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FICHET DE CLAIRFONTAINE François
Ateliers de potiers médiévaux en Bretagne
Le projet collectif de recherche conduit de 1984 à 1989 a permis d'aborder l'histoire de l'artisanat potier médiéval en Bretagne en privilégiant le dialogue entre l'étude historique, l'archéologie et l'archéométrie.
Ont été successivement menés l'examen diachronique des sources écrites (XIVe-XXe s.), les prospections et études des environnements géologique et archéologique, la fouille de sites potiers carolingiens (Meudon à Vannes, Planguenoual) ou des XIe-XIIe s. (Fontenay à Chartres-de-Bretagne) : celle-ci était axée sur l'ensemble des structures des ateliers et non pas seulement sur les fours, et sur l'analyse des productions (analyse morphologique, caractérisation pétrographique, datation par archéomagnétisme). Cette recherche, nourrie par des réflexions méthodologiques, a fait l'objet de dix contributions qui reflètent la diversité des approches et renouvellent l'histoire des ateliers et centres potiers de la région Bretagne.
Résumé court
Résumé long
Introduction
P. ANDRÉ, J. COQUET, F. FICHET DE CLAlRFONTAINE, P.-R. GIOT, L. LANGOUËT, P. LANOS, G. LEROUX, H. MORZADEC
Dans une recherche méthodique et une étude des ateliers médiévaux de potiers en Bretagne, plusieurs approches ont été mises en oeuvreet combinées : l'analyse de divers documents d'archives médiévales ou postmédiévales, le dépouillement de la bibliographie, l'exploitation de la micro-toponymie,l'approche de terrain (les données géologiques, la localisation des sites inédits, la prospection fine des sites repérés) et la fouille.
Partie 1 – Les sources écrites
1. L'artisanat céramique breton au XVe s. : potiers et tuiliers
F. FICHET DE CLAIRFONTAINE, L. BEUCHET
Les fonds d'archives bretons conservent pour l'étude de l'artisanat potier une documentation exceptionnelle du XVe s. qui, toutefois, ne concerne que six centres artisanaux sur dix-neuf localisés par la prospection ou les fouilles. Grâce aux progrès de la comptabilité, ceux de la fiscalité liés à une gestion plus rigoureuse des domaines, il a été possible de suivre l'évolution tant sociale qu'économique des centres potiers de Chartres-de- Bretagne ou de La Poterie Lamballe. La documentation fournit des éléments sur le droit d'accès, nullement gratuit, à la terre et au bois, sur la structure des unités de production, sur l'apprentissage du métier ou l'importance de l'artisanat de la céramique, un métier d'appoint parmi d'autres, au sein du monde agricole. Les textes évoquent tout autant les modes de commercialisation des produits que la nature et le prix de nombre de ceux-ci. Le XVe s. apparaît comme une période charnière, qui annonce la création des corporations, avec l'émergence de règlements internes propre à contrôler l'activité et le nombre des artisans. Elle prépare l'irruption des premiers marchands potiers et la naissance de véritables dynasties potières. L'évolution vers une activité spécialisée, qui n'est plus seulement un métier d'appoint, n'est pas encore achevée, mais ce phénomène est bien annoncé.
2. Le centre potier de Malansac (Morbihan) (fin XVIIe-déb. XXe s.)
P. ANDRÉ
À l'est de Vannes, Malansac fut pendant plusieurs siècles et jusqu'aux années 1900, un des rares centres potiers de cette région sud de . la Bretagne. Les sources écrites permettent de reconstituer en partie le milieu social des potiers, artisans souvent méprisés par la communauté rurale qu'ils côtoient. Ils constituent un isolat, souvent marqué par la misère. Les objets qu'ils fabriquent subissent à la fin du XIXe s. la concurrence de nouveaux produits qui précipitent la fin d'une activité aujourd'hui tombée dans l'oubli, voire occultée.
