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dAf 46


FIXOT Michel, ZADORA-RIO Élisabeth

L'Environnement des églises et la topographie religieuse des campagnes médiévales

Actes du IIIe congrès international d'archéologie médiévale (Aix-en-Provence, 28-30 septembre 1989)

Ce volume réunit les actes d'un congrès organisé par la Société d'archéologie médiévale et le Groupement de recherche 94 du CNRS, qui s'est tenu à Aix-en-Provence du 28 au 30 septembre 1989.

Les contributions ont été regroupées autour de trois thèmes qui jouent un rôle essentiel dans l'étude du peuplement rural au Moyen Âge. Le premier a trait à l'influence de l'Antiquité tardive sur la topographie religieuse des campagnes médiévales et à la question de la continuité de l'utilisation religieuse et funéraire des sites. Le deuxième porte sur le rôle des églises en tant que pôles d'organisation de l'habitat ; ce phénomène, favorisé par les institutions de paix, est à l'origine d'un réseau de peuplement qui semble parfois en concurrence avec le système castral en formation. Le dernier thème, enfin, concerne l'organisation des domaines ecclésiastiques.

Résumé court

Résumé long

1. L'empreinte de l'Antiquité tardive

          1.1. La réutilisation funéraire des édifices antiques en Normandie au cours du haut Moyen Age

          J. LE MAHO

On dénombre actuellement en Normandie près d'une quarantaine d'édifices gallo-romains ayant livré les témoignages archéologiques d'une réutilisation funéraire à l'époque mérovingienne. L'étude de ces sites montre que dans un assez grand nombre de cas, le bâtiment antique était depuis longtemps en ruines lors de l'installation des premières sépultures, mais qu'une partie au moins de la construction (souvent le balnéaire dans le cas d'une villa ou la cella dans le cas d'un fanum), fut alors sommairement consolidée et remise hors d'eau pour servir d'église cimetériale. L'un des problèmes essentiels est de savoir si ce phénomène témoigne ou non d'une continuité d'occupation du site ou de ses environs immédiats, depuis l'Antiquité tardive.

 

          1.2. Les églises rurales de la région de Genève: origines, développement architectural et environnement

          C. BONNET

La restauration de nombreuses églises de campagne dans le canton de Genève a donné l'occasion d'entreprendre une analyse systématique des monuments médiévaux (leur élévation, comme le sous-sol sur lequel ils se trouvent, et leur environnement). Les résultats obtenus ces dernières années ont permis de reconstituer le développement architectural de chaque édifice et de trouver des traces d'installations antérieures et les premiers emplacements de l'Eglise chrétienne. L'étude de l'environnement immédiat de ces églises, où l'on a trouvé des constructions annexes et des cimetières, permet de mieux comprendre l'organisation religieuse. Des transformations, pendant le Moyen Age, ont donné une preuve intéressante sur ces siècles que l'on dit obscurs. Les éléments apportés par l'étude archéologique ont permis d'approfondir la topographie chrétienne.

 

          1.3. La marque de l'Antiquité tardive dans le paysage religieux médiéval de la Provence antique

          P.-A. FÉVRIER

S'il est réputé difficile de saisir la réalité de la christianisation rurale de l'Antiquité tardive en Provence, la documentation écrite, textes conciliaires ou œuvres littéraires, donnent l'idée d'un quadrillage du territoire par le clergé, même si les lieux de réunions sont attestés et non les circonscriptions paroissiales. La documentation archéologique confirme cette impression ainsi que les textes les plus anciens figurant dans les cartulaires. Il est peu probable qu'une telle densité de la christianisation soit sans rapport avec le tissu également bien fourni des églises mentionnées aux XIe et XIIe s.

 

          1.4. L'église médiévale dans l'espace rural provençal d'après des fouilles

récentes

          M. FIXOT

A partir d'un certain nombre d'expériences archéologiques fondées sur des fouilles, ce texte constitue un essai pour écrire une histoire de la topographie religieuse en Provence. Ces expériences ne donnent pas une image claire des conditions concrètes dans lesquelles s'effectue le legs de l'Antiquité. Il faut sans doute faire intervenir la notion de réemploi de sites, qui se distingue de celle de continuité. Les réalisations qui succèdent à l'époque carolingienne paraissent, en règle générale, de force insuffisante pour concurrencer, dans l'organisation du peuplement, la géographie castrale. Le second âge roman introduit un changement d'échelle dans les réalisations; tandis que les églises paroissiales se subordonnent aux châteaux, les grands ensembles monastiques constituent des organismes d'ampleur comparable à ceux-ci, en particulier par l'image d'enfermement à l'intérieur d'une enceinte.

