dAf 78
JULIEN Michèle et RIEU Jean-Luc
Occupations du Paléolithique supérieur dans le sud-est du Bassin parisien
Lors de la construction de l'autoroute A5, trois sites du Paléolithique supérieur ont été mis au jour entre Melun et Troyes.
Celui de Marolles-sur-Seine (Seine-et-Marne) est attribué au Magdalénien et apparenté aux sites contemporains du Bassin parisien. D'excellentes conditions de conservation et d'enregistrement des vestiges de toute nature (silex, faune, pierres chauffées) ont permis une approche palethnologique de ce site de chasse de chevaux rarement atteinte dans une recherche en archéologie préventive. L'analyse technologique du matériel lithique aurignacien de Lailly (Yonne) et périgordien (?) de Fontvannes (Aube) a mis en évidence les chaînes opératoires de production de lames, éclats et lamelles. Ces deux gisements confèrent à la petite vallée de
Comme suite à la publication des sites du Paléolithique moyen du Sénonais (DAF n° 47), cet ouvrage renouvelle l'approche de
Résumé court
Résumé long
Première partie - Les occupations magdaléniennes de Marolles-sur-Seine/Le Grand Canton (Seine-et-Marne)
1 Cadre d’étude
Le gisement de Marolles-sur-Seine/Le Grand Canton se trouve dans l’interfluve de
2 La découverte et la fouille
Découvert lors d’une opération de diagnostic approfondi, le gisement a été fouillé en plusieurs phases sur une surface totale d’environ 1 000 m2. Sur les 3 secteurs dégagés, seul le secteur 2 semble correspondre à une zone d’habitat : les dépôts sont constitués de nombreux foyers, associés à du matériel lithique, de très nombreux restes de faune et de vastes zones de dépotoirs.
3 Approches chronostratigraphique et paléoenvironnementale
Les analyses géologiques, stratigraphiques et micromorphologiques indiquent que les Magdaléniens se sont établis dans des sables et limons brun-jaune nappant des dépôts alluviaux grossiers déjà façonnés en buttes et dépressions. L’ensemble repose sur des injections du substrat crayeux remontées par d’intenses phénomènes de géliturbation et il se situe au-dessous de 40 cm de limons bruns du début de l’Holocène. La mise en évidence d’apports mélangés dans les cortèges de pollens et la pauvreté en mollusques fossiles ne favorisent pas un calage chronologique précis des occupations. Les datations
4 Le terroir et ses ressources
L’intérêt du terroir réside dans sa diversité compte tenu de sa position de carrefour géographique. L’essentiel des ressources en silex et en roches (grès et roches éruptives) provient des nappes alluviales déposées par l’Yonne. Les quelques loges de nautile rapportées peuvent provenir des formations crétacées proches ou avoir été charriées avec les alluvions de
5 La chasse et le traitement des animaux
Avec 5 500 restes déterminés, la faune du secteur 2 de Marolles/Le Grand Canton constitue la série la plus importante du Magdalénien régional. Le cheval y domine avec plus de 95 % du NRD, suivi par le renne (4,4 %). Trois restes de loup, un de boviné et une molaire de mammouth complètent l’éventail faunique. Aucune donnée de saison ne peut être tirée de l’âge des animaux abattus : les quelques rennes sont des adultes de 7-9 ans et des jeunes de 2e année, la majorité des chevaux correspond à une population de 5-8 ans. En dehors de conditions de conservation, le faible taux de jeunes est corrélé à celui des subadultes (2-5 ans). Le profil général des animaux tués pourrait témoigner d’une chasse à l’approche de petits groupes isolés au cours d’épisodes de chasse successifs. D’après les éléments du squelette, les chevaux étaient tués à proximité du site où ils étaient rapportés pour un traitement boucher. Le faible taux de côtes et de vertèbres suggère soit une conservation différentielle, soit un emport vers d’autres lieux.
6 L’industrie lithique
L’étude techno-typologique a porté sur l’ensemble du matériel lithique des secteurs 1 et 2, soit environ 25 000 produits de débitage, dont 1 045 outils, correspondant à un poids total de 360 kg. La matière première est locale avec un petit lot de pièces allochtones. Les objectifs du débitage sont essentiellement la production de lames et de lamelles, plus rarement d’éclats. Les lames ont été produites selon des méthodes classiques pour la région sur des blocs allongés aux formes régulières. La production des lamelles est plus diversifiée : elle résulte de la taille de petits blocs ou des plaquettes de qualité médiocre, de celle de produits débités ou d’éclats de gel naturels, enfin de nucléus à lame en fin d’exploitation. L’outillage est représenté dans 83 % des cas par des outils de transformation (burins, grattoirs, becs, perçoirs et microperçoirs, pièces tronquées, outils composites) et, dans 17 % des cas, par des armatures de pointes de trait, les unes latérales (lamelles à dos de 2 modules, l’un étroit et fin à retouche directe, l’autre plus large et plus épais à retouche directe ou croisée), les autres, plus rares, axiales (quelques pointes à dos anguleux ou courbe).
