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dAf 75


FRITZ Carole

La gravure dans l'art mobilier magdalénien

Du geste à la représentation

Dans cet ouvrage issu de sa thèse de doctorat, Carole Fritz présente la contribution remarquable que constitue l'observation au microscope électronique à balayage (MEB) pour l'étude de la gravure dans l'art mobilier magdalénien, démarche scientifique originale et rigoureuse ouvrant sur des voies de recherche particulièrement prometteuses.

 L'analyse méthodique d'un corpus d'une soixantaine d'objets en os et bois de cervidés, issus de huit gisements du Magdalénien moyen et supérieur répartis entre les Pyrénées, la Gironde et la Dordogne, étayée par une iconographie inédite et très exceptionnelle, conduit l'auteur à proposer de nouvelles réflexions sur la gestuelle de l'artiste magdalénien, sur les processus opératoires correspondant à des schémas mentaux et à des pratiques collectives, sur les modalités d'acquisition et de transmission des savoir-faire et, in fine, sur l'existence d'un phénomène artistique réfléchi au sein des sociétés de cette époque.

Résumé court

Résumé long

Chapitre 1 : L’art paléolithique et le rôle historique des études techniques

Comprendre le processus de création, c’est-à-dire l’aboutissement de la rencontre d’un artiste et de son savoir face à la matière, est un sujet qui a engendré d’innombrables recherches et il en est ainsi, notamment, pour l’art mobilier paléolithique. Si les premières études sur l’art de cette période remontent à la fin du XIXe s., ce n’est qu’au début de ce siècle que les techniques de l’art mobilier ont été prises en considération, débouchant sur la notion de tendances stylistiques transculturelles. L’histoire de ces recherches est évoquée dans ce chapitre qui présente également un panorama des études les plus récentes menées sur le sujet et notamment l’importance de l’expérimentation confrontée aux apports de l’observation microscopique.


Chapitre 2 : Méthode et expérimentation

C’est une première approche des objets archéologiques qui a permis de soulever des questions sur la genèse des gravures. Pour tenter de répondre à ces interrogations, est posée comme hypothèse de travail la possibilité de reproduire les tracés paléolithiques par le biais de l’expérimentation. C’est également grâce aux observations à fort grossissement et donc au microscope électronique à balayage (MEB) que l’on peut proposer une interprétation dynamique des gestes exécutés.

Avant d’entreprendre toute expérimentation, une étude de la structure des matériaux est conduite afin de mieux comprendre les interactions mécaniques entre les surfaces osseuses et les outils de silex ; l’interprétation des faits rencontrés devient alors plus aisée.

Les expérimentations se sont déroulées sur des échantillons actuels de matière osseuse représentatifs de la diversité des supports de l’art mobilier paléolithique (os d’oiseau, bœuf, bois de renne…). Exécuté dans des conditions connues et contrôlées, ce travail a abouti à la création d’un corpus de stigmates microscopiques constituant une banque de données pour l’étude des œuvres originales. Le champ d’analyse s’étend alors à toute microtrace produite par l’outil dans la matière.

La confrontation des données expérimentales et des observations microscopiques fait apparaître le trait gravé comme une succession d’événements engendrés par l’outil et fidèlement enregistrés à la surface des supports. Grâce à un lexique spécifique, il est alors possible de caractériser les phénomènes rencontrés depuis le premier impact de l’outil jusqu’au dernier geste du graveur.


Chapitre 3 : Présentation du corpus

Le corpus d’analyse est principalement issu de la culture magdalénienne (phases moyenne et supérieure) car elle offre de multiples facettes au chercheur et une diversité de pièces qui autorise des choix d’ordre qualitatif et quantitatif. Les sites exploités dans ce travail sont représentatifs du grand Sud-Ouest de la France. Leur répartition géographique reproduit les limites de l’expansion magdalénienne classique du versant français : de la Dordogne (Laugerie-Basse) à la Gironde (abri Morin et Fontarnaud), aux Pyrénées-Atlantiques (Arancou) et ariégeoises (Enlène, Le Mas-d’Azil).

