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dAf 62


LAVENDHOMME Marie-Odile, GUICHARD Vincent

Rodumna (Roanne, Loire), le village gaulois

Cet ouvrage propose la synthèse de recherches archéologiques effectuées dans la ville de Roanne (Loire), site d'une agglomération antique répertoriée par la Table de Peutinger et Ptolémée, Rodumna, dont l'origine gauloise fut reconnue dès la fin des années 50. La modeste bourgade de la fin de l'âge du Fer devint ensuite un centre de peuplement important de la cité gallo-romaine des Ségusiaves.

Ce volume a pour ambition de fournir, sous la forme d'un catalogue raisonné, un corpus de données de références pour la Gaule centrale. L'évolution d'une zone d'habitat aux IIe et Ier s. av. J.-C. y est minutieusement décrite. L'étude des mobiliers qui y ont été collectés permet ensuite de reconstituer avec précision les différents stades de leur évolution pendant cette période cruciale de notre histoire qui se conclut par la « romanisation ». Les données disponibles dévoilent également certains aspects de la vie quotidienne : architecture domestique, alimentation, artisanat, échanges commerciaux... autant de points de vue qui, à partir de vestiges matériels, permettent d'aborder différents éléments de l'économie ou encore d'apprécier le faciès culturel associé à l'entité politique ségusiave dans le contexte régional du moment. Un second volume (dAf 66) est consacré à l'occupation gallo-romaine de Roanne.

Résumé court

Résumé long

1. Le site

M.-O. LAVENDHOMME, V. GUICHARD

          1.1. Cadre géographique et historique

Les seules mentions antiques de Roanne sont celles de la Table de Peutinger (Roidomna) et de Ptolémée (Rodumna), qui indiquent qu'elle est une ville des Ségusiaves, au même titre que leur capitale Forum Segusiavorum (Feurs). Au moment de la Conquête, les Ségusiaves constituent une entité politique autonome - mais dans la mouvance des Éduens - qui s'appuie sur une base territoriale dont le cœur est la plaine du Forez (fig. 1). Roanne est le centre d'un terroir bien individualisé au sein de ce territoire (la plaine du Roannais), situé dans sa partie septentrionale.

Le site de l'agglomération est à la fois un point de rupture de charge de la navigation sur la Loire et le carrefour de plusieurs itinéraires terrestres dont l'existence est certaine pour l'époque romaine et présumée pour la période précédente. En dehors de la ville elle-même, la protohistoire du Roannais est très peu documentée. Les découvertes sont sporadiques pour les périodes anciennes de l'âge du Fer (antérieures au IIe s. av. J.-C.). En revanche, un autre site important est connu à la fin de l'âge du Fer, l'oppidum de Jœuvre, qui occupe un vaste méandre de la Loire (70 ha) aux parois très escarpées, à 10 km au sud de Roanne (fig. 2). On en connaît la fortification, faite d'un vallum recouvrant un murus gallicus plus ancien, mais on ignore précisément la période et la densité de son utilisation, en l'absence d'exploration archéologique suivie.

 

          1.2. La topographie du site et l'implantation gauloise

Le village gaulois est implanté au cœur de la plaine, sur la rive gauche de la Loire, au sommet d'une terrasse sableuse encadrée par le lit majeur du fleuve à l'est et une zone marécageuse à l'ouest (fig. 4). Son cimetière principal se trouve également au bord du fleuve, à 800 m plus au sud. Le site se développe probablement à un carrefour routier dont l'existence est certaine à l'époque romaine. Il connaît une occupation structurée continue depuis le IIe s. av. J.-C. Il s'agit d'une modeste agglomération dont l'étendue ne semble pas dépasser 4 ha au milieu du Ier s. av. J.-C. Le village s'accroît en revanche fortement à partir de l'époque augustéenne pour atteindre sa superficie maximum (30 ha) au milieu du Ier s. ap. J.-C., sans avoir connu dans l'intervalle de réorganisation fondamentale de son plan, toujours dicté par la direction des cheminements qui le traversent.