 

2. Lieux de culte et peuplement rural

          2.1. L'habitat ecclésiastique en Irlande dans le haut Moyen Age

          L. SWAN

Certains éléments des sites monastiques qui sont apparus en Irlande à partir du VIIe s. sont encore identifiables dans le paysage actuel: c'est le cas, en particulier, de l'enceinte monastique, constituée d'un rempart de terre ou d'un mur de pierre sèche de tracé circulaire ou ovale; des vestiges du lieu de culte, parfois remplacés par une église plus récente, du cimetière, souvent abandonné mais parfois encore en usage. Bon nombre d'enceintes monastiques Disparues ont laissé une empreinte durable dans la voirie urbaine ou le parcellaire rural. Une première enquête a permis d'inventorier environ 500 sites de ce type, mais les recherches en cours permettent d'évaluer leur nombre total à 3 000 ou plus. Les fouilles indiquent que la principale période d'occupation de ces sites se situe entre le VIe et le Xe s., avec des exemples fréquents de continuité d'utilisation jusqu'aux XIIe-XIIIe s.

 

          2.2. L'espace ecclésiastique et la formation des paroisses en Catalogne entre le IXe et le XIIe s.

          M. RIU, P. VALDEPENAS

Un rappel des sources et des nombreuses études consacrées à la topographie religieuse est nécessaire pour situer l'exposé. Une organisation paroissiale est en germe à l'époque visigotique, à laquelle se surimposent les fondations dues à l'impact castral. Le réseau est en place à la fin du XIe s., et la reconstruction des églises en renforce l'image. L'église, depuis le IXe s., est régulièrement entourée de la sagrera, cimetière délimité théoriquement par un rayon de trente pas autour d'elle. Ce territoire peut être occupé, à l'époque romane, par des silos, des greniers souterrains, des habitats dont l'usage nécessite le versement d'un cens annuel.

 

          2.3. Les sagreres catalanes : la concentration de l'habitat dans le « cercle de paix» des églises (XIe s.)

          P. BONNASSIE

Après 1030, la sacraria devient l'un des mots-clefs des documents catalans. La sacraria (en catalan, sagrera) ou parfois cellera, se rapporte à un espace sûr, généralement circulaire, d'un rayon de 13 pas autour de l'église paroissiale et qui bénéficie de la protection de la Paix de Dieu. Cet espace est occupé de façon dense, par des bâtiments appelés sacrarios (en catalan, sagrers) que l'on utilise aussi comme entrepôts (farine, vin) ; assez rapidement cependant, ils servent d'habitations. Naturellement la sacraria comprend un cimetière où les constructions se multiplient aussi. Le phénomène d'ensagrerament en Catalogne a donné naissance aux villages ecclésiaux, qui étaient aussi nombreux que les villages castraux. Dans le sud de la France, il est plus difficile de décrire ce phénomène, bien qu'il y ait quelques témoignages.

 

          2.4. Les villages ecclésiaux dans le bassin de l'Aude

          D. BAUDREU, J.-P. CAZES

Une série de cas illustre l'environnement immédiat d'églises du bassin de l'Aude, en Languedoc occidental, et souligne l'articulation entre habitats et lieux de culte d'époque romane. Sous la diversité des formes due aux matériaux de construction, à l'évolution dans le temps ou à l'organisation spatiale (groupements ouverts, noyaux circulaires enclos), les sites sont définis par le terme générique de villages ecclésiaux. Les structures circulaires correspondent aux périmètres sacrés de trente pas de rayon dotés de l'immunité ecclésiastique par les conciles de la Paix de Dieu au XIe s. Replacé dans le contexte de la naissance du village médiéval, ce premier processus de concentration précède les agglomérations castrales qui se multiplient au XIIe s. au détriment des groupements existants.

 

          2.5. Eglise paroissiale, cimetière et castrum en bas Languedoc (Xe - XIIe s.)

          M.BOURIN, A. DURAND

Durant le Xe s., les sources écrites bas-languedociennes montrent une amorce de regroupement de l'habitat autour de l'église ou du cimetière. Mais, déjà, la séparation topographique entre le pôle politique et le centre religieux est en germe. A partir de l'an mille, la révolution castrale dissocie la structure politique de l'encadrement religieux qui manifeste un grand conservatisme. L'aire ecclésiale est rejetée hors de l'enceinte castrale. Le phénomène est très marqué pour les jeunes castra de relief. Au XIIe s., l'église revient dans le castrum de plaine devenu village, mais le plus souvent en situation marginale, au barry ou dans le cinctus inferior. Dans l'arrière-pays, avec l'édification des chapelles castrales, le couple église-cimetière se rompt définitivement.

