RESUME

- retour

- sommaire

- abstract

- réf. biblio

dAf 45


DEMIANS D'ARCHIMBAUD Gabrielle

L'oppidum de Saint-Blaise du Ve au VIIe s. (Bouches-du-Rhône)

Cet ouvrage présente de précieux résultats pour l'archéologie provençale mais aussi pour la connaissance du monde méditerranéen au tout début du Moyen Âge.

Les fouilles récentes de l'oppidum de Saint-Blaise, près du delta du Rhône, ont en effet mis en évidence les grandes étapes de la réoccupation, du Ve au VIIe s., de ce site protohistorique. Les céramiques témoignent d'une forte ouverture sur l'extérieur : sigillées claires, amphores et céramiques communes d'Afrique, de Méditerranée orientale et de Ligurie, sigillées régionales (DS.P.), etc. La découverte de décors chrétiens moulés et de creusets vitrifiés laisse deviner un atelier de verrier ; les objets de pierre, os et métal, les monnaies, la faune, notamment les abondants coquillages consommés, enrichissent l'image de la vie de cet oppidum, l'un des plus importants de Provence en ces périodes de crise et de mutation.

Résumé court

Résumé long

Introduction

G. DÉMIANS D’ARCHIMBAUD

A mi-distance de Marseille et d'Arles, près du delta du Rhône, cet oppidum est implanté sur un promontoire naturel entre des étangs, à peu de distance de la mer. Cette position géographique privilégiée en fit dès le VIIe s. av. J.-C.un centre de grand commerce lié à la récolte du sel. A l'époque hellénistique, une puissante enceinte fut construite. L'abandon survint avec la romanisation. Mais une réoccupation se produisit bientôt: l'enceinte fut exhaussée, des églises construites et la « ville» habitée. Cette réoccupation déjà mise en évidence avait cependant moins attiré l'attention des premiers fouilleurs que les vestiges plus anciens. Il était donc utile de reprendre l'étude dans un secteur non fouillé, au nord-ouest de l'oppidum. De 1980 à 1985, six campagnes permirent d'établir une stratigraphie périodisée du Ve au début du VIIe s. ap. J.-C. et de rassembler un matériel considérable.

 

Partie 1 - Les fouilles de 1980 à 1985 et leur interprétation

G. DÉMIANS D’ARCHIMBAUD

Les zones de fouilles se répartissent de part et d'autre du prolongement de la rue principale. Deux sondages (IB et II) furent ouverts à proximité d'un rempart bâti au XIIIe s. pour clôturer le petit castrum médiéval établi sur la pointe nord de l'oppidum et deux autres (II et IV) plus au sud afin de vérifier la continuité des niveaux. Huit phases d'aménagement du site ou de crises ont été distinguées, dont sept concernent directement la période en cause. La première correspond à l'arasement des vestiges protohistoriques nettoyés lors de la réoccupation : c'est dans ce cadre bâti que devait se faire la nouvelle organisation de l'habitat au deuxième quart du Ve s. (phase II). La rareté des vestiges en place suggère cependant que cette zone resta marginale par rapport à la «ville basse» plus occupée. A la fin du Ve s. et au début du VIe (phase III), un réaménagement à caractère artisanal (travail des métaux) fut bientôt abandonné au profit de l'établissement d'un bâtiment à cour centrale. Les phases IV, V et VI correspondent à une période d'activité au cours du deuxième tiers du VIe s. : construction de bâtiments, multiplication des sols et foyers, creusement de fosses (extraction d'argile ?) devenues dépotoirs, le tout suivi vers 560-570 d'une brutale destruction observée dans les différents sondages. Des réaménagements sommaires dans les dernières années du VIe s. (phase VII) préludent à l'abandon total du site qui dut se produire dans le premier tiers du VIIe s. (phase VIII).

 

Partie 2 – Monnaies et céramiques

1. Les monnaies

C. BRENOT

Les 87 monnaies étudiées forment un lot étendu dans le temps - les 3 dernières pièces (obole melgorienne, demi-gros de Charles VIII, monnaie de 1808) s'isolant de l'ensemble. Celui-ci se répartit en trois groupes: 9 monnaies de Marseille des IIe-Ie s., 72 pièces de type romain, 3 monnaies du VIe s. en argent (Justin ou Justinien, Childebert, Gontran). Outre la présence de monnaies du IVe s., l'abondance des pièces coulées avec ou sans type visible est notable. Elle conduit à s'interroger sur la survivance d'un monnayage officiel face au développement d'un monnayage de nécessité qui se poursuit jusqu'au milieu du VIe s., où apparaissent les pièces en argent déjà signalées.

