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dAf 58


MENEZ Yves

Une ferme de l'Armorique gauloise.

Le Boisanne à Plouër-sur-Rance (Côtes-d'Armor)

Découverte lors de la construction de la déviation de la N 176 près de Dinan, la ferme du Boisanne n'est qu'une modeste exploitation rurale ; elle constitue pourtant un objet d'étude exemplaire. On peut en effet suivre sans interruption son évolution sur une très longue durée, du VIe s. av. J.-C. au IIIe ap. J.‑C. La stratigraphie, les structures et le mobilier sont présentés de façon détaillée. La ferme est replacée dans son contexte tant géographique (l'estuaire de la Rance) qu'historique (l'âge du Fer armoricain). L'étude s'achève sur une réflexion dépassant largement le cadre régional : la fonction et l'évolution des « fermes indigènes » ou aedificia (mythe ou réalité archéologique ?) de l'âge du Fer à l'époque gallo‑romaine.

Résumé court

Résumé long

1. Le cadre méthodologique

Le site du Boisanne a été découvert fortuitement lors des terrassements préalables à la réalisation d'une route nationale. Après de la fouille préventive effectuée en 1987, il a été décidé de poursuivre l'étude de cet habitat hors du tracé routier, dans le cadre d'opérations programmées qui, en 1988 et 1989, ont permis de porter la superficie étudiée à 11200 m2. Après un décapage des terres labourées aussi extensif que possible, désormais classique sur ces sites aux sols détruits, la fouille a permis d'étudier, à l'aide de sondages ou de manière plus complète, les comblements des différentes excavations qui sont apparues, fondations de l'habitat ou vestiges de structures localisées à sa périphérie.

 

2. Les structures

En l'absence d'ensembles homogènes et clairement stratifiés, il a été décidé de dissocier l'analyse du mobilier de celle des structures mises au jour. Cette dernière comprend successivement, pour l'habitat proprement dit, la présentation des fossés ou tranchées délimitant les différents enclos, suivie de celle des trous de poteaux, mare ou souterrain. L'étude de l'environnement prend en compte des chemins et un enclos funéraire contemporains de la ferme, des carrières gallo-romaines ainsi qu'une zone qui a livré de très nombreux fragments de statuettes en terre cuite. Ces vestiges de vénus ou de déesses-mères, probables ex-voto, permettent de poser l'hypothèse d'un modeste sanctuaire presque totalement arasé.

 

3. Le mobilier

La présentation du mobilier débute par un essai de restitution de ses modes de dépôt, nécessaire à la compréhension de la représentativité du lot prélevé lors de la fouille. La méthode d'analyse choisie privilégie la chronologie et la répartition spatiale des objets ou des sédiments. L'étude des 9028 tessons de céramiques a abouti à l'élaboration d'un phasage qui reflète l'extension progressive de l'habitat, déjà perçue à l'issue de l'analyse des fossés. Le mobilier non céramique, rare, comprend principalement quelques objets en fer ou en métal cuivreux, des bracelets de verre ou de lignite ainsi que plusieurs meules à grain. L'analyse des ossements permet, malgré le caractère limité du lot étudié dû à l'acidité des sols armoricains, d'évoquer la faune consommée sur le site. L'examen des pollens et des charbons de bois a permis, couplé aux analyses sédimentologiques et micromorphologiques, de valider l'interprétation de certaines excavations et d'esquisser l'évolution du paysage autour de la ferme. .

 

4. Naissance et évolution de l'exploitation agricole

La synthèse de l'ensemble de ces données permet de restituer les phases principales de l'histoire de cet habitat entre la fin du VIe et le Ier s. av. J.-C., période durant laquelle cet établissement agricole, très modeste à l'origine, devient une vaste ferme constituée de plusieurs enclos successivement adjoints les uns aux autres. L'étude de l'environnement de ce site est ensuite abordée, mais ne permet pas d'apporter de réponse convaincante aux questions concernant la localisation et la structure du terroir de cette installation agricole.

 

5. Epilogue

Il est apparu nécessaire, à l'issue de ce travail, de rouvrir le dossier des aedificia, ou des «fermes indigènes», en s'interrogeant sur la nature de ces habitats, leurs fonctions premières et le statut de leurs propriétaires. La question du devenir de ces exploitations agricoles après la conquête est également abordée. Les quelques pistes de recherche soulevées à partir de la documentation publiée, encore rare et trop disparate, permettent cependant, au-delà de la simple monographie de site, de recadrer les apports de la fouille du Boisanne dans une problématique plus vaste: celle de la formation des campagnes au second âge du Fer.

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