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dAf 72


LAPORTE Luc

L'estuaire de la Charente de la Protohistoire au Moyen Âge

Les études rassemblées ici concernent un même terroir, de l'estuaire de la Charente aux marais saintongeais, milieu inhospitalier en perpétuel mouvement mais aussi zone écologique très riche, qui constitue un champ privilégié pour appréhender les interactions entre populations humaines et environnement naturel. À l'occasion d'un projet autoroutier (A 837 Saintes-Rochefort) ont été fouillés un site littoral et un site de plaine dont les vestiges illustrent la diversité des modes d'occupation du sol et d'exploitation du territoire. À La Challonnière, un atelier de sauniers (IVe-IIIe s. av. J.-C.) dont les activités ont été reconstituées avec précision, puis un habitat du haut Moyen Age et son mobilier céramique typique des ateliers saintongeais ; à Mortantambe, une petite exploitation rurale (IIe-Ier s. av. J.-C.) et les témoins de son économie (agriculture, chasse, pêche, métallurgie...), puis des structures et des sépultures attestant une occupation du VIIIe au Xe s.

Parallèlement a été retracée l'évolution du comblement de l'estuaire grâce à l'analyse pluridisciplinaire de sondages profonds. Ces recherches sont un apport fondamental à l'histoire du peuplement et du paysage de l'arrière-pays rochefortais.

Résumé court

Résumé long

Introduction

L. LAPORTE

Les études rassemblées ici concernent toutes un même terroir, situé entre la vallée de la Charente et le marais de Rochefort, à proximité de l'estuaire de la Charente. Milieu inhospitalier en perpétuel mouvement, mais aussi zone écologique des plus riches et des plus diversifiées, l'estuaire de la Charente et les marais maritimes saintongeais constituent un champ d'étude privilégié pour appréhender les interactions multiples et complexes entre les populations humaines et leur environnement naturel. L'étude de deux sites différemment situés dans le paysage, dont les occupations principales concernent le deuxième âge du Fer et l'époque médiévale, illustrent la diversité des modes d'occupation du sol dans l'exploitation d'un tel territoire. Ces deux chantiers archéologiques, articulés au sein d'une même opération d'archéologie préventive, ont été réalisés à l'occasion d'un projet d'aménagement autoroutier (A 837-Saintes / Rochefort).

 

1. Évolution paléogéographique de l'estuaire de la Charente au cours de l'Holocène

P. CARBONEL, H. DARTEVELLE, J. EVIN, Y. GRUET, L. LAPORTE, L. MARAMBAT, J.-P. TASTET, C. VELLA, O. WEBER

L'étude pluridisciplinaire de quatre sondages profonds a permis de suivre l'évolution du comblement de la vallée de la Charente et de ses affluents les plus directs, à proximité de son estuaire actuel. Ces sondages ont été réalisés dans le marais de Rochefort pour trois d'entre eux et dans la vallée de la Boutonne, près de sa confluence avec la Charente, pour le quatrième. Les grandes étapes du remblaiement se résument à trois phases que l'on retrouvera dans tous les sondages avec quelques variantes liées à leur position respective: tout d'abord une baie largement ouverte aux dynamiques marines sous l'effet de la remontée rapide du niveau de la mer au début de l'Holocène. Au cours de l'Atlantique commence le colmatage des dépressions par les apports fluviaux sous l'influence de la marée. Au cours du Subatlantique on assiste à l'installation d'un marais palustre. Il semble ainsi que les influences marines les plus directes se soient atténuées beaucoup plus précocement que ce qui était généralement admis. Pour les périodes qui nous intéressent ici, il n'est guère concevable que cette partie du marais de Rochefort ait pu constituer un vaste golfe envahi par l'Océan au cours de l'âge du Fer ou au début de l'époque gallo-romaine.

 

2. Un exemple d'implantation littorale (Protohistoire-Moyen Âge): le site de La Challonnière à Tonnay-Charente

H. DARTEVELLE, avec la collaboration d’A. BOCQUET, C. VELLA et la participation de R. BOUR, P. CARBONEL, D. DUFOURNIER, L. FAVRE, Y. GRUET, J.-L. HILLAIRET, L. MARAMBAT, B. POISBLAUD, I. RODET-BELARDI

En bordure de marais littoral, le site de La Challonnière a livré de nombreux vestiges archéologiques datant du Néolithique jusqu'à l'époque médiévale. Quelques indices de site attestent d'une occupation dès l'époque néolithique et à l'âge du Bronze. Au IVe ou au IIIe s. av. J.-C, des sauniers s'établissent dans cette anse abritée, à proximité des lagunes salées sur le schorre et au débouché d'un petit ru continental. Les vestiges de cette activité artisanale se signalent principalement par d'importantes zones de rejet, où de nombreuses particules d'argile cuite se mêlent à la cendre des foyers. Des fosses, des trous de poteaux et peut-être l'emplacement d'un four ont également été repérés. Une partie importante du mobilier technologique a pu être reconstitué archéologiquement, ainsi que les chaînes opératoires dans lesquelles ils sont impliqués. Les pilettes circulaires à extrémité en cupule, les piliers quadrangulaires et les vases cylindriques sont largement représentatifs du faciès saintongeais. Bien que plus d'une centaine de sites de ce type soient de longue date répertoriés sur le pourtour du marais dé Rochefort, il s'agit là du premier exemple de fouille extensive sur un atelier de saunier saintongeais.

