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dAf 35


BOSTYN Françoise, LANCHON Yves

Jablines

Le Haut Château (Seine-et-Marne) : Une minière de silex au Néolithique

Ce volume est le premier de la série " Archéologie et grands travaux ", créée au sein des DAF afin d'accueillir les publications des opérations de sauvetage de grande ampleur, et en majeure partie financée par les responsables de ces aménagements en milieu rural et urbain. Découvert à l'occasion des fouilles effectuées préalablement à la construction de la ligne d'interconnexion des TGV, le site de Jablines a révélé une mine néolithique de silex qui a fait l'objet, pour la première fois en France, d'une fouille extensive.

Plus de 1 000 structures ont ainsi été repérées et 58 puits intégralement explorés. Les résultats des études conduites par une équipe pluridisciplinaire sont ici présentés en détail. Enfin, le site est replacé dans son environnement régional et comparé à des sites du même type en France et dans le reste de l'Europe.

Résumé court

Résumé long

Entre août 1989 et août 1990, un très important sauvetage archéologique, nécessité par la construction d'une nouvelle ligne de TGV, s'est déroulé sur une minière de silex au lieu-dit Le Haut Château à Jablines (Seine-et-Mame). Ce site était déjà identifié en tant que minière par une fouille restreinte en 1981, et son extension en partie connue grâce à la photographie aérienne. Pour la première fois en France, une mine néolithique,de silex a pu être appréhendée d'une manière extensive, ce qui a nécessité un renouvellement de l'approche méthodologique et des techniques de fouilles de tels gisements.

Le décapage intégral de l'entreprise (500 m de long pour 70 m de large environ) a permis d'en saisir toute l'importance: plus de 1000 structures, dont 766 entrées de structures d'extraction sont apparues après décapage mécanique du labour. Une centaine de puits, échantillonnés en fonction de leur répartition spatiale et de leur morphologie en surface, devaient être initialement fouillés. Mais compte tenu de difficultés techniques (instabilité du substrat) et de problèmes de sécurité, 58 puits seulement ont pu être intégralement explorés; l'étude d'une dizaine d'entre eux s'est effectuée par une méthode de fouille originale, adaptée à ce type de structures et aux délais impartis: après fouille du puits d'accès jusqu'au fond, la totalité du substrat a été excavée à la pelle mécanique jusqu'au niveau des galeries. Celles-ci ont ainsi pu être fouillées pratiquement à ciel ouvert.

Le contexte paléo-environnemental a été étudié par des analyses géologiques (une longue tranchée a permis de reconnaître précisément la nature mam~ calcaire du substrat et les différents bancs de silex), malacologiques, palynologiques et anthracologiques (étude des charbons de bois provenant des remplissages, mais également de bois carbonisés appartenant à des systèmes d'étayage). La synthèse de cette étude pluridisciplinaire donne une image d'un paysage semi-forestier ou en lisière de forêt.

L'étude des structures d'extraction a permis de montrer une grande variabilité morphologique. On a en effet distingué de simples fosses d'extraction, des structures à chambre (exploitation dans une ou deux directions), des structures en cloche (exploitation multidirectionnelle). Ces premiers types s'assemblent en groupes d'importance variable, mais toujours spatialement distincts, dans la partie nord du site. Un seul banc de silex y a été exploité, de manière peu intense. Ces structures ont toutes un diamètre en surface assez restreint (entre 1,2 et 2 m), pour une profondeur de 2 m.

Dans la zone sud, par contre, la morphologie et l'organisation des structures en surface sont différentes. Les puits d'accès ont de 4 à 7 m de profondeur et 2,5 m ou plus de diamètre. Ils traversent d'abord un premier banc de silex, exploité de façon secondaire ou négligé : le banc inférieur a été exploité par un système de galeries rayonnantes, communiquant la plupart du temps entre elles et avec celles des structures voisines par de petites chatières. Ces structures s'organisant selon une maille très régulière qui quadrille le terrain, l'exploitation du silex en sous-sol a été maximale. L'étude des comblements a montré que, les galeries n'étant pas toutes creusées simultanément, les déblais des plus récentes servaient à combler les plus anciennes. Les coupes stratigraphiques des puits d'accès montrent que des phases de comblement anthropique alternent avec des phases de comblement naturel (par effondrement des bords et des surplombs).

Dans la partie centrale du décapage, des structures d'extraction ont été recreusées après leur comblement mais en périphérie. Cette reprise de l'exploitation peut indiquer soit la fréquentation du gîte par un autre groupe, soit un abandon temporaire de l'extraction.

La mise au point d'un système de relevé en trois dimensions des structures d'extraction a permis non seulement de visualiser l'importance et l'intensité de l'extraction du silex, mais également de quantifier le volume de chaque structure, et d'en estimer sa rentabilité.

L'analyse spatiale de la répartition des puits et de l'extension de l'exploitation souterraine montre une organisation de l'extraction différente entre les zones nord et sud. Elle traduit probablement l'existence de deux systèmes d'exploitation du silex d'intensité différente, pouvant refléter la satisfaction de besoins différents. Cette dualité est parfaitement décrite par le tracé de polygones de Tiessen.

Le creusement des structures et l'extraction des plaquettes de silex étaient effectués à l'aide d'un outillage spécifique en bois de cerf; l'analyse détaillée des traces d'utilisation a permis de proposer une classification typo-fonctionnelle de l'outillage en bois de. cerf. Celle des traces imprimées . sur les parois des galeries a autorisé une reconstruction du mode d'extraction des plaquettes et a mis en évidence la possibilité de l'utilisation d'un outillage en bois. Aucun outil d'extraction traditionnel en silex n'a été identifié : Hormis les outils en bois de cerf, quelques rares tessons et restes osseux, le mobilier est composé quasi exclusivement de déchets de taille et des fragments inutilisables de plaquettes de silex. Une grande partie de la matière première a en effet été taillée sur place, comme l'attestent plusieurs ateliers de débitage, et les milliers d'éclats et d'esquilles dégagés dans le comblement des puits. L'étude de ces rejets s'est effectuée par l'analyse des schémas diacritiques sur les produits façonnés et par les remontages, ce qui a permis de comprendre toutes les phases des chaînes opératoires de leur production, en individualisant les principales étapes. Elle a montré qu'il existait sur le site une production en grande série de haches taillées de deux modules distincts. Les plus grandes et une partie des haches de petit module devaient être exportées. Il est probable que certaines haches, comme un outillage plus commun (grattoir, racloirs, etc.), aient servi au travail d'extraction (façonnage et entretien des outils en bois et bois de cerf).

Une série cohérente de 17 mesures 14C permet de dater ce secteur de la minière du Néolithique moyen II, autour de 3000 BC (datation non corrigée). La présence de tessons céramiques plus anciens (culture de Cerny), en position secondaire dans les comblement des puits, peut indiquer l'existence d'une phase plus ancienne de la minière, en dehors de l'emprise.

La mine n'est pas isolée dans la région; elle appartient à un complexe minier d'une douzaine de sites identiques (aujourd'hui reconnus) ayant probablement exploité des bancs différents de silex tertiaire. L'étude de la diffusion des productions de Jablines, qui n'a pas pu être effectuée dans le cadre de cet ouvrage, devra nécessairement s'inscrire dans un travail plus vaste d'identification de ces différents bancs et de leur utilisation.

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