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dAf 73


VAN OSSEL Paul

Les jardins du Carrousel (Paris).

De la campagne à la ville : la formation d'un espace urbain

Au coeur de Paris, le projet du Grand Louvre suscita des fouilles urbaines d'une ampleur exceptionnelle. Tant par la nature des découvertes que par la maîtrise des stratégies de recherche, cette opération archéologique fut un modèle du genre. Voici la synthèse des études menées sur ce site prestigieux où s'accumulèrent, au fil de l'évolution d'un espace rural puis urbain, les traces laissées par l'homme de la Préhistoire au XIXe s. Aux fosses et mobiliers des agriculteurs du Néolithique et de la Protohistoire succèdent une carrière de limon puis le parcellaire d'un suburbium de Lutèce, encore présent au ixe s. Un manoir du XIVe s., orné de peintures murales, précède l'emprise de la ville sur ce secteur par l'enceinte de Charles V et le faubourg attenant, tandis que les tuileries restent actives durant trois siècles. Au XVIe s., le site est bouleversé par la construction du château des Tuileries et du jardin Neuf.

L'interprétation des multiples vestiges, étayée par les études paléoenvironnementales et les documents d'archives, fournit des données neuves, voire inattendues, sur l'utilisation des sols avant l'urbanisation, la condition des habitants, la destinée d'édifices célèbres. Ainsi ce livre nous conte une histoire, « celle d'un petit coin de Paris », haut lieu de l'Histoire de France.

Résumé court

Résumé long

Introduction

Les fouilles conduites à l'emplacement des jardins du Carrousel en 1989 et 1990 ont permis d'explorer plus de 3 ha au cœur de Paris. Constituant la dernière étape de l'opération archéologique du Grand Louvre, après la Cour carrée et la cour Napoléon, ces fouilles ont amené la découverte de vestiges s'échelonnant du Néolithique jusqu'au XIXe s.

 

Partie I - Le Carrousel avant Paris

1. le site ancien: pédologie et environnement

L'étude pédologique des faciès limoneux du site constitue une condition pour la compréhension des vestiges. L'examen macro morphologique du sol et sa variabilité sur le site ont été confrontés aux observations micromorphologiques et aux résultats des analyses physicochimiques. L'ensemble des informations permet de proposer une restitution du paysage pédologique et topographique avant l'installation humaine, d'évaluer la valeur agricole du sol et de caractériser l'anthropisation progressive du site jusqu'aux transformations radicales de la fin du XVIe s. L'existence d'un bourrelet alluvial en bordure du fleuve a joué un rôle déterminant dans l'occupation du secteur.

 

2. les occupations pré- et protohistoriques

Les plus anciens témoins découverts appartiennent au Néolithique (culture de Cerny). Aucune structure d'habitat n'a été mise en évidence, mais les quelques fosses contenant du torchis brûlé et un mobilier lithique et céramique abondant attestent la présence d'un habitat proche. L'occupation protohistorique, mieux définie, est matérialisée par des structures en bois, des fosses et plusieurs silos (certains riches en matériel), datant de l'âge du Bronze final et de La Tène ancienne. Dès cette époque, les données environnementales et archéologiques suggèrent une anthropisation marquée du paysage accompagnée d'une mise en culture.

 

3. L'occupation gallo-romaine et du haut Moyen Âge

À la fin de l'âge du Fer, un petit enclos quadrangulaire est implanté sur le bourrelet alluvial. Son existence paraît avoir été brève. Dès le début du Ier s. de notre ère, une carrière d'extraction de limon est ouverte et s'étend progressivement sur plus de 4 ha, couvrant aussi la cour Napoléon. Son étude a mis en évidence les modalités de son exploitation. Au IVe s., les terrains sont rendus à la culture. Un parcellaire associé à un petit habitat marque ce changement d'utilisation du site. L'habitat comprend deux bâtiments et quelques aménagements sur poteaux de bois. Son abandon peut être situé après le début du ve s. Dans la cour Napoléon, de nombreux indices suggèrent l'existence d'un habitat similaire, dont l'occupation se prolonge durant le haut Moyen Âge. Le réseau parcellaire est matérialisé par des fossés secs. La juxtaposition de plusieurs tracés et les multiples recreusements suggèrent une longue utilisation du système, ce que confirme l'étude de la faune et du mobilier archéologique. L'absence de témoins postérieurs au IXe s. suggère alors l'abandon du parcellaire.

 

4. Le Moyen Âge avant la ville : un manoir périurbain du XIVe s.

avec la collaboration de M.-CL. LÉONELLI

Les premières traces d'une occupation médiévale du site apparaissent au XIXe s. À cette époque appartiennent les restes d'un bâtiment résidentiel, arasé vers 1360 pour faire place à la nouvelle enceinte urbaine. Son plan présente trois corps de bâtiments disposés autour d'une cour ouverte vers le sud. Malgré les destructions, différents indices témoignent du caractère de ce manoir, situé alors dans la proche banlieue. La découverte la plus spectaculaire est un important ensemble de peintures murales sur plâtre, provenant de l'édifice. La qualité des décors figurés et géométriques, la variété et la vivacité des coloris, les comparaisons qu'ils autorisent avec d'autres ensembles en France et en Italie montrent l'importance du commanditaire, que la présence de motifs héraldiques suggère de rapprocher d'un entourage princier ou royal. La confrontation avec les sources d'archives permet de proposer l'identification de ce manoir avec celui ayant appartenu un temps à Pierre des Essarts.