Partie 2 - Les productions
1. Quelques aspects de la production céramique en Bretagne (Ve.XVe s.)
P.-R. GIOT, F.FICHET DE CLAIRFONTAINE
On ignore à peu près tout de l'évolution des productions céramiques en Armorique du Ve au IXe s. et une évolution similaire à celle de la Bretagne insulaire reste à prouver. La présence de céramiques non tournées à Miniac-Morvan, au Ve s., de rar.es fragments de poteries saxonnes et celle de productions méditerranéennes (sigilée africaine, amphore B2) à Corseul et dans l'île Lavret restent ainsi insuffisantes pour étayer une telle hypothèse. À partir du IXe s., et le phénomène s'amplifiera par la suite, se distinguent deux aires de productions nettement différenciées, séparées par une ligne qui court de Redon à Lamballe. L'occidentale est marquée par l'influence franque et les formes sont caractéristiques du contexte céramique de l'Europe du Nord-Ouest des IXe-XVe s. Celle occidentale ou « bretonnante» est marquée par la faible importance de la céramique au sein du mobilier domestique; elle est fidèle jusqu'aux XVe-XVIe s. aux rebords à profil rectangulaire et à des formes plus directement héritées ou influencées de la Bretagne insulaire.
2. L'atelier de potiers carolingiens de Meudon à Vannes (Morbihan)
A. TRISTE, D. TAQUET, F. FICHET DE CLAIRFONTAINE
L'atelier de Meudon près de Vannes (Morbihan) a été en activité entre la fin du Villes. et le début du Xe s. Le plan des structures mises au jour sur près de 1000 m2, semble démontrer une organisation tripartite du site, auquel on accédait par un chemin bordé de deux petits fossés. Son épine dorsale est constituée par l'aire de cuisson qui regroupe huit fours alignés, cinq à chambre unique et trois à chambres superposées, certains ayant fonctionné en même temps. Plusieurs structures ont été individualisées au sein de l'aire de cuisson et parmi celles-ci une fosse comblée d'argile et deux buttes constituées d'un mélange de sable et d'argile. Au sud, deux aires regroupant de nombreux trous de poteaux sont séparées par un fossé. Un seul plan d'édifice a pu être reconnu. Situé dans l'aire est, délimité par huit poteaux et une tranchée de sablière basse, il est long de 5 m et large de 3,40 m et abrite deux petits foyers et un empierrement. La production, constituée exclusivement de vaisselle de cuisine et de stockage, comprend un nombre restreint de formes (cinq), en majorité fermées et souvent décorées de motifs géométriques (plus de cent répertoriés, se subdivisant en cinq groupes) imprimés à la molette. Ces productions ont été diffusées dans tout le Vannetais, Vannes constituant sans doute le débouché principal.
3. Ateliers carolingiens en haute Bretagne
L. LANGOUËT, C. BIZIEN-JAGLlN, P. LANOS
La fouille de trois ateliers de potiers d'époque carolingienne dans le nord de la haute Bretagne a permis d'avoir des données précises sur les fours de cuisson, sur les productions à partir des rejets, sur les chronologies d'abandon et sur les diffusions des produits respectifs.
4. Le centre potier de Chartres-de-Bretagne (Îlle-et-Vilaine) aux XIe-XIIe s. L'atelier 1 de Fontenay
F. FICHET DE CLAIRFONTAINE, L. BEUCHET
Datable au plus tard de la fin du xie ou Du début du XIIe s., l'atelier 1 est un petit atelier rural de faible dimension, le plus ancien actuellement fouillé sur le site potier de Fontenay. Il regroupe un faible nombre de structures qui, mis à part les fours, sont relativement rudimentaires. L'aire de cuisson bien individualisée comprend trois fours longitudinaux à tirage horizontal. Elle se situe entre une aire d'extraction de sable et d'argile située au nord et, au sud, une zone de façonnage qui comprend au moins un édifice sur poteaux porteurs qui a pu abriter un tour de potier. La production, constituée essentiellement de vaisselle de cuisine et de stockage, ainsi que de luminaire (ou les, cruches, bassins, jattes etc.) Regroupe une douzaine de formes, rarement décorées, très proches de celles des ateliers carolingiens de haute Bretagne.
