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dAf 71


COLIN Anne

Chronologie des oppida de la Gaule non méditerranéenne

Dans cet ouvrage issu de sa thèse de doctorat, Anne Colin établit un cadre chronologique pour les habitats fortifiés et ouverts de la fin de l'âge du Fer en vue de mieux comprendre les phénomènes de préurbanisation qui affectent alors le monde celtique.

L'examen de la documentation ancienne et récente d'une trentaine de sites, à l'aide d'une méthode statistique par sériation du mobilier (gaulois et importé), la conduit à définir cinq phases, qu'elle confronte ensuite aux chronologies régionales existantes. Elle analyse la diversité des évolutions régionales, résultant de situations politiques et économiques inégales mais aussi du rôle complexe, dans une grande partie de la Gaule, des contacts avec le monde méditerranéen.

Un catalogue des sites, rassemblant données inédites et références bibliographiques, complète cette étude.

Résumé court

Résumé long

Introduction

Cette étude a pour point de départ une contradiction entre la datation des oppida (sites fortifiés de la fin de l'âge du Fer dans lesquels s'exercent des fonctions urbaines) gaulois et celle, plus précoce, des oppida d'Europe centrale et orientale. Elle vise à établir un cadre chronologique sûr pour les habitats de la fin de l'âge du Fer en examinant la documentation ancienne et récente d'un choix de sites, et grâce à cet outil de travail, à mieux définir et comprendre les phénomènes de pré-urbanisation qui affectent alors le monde celtique. Elle comprend donc non seulement des habitats fortifiés, mais aussi des habitats ouverts qui sont partie intégrante de ce processus.

 

1. Définitions et problématiques

Les étapes de l'histoire de la recherche sur les oppida conditionnent les données du problème qui nous intéresse. C'est en voulant retrouver sur le terrain les lieux décrits par César dans ses Commentaires sur la guerre des Gaules, presque toujours des oppida, que les archéologues du XIXe s. commencèrent à fouiller cette catégorie d'habitat. Au tout début du XXe s., l'abondance des matériaux recueillis permet à J. Déchelette de construire une périodisation du second âge du Fer, ou époque de La Tène. Sa troisième et dernière phase correspond à l'occupation des oppida et couvre tout le Ier s. av. J.-C. Il met aussi en évidence une véritable « civilisation des oppida »couvrant toute l'Europe moyenne.

La disparition de J. Déchelette en 1914 marque la fin de cette période d'intenses recherches en France; seules quelques initiatives isolées y perpétuent cette tradition de recherche jusqu'à la fin des années soixante, tandis que le leadership scientifique en Protohistoire récente se déplace vers la Grande- Bretagne, l'Allemagne et l'Europe centrale, où la multiplication des fouilles de nécropoles et d'habitat conduit à l'abandon du schéma chronologique construit par J. Déchelette. En France, l'existence de catégories d'habitat déjà mises en évidence en Allemagne et en Suisse (oppidum et gros village ouvert) est acquise à la fin des années soixante, mais l'absence d'un cadre chronologique sûr pour La Tène finale provoque des interrogations sur leur formation et leur développement, interrogations qui sont à l'origine de ce travail.

On analyse ensuite ce que recouvre le mot oppidum dans le texte césarien et ce que l'archéologie entend par ce terme. Oppidum est un vocable abondamment utilisé par César, sans qu'il soit accompagné d'une définition précise. Les sites ainsi dénommés se placent au sommet de la hiérarchie des sites d'habitat, avec leur rempart à . l'architecture parfois très élaborée, leurs rues, leurs places; on y fait du commerce et des décisions politiques importantes y sont prises. Ce type d'oppidum, qui rassemble un certain nombre de fonctions urbaines, semble cependant concerner essentiellement le centre-est de la Gaule: le témoignage césarien ne permet pas de déterminer dans quelle mesure ce modèle peut être appliqué dans d'autres régions de la Gaule, et il donne même au contraire le sentiment que les situations ont pu être fort diverses d'une cité à l'autre. Sur le plan strictement chronologique, il n'apporte aucune autre information que celle de l'existence, au moment de la Conquête, des sites qui sont mentionnés dans les Commentaires.

