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dAf 43


TABORIN Yvette

Environnements et habitats magdaléniens dans le centre du Bassin parisien

L'application de différentes méthodes d'analyse (sédimentologiques, malacologiques, palynologiques, anthracologiques, micromorphologiques, archéozoologiques, radiocarbones et thermoluminescence) à un programme de recherche sur les modes d'implantation et d'organisation des installations magdaléniennes dans le centre du Bassin parisien a permis de rassembler un important faisceau d'informations.

La réalisation de cette synthèse, qui coordonne en une interaction dynamique toutes ces données, permet au lecteur de découvrir et d'apprécier la multiplicité des rapports entre les communautés préhistoriques observées et leur environnement d'une part, et entre les préhistoriens et leur objet d'étude d'autre part.

Résumé court

Résumé long

Partie 1 - Le milieu naturel et son exploitation .

1. Climats et paysages

          1.1 Le milieu physique

          A. ROBLIN-JOUVE

Les gisements magdaléniens étudiés occupent les versants loessiques et surtout les fonds de vallées de la Seine et de ses affluents l'Yonne et l'Oise. Ils permettent d'établir une chonostratigraphie du Pléistocène supérieur et de l'Holocène du centre du Bassin parisien, fondée sur les loess et les alluvions. Ils montrent que durant le Tardiglaciaire, de grandes quantités de sédiments meubles, des loess ou des sables fins étaient en mouvement tandis que les fonds de vallées acquéraient leur aspect actuel. C'est au sommet de séquences d'accumulation alluviale qu'ont été conservés les quatre grands sites magdaléniens d'Etiolles, Marsangy, Pincevent et Verberie.

 

          1.2. Le climat de Pincevent: données issues de l'observation des sédiments

          M. ORLIAC

Dans les limons de Pincevent, les apports grossiers naturels et anthropiques, les érosions et les bioturbations, la répartition topographique et stratigraphique des vestiges magdaléniens, l'aspect du litage des limons renseignent sur le climat, le niveau des basses eaux de la Seine, l'amplitude et la régularité des crues, l'abondance et la nature des précipitations.

Ces informations permettent de reconstituer l'environnement et le temps qu'il faisait au Magdalénien: froid sans excès, sec au moment du passage des chasseurs; ce passage était suivi par d'abondantes chutes de neige au printemps, les crues, importantes, étaient probablement augmentées par la formation d'un barrage de glace en aval au moment de la débâcle.

 

          1.3. La malacologie : contribution à la palécologie et à la chronologie des habitats magdaléniens

          P. RODRIGUEZ

L'étude des malacofaunes contenues dans les alluvions est un des moyens d'appréhender le contexte écologique des campements magdaléniens du centre du Bassin parisien. A Étiolles, Pincevent, Marsangy et Verberie, elle apporte des éléments de réflexion sur la position chronologique des occupations au cours du Tardiglaciaire, en accord avec les données de datation absolue.

 

          1.4. Le paysage végétal au Tardiglaciaire : apport de la palynologie

          C. LEROYER

Les études polliniques des gisements magdaléniens du Bassin parisien s'étant toutes révélées négatives, les données concernant la végétation nous sont livrées par des analyses palynologiques de tourbières. Toutefois, ces dernières ne sont sources que d'informations générales: leur relatif éloignement des habitats magdaléniens, les différences d'enregistrement pollinique dues à la nature des sites et l'utilisation d'une zonation tripartite du Tardiglaciaire sont autant de facteurs qui viennent limiter les reconstitutions précises de l'environnement aux alentours des sites. Les Magdaléniens ont dû évoluer dans un paysage de forêts claires dans lesquelles le Pin occupait peu à peu la place jusque là tenue par le Bouleau.

 

          1.5. Chronologie des sites du Magdalénien final du Bassin parisien

          H. VALLADAS

Les datations par le radiocarbone et la thermoluminescence de plusieurs gisements du Magdalénien final du Bassin parisien, Étiolles (Essonne), Le Pré des Forges à Marsangy (Yonne), Pincevent à La Grande-Paroisse et Le Tilloy à Ville- Saint-Jacques (Seine-et-Marne), Le Buisson Campin à Verberie (Oise), montrent que l'occupation magdalénienne se place à la fin de la dernière période glaciaire. Les âges obtenus sur les pierres de foyer par la thermoluminescence sont en accord raisonnable avec ceux des vestiges organiques mesurés par la méthode du carbone 14 classique ou en spectrométrie de masse par accélérateur.

