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dAf 56


DELAGNES Anne et ROPARS Anne

Paléolithique moyen en pays de Caux (Haute-Normandie)

Les fouilles menées sur les tracés des autoroutes A28 et A29 ont mis au jour deux gisements du Paléolithique moyen (- 300 000 à - 30 000), au Pucheuil et à Etoutteville (Haute-Normandie), livrant d'importantes séries lithiques qui ont fait l'objet de nombreux remontages.

Au Pucheuil, deux occupations humaines, en contexte de doline, se singularisent par des traditions techniques particulières qui relèvent toutefois d'un même système de production, le débitage Levallois. Ce dernier, associé à une conception volumétrique des nucléus similaire à celle du Paléolithique supérieur, caractérise aussi la production laminaire d'Etoutteville. L'analyse spatiale des ensembles remontés de ce site l'identifie comme atelier de débitage. Ces résultats, enrichis par une présentation du cadre géomorphologique et stratigraphique, constituent une contribution solide à la connaissance de la Préhistoire de l'Europe du Nord-Ouest.

Résumé court

Résumé long

1. Cadre d'étude

          1.1. Introduction

          A. DELAGNES, A. ROPARS

Les opérations menées dans le cadre des travaux autoroutiers de Haute-Normandie (A28 et A29) ont livré deux gisements de plein air du Paléolithique moyen: Le Pucheuil et Etoutteville, en contexte de" doline jusqu'alors peu connu, et dont le potentiel était largement sous-estimé. Leur étude apporte des données nouvelles pour la connaissance de la Préhistoire ancienne régionale, mais aussi dans le cadre élargi de l'Europe du Nord-Ouest.

 

          1.2. Le Paléolithique ancien et moyen en Haute-Normandie : évolution de la recherche et état de la documentation

          C. BILLARD

La Haute-Normandie est une région riche en gisements paléolithiques, mis en valeur depuis les travaux de F. Bordes. Les recherches récentes ont permis de consolider le cadre chronostratigraphique régional et d'envisager de nouvelles approches tant spatiales que technologiques. L'inventaire des sites régionaux de référence met en évidence des lacunes documentaires importantes relatives à la connaissance des phases les plus anciennes et les plus récentes du Paléolithique moyen.

 

          1.3. Aspects physiques d'ensemble du Pays de Caux

          A. HOUARI

Le pays de Caux correspond à un plateau d'altitude moyenne de 100 à 150 m, incisé par des vallées d'orientation Nord- Sud. Ce plateau se caractérise par un seul faciès lithologique : la craie du Crétacé supérieur (du Cénomanien au Sénonien). Un manteau d'argile à silex issu de l'altération de la craie, des dépôts tertiaires (sables, argiles, grès, poudingues...) et d'épaisses formations loessiques quaternaires constituent les dépôts présents au sommet de la craie.

 

2. Le site du Pucheuil à Saint- Saëns (Seine-Maritime)

          2.1. Présentation générale de l'opération et des données archéologiques

          C. BILLARD, A. DELAGNES, A. ROPARS

Au Pucheuil, les limons du plateau de Caux ont livré pour la première fois une stratigraphie développée dans une doline. Cette dépression, profonde de 7 m, renfermait des limons saaliens rarement aussi dilatés en Haute-Normandie. Cette situation de « piège » a permis la conservation de deux abondantes séries lithiques du Paléolithique moyen, la plus ancienne antérieure au dernier interglaciaire saalien (ou contemporaine du début de la mise en place du paléosol) et la plus récente, immédiatement postérieure. La fouille de la doline a éclairé les questions préalablement posées : individualiser sur le plan chronostratigraphique les séries lithiques observées en bordure de la dépression, préciser les fondements technologiques des systèmes de production.

 

          2.2. Cadre géomorphologique et stratigraphique

          H. HALBOUT, J.-P. LAUTRIDOU

Le site du Pucheuil se situe à l'extrémité du plateau de Caux en bordure du pays de Bray. Le pays de Caux est un glacis en pente douce vers l'ouest, recouvert par une altérite complexe de la craie secondaire«l'argile à silex.. et par du lœss. En bordure du pays de Bray, qui est en constant soulèvement, les processus périglaciaires de dénudation ont érodé l'essentiel des formations superficielles. Cependant, grâce à des affaissements localisés de la craie par des phénomènes de soutirage karstique (doline), des enregistrements de séquences lœssiques du Pléistocène moyen comprenant du matériel lithique ont été conservés. Le cadre chrono-stratigraphique correspond à celui établi près de Rouen à Saint-Pierre-lès- Elbeuf et à Saint-Romain-de-Colbosc plus à l'ouest.

 

          2.3. L'industrie lithique de la série B du Pucheuil

          A. DELAGNES

La plus récente des séries lithiques du Pucheuil présente l'originalité d'être composée de quatre chaînes opératoires, largement documentées par des remontages. Elles font appel pour certaines à des modes de production inédits pour ces périodes, et s'inscrivent dans une structure complexe et ramifiée de la production lithique, au sein de laquelle des chaînes opératoires secondaires viennent se greffer à la chaîne opératoire principale (Levallois). Ces différentes formes de gestion technique de la production paraissent aller de pair avec diverses modalités d'organisation spatiale et économique des activités de taille. Elles relèvent en outre de différents niveaux d'élaboration technique, sur les plans conceptuel et opératoire, et soulèvent la question de la pluralité des niveaux de compétence des auteurs de cette industrie.