La définition archéologique de l'oppidum est due principalement aux chercheurs allemands: c'est un site fortifié de grande taille, entièrement ceint d'un rempart continu interrompu par des portes en tenailles, et caractéristique de l'Europe celtique à la fin de l'âge du Fer. On y a ajouté par la suite des considérations fonctionnelles (existence d'activités artisanales localisées dans des quartiers spécialisés, pratique d'échanges commerciaux à longue distance...). Sans que l'on puisse parler véritablement de ville au sens des cités antiques, ces critères font de l'oppidum un habitat pré-urbain. S'il existe un consensus sur le sens général de cette définition, les avis divergent sur des détails pourtant importants (par exemple la surface), car de nombreux sites fortifiés ne réunissent pas l'ensemble de ces critères physiques tout en abritant des activités artisanales et commerciales dynamiques. L'oppidum n'est donc pas une catégorie d'habitat homogène; dans cette étude, ce n'est donc pas d'après ces définitions, qui sont relativement peu opératoires, que les sites ont été sélectionnés, mais d'après leur potentiel chronologique.

 

2. Le cadre chronologique de la fin de l'âge du Fer

Dans un premier temps sont présentés les grands systèmes chronologiques utilisés pour la fin de l'âge du Fer, qui dérivent des travaux de J. Déchelette en France et de P. Reinecke en Allemagne. On évoque et discute ensuite les datations absolues dont on dispose pour les deux ou trois derniers siècles avant notre ère et qui proviennent de différentes sources: les événements historiques relatés dans les textes antiques, les monnaies romaines présentes dans les contextes archéologiques, les datations dendrochronologiques. L'exploitation n'est pas simple: l'impact direct d'un événement historique donné sur l'occupation d'un habitat n'est jamais démontrable de manière certaine; les monnaies romaines ne donnent qu'un terminus post quem et peuvent avoir circulé longtemps; les datations dendrochronologiques, dont le nombre s'est heureusement accru ces dernières années, ne sont pas toujours d'un grand intérêt faute de mobilier associé, ou sont parfois difficiles à interpréter. Les datations données dans les publications sont donc presque toujours le résultat d'interpolations qui replacent les phases de la chronologie relative, pour lesquelles une durée de vingt à trente ans est postulée selon les auteurs, dans un cadre chronologique calibré par quelques rares références absolues.

On examine ensuite les mobiliers les plus significatifs pour la chronologie, c'est-à-dire les importations, les parures, la céramique et les monnaies.

La chronologie des céramiques d'importation s'appuie sur du mobilier provenant d'épaves, ou de gisements terrestres datés par rapport à des événements historiques. Elles sont d'origine italique, plus rarement espagnole, sud-gauloise ou grecque, et sont principalement représentées jusqu'au dernier tiers du Ier s. av. J.-C par les amphores Dressel 1 et la céramique campanienne A et B. Leurs différentes variantes sont largement contemporaines, mais leurs proportions respectives évoluent dans le temps.

La chronologie des fibules repose sur Les datations fournies par les nécropoles (allemandes et suisses, plus rarement françaises), par les stratigraphies d'habitat méditerranéennes, et par les camps du Rhin. Quelques types disposent d'un terminus ante quem ou post quem (datations dendrochronologiques, présence dans les fossés d'Alésia); le type de Nauheim est l'un de ceux dont la datation appuyée sur de nouvelles données est la plus lourde de conséquences sur la chronologie de la fin de l'âge du Fer. La céramique gauloise tend à une certaine uniformisation avec les développements technologiques comme l'usage généralisé du tour ou la mise au point de nouveaux modes de cuisson, ainsi que par J'évolution typologique qui se produit sous l'influence des céramiques d'importation-. Elle reste toutefois sensible aux variations régionales: d'importantes variations locales brouillent l'interprétation des pourcentages établis sur la qualité de la pâte, le type de montage, le mode de cuisson. Cependant certaines tendances de l'évolution des formes et des décors dépassent le cadre local ou régional et permettent de proposer un classement chronologique par la typologie.

La numismatique gauloise a considérablement progressé depuis les travaux de J.-B. Colbert de Beaulieu mais l'utilisation des monnaies gauloises comme instrument de datation reste encore incertaine. Si la succession chronologique des alliages et d'une partie des séries monétaires est acquise dans ses grandes lignes, la chronologie absolue en est encore débattue, en particulier pour la dernière phase de La Tène qui se caractérise par l'abondance et la variété des monnaies. Un des acquis récents est l'évidence de la production de monnaies de faible valeur (potins) bien avant la Guerre des Gaules, longtemps refusée par les numismates car elle implique la déconnexion entre la chronologie relative des alliages. monétaires et la chronologie de la Guerre des Gaules (qui est un des principes fondateurs du système de J.-B. Colbert de Beaulieu), ainsi que la nécessité d'un système économique suffisamment complexe pour intégrer l'usage de la monnaie dans les transactions commerciales.

