation : d’une part, le site antique avec la paroisse Saint-Pierre et un cimetière (XIIe-XIIIe s.) et, d’autre part, le château établi sur une hauteur avancée du plateau de Valensole, dans la dépendance duquel s’est regroupé l’habitat. Celui-ci a été doté d’une église paroissiale au XIIIe s. et a été enserré dans deux enceintes successives qui en marquent les extensions aux XIIIe et XVIe s.


2 Le château : données architecturales

Édifié sur une position dominante, le château et sa basse-cour sont isolés du village par une enceinte. Cet espace fortifié a connu, à différentes époques, des modifications qui ont contribué, notamment au XVIe s., à renforcer ses qualités défensives, puis l’ont transformé en un lieu à vocation plus utilitaire et d’agrément.

Dans l’enceinte, s’élève la demeure seigneuriale, vaste parallélépipède organisé autour de l’espace de la cour intérieure. Une lecture globale de l’architecture permet de définir les grandes phases d’édification, dont la plus importante est celle qui, au XIVe s., a vu la structuration de l’édifice sur cour. L’examen des techniques de construction et l’analyse des documents d’archives contribuent à préciser cette chronologie, tout en révélant la présence de structures aujourd’hui disparues.

L’entrée principale de la demeure seigneuriale, un porche voûté surmonté d’une salle de herse, a été établie dans le corps de bâtiment septentrional. Au XIVe s., les pièces se répartissaient sur deux niveaux qui ont été  subdivisés à l’Époque moderne.

Marquant la silhouette de l’édifice, le volume de plan carré en demi hors œuvre de la tour nord-ouest se développe sur trois niveaux couronnés par une terrasse. Peu modifiée dans sa structure, cette tour – référence est ici faite aux donjons de pierre – n’a reçu que tardivement des aménagements qui ont surtout concerné le système de communication à ses différents niveaux.

Contemporaine de la tour nord-ouest et du corps de bâtiment nord, l’aile occidentale apparaît postérieure à l’aile méridionale. Ses dispositions assez simples, considérablement oblitérées par les travaux modernes et contemporains, restent en partie restituables.

Édifié en 1625, à l’angle des corps de bâtiment ouest et sud, l’ensemble sud-ouest occupe une surface demeurée curieusement non construite jusqu’à cette date. Il comprend, au premier niveau, deux espaces exigus oblongs voûtés, et, au second, une terrasse crénelée.

C’est dans le corps de bâtiment méridional du château qu’ont été retrouvées les plus anciennes élévations correspondant à une église du XIIe s., à la fois tournée vers le bourg et associée, au nord, à un premier complexe castral. La campagne de reconstruction du XIVe s. l’a intégrée au corps de bâtiment sud. Cette aile a alors été structurée sur trois niveaux  qui ont été modifiés à l’Époque moderne.

Également compris dans le programme de construction du XIVe s., le corps de bâtiment oriental était dévolu, dans ses parties basses, aux communs. Comme l’aile sud, son volume intérieur a subi d’importants réaménagements qui ont subdivisé les grandes salles médiévales en espaces plus petits.

La tour nord-est a été édifiée dans la seconde moitié du XVIe s. pour appuyer les défenses du château, mais elle fut transformée en pigeonnier dès le début du XVIIe s.

L’espace central de la cour intérieure, abritant une citerne, assurait la distribution de la demeure. Dans la première moitié du XVe s., un ensemble monumental, composé de deux niveaux superposés de galeries planchéiées, a été aménagé le long des quatre façades sur cour. On accédait à ces galeries par un escalier de pierre établi dans l’angle sud-est.


3 Le château : analyse générale et contexte architectural

Cinq grandes phases ont jalonné l’histoire architecturale du château, entre le XIIe s. et l’époque contemporaine. Le souvenir de la première est gardé par l’église de l’aile sud et par les témoins archéologiques d’une occupation résidentielle durant le XIIIe s. ; les phases suivantes ont été marquées par la reconstruction du château au XIVe s., par l’aménagement de la cour au XVe s. et, à partir du XVIe s., par les renforcements militaires et les aménagements intérieurs. Enfin, après la Révolution, le château a été laissé à l’abandon et a souffert de nombreuses déprédations.

Seule une identification globale des fonctions des différentes parties du château peut être proposée. Elle met particulièrement en lumière la charge symbolique très forte des galeries, du grand escalier et de la tour nord-ouest.

Issu de la diffusion des innovations de l’architecture gothique dans les régions méridionales au XIIIe s., le château seigneurial de Gréoux reste atypique, en Provence, par la régularité et surtout par l’ampleur de son programme. Sa filiation architecturale avec les grandes résidences urbaines est très marquée.


4 Histoire de la seigneurie, du château et du bourg

Les premiers témoignages d’une organisation du terroir remontent au début du XIe s. La présence de templiers à Gréoux étant définitivement jugée fantaisiste, il est possible que la seigneurie ait alors fait partie des alleux des Pontevès, et qu’elle ait été, avant le milieu du XIIIe s., une possession d’un seigneur proche des Castellane.

Perceptible dès le XIIe s., le phénomène de regroupement et de perchement de l’habitat a connu, à cette époque, une phase non fortifiée. Ce n’est qu’au XIIIe s. que l’incastellamento est effectif, avec la construction d’un rempart et d’une nouvelle église paroissiale.

À partir de la chronologie établie pour le château, trois seigneurs sont susceptibles d’avoir commandé sa construction au XIVe s. : le comte de Provence, les Hospitaliers et, plus probablement, Arnaud de Trian, après 1324. Le site villageois était déjà organisé, doté d’une population assez importante et d’un terroir avantageux, peu éloigné de la basse Provence.

Les descendants d’Arnaud de Trian tinrent la seigneurie jusqu’en 1379, puis elle passa aux mains des Glandevès, des Clapiers, des Audiffret et des Albertas. Ces familles ont, successivement, complété ou adapté les dispositions de la demeure médiévale et ont fait évoluer les confins du domaine qui ont été fixés vers le milieu du XVIIe s. Peu marqués par les conflits entre catholiques et protestants de la fin du XVIe s., les seigneurs de Gréoux ont, en revanche, connu des heurts avec la communauté villageoise à l’Époque moderne.

Après la Révolution, le principal et dernier occupant du château fut un certain Arnoux Guibert. Classé en 1840, le château n’a été soustrait aux pillages que récemment, par un programme de restauration réalisé sous l’égide des Monuments historiques.

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