dAf 53
GARMY Pierre et MAURIN Louis
Enceintes romaines d'Aquitaine : Bordeaux, Dax, Périgueux, Bazas
Considérés traditionnellement comme le résultat d’une invasion de la Gaule par les barbares en 275, les remparts du Bas-Empire sont étudiés ici à travers les quatre villes de Bordeaux, Dax, Périgueux, Bazas.
Les spécificités de chacune tiennent au passé de l’agglomération, à son rôle au Bas‑Empire, à la topographie, aux solutions diverses adoptées par les constructeurs, enfin à la date qu’on peut attribuer à l’enceinte. Cependant, dans leur conception générale, le mode de construction des murs, les détails des aménagements (implantation des tours, petit nombre des portes, absence de fossés, abondance ou rareté des remplois), ces villes fortes ne constituent pas des cas particuliers, mais prennent place dans des réseaux de défense constitués à des dates variables entre l’empire gaulois et la fin de la domination romaine dans le sud‑ouest de la Gaule.
Résumé court
Résumé long
Introduction
P. GARMY, L. MAURIN
L'étude des enceintes gallo-romaines du Bas-Empire est reconsidérée dans le cadre du Sud-Ouest de la Gaule. Le choix des quatre remparts de Bordeaux, Dax, Périgueux, Bazasa été déterminé par leur situation à l'intérieur d'une même circonscription archéologique (l'Aquitaine d'aujourd'hui), ce qui permettait des facilités notables pour leur étude. Mais ce territoire offrait aussi un cadre approprié pour l'Antiquité. En effet, la région actuelle reflète bien l'opposition qui régnait dans l'Aquitaine romaine entre les chefs-lieux des cités celtiques du nord et ceux des peuples aquitains du sud de la province et, à l'intérieur de ces deux grands secteurs géographiques, les villes ne sont pas uniformes : à travers les quatre chefs-lieux choisis, l'étude porte sur quatre types très différents de villes fortes de l'Antiquité tardive.
1 Bordeaux
D. BARRAUD, J. LlNÈRES, L. MAURIN
La forme de l'enceinte de Bordeaux - elle dessine un rectangle presque régulier est due, semble-t-il, avant tout au choix topographique qui présida à son implantation: ses constructeurs ont voulu enfermer le cours de la Devèze et le port de Bordeaux en ménageant une surface à peu près égale de part et d'autre de ce grand axe ouest-est. Le tracé du rempart et le mode de construction de la courtine sont assurés, sauf sur le côté oriental, en bordure de la Garonne, où la liaison entre le port intérieur et la Garonne reste à préciser. L'emplacement et le détail de la construction des tours, et surtout des portes sont souvent incertains. Malgré l'importance que conserva la ville au IVe s., la plus grande partie de l'agglomération du Haut-Empire se trouvait hors des remparts et avait été abandonnée, notamment le centre civique, et les abords de l'enceinte ne commenceront à être reconquis par l'habitat qu'à partir d'une date avancée du IVe s.
2. Dax
L. MAURIN, † B. WATIER, M.-C. MÉLENDEZ collab.
L'enceinte de Dax a été construite à l'emplacement de la ville du Haut-Empire, ce qui la distingue fortement des remparts des autres chefs-lieux de la Novempopulanie ; elle enfermait la plus grande partie de l'agglomération antérieure. Les remparts de Dax devraient être en principe bien connus, puisque de très grands secteurs en subsistaient encore au milieu du XIXe s. De fait, le tracé est bien assuré par les plans anciens et les vestiges qui ont survécu; dans la construction du rempart on doit noter l'extrême rareté des remplois, à la différence de Bordeaux et de Périgueux. Des obscurités demeurent dans les détails, en particulier en ce qui concerne les portes. Datation: seconde moitié du IVe s.?
3. Périgueux
C. GIRARDY-CAILLAT
L'enceinte de Périgueux a enfermé dans une étroite superficie (5,5 ha) la partie haute de l'agglomération du Haut-Empire qui s'étendait largement sur la rive droite de l'ample méandre de l'Isle. Elle englobait l'amphithéâtre qui formait au nord un important bastion. Encore visible aujourd'hui sur la moitié de son périmètre, le tracé du rempart se lit en grande partie dans le parcellaire actuel. Construite en bonne partie avec des blocs de remploi, l'enceinte, d'une largeur moyenne de 6 m pour une élévation d'environ 8 m, est composée de 23 courtines séparées par 24 tours pleines. Trois portes commandaient les entrées de la ville intérieure qui avait conservé le schéma de l'organisation antérieure. Des observations récentes permettent de situer la construction dans la première moitié du IVe s.
4. Bazas
L. MAURIN, J.-F. PICHONNEAU collab.
La connaissance du rempart dont fut dotée Bazas dans l'Antiquité tardive a été renouvelée par les fouilles archéologiques menées en 1990 et 1991 par J.-F. Pichonneau, notamment près de l'angle sud-ouest de la cathédrale. Alors, en effet, fut mis au jour un fragment de l'enceinte que l'on ne connaissait jusque-là que par un texte fameux de Paulin de Pella, et l'on pu proposer le tracé vraisemblable du mur, réduit par rapport aux présomptions antérieures. Par sa situation topographique sur un éperon rocheux, par son exiguïté, par son mode de construction (sans remplois), les remparts de Bazas sont tout à fait comparables à ceux qui sont connus dans les autres chefs-lieux de Novempopulanie, à l'exception de ceux de Dax.
5. Cadastres et enceintes urbaines
P. GARMY, M. GUY
Les méthodes de cartophotointerprétation sont sollicitées pour définir l'extension des principaux systèmes urbains quadrillés et préciser l'implantation des « limites » éventuellement assimilables au tracé de l'enceinte. Cette approche, développée ici de façon préliminaire, permet de répondre à quelques questions simples concernant le mode d'implantation du rempart dans le tissu préexistant : le mur a-t-il tenu compte des quadrillages dans lesquels il a pris place et en a-t-il engendré de nouvelles formes ? La réponse n'est évidemment pas uniforme : à une situation urbaine antérieure, de manière générale beaucoup plus complexe qu'on ne l'imaginait naguère, correspond une série de solutions variées pour concevoir le rempart et donner vie à la nouvelle agglomération.
Conclusion
P. GARMY, L. MAURIN
Pour les quatre enceintes, l'étude met en relief des différences tranchées dans le choix de l'implantation, la surface enfermée, le mode de construction, la datation que l'on peut proposer. En réalité, chacune peut être située dans un réseau défensif élaboré à des époques variables. Au nord de la Garonne, si Bordeaux s'oppose à Périgueux par l'étendue et la topographie, le détail de la construction rapproche les deux forteresses et telle particularité, par exemple l'ornementation de la porte de Mars à Périgueux, les situe dans les traditions édilitaires du Haut-Empire; leur édification a dû prendre place dans un vaste programme de défense du territoire entre la Garonne et le Rhin élaboré à l'époque de l'empire gallo-romain et poursuivi jusque dans la première moitié du IVe s. Bazas offre un autre type de rempart spécifique de la Novempopulanie où l'enceinte, en situation dominante, paraît s'ajouter à la ville antérieure et non la remplacer: ce système pourrait être reporté aux dernières décennies de la domination romaine dans la région. C'est entre les deux époques qu'il faut sans doute placer la construction du rempart de Dax, qui n'a comme point de comparaison que celui de Bayonne.