 

3. Étude chronologique

Les caractères des habitats de l'âge du Fer final en Europe moyenne - rareté des niveaux d'occupation conservés et donc des stratigraphies, et abondance du mobilier - nécessitent une approche chronologique plus complexe que celle de la présence ou de l'absence d'un fossile directeur donné. Des méthodes statistiques sont donc utilisées par les spécialistes des habitats depuis la fin des années soixante; elles se fondent sur le principe selon lequel les proportions respectives des différents types d'objets associés dans les ensembles archéologiques apportent des informations plus fines que l'objet isolé. On obtient alors des faciès de mobilier qui permettent de caractériser les étapes de. la vie d'un site, ou de situer celui-ci dans le temps par rapport à un autre.

Cette approche peut se heurter à plusieurs obstacles: des problèmes statistiques dus à l'insuffisance de certains corpus de mobilier; des problèmes de cohérence, dus à l'hétérogénéité des contextes étudiés (sites stratifiés et non stratifies, unité de fouille ou ensemble d'un site) et à la comparaison de sites parfois très éloignés les uns des autres. Dans cette étude, on a tenté de minimiser au mieux ces obstacles en sélectionnant pour l'analyse des données des contextes ayant fait l'objet de fouilles récentes et suffisamment pourvus en mobilier. Une trentaine de gisements ont été ainsi sélectionnés, dont une demi-douzaine de villages ouverts.

La méthode utilisée consiste, pour chaque catégorie de mobilier étudié, à classer et regrouper les gisements par ordre chronologique, c'est-à-dire en fonction des pourcentages de chaque type considéré comme significatif sur le plan chronologique: concrètement, on définit pour les amphores, les céramiques importées, les fibules, la céramique et les monnaies, des groupes de sites qui se caractérisent par des associations identiques de mobilier en types et en pourcentages. Pour pallier les difficultés d'identification des amphores italiques très fragmentées sur les sites d'habitat, un mode de classification a été proposé à partir de la hauteur des lèvres; on postule que statistiquement, la proportion relative des différentes classes de hauteur peut être interprétée en terme de chronologie. La comparaison de ces différents classements permet ensuite de mettre en évidence des phases définies par des contextes dotés des mêmes associations de mobilier.

 

4. Périodisation

Cinq grands ensembles de contextes caractérisent donc cinq phases chronologiques pendant lesquelles peuvent circuler les mobiliers suivants.

- Phase 1 : importations (peu nombreuses) : campanienne A, exceptionnellement B, amphores gréco-italiques et Dressel 1 (celles-ci moins nombreuses), céramique commune claire, céramique ampuritaine ; fibules de schéma La Tène 2, accompagnées dans quelques cas de fibules filiformes et / ou de fibules de Nauheim ; parures en lignite et en verre (notamment bracelets Haevernick 7 et 8), absence de perles de type Haevernick 23, 24, 25; céramique cuite en mode A ou B primitif, avec prédominance des productions à dégraissant grossier ou semi-fin généralement non tournées; monnaies peu nombreuses associant le numéraire d'or et d'argent et les potins, dont certaines séries sont imitées du petit bronze au taureau cornu pète de Marseille; circulation dans le centre et le centre--est des oboles ou imitations d'obole de Marseille.

- Phase 2 : campanienne A et B(absence de la campanienne Ade la première moitié du lies.) ; amphores en immense majorité du type Dressel 1 avec lèvres de 4,5 cm de hauteur}, quelques Dressel 1 B; parmi les fibules (toujours à ressort nu) prédominance du type de Nauheim et parmi les parures en verre, des bracelets de verre lisse (en particulier type 2 de T. Haevernick) ; développement des imitations de céramique campanienne A; apparition des espèces de bronze frappé et des deniers gaulois.

- Phase 3 : prédominance des fibules à ressort nu de schéma La Tène 3, apparition des fibules à arc mouluré du type Almgren 65 et ses variantes, fibules à coquille etc. ; rares exemplaires de fibules à plaquettes ou à griffe (Kragenfibeln); amphores principalement du type Dressel 1 (A, B, C), parfois accompagnées par d'autres types marginaux (individus isolés) ; campanienne Bou productions dérivées (raréfaction de la campanienne A) ; disparition de la céramique ampuritaine ; apparition des lampes, des monnaies émises sûrement vers le milieu du siècle, ainsi que des monnaies romaines auparavant rarissimes.

- Phase 4 : présence plus affirmée d'autres types que les Dressel 1, raréfaction des Dressel 1 à lèvres courtes (moins de 3,5 cm) ; présence de vases à paroi fine, plats à engobe interne rouge, céramique campanienne et productions qui en dérivent; développement des fibules à griffe, apparition des fibules à charnière (type d'Alésia); développement des imitations de campanienne B; régression de l'écuelle carénée, sauf en Gaule Belgique et en Armorique; la vaisselle cuite en mode réducteur (pâtes grises) occupe une part non négligeable de la céramique fine.