 

          1.3. Les chantiers

L'importance de l'occupation antique de Roanne est bien connue depuis le siècle dernier. La reconnaissance de l'occupation gauloise n'a pourtant été engagée que récemment, à la fin des années 50. La publication des premières fouilles, effectuée par M. Bessou en 1976, marque un tournant dans la connaissance de la fin de l'âge du Fer en France centrale, à cause de la périodisation précise qu'il propose pour le Iier s. av. J.-C. (il s'avère en fait que la fourchette chronologique couverte par les mobiliers exhumés par Bessou est bien plus longue, puisqu'elle démarre au début du siècle précédent). Notre monographie a été engagée à la suite d'une autre fouille (Saint-Paul), effectuée en 1987 et exactement contiguë à celle de Bessou (Saint-Joseph) et proche d'une autre effectuée dans les années 70 (rue Gilbertès). La surface totale dégagée est faible (moins de 1500 m2) mais elle apporte une information importante, par l'abondance des mobiliers exhumés et par la qualité de la stratigraphie observée. Cette monographie propose une reprise intégrale des données de fouille des trois dernières décennies.

 

          1.4. Limites chronologiques de l'étude

La limite haute de l'étude est celle déterminée par le mobilier disponible, qui ne dépasse pas le tournant du IIIe et du IIe s. av. J.-C., à quelques exceptions près (cf. infra). La limite basse est en revanche arbitraire. En l'absence de rupture stratigraphique, elle a été fixée au moment où apparaissent plusieurs catégories de céramiques typiques du Ier s. ap. J.-C.

 

          1.5. La première occupation gauloise

L'occupation structurée des IIe et Ier s. av. J.-C. est précédée par une autre, beaucoup plus diffuse et presque totalement dépourvue de vestiges de structures d'habitat, rencontrée à la base de toutes stratigraphies. Elle n'a .livré que du mobilier très fragmenté et dispersé, qui semble couvrir une période longue allant du IVe au IIIe s. av. J.-C. On note plusieurs oboles massaliètes et des fragments de cruches peintes originaires de la vallée du Rhône.

 

2. Les structures d'habitat et la stratigraphie

M.-O. LAVENDHOMME   

          2.1. Les étapes du développement du village

Le chantier Saint-Paul a livré une stratigraphie particulièrement lisible qui permet d'isoler trois phases dans l'occupation des IIe et Ier s. av. J.-C. La phase 1 correspond à un exhaussement lent du sol à l'emplacement d'habitations reconstruites sur place pendant plusieurs générations, la phase 2 à l'établissement d'un remblai général et la phase 3 à la réimplantation de bâtiments selon une orientation différente, qui sera préservée pendant toute la période romaine. L'étude des mobiliers permet par ailleurs de distinguer 6 horizons chronologiques que l'on peut replacer par rapport à la stratigraphie (tabl. 1).

  

          2.2. L'organisation de l'habitat et la stratigraphie

Pour la phase 1, la fouille a mis en évidence une rangée d'habitations de plan rectangulaire, probablement adossées d'un côté à une ruelle et débouchant de l'autre sur un espace ouvert dévolu à des activités domestiques (fig. 12). Trois à quatre états sont discernables, qui représentent autant de reconstructions sur un plan pratiquement inchangé. Après l'épisode (bref?) de remblaiement de la phase 2, d'autres bâtiments sont implantés selon un agencement totalement différent, ordonné par un axe E.-O. initialement matérialisé par une palissade (puis par un mur maçonné) (fig. 21). Leur architecture est sans doute plus variée que celle de la phase 1, mais aucun plan n'est restituable en raison de nombreuses perturbations datées de l'époque romaine.

La continuité de la stratigraphie montre que l'agglomération gauloise, déjà constituée au début du IIe s. av. J.-C., n'a pas été trop affectée par l'implantation (sans doute au début du Ier s.) d'un oppidum à proximité, contrairement à ce que l'on observe dans d'autres cas (Levroux, Bâle, région de Clermont- Ferrand), où la fondation d'un oppidum s'accompagne de la disparition du site de plaine préexistant. Cette situation originale (partagée par les sites ségusiaves de Feurs et de Goincet) permet de bien appréhender l'évolution de l'agglomération sur la longue durée: organisation cohérente de l'habitat dès la première moitié du lie s., réorganisation dans la première moitié du siècle suivant, qui n'est pas remise en cause au moment de la romanisation.