 

          2.6. Les églises dans le paysage rural du haut Moyen Age en Languedoc oriental (IXe-XIIe s.)

          A. PARODI

L'étude du rôle de l'église dans l'organisation de l'espace rural languedocien au Moyen Age (IXe-XIIe s.) se limite ici aux relations entre l'édifice ecclésial et l'habitat. Contrairement à la thèse traditionnelle, l'église apparaît toujours associée à un habitat qui peut être soit groupé soit isolé. Elle occupe fréquemment une situation excentrée par rapport à celui-ci. La position centrale de l'édifice ecclésial reste relativement peu fréquente. Dans ce cas seulement, le rôle organisateur de l'église apparaît clairement. Après l'apparition du castrum, la présence de celle-ci ne suffit pas à empêcher l'abandon à plus ou moins long terme des habitats pré-castraux.

 

          2.7. Eglise et habitat dans les villages gascons : quelques aspects topographiques (XIe-XVe s.)

          B. CURSENTE

Jusqu'à la fin du XIIe s., l'église apparaît en Gascogne comme l'élément structurant d'un paysage rural anciennement humanisé. L'avènement du château sur motte et la mise en place des premiers bourgs castraux perturbent cependant un réseau d'églises aussi dense que ténu. Au XIIIe s, l'accélération et la généralisation du processus d'incastellamento sous la forme des castelnaux a pour effet la disparition d'un nombre considérable d'églises, et la fréquence du divorce topographique entre le sanctuaire paroissial et le castrum, creuset d'une vie sociale purement profane. Au bas Moyen Age s'amorce au contraire un mouvement de recentrage de l'église paroissiale, et de création de nouveaux lieux sacrés en périphérie.

 

          2.8. Le «recrutement» et l'organisation des cimetières paroissiaux: perspectives pour une ethnohistoire

          E.CRUBÉZY

La fouille des cimetières paroissiaux doit s'inscrire dans une perspective ethnohistorique mettant en évidence la façon dont certains « facteurs sociaux", perceptibles à partir des études anthropologiques et paléopathologiques, expliquent leur organisation. L'accent est mis sur la recherche de regroupements topographiques mis en évidence par l'étude des âges, du sexe, de la parenté, ainsi que par une véritable approche paléoépidémiologique.

 

          2.9. L'église et le regroupement de l'habitat en Anjou aux IXe et XIIe s.

          E. ZADORA-RIO

Les sources écrites des XIe-XIIe s. permettent de suivre, en Anjou, le rôle croissant joué par l'Eglise dans le regroupement de l'habitat. La première phase est représentée par les agglomérations fortifiées construites par les comtes d'Anjou entre la fin du Xe s. et 1060. La deuxième phase, la plus importante, est constituée par les fondations de bourgs qui datent principalement de la seconde moitié du XIe s. Elles sont liées à la réforme grégorienne et à la multiplication des prieurés ruraux. La troisième phase est représentée par la création, par l'évêque, ou des établissements monastiques, dans la première moitié du XIIe s., de villages neufs, désignés par le terme cimiterium, qui s'apparentent aux sauvetés du Midi aquitain.

 

3. Les domaines ecclésiastiques

          3.1. Les patrimoines monastiques dans les Abruzzes (VIIe-Xe s.)

          L. FELLER

Les patrimoines monastiques des Abruzzes ont été constitués au cours des VIIIe et IXe s. Ils ont bénéficié d'un lent mouvement de concentration foncière qui a été freiné cependant par la résistance des paysans alleutiers. Le domaine biparti était une exception dans le paysage agraire des Abruzzes au Moyen Age. Les monastères ont rarement réussi à constituer de véritables réserves. Les paysans libres étaient à même de retarder ou d'éviter leur incorporation dans le système domanial. De la fin du VIIIe à la fin du IXe s., ils ont été en conflit avec les monastères. La réalisation du processus de l' incastellamento fut lente et resta incomplète. Elle n'entraîna pas un bouleversement complet des structures agraires qui encore au XIIe s. étaient dominées par la petite exploitation.

 

          3.2. Le développement du domaine de l'abbaye augustinienne de Saint-Jean-des-Vignes à Soissons (1076-1140)

          S. BONDEE,.E. OYDEN, C.MAINES

Fondée en 1072 comme abbaye suburbaine de Soissons, l'abbaye de Saint-Jean-des-Vignes fait l'objet d'un programme d'études archéologiques et historiques. L'abbaye possédait un domaine très excentré par rapport à la ville de Soissons. La méthode d'exploitation et de contrôle économique reposait sur les relais que constituaient les paroisses in castro.

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