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dAf 69


REYNAUD Jean-François

Lugdunum christianum

Les recherches archéologiques menées à Lyon à partir de 1971 sur trois sites majeurs, le groupe cathédral et les églises cimétériales de Saint-Just et Saint-Laurent-de-Choulans, ont éclairé de façon déterminante la compréhension de la topographie de la ville à l'époque paléochrétienne. Lyon, capitale fédérale des Gaules puis capitale des rois burgondes, est du IVe au VIIIe s. une métropole ecclésiastique de premier plan.

Les vestiges des deux églises et du baptistère du groupe épiscopal (l'un des premiers fouillé dans son ensemble), des basiliques édifiées sur les tombeaux des saints et des nécropoles témoignent de l'élaboration d'une nouvelle architecture, chrétienne, dans le respect des traditions antiques, et de la christianisation des pratiques funéraires. L'analyse exhaustive des données archéologiques, confrontées aux sources et documents anciens, confirme la vitalité et le prestige de Lugdunum christianum.

Résumé court

Résumé long

Cet ouvrage a pour objectif de faire mieux connaître les origines du Lyon médiéval à la lumière des fouilles entreprises sur trois sites majeurs: le groupe cathédral, les églises cimétériales de Saint-Just et de Saint-Laurent de Choulans avec leur nécropole.

 

Lyon, après avoir été métropole des Gaules, était devenue capitale des rois burgondes et était restée une métropole ecclésiastique de premier plan, pourvue d'une cathédrale vénérable, de nombreuses églises cimétériales et de monastères de grand renom. Faute de données autres que textuelles, cette époque paléochrétienne au sens large (IVe s.-début du VIIIe s.) était traitée très rapidement dans les nombreux ouvrages historiques consacrés à la topographie urbaine de la ville. Si les« Antiquaires» étaient plus attirés par les vestiges de la cité de Lugdunum « caput Galliarum », les historiens du Moyen Âge se contentaient d'exploiter les textes de Sidoine Apollinaire, de Grégoire de Tours, ou d'Avit de Vienne. À partir de 1971, les recherches changent de dimensions avec les premiers sauvetages à Saint-Just, puis à la cathédrale et à nouveau à Saint-Laurent de Choulans. Une équipe, sous la direction de J.-F. Reynaud, se constitue sur place avec l'appui de l'université et du CNRS, du ministère de la Culture, de la municipalité et de l'association lyonnaise de sauvetage des sites archéologiques médiévaux (ALSSAM).

 

La première partie de cet ouvrage Replace les édifices religieux dans leur contexte historique, celui d'une cité romaine, capitale fédérale des Gaules, mais surtout lieu du martyre des chrétiens en 177. Cette cité dont la topographie connaît de grands bouleversements, conserve un rôle religieux important grâce à la présence d'un métropolitain et retrouve un rôle politique grâce à l'action des rois burgondes. Il a alors fallu reprendre l'interprétation des textes anciens, vérifier leur sens et apprécier leur importance.

 

La deuxième partie de ce volume est consacrée à la présentation des monographies. Pour le groupe épiscopal, ont été mis au jour, pour la première fois en France, les vestiges d'un groupe complet avec ses deux églises et son baptistère, c'est-à-dire l'essentiel des structures de Saint-Étienne et de Sainte-Croix, édifices tombés dans l'oubli depuis la Révolution. Dans l'abside primitive de la cathédrale Saint-Jean, il a fallu se contenter de quelques sondages qui ont permis de proposer une nouvelle chronologie relative de l'abside. À Saint-Étienne, ont été retrouvés les vestiges du baptistère, attesté dès le dernier tiers du IVe s. À Sainte-Croix, on a essayé de restituer la cathédrale nord, qui, sans doute dès l'époque mérovingienne, succède à une salle de réception. Ainsi, on peut maintenant admettre que le groupe cathédral n'a pas varié d'emplacement depuis le IVe s., et que les fonctions des différents bâtiments placent bientôt le baptistère au centre de l'espace.

 

L'étude des basiliques, élevées sur les tombeaux des saints permet de suivre la' christianisation des traditions funéraires, où le lien familial va se briser au profit de la basilique funéraire. Désormais textes et documents archéologiques s'éclairent mutuellement dans une rare convergence: les poèmes de Sidoine Apollinaire donnent . une vision presque picturale du paysage et de l'ambiance de la vénération alors que les documents archéologiques dessinent avec plus de précision et de matérialité le cadre concret où s'exerce la piété. À Saint-Just, ont été mises en évidence trois constructions successives: un mausolée à abside qui abritait peut-être la tombe du saint; une première église de la fin du IVe-début du Ve s. et une deuxième plus ambitieuse avec transept, abside polygonale, cryptes et cryptoportiques, celle qu'aurait vu le poète en 469. Plus au sud, a été reconnue l'organisation de la nécropole contemporaine.