 

          2.3. Les structures d'habitat

Les bâtiments d'habitation de la phase 1 sont particulièrement bien conservés, compte tenu de la précarité de leur architecture. Il s'agit de cellules rectangulaires à pièce unique (à un cas près), de 4 x 6 m environ et délimitées par de minces parois de clayonnage ancrées directement dans le sol. Le type d'ossature demeure incertain. Le sol, en terre battue, est parfois installé sur un radier de tessons ou de gravier. Les portes s'ouvrent généralement sur l'un des pignons. Un foyer rectangulaire aménagé à même le sol occupe le centre des maisons. Des petits fours à coupole, des braseros mobiles en terre cuite et de vastes foyers extérieurs complètent la panoplie des sources de chaleur. L'agencement intérieur comprend aussi des vases calés. L'espace domestique se caractérise encore par la présence de nombreuses inhumations de fœtus et d'enfants en très bas âge. Les structures repérées dans l'environnement des maisons comprennent un puits, un grenier aérien (?) et de nombreuses fosses dont la fonction initiale ne peut pas être précisée.

La phase 3 voit l'utilisation massive de tessons d'amphores à vin italiques dans la construction, comme radier de sol ou comme solin de fondation. Les parois de clayonnage sont encore observées, mais elles deviennent minoritaires. Les techniques de construction d'origine méditerranéenne (tuiles en terre cuite, mortier de chaux) font leur apparition seulement dans le dernier quart du Ier s. av. J.-C. La plus grande variété des bâtiments et des autres structures suggère des fonctions plus diversifiées que celles de leurs prédécesseurs de la phase 1, mais qui ne peuvent être précisées. On note en particulier deux bâtiments sur poteaux porteurs, un cellier pavé de tuiles, des fosses de profil et de remplissage beaucoup plus variés.

 

3. Les mobiliers

G. GENTRIC, V. GUICHARD, M.-O. LAVENDHOMME, P. MÉNIEL, J.-P. MOREL, M. VAGINAY

          3.1. Chronologie relative des ensembles étudiés

Le premier objectif des études de mobilier est l'établissement de leur chronologie. Pour cela, on a sélectionné 26 ensembles clos de mobilier particulièrement riches (remplissages de fosses) que l'on a cherché à classer à l'aide de techniques de sériation. Afin de faciliter la lecture de ce chapitre, les ensembles ont été réindexés dans l'ordre créé par la sériation (F1 à F26) et leur mobilier céramique regroupé sur des planches présentées en fin de volume.

Les données retenues pour le traitement statistique concernent uniquement la céramique. Les autres catégories de mobilier, présentes de façon trop disparate pour être intégrées au même calcul, n'ont été utilisées que pour contrôler a posteriori la validité du classement. On a utilisé plus précisément le décompte des nombres de vases d'une vingtaine de catégories correspondant à des groupes de production bien caractérisés (céramique campanienne, terre sigillée de type italique...) ou, à défaut, définies par des critères techniques (mode de montage et de cuisson, finesse de l'argile) (tabl. VII, n° 2). L'algorithme utilisé est l'analyse factorielle des correspondances. Les cartes factorielles obtenues (fig. 63) montrent que l'on obtient effectivement une bonne sériation avec, à première vue, la définition de trois étapes chronologiques que l'on identifie aux trois périodes qu'avait isolées Bessou (1976). Chaque période se caractérise par une représentation caractéristique des principales catégories de céramique (fig. 65). Une analyse plus fine permet de mettre en évidence deux moments mal représentés par nos ensembles de . référence, l'un entre les périodes 1 et 2, l'autre entre les périodes 2 et 3. Le premier hiatus peut toutefois être comblé par des ensembles issus du site de Feurs. On propose aussi de subdiviser chaque période en deux sous-périodes, que l'on désigne par le terme d'horizons. La stratigraphie (fig. 66) ne présente aucune incompatibilité avec ces résultats.

