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dAf 54


PININGRE Jean-François

Nécropoles et société au premier âge du Fer :

le tumulus de Courtesoult (Haute-Saône)

Une vaste campagne de fouille a permis de sauver de la destruction un tumulus gaulois à Courtesoult (Haute-Saône).

Ces recherches ont mis en évidence deux étapes principales de construction et d'utilisation du monument qui comprenait 45 sépultures. Ces dernières ont fait l'objet d'études anthropologique et paléodémographique détaillées. L'analyse typologique du mobilier, composé pour l'essentiel de parures (fibules, bracelets, agrafes de ceintures, perles de corail...) permet de proposer une datation échelonnée entre le Hallstatt D1 et La Tène A. Les données de Courtesoult, confrontées à celles d'autres nécropoles telles que Gy, Mantoche ou Savoyeux, viennent préciser l'évolution du comportement funéraire au premier âge du Fer entre Jura et Bourgogne, région qui n'avait pas donné lieu à des études récentes sur cette période.

Résumé court

Résumé long

Le tumulus du premier âge du Fer de Courtesoult (Haute-Saône) est situé à proximité de la rivière Le Salon, affluent de rive droite du cours supérieur de la Saône. Il a fait l'objet d'une fouille de sauvetage d'août à octobre 1987, décidée à la suite de son arasement par les labours.

 

Il se présentait au moment de la fouille sous la forme d'un tertre très étalé de 30 m de diamètre, haut de 0,70 m. Deux phases de construction ont été distinguées. Un tumulus initial de 9 m de diamètre environ avait été entouré d'un fossé périphérique dont les déblais de creusement avaient été rejetés vers l'extérieur. Ce tumulus a ensuite été rehaussé et le fossé comblé pour permettre l'installation de nouvelles sépultures.

 

L'intérêt de l'étude de ce tertre isolé réside dans le nombre important de sépultures qu'il contenait, estimé à un minimum de 47 individus sur les bases du décompte incluant les sépultures bouleversées avant la fouille. Trente-six inhumations simples ou multiples, plus ou moins bien conservées et 6 incinérations, toutes en dépôts bi-rituels, ont été fouillées. Les mobiliers de 30 inhumations permettent de proposer une chronologie interne des sépultures et de suivre les différentes étapes de l'utilisation du monument entre le Ha 01 et La Tène A. L'étude typologique de ce matériel abondant, composé dans sa presque totalité de parures (fibules, bracelets et anneaux de chevilles, agrafes de ceinture, perles de corail, verre, ambre et bronze), fournit une séquence particulièrement bien documentée pour la connaissance de la chronologie du Hallstatt final au nord du Jura. Quatre groupes chronologiques, ou phases, ont été distinguées et peuvent être mis en parallèle avec les systèmes chronologiques proposés par les archéologues allemands :

- phase 1, Ha D1, Parzinger 6 ;

- phase 2, Ha D1-D2, Parzinger 7a ;

- phase 3, Ha-D2, Parzinger 7b-c ;

- phase 4, Ha D3-début La Tène A, Parzinger 8-9.

 

Cette chronologie permet de mettre clairement en évidence un horizon récent du Ha D1 (7a de Parzinger), une évolution de la parure au Ha D2-D3, et d'isoler des ensembles du début de La Tène ancienne.

 

L'étude des pratiques funéraires met l'accent sur l'aménagement des sépultures. L'utilisation de cercueils de différents types (monoxyle, coffres en éléments indépendants) a été déduite des observations de terrain (traces organiques) et des interprétations taphonomiques. Il a été également procédé à une typologie des différents aménagements de pierres: entourage, calages, caissons de dalles. L'étude détaillée du costume funéraire en fonction de la chronologie et des données de l'anthropologie (sexe et âge des défunts), autorise une approche sociale d'un groupe humain durant près de deux siècles dans le contexte du domaine hallstattien occidental.

 

Une approche anthropologique et paléodémographique détaillée vient étayer l'évolution de l'organisation des sépultures dans le tumulus. Deux principaux stades peuvent être ainsi distingués. Autour d'une tombe centrale féminine initiale richement dotée, l'organisation concentrique des inhumations progresse chronologiquement du centre vers la périphérie du monument. Les deux sexes sont représentés de façon équivalente autour de cette sépulture centrale (phases 1 et 2). Avec les sépultures des phases 3 et 4, se dessine une organisation opposant un groupe nord à dominante féminine et un groupe sud à dominante masculine, de part et d'autre d'une tombe triple excentrée vers l'est, perturbée ou violée. Cette contribution permet aussi d'ouvrir la discussion sur le recrutement de la population du tumulus (sous-représentation des enfants de moins de 5 ans), ainsi que sur la structure du groupe et ses composantes démographiques.

 

Dans leur contexte régional entre Jura et Bourgogne, la confrontation des données du tumulus de Courtesoult aux nécropoles contemporaines du Jura et du bassin supérieur de la Saône, partiellement inédites (tumulus de Gy, Bucey-les-Gy, Savoyeux, Venère, Montarlot-lès-Champlitte, nécropole de Mantoche), vient préciser l'évolution du comportement funéraire entre la fin du VIIe s. et la seconde moitié du Ve s. av. J.-C. dans une région où le premier âge du Fer n'avait pas donné lieu à des études récentes.

 

Le mobilier met l'accent sur les liens privilégiés qui unissent le bassin supérieur de la Saône au domaine jurassien et nord-alpin représenté par des parures de répartition supra-régionales (brassards-tonnelets, fibules serpentiformes). Parallèlement, le Jura, la vallée de la Saône et la Bourgogne se trouvent associés par des productions locales. Le tumulus de Courtesoult est enfin replacé dans le cadre de l'évolution des sociétés princières du Hallstatt final à partir des données disponibles dans le bassin supérieur de la Saône: nécropoles aristocratiques et princières de Mantoche, Apremont, Mercey, Savoyeux, habitats fortifiés et de plaine.

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