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dAf 49


DEFLEUR Alban, CREGUT-BONNOURE Évelyne

Le gisement paléolithique moyen de la grotte des Cèdres (Le Plan-d'Aups, Var)

Située en basse Provence occidentale, dans le massif de la Sainte‑Baume, à une trentaine de kilomètres de Marseille, la grotte des Cèdres a fait l'objet dans les années 50 d'une première campagne de fouilles reprises en 1987 sur un témoin stratigraphique parfaitement conservé. Ces dernières ont permis de reconnaître deux niveaux d'occupation humaine de faible durée située dans un environnement frais de la fin du Pléistocène moyen. La mise en évidence d'une industrie lithique originale, la découverte du plus grand nombre de restes de Tahr (Ongulé) rissien trouvés en Europe, appartenant à une nouvelle espèce, et la détermination de nouvelles sous‑espèces de Rongeurs et de Lapin confèrent à ce gisement une place de première importance en Europe méditerranéenne. L'intérêt du site est encore accru par la présence d'un reste humain.

Résumé court

Résumé long

1 Présentation générale

Le pillage du modeste témoin stratigraphique de la grotte des Cèdres (Le Plan-d'Aups, Var), ménagé par les fouilles de M. Escalon de Fonton réalisées en 1951, a suscité une intervention de sauvetage de la part de A. Defleur en février 1987. Les fouilles ont permis la mise au jour d'un matériel archéologique original étudié par une équipe pluridisciplinaire.

 

La grotte de dimensions modestes s'ouvre sur le flanc nord de la chaîne de la Sainte-Baume dans un contexte biogéographique particulièrement original, véritable enclave médio-européenne dans le domaine méditerranéen. Le témoin situé au fond de la cavité a permis l'observation, sous un niveau sépulcral chalcolithique, d'une séquence stratigraphique de quatre couches pléistocènes séparées par deux encroûtements calcaires.

L'étude sédimentologique a permis de distinguer deux ensembles sédimentaires, le premier (couches II et III) de tendance plutôt froide, le second (couches IV et V) plus tempéré.

 

2. Les activités humaines

L'industrie lithique peu abondante et de facture médiocre provient essentiellement de la couche II. Taillée à partir de calcaires siliceux et de nodules de silex chailleux de l'Albien local, elle peut se définir comme un Moustérien de débitage non Levallois riche en racloirs et en denticulés. Le trop petit nombre de pièces retouchées n'a pas permis de comparaison véritable avec les ensembles moustériens de la période et de la région concernées.

 

L'étude des surfaces osseuses a mis en évidence la présence de stries de boucherie sur les restes appartenant à l'Ours du Tibet, au Tahr, au Sanglier, au Chevreuil et au Chamois.

 

3. L'Homme : étude d'une incisive déciduale

Le sommet de la couche Il a livré une incisive déciduale attribuable à un enfant de deux ans environ dont la morphométrie s'accorde avec celle des Néandertaliens.

 

4. La faune

Le site a livré une faune de grands Mammifères peu abondante mais bien conservée. L'étude met en évidence une association dominée par le Tahr (Hemitragus cedrensis). Les analyses conduisent à préciser la morphométrie de l'espèce et débouchent sur la question des isolats géographiques. La présence du Glouton (Gulo) et du Bœuf musqué (Ovibos) est définitivement infirmée. La liste révisée permet d'établir aux côtés du Tahr la présence de Canis lupus, Vulpes vulpes, Ursus arctos, Ursus thibetanus ssp., Ursus spelaeus, Lynx spelaea, Felis silvestris, Equus sp., Sus scrofa, Cervus elaphus, Capreolus capreolus, Rangifer tarandus, Bos primigenius, Bison sp., Rupicapra rupicapra. Le Renne, élément rare des faunes provençales, suggère une détérioration climatique au sommet du remplissage, alors que la base renferme une association plus tempérée. Les résultats sont confrontés aux données actuelles de l'environnement immédiat du site qui a de nos jours un caractère relique.

 

Les restes de Lagomorphes sont abondants et représentés par une seule espèce de Lapin. Il s'agit d'une nouvelle sous-espèce (Oryctolagus cuniculus baumensis nov. ssp.).

 

Les Rongeurs, plus rares, sont représentés par une association à Marmota marmota mesostyla, Apodemus sylvaticus, Pliomys gr. episcopalis, Terricola duodecimcostatus, Microtus agrestis cf. jansoni, Microtus brecciensis et Arvicola sapidus. Ces deux dernières formes appartiennent à deux nouvelles sous-espèces : Microtus brecciensis defleuri et Arvicola sapidus aupsensis.

 

Cette microfaune permet de placer le site dans un intervalle chronologique postérieur au remplissage d'Orgnac 3 (Orgnac-l'Aven, Ardèche) et contemporain ou légèrement plus ancien que celui du Lazaret (Nice, Alpes-Maritimes).

 

L'avifaune, rare, est rapportée à cf. Alectoris graeca, Columba cf. livia, cf. Turdus torquatus, Coccothraustes coccothraustes, cf. Nucifraga caryocatactes, Garrulus glandarius, Pyrrhocorax graculus cf. vetus.

 

L'ensemble de la faune étudié par la méthode des cénogrammes permet de reconstituer un environnement ouvert et humide.

 

L'ensemble des données paléontologiques permet de dater le remplissage de la fin du Pléistocène moyen, attribution chronologique qui n'est pas confirmée par les datations radiométriques (datations U-Th).

 

5. Synthèse des données

La nature du matériel recueilli lors des fouilles nous permet d'attribuer la totalité des vestiges des couches V et IV à la seule activité des Carnivores alors que ceux des couches III et II peuvent être attribués à l'action combinée des Carnivores et de deux occupations humaines de très courte durée.

 

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