 

          3.2. La céramique

On distingue de prime abord les groupes De production caractérisés qui . correspondent pour la plupart (vases de type « Besançon" exceptés) à des importations méditerranéennes ou à des fabrications au répertoire d'inspiration méditerranéenne, et la céramique indigène, de fabrication régionale. Cette dernière, évidemment la plus abondante, fait l'objet d'une attention particulière, avec l'emploi d'un classement typologique détaillé déjà utilisé pour l'étude des séries issues du site de Feurs (Vaginay, Guichard 1988). Ce classement fait intervenir à un premier niveau la technique de fabrication (qualité de l'argile, mode de montage, présence d'une engobe, mode de cuisson), à un second niveau des critères morphologiques hiérarchisés (forme générale du récipient, indice d'ouverture, forme de l'embouchure, etc.). L'évolution du répertoire de la céramique régionale est rapide et parfaitement cohérente avec celle observée à Feurs (fig. 121). Chaque horizon présente en effet des spécificités (fig. 65 et fig. 123 à 128). Le fait le plus marquant est la disparition progressive de la céramique modelée à la main au profit d'autres montées au tour, d'abord cuites en mode réducteur-oxydant "A" (fin du IIe s. av. J.-C. / début du Ier s. av. J.-C.) et ensuite en mode réducteur "B".

La vaisselle d'importation occupe une part croissante du répertoire et témoigne d'une diversification des sources d'approvisionnement. Jusqu'à l'horizon 3, seules la céramique campanienne, la vaisselle à pâte claire de la basse vallée du Rhône et (plus rarement) la céramique grise catalane arrivent régulièrement. S'y ajoutent ensuite des gobelets à parois fines (à partir de l'horizon 4), la céramique sigillée italique (à partir de l'horizon 5). Les produits d'ateliers régionaux d'inspiration méditerranéenne deviennent également de plus en plus fréquents, jusqu'à conduire au renouvellement complet du répertoire: imitations de céramique campanienne à partir de l'horizon 2, remplacées ensuite, à l'horizon 5, par des imitations de céramique sigillée. Au même moment apparaissent gobelets et cruches. Plus généralement, on observe que le vaisselier roannais est radicalement transformé entre le début de l'horizon 4 et la fin de l'horizon 5 : amélioration des techniques de fabrication, abandon des techniques décoratives du IIe s. (peinture, estampage, lissage), au profit d'autres plus mécaniques (molette, peigne). Cette transformation, engagée un demi-siècle avant la Conquête romaine, témoigne certainement d'une réorganisation des modes de production, désormais plus centralisés et plus préoccupés de rentabilité économique.

Une mention particulière doit être faite des vases dits « de Besançon ", seule catégorie de céramique indigène qui témoigne d'un commerce organisé dès le IIe s. av. J.-C. Il s'agit de récipients faits avec une argile très chargée en dégraissant grossier de feldspath, généralement montés à la main et dotés d'une finition particulière (lèvre moulurée ou rainurée caractéristique et enduite de mica). On les considère comme des importations en provenance du Morvan, dont l'effectif est très important pendant pratiquement toute la durée étudiée (fig. 104). Les raisons de cet engouement Demeurent incertaines ces vases ayant certainement été utilisés comme pots à cuire, mais peut-être aussi comme vases de transport.

Les amphores sont très nombreuses. La plupart appartiennent au groupe des amphores vinaires républicaines. Elles apparaissent en quantité notable à l'horizon 3 seulement. Elles se raréfient à l'horizon 6 et ne sont pas remplacées par d'autres. Malgré les difficultés que pose encore leur classement typologique, on réaffirme que l'évolution de la hauteur des lèvres aboutit à une sériation cohérente avec celle de la céramique. Cette sériation permet également de synchroniser la chronologie roannaise avec celle d'autres sites gaulois (tabl. XI). La céramique est enfin un support épigraphique occasionnel (fig. 120). On a affaire uniquement à des anthroponymes (marques de propriété) qui permettent de mesurer le rythme de cet excellent marqueur de l'acculturation qu'est l'alphabétisation: transcription de noms indigènes en caractères grecs à partir de l'horizon 4, puis en en caractères latins à partir de l'horizon 5 .

 

          3.3. L'instrumentum

Ce terme regroupe des catégories d'objets très variées: parures vestimentaires, vaisselle métallique, armement, outillage, quincaille, vestiges d'activités artisanales.