 

2. Les céramiques

          2.1. Introduction

          Y. ET J. RIGOIR, L. VALLAURI

La masse de tessons (85 802) a permis une approche globale et synthétique du matériel. Tri des catégories, comptages par tessons et vases vrais, représentations graphiques sont à la base de cette étude. Les 17 catégories identifiées réunissent des céramiques régionales, importées d'Italie, d'Afrique et de Méditerranée orientale, ainsi que du matériel résiduel protohistorique. Sur l'ensemble, dont les trois quarts proviennent des deux dernières phases, les amphores dominent (50 %), suivies par les céramiques communes régionales (15,7 %), la DS.P. (4,6 %), la claire D (3,4 %) et la céramique commune importée (2 %). La claire B et la luisante sont à l'état de traces. Les sigillées claires africaines sont nombreuses. Cette constatation est amplifiée par le comptage en vases vrais où, sur les 1 403 formes reconnues pour 22 210 tessons, on obtient: 449 vases de SCD, 401 CCG, 376 DS.P., 165 communes importées (indice de fragmentation différent suivant les catégories: 100 tessons représentent 15 formes de SCD, 13 de DS.P. et seulement 3 de CCG).

 

          2.2. Les céramiques fines importées

          M.-T. CAVAILLÈS-LLOPIS, L. VALLAURY

Les sigillées claires et les lampes proviennent pour la plupart des ateliers tunisiens et en minorité de Méditerranée orientale (sigillée phocéenne tardive, Hayes 3). Toutes les formes tardives du répertoire sont présentes ici, à l'inverse des fouilles anciennes qui avaient révélé une occupation au début du Ve s. (Hayes 99, 91B, 98, 80-81B, 107, 87AB, 89 variantes, 73 et 84). Les formes H 101, 105, 107, 109, 91D témoignent d'une occupation postérieure au VIe s. Les plats sont peu décorés et les symboles chrétiens abondants, le plus souvent estampés, mais aussi lustrés en particulier sur la forme H 87. Les lampes se rattachent au groupe Hayes IIB, à facture empâtée et décor appauvri.

 

          2.3. Les céramiques communes importées

          L. VALLAURY

Cette catégorie de céramiques, majoritaires en cuisson oxydante, se distingue par une typologie bien différente des productions languedociennes, cuites selon le même mode. Les importations africaines (mortiers, cruches, marmites) perdurent dans les niveaux tardifs (34 % des formes de communes importées). La vaisselle culinaire orientale est présente en quantité non négligeable (12 %). La nouveauté réside dans la mise en évidence de courants d'échanges avec la côte ligure et l'Italie du Sud, qui n'avaient été révélés par aucune autre catégorie de vaisselle fine ou d'amphore.

 

          2.4. Les amphores

          F. VILLEDIEU

L'étude préliminaire des amphores a mis en évidence une part importante de mobilier résiduel. Les exemplaires des formes Dressel 23, Almagro 51 A-B-C sont plus fréquents dans les trois premières phases. Les amphores orientales ne dominent que dans les couches de la phase II, mais la situation s'inverse par la suite à la faveur des productions africaines (Keay VIII b, Spatheia, Keay LVA, LVIB, LXII, LXIA). Des exemplaires des formes Riley LRA, 1, 2, 3, 4 et 6 représentent les amphores orientales.

 

          2.5. Les céramiques régionales

          Y. ET J. RIGOIR, L. VALLAURI, J.P. PELLETIER

La sigillée tardive régionale (DS.P.) cuite en Provence en réduction est bien attestée. Parmi les 69 formes recensées dans la production provençale, 23 ont été reconnues. Les formes 18a et 29b sont les plus nombreuses. Le tiers des pièces est décoré au poinçon et par guillochis. Les motifs estampés appartiennent en Général au répertoire dit « marseillais », à une exception près peut-être languedocienne. Un chrisme et une croix pattée s'ajoutent aux représentations chrétiennes déjà connues sur la sigillée claire D et les verres. On note une quasi-absence des autres productions fines gauloises.