- Phase 5 : céramique sigillée et imitations (Terra nigra ou autres productions), vases à parois fines, dont gobelets d'aco ; multiplication des types d'amphores; raréfaction ou disparition des fibules à ressort nu au profit de fibules à griffe, mais surtout à ressort protégé et à charnière; intégration dans le répertoire céramique de nombreuses formes de tradition méditerranéenne; présence de monnaies émises après 30 av. J.C. et le plus souvent après 15 av. J.-C.

 

La phase 5 se compose de deux étapes successives qui se distinguent principalement par le type de céramique importée ou de tradition méditerranéenne : sigillée d'origine italique ou assimilée et vases à paroi fine « anciens» (gobelets à décor clouté, à rebord concave, gobelets d'aco) dans le premier cas, sigillée de Gaule méridionale et imitations locales de vases à paroi fine dans le second. C'est dans cette seconde étape que les fibules à ressort protégé ou à charnière sont les plus nombreuses, et que les types apparus au début de La Tène D - fibules de Nauheim, fibules filiformes - tendent à disparaître.

La multiplication des sites de référence (les camps du limes essentiellement) permet d'affiner les datations absolues de la dernière phase: l'étape la plus ancienne commence vers 20 av. J.-C au plus tard, la plus récente se place au Ier s. ap. J.-C, et le passage de l'un à l'autre doit se situer peu avant le début de notre ère. Les phases 3 et 4, avec des amphores Dressel 1 B et de types plus récents, sont centrées sur le Ier s. av. J.-C, le passage de la première à la seconde se plaçant vers le milieu de ce siècle. Plusieurs termini post quem dendrochronologiques convergent pour faire remonter les débuts de la phase 2 avant la fin du lies., et suggèrent que les caractères en sont déjà bien affirmés dans le dernier quart de ce siècle; elle s'achève assurément nettement avant le milieu du Ier s. La phase 1 est toute entière comprise dans le IIe s. av. J.-C ; le terminus post quem est difficile à établir, mais il doit être placé antérieurement au milieu de ce siècle, comme en témoignent la campanienne A à décor de palmettes et la masse des amphores gréco-italiques de Levroux.

La comparaison de cette périodisation avec plusieurs des chronologies régionales établies par A. Haffner et A. Miron pour la région de Trèves, par J. Metzler pour les environs du Titelberg, par P. Pion pour la vallée de l'Aisne, par V. Guichard pour le Forez confortent pleinement les découpages chronologiques qui ont été proposés pour les phases 2 à 5 :

- phase 2 = La Tène D1b de Miron, étape 3 de P. Pion;

- phase 3 = La Tène D2a de Miron et de Metzler, étape 4 de P. Pion;

- phase 4 = LaTène D2b de Miron et de Metzler, étape 5 de P. Pion;

- phase 5a = étape 6 de P. Pion, horizon gallo-romain précoce de A. Haffner, gallo-romain précoce (GR1) de Metzler.

En revanche les correspondances avec la phase 1 sont moins faciles à analyser; il apparaît clairement qu'elle recoupe La Tène C2 ainsi que l'étape 1 de P. Pion, mais elle inclut aussi des éléments qui caractérisent La Tène D1a de Miron ou l'étape 2 de P. Pion. Dans notre sélection, il n'y a en fait aucun contexte qui permet d'isoler ces différentes périodes (que l'on pressent cependant dans des sites comme Levroux).

On s'attache ensuite à tester la validité de la périodisation en examinant des sites qui n'ont pas été retenus ou utilisés auparavant. Il s'avère que ce découpage chronologique fonctionne bien dans le Centre et le Centre-Est, en Picardie orientale, dans la vallée de l'Aisne, en Champagne et dans le Sud- Ouest, régions auxquelles appartiennent la plupart des sites sélectionnés pour l'analyse chronologique. En revanche, l'Ouest s'y insère mal, car le mobilier comprend peu ou pas de mobilier métallique, de monnaies, de céramique d'importation et d'imitations locales: cette difficulté à s'insérer dans le schéma ' chronologique proposé traduit probablement des différences culturelles, socio-économiques et politiques.

 

5. Étude historique

La cartographie des habitats de ces cinq phases (sont sélectionnés à cet effet les habitats pour lesquels sont attestés au moins une activité artisanale spécialisée et / ou les traces d'un commerce actif) montre en effet non seulement l'ampleur de la diffusion des oppida, mais aussi les contrastes qui opposent certaines régions.