 

Partie II - Le Carrousel englobé par la ville

5. L'enceinte urbaine et sa place dans l'évolution de l'architecture militaire médiévale

avec une contribution de N. FAUCHERRE

L'enceinte urbaine dite de «Charles V» a été dégagée sur une longueur de près de 200 m. L'ouvrage, large de 90 m, est essentiellement construit en terre. Il comprend à l'origine un rempart de terre et un ou deux (?) fossés en eau, précédés par deux fossés secs et une levée de terre. L'ensemble est transformé une première fois au XVe s.par le remaniement des défenses avancées, puis une seconde fois au XVIe s. par la construction des murs d'escarpe et de contrescarpe et d'une plate-forme de tir, venant flanquer le fossé en eau. L'analyse dendrochronologique des longrines de chêne posées à la base des murs permet de situer leur construction après 1505-1509. L'étude de cet -ouvrage révèle les innovations qui touchent la fortification des villes au début de la guerre de Cent Ans. Les modifications ultérieures et en particulier l'application du système polygonal témoignent du même souci d'adaptation aux progrès de la poliorcétique.

 

6. La croissance d'une ville : création et développement d'un quartier du faubourg Saint- Honoré

La construction de l'enceinte urbaine a entraîné l'émergence d'un nouveau faubourg devant ses murs. Les maisons élevées sur la « voyrie des fossez» appartiennent à un lotissement régulier créé à l'emplacement d'un domaine de l'hôpital des Quinze-Vingts, scindé en deux par l'enceinte. Témoin de (extension de la ville au bas Moyen Âge et de l'urbanisation des faubourgs, ce quartier s'est développé par morcellement au XVe s. Jusqu'au XVIe s., il constitue l'extension maximale de Paris vers l'ouest. Plusieurs parcelles ont été totalement dégagées. Chacune comprend, du moins dans son état final (première moitié du XVIe s.), un habitat ou un atelier sur rue, une cour abritant des dépendances et un jardin à l'arrière, relié à la rue par un étroit passage.

 

7. la croissance d'une ville : les tuileries parisiennes du faubourg Saint-Honoré

B. DUFAŸ

La plus grande partie d'une vaste zone artisanale suburbaine, active du Moyen Âge à la Renaissance, a été fouillée dans la partie sud des actuels jardins du Carrousel. Ce secteur, étroitement spécialisé, était composé de plusieurs tuileries juxtaposées dont on peut suivre l'évolution et les transformations sur la longue durée, au gré du développement et des récessions de la capitale. L'excellent état des vestiges a permis aussi de retracer avec précision la chaîne de fabrication des tuiles, avec toutes les infrastructures correspondantes : trop souvent en effet les fouilles d'ateliers se limitent à celles des fours. En outre, grâce aux archives, la plupart des tuileries ont pu être identifiées.

 

Partie III - Le Carrousel devient palais

8. Le domaine des Tuileries dans la seconde moitié du XVIe s.

avec une contribution de J. GUILLAUME

Durant la seconde moitié du XVIe s., le site subit de profonds changements consécutifs à la construction du château des Tuileries. Plusieurs parcelles du faubourg sont arasées, tandis que le terrain est remblayé pour l'aménagement des jardins. Celui-ci entraîne à son tour la construction d'un haut mur de soutènement prenant appui sur l'ancien mur de contrescarpe. L'apport le plus significatif concerne le château des Tuileries. Le dégagement. des fondations des ailes latérales permet dorénavant. de préciser le plan initial du château, constitué d'une aile principale et de deux corps en retour d'équerre. Ce projet, conçu dans les années 1564-1570 par l'architecte Philibert de l'Orme, ne' fut sans doute jamais mené à son terme, mais l'image grandiose que nous en a donnée J. Androuet du Cerceau en 1579 dans ses Plus Excellents Bastiments de France n'est pas entièrement inventée.

 

9. Les aménagements des Temps modernes et de l'époque contemporaine (XVIIe – XIXe s.)

L'apport des fouilles à la connaissance du quartier aux Temps modernes est moins important. On retiendra surtout la découverte des bâtiments élevés durant la Régence dans la cour des Suisses et abritant des infrastructures domestiques du château des Tuileries. Il n'en subsistait que de maigres restes, isolés les uns des autres, sans relation organique. Leur intérêt tient principalement à leur destinée historique et aux réalités sociales qu'ils permettent de saisir. Ils fournissent aussi trois ensembles clos, bien circonscrits dans le temps et riches en matériel, qui présentent un intérêt évident pour l'étude de la vaisselle du XVIIe s. La mise en évidence des fondations sur poteaux de J'ancienne poste du Louvre, au XIXe s., assure un lien avec l'époque contemporaine.

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