La collection de parures se caractérise surtout par une grande rareté de celles en verre (perles et bracelets) par rapport à celles en métal (fibules essentiellement). La nombreuse collection de fibules (86 ex.) montre la fréquence de l'utilisation du fer et l'existence de types régionaux (type à tête couvrante). Les fibules filiformes de schéma La Tène II, toujours en fer, caractérisent les horizons 1 et 2. Les fibules à pied ajouré de schéma La Tène III (Nauheim, à tête couvrante, filiformes) apparaissent à l'horizon 3. Les horizons ultérieurs sont moins bien documentés (fig. 129).

L'armement et, de façon plus surprenante, l'outillage sont très peu abondants. La seule activité de transformation bien documentée est le tissage, avec de très nombreux pesons de métier à tisser. On dispose également d'indices de travail des métaux (moules à la cire perdue et à alvéoles, rares scories). La fabrication de céramique sur le site est également rendue très probable par des spécificités du répertoire vis-à-vis de celui de Feurs et par l'importance qu'y prend cet artisanat au Ier s. ap. J.-C.

 

          3.4. Les monnaies

La collection de monnaies est nombreuse (250 monnaies gauloises). Elle comprend, fait exceptionnel, un grand nombre d'espèces possédant un contexte archéologique datable. Le faciès roannais se rattache sans ambiguïté au domaine éduo-séquane, caractérisée par la fréquence des monnaies de potin « à la grosse tête» (57 % des monnaies identifiées). Les données chronologiques (fig. 133) montrent l'existence d'une phase initiale de circulation (lue s.) caractérisée par des oboles massaliètes, une phase ultérieure (horizon 1, première moitié du IIe s.) où des imitations (régionales ?) s'ajoutent à ces oboles. Les monnaies de bronze coulé (potin) apparaissent à l'horizon 2 et dominent la circulation jusqu'à l'horizon 6, où elles commencent à être concurrencées par les espèces romaines.

Les sources d'approvisionnement en monnayage n'évoluent pas de façon sensible avant l'introduction massive des espèces romaines (fig. 131). Le cloisonnement régional de la circulation qui caractérise l'usage gaulois de la monnaie se maintient donc tout au long du Ier s. av. J.-C.

 

          3.5. Les restes osseux

Trente ensembles de restes osseux ont été étudiés, qui totalisent plus de 14 000 restes. Globalement, la répartition des restes de grands animaux domestiques présente le faciès caractéristique des habitats groupés de la fin de la période laténienne en Gaule tempérée, avec toutefois une surreprésentation du bœuf et une sous représentation des caprinés (fig. 155). On observe aussi une régression régulière de la part du porc. Les bœufs et les porcs montrent, à période égale, une stature plus importante que celle relevée dans le nord de la France, sans que l'apport d'animaux étrangers de grande taille puisse être tenue pour responsable de cette amélioration. On a en revanche repéré un cas d'importation de cheval de grande taille, à l'horizon 4. Le mode de sélection des animaux de boucherie (prépondérance du bœuf, fréquence des sujets réformés à un âge avancé) donne l'image d'une alimentation carnée assez médiocre.

 

4. Synthèse

M.-O. LAVENDHOMME, V. GUICHARD

          4.1. Les problèmes de datation

On souligne la difficulté à raccorder les systèmes chronologiques de régions éloignées, en raison des différences de faciès du mobilier, en particulier dans le domaine de la céramique. Les objets utilisables en priorité pour les comparaisons sont les importations méditerranéennes, les monnaies et les parures vestimentaires, en partant du principe que la période d'utilisation d'un objet est la même dans toute les régions où il est rencontré, sauf preuve explicite du contraire.

Le système chronologique proposé, découpé en six horizons, est nettement plus précis que celui traditionnellement utilisé, qui ne distingue que quatre étapes dans la même durée du lie et du Ier s. av. J.-C. (La Tène C2, Di, 02 et l'Augustéen). Au sein de ce cadre général, des découpages plus fins ont été proposés dans diverses régions (est du Bassin parisien, moyenne vallée du Rhin, Plateau suisse) mais il est difficile d'établir des correspondances précises avec le système mis en place pour le pays ségusiave.