 

          2.4. L'industrie lithique des séries A et C du Pucheuil

          A. DELAGNES

Les séries A et C du Pucheuil, issues de contextes stratigraphiques et topographiques distincts, semblent correspondre à une même entité archéologique, scindée lors de la formation de la doline. Elles se caractérisent par une unique chaîne opératoire de production, fondée sur le débitage Levallois récurrent unipolaire. Les options techniques confèrent aux éclats Levallois des caractères morphotechniques assez constants. Ces produits semblent conçus pour posséder les caractères morphofonctionnels requis pour leur exploitation à l'état brut. Ces séries se rattachent au Paléolithique moyen ancien, et se singularisent par un outillage original qui ne peut s'intégrer dans aucun des faciès typologiques du Moustérien.

 

          2.5. Synthèse

          A. DELAGNES, A. ROPARS, avec la coll. de C. Billard et J.-P. Lautridou

La géométrie particulière des dépôts de la doline du Pucheuil, résultant de cinq grandes phases de soutirage karstique et de comblement de la dépression, permet de proposer un schéma interprétatif resituant les périodes d'occupation humaine dans la chronologie de la dynamique des dépôts. Est également débattue la question du choix de l'implantation humaine. Enfin, l'étude comparative des ensembles lithiques individualisés au Pucheuil offre la possibilité d'une approche diachronique du Paléolithique moyen ancien au sein d'un même gisement. Les deux occupations attestées sont le fait de groupes humains aux traditions techniques distinctes même si celles-ci procèdent d'un même système de production, le débitage Levallois.

 

3. Le site d'Etoutteville (Seine-Maritime)

          3.1. Présentation générale du site

          A. DELAGNES

Le site d'Etoutteville se caractérise par un unique niveau d'occupation qui s'inscrit dans une séquence chronostratigraphique classique dans cette région concordant avec le Début Glaciaire Weichsélien. Le dépôt archéologique, intégralement fouillé, allie des caractères techniques et spatiaux homogènes et qui témoignent d'une perturbation limitée des vestiges.

 

          3.2. Optical dating of quartz from Etoutteville

          E.J. RHODES

La méthode de l'OSL a été appliquée à la datation de quartz extraits de quatre prélèvements de sédiments. Les résultats combinés obtenus à partir des deux prélèvements supérieurs (sus-jacents au glacis de Kesselt) donnent un âge estimé à 38 400 ± 6 200, alors que les deux prélèvements inférieurs (directement sous-jacents au niveau archéologique) indiquent un âge de 116 000 ±4 000. Ces dates sont plus anciennes que celles suggérées par les données chronostratigraphiques régionales.


          3.3. Cadre géomorphologique et stratigraphique

          H. HALBOUT, J.-P. LAUTRIDOU

Le gisement archéologique d'Etoutteville se place au sommet des « limons bruns feuilletés Il qui constituent la première partie d'un cycle lœssique périglaciaire. Le site comporte de nombreux hiatus, notamment celui du lœss récent inférieur (anté-Kesselt), et celui du sol interglaciaire éémien (Elbeuf 1), mais il se trouve en bordure d'une dépression karstique plus récente que celle du Pucheuil et dans laquelle on a observé une séquence dilatée exceptionnelle du Weichsélien au-dessus du sol interglaciaire éémien.

 

          3.4 Organisation technique et spatiale de la production laminaire à Etoutteville

          A. DELAGNES, avec la coll. de F. Kuntzmann

L'industrie lithique d'Etoutteville est exclusivement fondée sur un système de production laminaire, s'appuyant d'une part sur une conception Levallois du . débitage, et d'autre part sur une conception volumétrique des nucléus semblable à celles qui caractérisent les systèmes de production laminaire du Paléolithique supérieur. Ces deux conceptions volumétriques, mises en œuvre dans le cadre d'une même chaîne opératoire, conduisent respectivement à l'obtention d'éclats laminaires et de lames, aux caractères morphotechniques et dimensionnels distincts. L'analyse spatiale des principaux ensembles remontés révèle dans certains cas des ruptures dans la gestion spatiale du débitage indiquant. l'exploitation du site comme atelier de débitage. Le site d'Etoutteville apporte des données nouvelles dans l'approche du phénomène laminaire au Paléolithique moyen.

 

4 Conclusion

A. DELAGNES

Les industries lithiques du Paléolithique moyen en Haute-Normandie se caractérisent par une forte spécificité de chaque assemblage, résultant probablement de la discontinuité des implantations humaines dans cette région. Elles possèdent en outre les mêmes caractères génériques que ceux qui ont servi autrefois à la définition du faciès dit Levalloisien dans le nord de la France. La pertinence de ce faciès, la nature des facteurs à l'origine de son émergence et leurs conséquences sur les caractéristiques techniques et typologiques des ensembles lithiques sont discutées à partir des exemples du Pucheuil et d'Etoutteville.

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