5. La poterie onctueuse
P.-R. GIOT, H. MORZADEC
Cette fabrication originale, d'aspect très grossier, venant d'ateliers du sud-ouest du Finistère, utilisant des matériaux dérivés d'un petit massif de roches ultrabasiques, est un très bel exemple d'un succès dû aux qualités spécifiques de matériau. Formée d'un enchevêtrement de fragments de talc dans une matrice chloriteuse, sa très faible dureté étant compensée par sa cohésion, cette production possède une résistance extrême aux chocs thermiques. L'article fait le point sur la minéralogie et la géochimie du matériau, comme sur les formes céramiques, sur sa datation (du Xe au XVIe s.) et sa diffusion.
Partie 3 - Les données de laboratoire
1. Analyses archéomagnétiques et datations. Quelques ateliers de haute Bretagne
P. LANOS
Quatre ateliers de potiers médiévaux de haute Bretagne ont fait l'objet d'analyses archéomagnétiques accompagnées, selon les cas, par des datations radiocarboniques ou par thermoluminescence. Il s'agit des sites de Trans, de Guipel, de Chartres-de- Bretagne (Îlle-et-Vilaine) et de Meudon (Morbihan). Après un rappel historique du développement, en France, de la méthode de datation par l'archéomagnétisme appliquée aux argiles cuites et un exposé des dernières avancées concernant la correction d'anisotropie d'aimantation thermorémanente, dont la prise en compte est fondamentale pour l'obtention de datations fiables, une notice critique des travaux effectués pour chacun des quatre ateliers est donnée. Dans chaque cas, la discussion porte sur la comparaison des résultats chronologiques obtenus par les différentes méthodes mises en jeu et sur la comparaison des résultats archéomagnétiques obtenus à partir des différents types de prélèvements effectués. Nous attirons enfin l'attention des lecteurs sur les progrès et les enjeux actuels de la recherche en archéomagnétisme. Nous montrons comment la fiabilité de cette méthode dépend tout autant des archéologues que des physiciens, qui ont ainsi tout intérêt à une étroite collaboration.
2. Caractérisation pétrographique des céramiques bretonnes
P.-R. GIOT, H. MORZADEC
Les poteries grossières, à abondantes inclusions dérivées des roches du socle armoricain, sont un objet de choix pour l'analyse pétrographique. Les lames minces, complétées par d'autres méthodes selon les cas, sont très informatives. La poterie de Landéan (Îlle-et-Vilaine) est prise comme exemple de poterie confectionnée avec une argile sédimentaire, mais ainsi dégraissée. Le groupe de poteries faites avec des argiles plio-pléistocènes à spicules d'éponges siliceuses, d'aspect très caractéristique, montre tout autour du massif Armoricain des variations dans les ajouts, illustrées par les ateliers de St-Jean-la-Poterie et de Malansac (Morbihan), ou des exemples plus lirt1ités à Corseul (Côtes-d'Armor) et Landerneau (Finistère). Les ateliers de Chartres-de-Bretagne, pauvres en spicules car utilisant des argiles pliocènes et des argiles d'altération, livrent plutôt des grains roulés alluvionnaires. Les poteries confectionnées avec des argiles d'altération du socle cristallin, dégraissées avec des roches acides, sont d'autant mieux identifiables qu'on y trouve des fragments de roche et non pas seulement des grains minéraux isolés. Quelques ateliers carolingiens ont été pris comme exemples. Les poteries dérivant des matériaux de roches cristallines basiques (argiles et inclusions) offrent les plus belles possibilités de caractérisation, comme le montrent les ateliers gravitant autour de La Poterie Lamballe et de Pabu-Guingamp (Côtes-d'Armor).