7 Les témoins de combustion
L’ensemble de la surface dégagée a livré 1 300 kg de pierres chauffées, 60% d’entre elles étant isolées ou rassemblées dans des dépotoirs. Les cendres et charbons de bois étant rarement conservés, les 12 foyers individualisés n’ont été repérés qu’en fonction de concentrations circulaires de pierres plus ou moins importantes. La structure de combustion n°1, qui comportait 74 kg de pierres agencées dans deux dépressions adjacentes, a paru suffisamment structurée pour entreprendre une analyse fonctionnelle. Plusieurs méthodes ont été mises en œuvre : étude minéralogique, analyse des roches au MEB, étude de leurs thermoaltérations (distribution des oxydations, fragmentation), reconstitution de l’histoire de la structure par l’analyse des remontages, étude des substances organiques associées aux sédiments, etc. Il apparaît que, dans son état final, cette structure n’a pas servi de lieu de combustion mais que des pierres chaudes ont pu être apportées pour dessécher la viande à la chaleur afin de la conserver, à moins que l’ensemble n’ait constitué une cache de nourriture.
8 Analyse de la répartition spatiale
Si la dilatation des sols et la répartition régulière des vestiges sur une grande partie du site suggèrent un remaniement partiel des dépôts, les témoins lithiques et osseux dans le secteur 2 semblent encore s’organiser en fonction des foyers. Une analyse spatiale détaillée, fondée sur la densité de chaque catégorie technologique de témoins, a été conduite dans une zone où 3 foyers étaient associés topographiquement sur une surface de 70 m2. Des postes de débitage et une répartition différentielle des outils ou des restes osseux ont été mis en évidence selon les foyers ainsi qu’une zone de rejet de déchets dans un dépotoir mitoyen. Ces données permettent de conclure à une complémentarité fonctionnelle des unités centrées sur les foyers.
Conclusion générale
Le site témoigne du retour répété, dans l’interfluve, de petits groupes de chasseurs, venus chasser à l’affût des chevaux et quelques rennes isolés. Le gibier était ensuite apporté au campement où il était débité et traité, une partie étant probablement emportée, après séchage, en d’autres lieux. La densité et l’étendue du gisement de Marolles/Le Grand Canton peuvent être expliquées par son mode de constitution. Dans une zone où la sédimentation était faible, les installations successives ne pouvaient se superposer, sinon très partiellement, et elles se sont étalées au cours du temps sur une vaste superficie.
Deuxième partie - Le Paléolithique supérieur de la vallée de
1 Cadre d’étude
La vallée de
2 Le gisement de Lailly/Le Domaine de Beauregard (Yonne)
Découvert lors de la fouille d’un ensemble moustérien, ce niveau du Paléolithique supérieur, situé au sommet d’un ensemble de limons jaunes du Pléniglaciaire inférieur ou moyen et à 10 cm au-dessous d’un sol brun holocène, a livré trois foyers associés à de l’industrie lithique en silex local (660 éléments). En dépit du faible nombre d’outils (20), la mise en évidence d’une lamelle Dufour et la présence d’un burin apparenté au type des Vachons, et des burins et grattoirs carénés considérés comme des nucléus à lamelles, suggèrent mieux que toute autre hypothèse une attribution à l’Aurignacien. Les activités liées au silex s’organisent autour des foyers, constitués de groupements de blocs de grès sans cuvette apparente. Au-delà d’un débitage sur place et d’une utilisation immédiate des produits (grattoirs, burins, lames brutes), des absences dans les remontages de nucléus indiquent l’emport, pour un usage différé, de lames et surtout de lamelles. La faible densité des dépôts autour de chaque foyer semble plus témoigner de haltes destinées à reconstituer une partie de l’équipement que de véritables campements.
3 Le gisement de Fontvannes/Le Bas du Fort Miroir (Aube)
Repéré en surface, puis sondé par tranchées à la pelle mécanique, ce gisement, situé sur le versant dans des limons argileux brun-rouge, a été découvert à environ 50 cm de profondeur. La fouille a mis au jour quelques pièces éparses du Paléolithique moyen, deux structures protohistoriques et surtout de l’industrie lithique attribuée au Paléolithique supérieur. Sur les 5 zones individualisées, seule la zone 1 avait conservé une structuration lisible, les autres présentant des remaniements. L’étude technologique a porté sur l’ensemble du matériel lithique en silex local (2 870 éléments). Les nucléus révèlent trois types de production : laminaire, lamellaire et à éclats. Le nombre des outils est faible (20) : en dehors de 5 lamelles à dos, la facture générale des grattoirs, burins et lames retouchées est fruste et montre un choix peu sélectif de la qualité des supports. Le seul trait particulier de cette industrie consiste en une abrasion très poussée de l’arête d’une quinzaine de lames à crête et produits laminaires. En dépit de différences, certaines analogies techniques pourraient rapprocher cette industrie soit du Gravettien, soit du Belloisien.