 

À Saint-Laurent de Choulan, la recherche a porté sur l'édifice religieux, déjà reconnu par A. Audin en 1947 et au nord, sur un secteur limité de la nécropole. On a reconstitué le plan complet de la grande église, édifice orienté, doté d'une grande abside semi-circulaire, d'un transept, de trois nefs et de portiques latéraux où l'on a largement inhumé à l'exception de la nef centrale. Grâce aux inscriptions et au matériel trouvé en place, une chronologie relativement tardive (dernier tiers du Ve-début du VIe s.) a été confirmée. La typologie des tombes complète celle de Saint-Just et l'étude anthropologique montre les caractères spécifiques de la population lyonnaise (L. Buchet après Leroi-Gourhan).

 

À Saint-Irénée, il a fallu se contenter d'une étude partielle des élévations qui montre par la négative, l'intérêt de programmes ambitieux.

 

Ces recherches menées sur le terrain ont renouvelé en leur temps les idées préconçues que l'on pouvait avoir sur la place des édifices de culte dans la ville, sur le maintien des traditions antiques et sur le caractère prestigieux de l'architecture religieuse chrétienne.

 

Depuis la destruction des temples, les édifices religieux sont bien les constructions les plus monumentales de la cité. Les basiliques de saint-Just II et de Saint-Laurent-de-Choulans sont proches des grandes basiliques de Clermont ou de Tours décrites par Grégoire de Tours et sont comparables à celles de Vienne (Saint-Pierre, Saint-Férreol ou Notre-Dame d'Outre-Gère), de Ravenne ou de Grado. En revanche, la petite taille et la simplicité des formes du baptistère viennent à l'appui de l'ancienneté de sa construction.

 

La place des lieux de culte dans la ville s'explique par l'appartenance de l'évêque à l'aristocratie sénatoriale.

 

Une part notable des richesses est investie dans les édifices religieux qui deviennent des constructions de prestige, en même temps que des lieux de réunion et des témoignages de la foi des fidèles. L'existence d'un groupe cathédral important dès le IVe s. est bien le signe de la puissance de la communauté chrétienne de Lyon.

 

L'implantation du groupe cathédral sur la rive droite de la Saône est la conclusion logique du glissement de la population de la ville haute vers la ville basse. Les églises cimétériales anciennes comme Saint-Just et Saint- Irénée se maintiennent sur la colline alors que Saint-Laurent, plus récente, s'établit sur les berges du fleuve. Mais tant que nous ne connaîtrons pas mieux le cours des fleuves très fluctuant à cette époque et les zones de peuplement, nous aurons du mal à situer la place de l'édifice religieux dans l'agglomération lyonnaise. De même, nous ignorons presque tout des édifices religieux de la presqu'île, comme l'église Saint-Michel d'Ainay, attribuée à la reine Carétène ou l'église des Martyrs, plutôt située à Saint-Nizier qu'à Ainay.

 

Ces recherches ont enfin mis en évidence le maintien des traditions antiques à l'époque burgondo-mérovingienne. L'usage d'une construction de qualité en pierres et d'un décor d'une grande richesse montre la permanence du savoir-faire des maçons et des artisans. De même, l'orientation de l'ecclesia, du baptistère et celle de Saint-Just dépend du parcellaire antique. De ces exemples se dégage un schéma tantôt de continuité, surtout à l'intérieur de la cité, tantôt de rupture, plutôt dans le suburbium où comme à Saint-Laurent-de-Choulans un certain laps de temps s'écoule entre l'abandon des structures gallo-romaines et la construction de l'édifice funéraire.

 

La vitalité de Lyon entre le IVe et le VIIIe s., est le reflet de ses fonctions de capitale politique à l'époque burgonde et de métropole religieuse depuis la paix de l'église. La qualité des architectes, la collaboration entre les hommes de l'art et les grands évêques, le mécenat des rois burgondes, ont placé Lyon dans une situation favorable à un moment où se multipliaient les constructions de prestige dans le monde chrétien. L'exemple de Lyon a pu servir de modèle pour les villes de la région et contribuer à la multiplication des églises à transept. Toutes proportions gardées et dans l'attente de nouvelles découvertes, on peut penser que Lyon, comme Tours ou Paris, a joué en Gaule, par son prestige et par le dynamisme de ses évêques et de ses architectes, le rôle de villes comme Milan, Ravenne ou Aquilée en Italie du Nord, ou comme Trêves dans les régions rhénanes.

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