 

2. Ressources et exploitations

          2.1. Les coquillages marins

          Y. TABORIN

Les coquillages marins retrouvés dans les sites paléolithiques peuvent fournir des renseignements sur le territoire fréquenté et sur l'espace de relations inter-tribales des groupes humains. De plus, ils donnent une bonne image du choix des espèces en fonction de la disponibilité naturelle et des traditions culturelles. A Étiolles, Marsangy, Pincevent et Verberie, les Magdaléniens paraissent avoir limité singulièrement la collecte des coquillages, sans doute parce qu'ils étaient éloignés de l'Océan. Ils n'ont pas été tellement sensibles à la présence de nombreuses espèces fossiles bien conservées dans les niveaux tertiaires de leur territoire. Pourtant, le choix de dentales à Étiolles n'est pas sans évoquer le goût pour ce coquillage que l'on connait dans les gisements magdaléniens du sud-ouest. Cet aspect traditionnel n'est pas constaté dans les autres gisements où la composition spécifique est fortement marquée par la disponibilité fossilifère proche.

 

          2.2. L'approvisionnement en matériaux siliceux au Paléolithique supérieur

          M. MAUGER

La recherche de l'origine des matières premières siliceuses utilisées dans les sites magdaléniens d'Île-de-France a permis de mettre en évidence des déplacements traditionnels de groupes de chasseurs nomades dans un cadre régional. L'existence au centre de la région étudiée d'un silex de qualité exceptionnelle apparaît comme un élément important du mode d'occupation du territoire de ces groupes magdaléniens.

 

          2.3. La faune d'Étiolles : milieu animal, milieu taphonomique, milieu humain

          F. POPLIN

Les ossements du gisement d'Étiolles sont d'une rareté saisissante en contraste avec l'abondance du silex. Les conditions de conservation mauvaises n'expliquent pas tout dans cette pauvreté. On a affaire à un établissement humain où la vie domestique n'avait pas le principal rôle, mais bien plutôt une activité de travail du silex dont une bonne partie se déroulait en plein air. Des quatre espèces représentées, Bison, Renne, Mammouth et Cheval, seules les deux premières offrent un tableau de restes alimentaires conventionnel. Le Mammouth livre quelques grandes pièces qui ont pu avoir un rôle architectural au même titre que les dalles de pierre, et les bois de Renne semble avoir été collecté à d'autres fins que la production d'industrie osseuse. Quant au Cheval, il en a été trouvé un amas très ponctuel, associant trois individus dont les restes témoignent une opération d'utilisation « en une seule fois », probablement pour extraction de la graisse. Les espèces de taille plus petite, comme le Renard, sont absentes, ainsi que les micromammifères. Dans ces conditions, l'appréciation du milieu écologique à partir des ossements est précaire. Leur meilleure contribution ne va pas à la définition du milieu général où vivaient les hommes, mais à celle du milieu taphonomique du gisement, ainsi qu'à celle du milieu culturel, en particulier technique.

 

          2.4. La faune de Pincevent et Verberie

          F. DAVID

Les restes de mammifères mis au jour à Pincevent se composent de Renne (environ 98 % dans tous les niveaux) et de quelques vestiges de Cheval, Loup, Renard, Lièvre et Mammouth (ivoire et lamelles dentaires). Ceux de Verbe rie sont également dominés par le Renne avec un peu de Cheval, du Mammouth (fragments de défenses) et un Lemming (Citellus citellus). L'étude des dents de Renne permet d'estimer une saison d'occupation entre septembre et novembre pour Pincevent comme pour Verberie, Verberie étant peut-être de très peu antérieur à Pincevent.

 

          2.5. Les rongeurs de la section 36 de Pincevent

          J.-D. VIGNE

La section 36 de Pincevent a livré une quarantaine de restes de micromammifères dont huit renvoient au Lemming à collier (Dicrostonys cf. torquatus) et quatre au Campagnol nordique (Microtus ratticeps), deux espèces caractéristiques des toundras dryasiques. Différents autres éléments indiquent que ces vestiges résultent d'un petit nombre de pelotes de réjection de chouettes (harfang ?). Leur localisation au sol suggère que les rapaces se sont perchés sur les tentes magdaléniennes.._ Cela pourrait confirmer l'existence même de ces structures et indiquer que les chasseurs les laissaient sur place en dehors des périodes d'occupation du site.

 

          2.6. Comparaison entre les troupeaux de Rennes de Pincevent et de Verberie

          J.-G. ENLOE

Une comparaison statistique des mensurations des os de Renne ne montre aucune différence significative des proportions du corps entre la faune de Pincevent et celle de Verberie, ce qui suggère que le gibier des chasseurs de ces deux sites paléolithiques provient d'une même population régionale.