La phase 1 comprend presque essentiellement des sites ouverts, confirmant ainsi que les caractères de La Tène finale s'affirment d'abord dans les habitats non fortifiés; ils sont nettement plus nombreux au sud de la Loire et dans le centre-est que dans le nord de la Gaule. À la phase 2 apparaissent les premiers oppida, ainsi que de nouveaux villages ouverts. Les phases 3 et 4 représentent l'apogée du phénomène, alors qu'un certain nombre de villages ouverts disparaissent. À partir de la phase S le réseau des oppida commence à se désagréger. La Gaule se démarque ainsi quelque peu du reste du monde celtique par l'apparition tardive des oppida (hormis quelques cas pouvant remonter à la phase 1, l'immense majorité des oppida en Gaule n'apparaît pas avant la phase 2 : fin du IIe s. - début du Ier s. av. J.-C), par leur longévité, ainsi que par l'importance de ces villages ouverts dans le réseau d'habitat des zones les plus « urbanisées ».

Les cinq phases sont toutes représentées dans le centre et le Centre-Est ainsi que dans une certaine mesure dans le Sud- Ouest; on y rencontre aussi bien de gros villages ouverts à vocation artisanale et commerciale que des sites fortifiés. Sur le plan monétaire, cette vaste zone se caractérise par un alignement progressif des monnaies d'argent sur l'étalon du denier romain, qui commence à se mettre en place bien avant la conquête de la Gaule. Elle reçoit des importations variées et nombreuses, au moins dès le début de la phase 2. C'est aussi dans cette zone que César décrit l'organisation administrative et les institutions politiques les plus développées. Contrastant avec cette image de territoires largement et précocement tournés vers le Bassin méditerranéen, la Gaule Belgique occidentale et surtout l'ouest de la Gaule se caractérisent par la quasi-absence de grands villages ouverts au moins jusqu'à la phase 3, une existence éphémère des oppida, la rareté des céramiques d'importation dont l'apparition est d'ailleurs tardive, et un monnayage aligné sur l'étalon du statère au moins jusqu'à la Conquête. L'évolution des habitats n'est donc ni synchrone ni homogène d'un point à l'autre de la Gaule, et la grande diversité de situations témoigne de degrés de développement économique et politique différents.

Bien que l'on retrouve les traces de productions artisanales variées et des importations en grand nombre dans les oppida comme dans les villages ouverts, leur création ne peut pas être considérée comme une simple extension de celle des grands villages ouverts. La fonction défensive n'en est pas non plus le mobile essentiel. Ils sont en réalité le produit d'un système politique et économique centralisé dont l'origine est liée à la constitution des cités, et dans lequel ils jouent le rôle de place centrale où s'exercent certaines fonctions urbaines; ce rôle s'incarne sous une forme traditionnelle, celle d'un habitat fortifié (généralement) de hauteur, expression privilégiée de la puissance du groupe social pour les populations protohistoriques.

L'origine des transformations socio-économiques qui aboutissent à la création des oppida reste encore obscure. Elle suppose en tout cas un contexte de croissance économique dans lequel l'amélioration de la production agricole a permis le développement de l'artisanat et du commerce. Les contacts avec le monde méditerranéen jouent un rôle complexe dans cette mutation: la pénétration en Gaule, pendant la phase 1, de marchandises et de numéraire méditerranéens (oboles marseillaises) ne coïncide pas avec un mouvement général de création des oppida, mouvement pourtant déjà bien engagé dans le reste du monde celtique; toutefois, l'ouverture précoce au monde méditerranéen a pu influencer, dans certaines régions (le Centre et le Centre-Est, le Sud-ouest), les modalités du processus d'urbanisation' en favorisant le développement des habitats non fortifiés. L'analyse régionale de ce processus montre en tout cas qu'il emprunte des voies diverses et progresse à des rythmes différents selon les territoires.

La conquête de la Gaule n'a pas contrecarré le développement des oppida ; bien au contraire, la plupart d'entre eux jouissent, dans la deuxième moitié du Ier s. av. J.-C, d'une grande prospérité. Ce n'est que dans le dernier quart de ce siècle, qui coïncide avec la réforme administrative d'Auguste, la création des premières villes et la construction des premières routes romaines, que cet équilibre commence à se rompre: alors qu'un grand nombre d'oppida disparaissent à la fin de la phase 5, sans doute victimes pour une part de leur relatif éloignement des voies de communication, les sites ouverts de plaine se perpétuent presque tous à l'époque gallo-romaine, avec parfois un léger déplacement de l'occupation.

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