La céramique commune grise a été utilisée dans des proportions comparables aux autres catégories. La nature des pâtes et les formes se complètent et se concurrencent à la fois. Les formes A (ollae) aux profils de lèvres variés représentent plus de la moitié des objets. Les formes B (coupes-coupelles), plus répandues que les A au Ve s., deviennent ensuite minoritaires (25 %). Mortiers, couvercles, cruches, gobelets, jarres sont plus concentrés dans la phase VIII. L'étude des formes montre d'une part une évolution certaine des types en usage au cours du Vie s,. et d'autre part une diversité des origines qui place Saint-Blaise à la limite des centres producteurs de la région marseillaise, de la vallée du Rhône et de ceux du Languedoc.

La diffusion des céramiques communes brunes à pisolithes, caractéristiques du Languedoc, est attestée par un petit nombre d'ollae et de coupelles cuites en atmosphère oxydante. Elle témoigne d'échanges continus entre le Languedoc et le bas Rhône.

 

          2.6. Conclusion

          G. DÉMIANS D’ARCHIMBAUD, J.P. PELLETIER, L. VALLAURI

Ces fouilles complètent et nuancent les travaux réalisés par H. Rolland, auteur du premier classement des céramiques de cette période (1951). La densité et la diversité des approvisionnements sont les caractéristiques majeures du site. Parmi ces courants commerciaux, le plus lointain se fait depuis la Méditerranée orientale. C'est de la côte africaine qu'arrivent massivement les sigillées claires, des céramiques communes et la majorité des amphores. Un commerce par cabotage semble bien attesté par la présence de vaisselle culinaire de Ligurie.

 

Partie 3 - Autres matériels et alimentation

1. Pierre, verre et autres objets

          1.1. Les vases en pierre ollaire

          L. VALLAURY

Les vases en pierre ollaire sont toujours associés, en petite quantité, au matériel céramique de l'Antiquité tardive. Les 31 fragments retrouvés portent des traces de fabrication comparables à celles observées sur le matériel transalpin et des graffitis proches des chiffres romains. Les deux exemplaires utilisés pour comparaison ont une contenance de 2 et 3 l.


          1.2. Le verre

          D. FOY

Le répertoire des verres est comparable à celui découvert à Narbonne (La Lombarde) pour le Ve s. et à celui de Marseille (Bourse) pour les VIe, VIIe s. Le point le plus intéressant est la présence de plusieurs fonds de coupelles à décor chrétien (fin Ve-début VIe s.) avec répétition des mêmes motifs. Ce type de coupelle connu jusqu'ici principalement dans le Namurois et les Ardennes a peut-être été aussi produit dans les régions méridionales. L'existence d'un artisanat est cependant incontestable à Saint-Blaise au tout début du VIIe s. : 8 fragments de creusets vitrifiés en témoignent.

 

          1.3. Les meules

          H. AMOURIC

Le matériel en roches volcaniques provient des meules mobiles, soit d'époque protohistorique, soit de tradition romaine.

 

          1.4. Objets divers

          G. DÉMIANS D’ARCHIMBAUD

Les objets divers recueillis restent rares: deux intailles en pâte de verre d'époques différentes, des objets en plomb, os, bois de cervidés, bronze et métaux cuivreux, nacre et calcaire gravé.

 

2. Alimentation

          2.1. La faune

          P. COLUMEAU

Une étude partielle de la faune a permis d'identifier 18 espèces animales, dont moins de 3 %d'animaux sauvages. La faune du Ve s. indique un ravitaillement en viande mieux différencié que celle du début du VIe s. La viande de bœuf est la plus consommée.

 

          2.2. Les coquillages

          F. BRIEN-POITEVIN

La masse des coquillages (17 000) indique une consommation régulière privilégiant alors huîtres, pectens et coques (88 % du total) récoltés dans les étangs. Les indices fournis permettent de restituer des techniques de collecte et de transport.

 

Conclusion générale

G. DÉMIANS D’ARCHIMBAUD

Au terme de cette étude, stratigraphie, céramiques et monnaies conduisent à distinguer plusieurs phases de réoccupation ou de crises qui s'échelonnent sur une période discontinue, assez brève (150 à 200 ans). Dans la zone fouillée, l'occupation semble avoir été lâche dans cet espace aux fonctions artisanales. L'activité dans le deuxième tiers du VIe s. a dû être interrompue vers 570 par de brutales destructions. Cette crise marque un temps de mutation. Le déclin, puis la disparition rapide de tous les sites contemporains, apparemment abandonnés pour une longue période, rejoignent la problématique concernant toute la basse Provence à l'époque carolingienne.

haut de page