 

          2.7. Analyseanthracologique

          S. THIEBAULT

L'analyse, en vue de leur détermination, des charbons de bois issus des foyers des sites d'Étiolles et de Pincevent s'est révélée décevante à cause de la très mauvaise conservation des échantillons. A Étiolles, Bouleau et Charme indiquent un environnement boisé frais; à Pincevent la détermination par E. Bazile-Robert du Saule et du Peuplier montre la présence d'une végétation de bordure d'eau. Cependant, ces déterminations ne reposent que sur un nombre infime de fragments et aucune conclusion d'ordre écologique ne peut être proposée.

 

          2.8. Micromorphologie des foyers d'Étiolles

          J. WATTEZ

L'enregistrement sédimentaire des dépôts de combustion constitue la mémoire de l'histoire événementielle des foyers. Le recours aux méthodes d'investigation et d'interprétation de la micromorphologie des sols permet de décoder les informations sédimentaires et de les traduire en terme d'histoire fonctionnelle et de degré de conservation induit par les processus naturels qui ont agi dès l'abandon et au cours de l'enfouissement. Quelques structures de combustion mises au jour dans les habitats magdaléniens des sites d'Étiolles, de Pincevent et de Verberie sont étudiées. Elles comportent des signatures fonctionnelles qui renseignent sur les modes de fonctionnement et sur les types de combustibles réduits en cendres. Au contraire, les conditions de conservation varient selon les sites.

 

Partie 2 - L'implantation humaine

1. Les sites de fonds de vallée

          1.1. Étiolles

          P. COUDRET, M. LARRIÈRE, M. OLIVE, N. PIGEOT, Y. TABORIN

Les Magdaléniens ont intensément fréquenté le site d'Étiolles. La concentration de plusieurs niveaux d'occupation (actuellement sur 1 300 m2) permet de développer une approche de type ethnologique: comparaison des choix topographiques, analyse de l'organisation spatiale, identification des activités domestiques, études fonctionnelles sur les foyers, etc. L'exploitation de rognons de silex d'une exceptionnelle. qualité (notamment par leurs dimensions est à l'origine d'une conception technoéconomique particulièrement rigide qui facilite la production des grandes lames supports. La récurrence de certains comportements (travaux réalisés près des foyers, nettoyages de l'espace intérieur, large utilisation de l'espace extérieur pour diverses activités) révèle des habitudes de groupes. Les relations sociales sont perceptibles à travers la circulation des produits lithiques entre les installations contemporaines et un partage de certaines matières premières. La recherche s'oriente vers l'hypothèse de passages des Magdaléniens lors de circuits saisonniers nécessaires à leur économie de prédateurs et à leur vie sociale.

 

          1. 2. Marsangy

          B. SCHMIDER

Le gisement de Marsangy est un habitat de plein air magdalénien, situé sur la rive gauche de l'Yonne. Les datations absolues(14C et thermoluminescence), comme les données de l'environnement, permettent de le dater de 12 000 BP, à la transition Dryas II / Alleröd. Dans le secteur central (étudié ici) l'espace s'organise autour de 4 foyers, constitués d'un groupement lâche de blocs de grès et de quartzite. Les activités liées au silex sont les plus importantes, la matière première se rencontrant en abondance dans le voisinage. L'une des structures, N19, peut être interprétée comme un atelier spécialisé dans le débitage, les autres ensembles pouvant représenter des unités d'habitation consacrées au repos. La chasse constituait une activité complémentaire. Elle est attestée par la présence de vestiges animaux et l'abandon d'objets (pointes à dos et à cran) considérés généralement comme des armatures de trait.

 

          1.3. Pincevent

          F. DAVID, M. ORLIAC

La connaissance précise de la topographie du substrat des limons et celle du niveau IV20 permet d'examiner, sur près de 4 000 m2, quels ont été les choix d'implantation des chasseurs magdaléniens. Il semble que les premiers occupants se soient installés préférentiellement dans les zones basses du site; les derniers ont occupé toutes les situations; zones hautes, mi-pentes, zones basses, fonds. Une fidélité certaine aux mêmes emplacements manifeste probablement la permanence de la composition du groupe.

La présence de onze foyers magdaléniens fonctionnant simultanément sur le même sol permet actuellement d'évaluer à un minimum de plusieurs dizaines de personnes l'importance du groupe venant visiter régulièrement Pincevent, pendant un séjour de quelques semaines, et ce au moins à une quinzaine de reprises. L'organisation spatiale des unités domestiques s'établit suivant le schéma mis en place par A. Leroi-Gourhan: foyer entouré d'une zone d'activité puis, d'un côté, espace réservé à l'habitation, de l'autre, zone d'évacuation.