La prise en compte de diverses données de référence (datation des céramiques méditerranéennes d'importation et des rnonnayages à partir de sites disposant d'un terminus ante quem, comme Carthage, Alésia, les camps du limes germanique) permet de proposer une date approximative pour chacun des horizons. Ces dates ont été vieillies quelque peu par rapport à la proposition faite il y a quelques années pour Feurs (Vaginay, Guichard 1988). On peut contrôler leur cohérence avec les dates dendrochronologiques disponibles sur - plusieurs sites possédant un faciès culturel peu différent de celui de Roanne (Besançon, Yverdon, etc.) (tabl. 1).

 

          4.2. L'économie de l'agglomération gauloise

Nos données de fouille permettent d'abord d'apprécier le rythme de la monétarisation de l'économie, qui est consommée à la fin du IIe s. av. J.-C. De ce point de vue, on peut même considérer que la romanisation a pour effet un recul de l'usage de. la monnaie, avec l'abandon des espèces les plus légères en métal vil et la raréfaction des pertes. On mesure également bien l'intensification des relations avec le monde méditerranéen, qui deviennent réellement importantes à la fin du ues. avec le début des importations massives de vin italien. Les échanges transversaux, entre régions de Gaule centrale, sont beaucoup plus difficiles à apprécier. On en a du moins mis en évidence deux particulièrement significatifs: les moulins à céréales, probablement importés depuis le Morvan et l'Auvergne dès le début du IIe s., et les vases de type « Besançon» également originaires du Morvan. S'y ajoutent peut-être les parures en verre, trop peu nombreuses pour témoigner d'un artisanat régional développé.

L'économie de subsistance n'a pu être abordée que. par le biais de l'archéozoologie. Celle-ci montre un type de consommation caractéristique des agglomérations de la fin de la période laténienne, qu'elles soient ouvertes ou fortifiées. Les activités de transformation sûrement attestées par la fouille sont très peu nombreuses (essentiellement le tissage), mais cela tient probablement à l'exiguïté de la fouille. L'étude précise de la céramique, que l'on peut présumer avoir été en grande partie fabriquée sur place, permet toutefois de mettre en évidence indirectement quelques traits marquants de l'évolution des activités industrielles. Le souci de rentabilité ne se fait en effet réellement sentir qu'à partir du début du Ier s. av. J.-C. Il se traduit par l'amélioration des techniques de fabrication et une normalisation accrue du répertoire (accompagnée d'un appauvrissement des techniques décoratives). On suppose même que c'est à cette époque que se mettent en place certains des ateliers organisés dont on connaît un si grand nombre en Gaule centrale au siècle suivant.

 

          4.3. Le faciès culturel ségusiave

La composition des pertes monétaires rattache Roanne (et plus généralement le pays ségusiave) à la sphère éduenne et confirme ainsi l'assertion de César selon laquelle les Ségusiaves vivaient sous la dépendance de leurs puissants voisins. La céramique indigène montre par ailleurs une évidente communauté culturelle des sites inscrits à l'intérieur du territoire présumé de la cité ségusiave, qui Couvre le Roannais et ses marches, la plaine du Forez, mais aussi la région lyonnaise. Cette communauté est discernable dès le IIe s. av. J.-C., époque où elle se distingue nettement du faciès des régions limitrophes, en particulier l'Auvergne. Elle n'empêche pas une évolution à des rythmes comparables (avec des différences de détail) des différentes régions du nord du Massif central, qui présentent diverses caractéristiques culturelles communes comme le formidable développement de la céramique peinte au IIe s. av. J.-C.

L'impact de la fondation d'un oppidum dans le terroir de Roanne, probablement à l'orée du Ier s., est difficile à apprécier. Les données archéologiques seraient en faveur d'un fléchissement de l'activité au Ier s. av. J.-C., mais celui-ci n'est pas mesurable précisément. Le fait marquant est en tout cas que le site n'est pas abandonné, comme on peut l'observer ailleurs. Au contraire, il se développe rapidement à partir du début de l'époque augustéenne, tandis que l'oppidum paraît désaffecté peu après la Conquête. On observe donc un scénario commun à l'ensemble du territoire ségusiave, caractérisé par la brièveté de l'épisode des oppida et l'impact bien plus significatif des sites implantés aux IIIe-IIe s. av. J-C. sur l'organisation du peuplement gallo-romain. Plus précisément, la physionomie et l'économie de l'agglomération gallo-romaine de Roanne semblent être déjà en grande partie fixées au moment de la romanisation.

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