L’échantillon réuni illustre aussi la diversité morphologique des supports de l’art mobilier, du fragment de côte à l’os d’oiseau, de l’os hyoïde aux lames osseuses miniatures. La thématique regroupe de nombreuses espèces (renne, cheval, bison, biche, cerf, poisson, oiseaux…) et animaux indéterminés ; sans oublier les signes géométriques simples et complexes. Au total, 60 objets sont analysés. Pour chacun, les données sont rassemblées sous forme d’une description normalisée.

Chaque figure (animale ou abstraite) est décomposée en tracés lors de l’observation au MEB. Pendant ces examens, tous les segments sont photographiés. Les micrographies constituent la référence iconographique sur des données techniques, concernant par exemple les différentes catégories de stigmates gestuels ou les superpositions de traits. Ces images fournissent plus qu’une illustration, elles forment l’un des piliers de l’argumentation développée dans la synthèse.

Chaque fois que cela a paru utile et matériellement possible (en fonction des dimensions de l’objet, c’est-à-dire dans vingt-six cas), les clichés isolés ont été rassemblés en montages offrant ainsi une vue plus large de la surface analysée et de la dynamique gestuelle.


Chapitre 4 : Les analyses microscopiques

L’ensemble des résultats décrits dans le chapitre s’appuie sur un premier niveau de confrontation des observations microscopiques qui fait ressortir des généralités. Ainsi, l’analyse des figures animales montre qu’il existe un schéma dans la construction formelle fondé sur deux concepts complémentaires : le contour qui limite la figure et les attributs internes qui la précisent. Ces éléments graphiques sont segmentés et mis en place selon un processus partagé par l’ensemble des groupes magdaléniens du Sud-Ouest de la France. Le contour est placé en premier lieu, de la tête vers l’arrière train, tandis que les attributs internes sont incisés en commençant par les organes sensoriels et en poursuivant par les indications de pelage. On remarque des différences de traitement entre ces deux catégories : les premiers sont toujours plus profondément gravés ; le statut complémentaire des seconds conduit à l’exécution d’incisions superficielles et moins lisibles.

Ces observations sont également applicables aux décors géométriques en fonction de leur position à la fois sur le support et sur l’animal : ils sont traités comme attributs internes s’ils sont superposés ou intégrés aux animaux, et comme contours autonomes lorsqu’ils sont placés à l’extérieur des silhouettes.

Dans le domaine technique, on n’observe aucune distinction entre décor figuratif et géométrique ; ils sont traités et doivent donc être considérés en termes équivalents.

En accord avec le contexte archéologique de découverte, l’analyse particulière des contours découpés de Labastide a permis de déduire que les dix-huit têtes d’isards furent produites « en série », c’est-à-dire dans une même unité de temps et de lieu. Au contraire, les spécimens provenant du Mas-d’Azil montrent des mains différentes mais le recours à des conventions plus largement répandues dans la culture magdalénienne.


Chapitre 5 : La contribution des analyses microscopiques : présentation des résultats

Ce chapitre propose de modéliser les processus mis en œuvre dans la réalisation d’un objet d’art mobilier, en tentant de reconstituer un contexte social autour de cette activité, grâce à la notion de « chaîne opératoire » de la gravure sur os. Il est ainsi possible de décomposer les gestes des graveurs et de repérer leurs « moments de décision », depuis la préparation du support jusqu’à l’exécution de la gravure définitive.


Chapitre 6 : Système technique de l’art mobilier

L’enchaînement efficace des différentes phases de réalisation d’objets faisant partie de l’art mobilier induit également l’acquis préalable de connaissances empiriques et plus spécialisées, certaines connues du groupe et d’autres plus spécialement des individus dépositaires de la production artistique. Est donc formulée l’hypothèse qu’il existait au sein des sociétés magdaléniennes, une (ou des) forme(s) d’apprentissage technique et artistique, et qu’il était nécessaire de les acquérir avant toute réalisation concrète.

C’est vers la caractérisation de ces apprentissages qu’est orientée la seconde partie de ce chapitre.


Chapitre 7 : Conclusions et perspectives

Les résultats et constatations obtenus par cette étude, qui demeure à élargir à un plus vaste corpus d’objets d’art mobilier, permettent d’aborder la question de la transmission du savoir technique et artistique dans la société magdalénienne. Ils permettent également d’ouvrir ces premières conclusions à la notion de « style » à l’échelle des foyers d’art régionaux et à la question de la diffusion des œuvres porteuses d’une part fondamentale de la culture magdalénienne.

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