Les Magdaléniens arrivaient avec un outillage minimum et leurs éléments de parure. Les ressources locales fournissaient l'essentiel des matières premières, blocs de silex et de pierre provenant du lit de la rivière. L'exploitation du silex se faisait sur place et les meilleurs produits étaient emportés pour le campement suivant. L'exploitation des végétaux comme celles des ressources de la rivière reste très hypothétique. Le Renne, dont toutes les parties étaient utilisées ou consommées, était le principal gibier recherché, avec occasionnellement du Cheval et du Lièvre. Rapportées au camp, les bêtes étaient en partie partagées entre les unités domestiques mais, bien que difficile à estimer, la durée d'occupation pose le problème de l'éventuel stockage d'une partie de la viande.

Les caractéristiques exceptionnelles des dépôts de Pincevent et le nombre de cycles de dépôts conduisent provisoirement à n'accorder qu'une durée d'une cinquantaine à une centaine d'années à l'accumulation des limons magdaléniens.A l'issue de ces dépôts, ' les modifications climatiques de l'Alleröd, qui se manifestent par une érosion et un remblaiement importants, sont contemporaines d'une transformation culturelle qui ouvre la voie au Mésolithique.

 

          1.4. Verberie

          F. AUDOUZE

Le site du Magdalénien final du Buisson Campin à Verberie a livré des sols d'occupation en trois loci différents inclus dans des limons de débordement. Le plus étendu, comprend quatre sols successifs dont le plus récent est le mieux connu. Il s'organise autour de deux foyers. Il s'agit comme pour les sols plus anciens d'un campement de chasse au Renne en relation avec la migration d'automne. Les activités qui s'y sont déroulées ont essentiellement trait au dépeçage des rennes et au traitement des matières premières animales ainsi qu'au débitage de nombreux rognons de silex pour fabriquer les outils nécessaires. La présence d'outils en silex exogènes, l'absence de quelques séries de bonnes lames indique que ces campements s'inscrivaient dans un cycle de déplacement annuel des chasseurs magdaléniens.

 

2. Les sites de versant

          2.1. Les Tarterets

          B. SCHMIDER

Deux gisements, les Tarterets I et les Tarterets II, ont été localisés sur le versant gauche de la vallée de la Seine, dans les faubourgs de Corbeil-Essonnes. Tous les deux avaient été partiellement détruits avant les fouilles, ce qui rend leur interprétation difficile. L'élément le plus remarquable, aux Tarterets I, est la découverte d'un foyer construit en grandes dalles de meulière. De part et d'autre, s'opposaient une aire de débitage et une aire d'activités domestiques riche en outils. Il y a peu d'éléments de datation, faune et charbon n'étant pas conservés. Le style de l'outillage permet cependant de rattacher ces sites au Magdalénien final tandis que l'analyse malacologique suggère une occupation au Bölling. Des relations entre les Tarterets et l'important site d'Étiolles, implanté en face, sur la rive droite de la Seine, sont envisageables mais difficiles à prouver.

 

          2.2. Ville-Saint-Jacques

          J. DEGROS, B. SCHMIDER, B. VALENTIN

Le gisement du Tilloy à Ville-Saint-Jacques est situé à un 1 km au sud-ouest de Pincevent, en bord de plateau. Les ramassages de surface ont livré de très vastes séries lithiques attribuables au Magdalénien final. Des sondages limités ont permis de repérer un horizon riche mais très perturbé d'où semble provenir cette industrie. Les restes osseux y sont très bien conservés ; ils appartiennent à une faune variée ou le Renne domine mais ou le Cheval est abondant. Cet horizon a été daté du Dryas II par le radiocarbone. Il se peut donc que l'occupation magdalénienne du Tilloy soit contemporaine de celle de Pincevent. Plusieurs modèles permettent alors d'envisager la question des relations entre les deux sites.

 

La question de l'unité territoriale

Y. TABORIN

A l'issue des études présentées dans ce volume, la question de l'unité culturelle et territoriale des groupes évoqués s'impose. Il apparaît clairement que les installations montrent des aspects communs évidents et des différences dont il faut rechercher les causes. Les dates s'échelonnent sur une courte période, les zones d'origine des matières premières se concentrent dans les limites du Bassin parisien, les techniques de débitage du silex sont apparentées, la composition de l'outillage est assez répétitive et originale, l'art et la parure sont habituellement peu développés. Ces aspects unissent culturellement des groupes vivant dans un. territoire peu ouvert aux influences extérieures, avant alleröd. La répétition d'installations simultanées et successives de plusieurs familles aux mêmes emplacements suggère l'idée de circuits périodiques sans qu'on ait encore les moyens de tracer les cheminements, ni d'apprécier le rythme des occupations.

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