Un peu plus tard, divers aménagements ponctuent la lente reconquête de l'homme sur ce milieu maritime, marquée notamment par la présence de fossés parcellaires antérieurs aux XIe-XIIe s. C'est à ce moment que s'établit à La Challonnière un petit habitat, matérialisé par des épandages de matériel, quelques fosses détritiques et des trous de poteaux, malheureusement sans organisation apparente. Leriche mobilier céramique datant de cette période a pu être comparé avec succès, tant du point de vue technologique que typologique, avec la production d'ateliers saintongeais situés dans la plaine de Matha, bien en amont dans la vallée de la Charente.

 

3. Un exemple d'occupation dans la plaine charentaise (fin de l'âge du Fer et Moyen Âge) : le site de Mortantambe à Cabariot

A. TOLEDO I MUR, H. PETITOT avec la ccollaboration D’I. BERTRAND, A. BOCQUET, D. CODINA I REINA, N. DIEUDONNÉ-GLAD, A. GARDEISEN, Y. GRUET, J.-L. HILLAIRET, K. JACQUOT, N. JUAN-MUNS I PLANS, K. LUNDSTROM-BAUDAIS, D. MARGUERIE, P. MILLE

Repéré par photographie aérienne, l'habitat rural de Mortantambe a fait l'objet d'un décapage mécanique extensif sur 3,5 ha. Aucun sol archéologique n'a été épargné par l'érosion, mais le tracé de trois enclos a pu être ainsi délimité, totalisant plus de 500 m linéaires de fossés protohistoriques. Le mobilier abondant recueilli dans les fossés date l'occupation du site du second âge du Fer, entre 150/120 av. J-C et 30 av. J.-C À l'intérieur de chaque enclos, de nombreuses structures en creux suggèrent la présence de constructions en bois, avec l'emplacement d'une zone réservée de quelques mètres de large en bordure du fossé. Les activités économiques attestées sont celles d'une petite exploitation rurale: élevage, agriculture, viticulture (7), mais aussi un peu de chasse, de pêche et de cueillette. Le cheptel semble orienté principalement vers la production de viande bovine, peut-être en réponse aux besoins d'une économie de marché dont les ramifications s'étendent de plus en plus vers le monde rural. La présence de céramiques de type savonneuse et de quelques fragments d'amphores pourrait en constituer un autre indice. Quelques vestiges indiquent également la présence d'une activité artisanale liée à la métallurgie du fer. En revanche, nul vestige qui atteste une quelconque relation avec les ateliers de sauniers du littoral, pourtant en activité à cette époque.

Diverses structures en creux et 23 sépultures se rapportent à la période médiévale (VIIIe-Xe s.). Elles attestent J'existence à cet emplacement d'un petit habitat intercalaire qui s'étend probablement largement au-delà de l'emprise autoroutière, seule concernée par cette étude. Dans les pays de la Charente, ce type d'habitat semble en effet disparaître, d'après les textes, aux XIe et XIIe s., alors qu'apparaissent, autour d'églises nouvellement construites, des petits bourgs qui rassembleront parfois jusqu'à nos jours la population rurale autrefois dispersée.

 

Conclusion

L. LAPORTE

L'ensemble éclaire de quelques coups de projecteurs, bien sûr trop brefs et encore trop localisés, l'histoire du peuplement humain et l'évolution du paysage en ce petit terroir de l'arrière-pays rochefortais, principalement au cours de ces deux derniers millénaires. La confrontation des résultats issus de ces différentes études, menées avec les contraintes et les avantages de tout projet d'archéologie préventive, renouvelle ainsi sensiblement notre perception de ces communautés agricoles et artisanales de la fin de l'âge du Fer sur le littoral saintongeais.

 

Annexe : Compléments à l'étude des paléoenvironnements : données détaillées

J.-P. TASTET, L. LAPORTE – P. CARBONEL, H. DARTEVELLE, J. EVIN, Y. GRUET, L. MARAMBAT, C. VELLA, O. WEBER

Après une courte présentation méthodologique, ce chapitre présente l'analyse détaillée des données du paléoenvironnement recueillies lors de l'étude de chacune des quatre colonnes étudiées. À chaque fois, sont présentés successivement les résultats des analyses sédimentologiques, malacologiques, palynologiques, celles des ostracodes ainsi que les datations au radiocarbone. Les résultats obtenus par chacune de ces disciplines sont ensuite confrontés dans le cadre d'une note de synthèse propre à chaque sondage.

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