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BICHET Pierre, MILLOTTE Jacques-Pierre
L'âge du Fer dans le haut Jura
Les tumulus de la région de Pontarlier (Doubs)
Légers reliefs parfois uniquement perceptibles par l'œil averti, les tumulus de la Chaux d'Arlier sont restés longtemps méconnus jusqu'aux premières cartographies dressées dans les années 1950÷60. Préservés ainsi des explorations sauvages, ils n'ont en revanche pas échappé aux façons culturales et à leur modernisation. Les résultats de récentes opérations de sauvetage archéologique, présentés dans cet ouvrage, témoignent de l'importance des occupations protohistoriques dans ce traditionnel lieu de passage ; ils mettent à la disposition du lecteur une documentation dont l'intérêt justifie la mise en œuvre de mesures de protection pour ces monuments.
Résumé court
Résumé long
1 Un site d'altitude original
Les auteurs précisent leur démarche et exposent le résultat de leurs fouilles. Ils se limitent à des descriptions précises et formulent seulement de prudentes hypothèses. Les tumulus de la Chaux d'Arlier firent l'objet de destructions au 19e s. Les investigations récentes résultent de sauvetages rendus nécessaires par l'amélioration des pâtures. Les observations, malgré des conditions de travail et de recueil difficiles, fournissent des données nouvelles sur l'occupation du massif jurassien.
Le relief est original : un val façonné par la glaciation quaternaire, parcouru par une rivière tranquille, le Drugeon, et encadré par des chaînons de faible altitude. Le climat continental est pluvieux et froid; les orages, violents, éclatent en été. Les sols pauvres, la présence de tourbe n'autorisent pas les cultures, remplacées par un élevage bovin. Mais cette contrée est un important passage entre la région de Salins et le Jura neuchâtelois par le col des Verrières et la vallée de l'Areuse ou le col de Ste-Croix, Covatannaz, Yverdon et Orbe. Malgré de nombreuses difficultés, cette voie fût fréquentée dès les temps les plus reculés.
2 Les fouilles et le mobilier
La description des monuments tient compte de leurs groupements, même si tous les vestiges repérés n'ont pas été explorés.Les anciennes découvertes sont rappelées, surtout celles de l'âge du Bronze. Pour chaque tumulus, les auteurs précisent leur situation topographique, l'état des mobiliers et des structures, la chronologie possible.
Tumulus du secteur de Dompierre-les-Tilleuls
A remarquer dans ce groupe un ensemble bien individualisé de quatre tertres au lieu-dit Planquecet, dont un avec une épée de Gündlingen.
Tumulus du secteur de la Rivière-Drugeon se situent de part et d'autre de la vallée du Drugeon et montrent une occupation continue du Bronze ancien à la Tène ancienne.
Tumulus du secteur de Chaffois
Ce groupe, au nord-est de Pontarlier, est surtout remarquable par la présence de sept tertres bien groupés.
Tumulus de Vuillecin
Ces tombes limitent pour l'instant, la Nécropole de la Chaux d'Arlier en direction du Nord.
3 Une interprétation possible des données
La céramique est rare et difficile à caractériser (bris rituels). Par contre, les armes, outils et parures ne diffèrent guère des matériels des régions voisines. C'est le cas des épées de Hallstatt en bronze ou en fer, des fibules semblables à celles de Bourgogne, Suisse et Allemagne du Sud.
On accordera une attention spéciale à trois parures : la ceinture en tôle de bronze, le disque à renflement central et le brassard-tonnelet, ainsi qu'à des pendeloques comme le grelot et la rouelle.
La nécropole de la Chaux d'Arlier est occupée du Bronze ancien au début de La Tène, avec un maximum très net au premier âge d!J Fer (Hallstatt ancien, moyen et final). Du point de vue culturel, le haut Jura est une fraction du vaste ensemble hallstattien de la France du Nord-Est. Les relations avec le Plateau suisse (Vaud, Neuchâtel, Berne) s'avèrent très étroites.
Pas de traces d'habitats mais des vestiges hypothétiques de champs cultivés. L'artisanat manifeste parfois une originalité dans les parures en bronze, fibules et pendeloques. Quant aux rites funéraires, le tumulus demeure le modèle exclusif. Il abrite presque toujours des inhumations multiples, résultats d'un emploi du monument pendant de nombreuses années. Le matériau est emprunté au voisinage et la pierre calcaire prédomine. Les orientations des corps, très variées, n'obéissent à aucune règle précise. La peinture de la société dépend de maigres indices : tumulus plus volumineux, groupements de tertres, parures plus ou moins luxueuses, dépôts funéraires d'importance diverse. L'ensemble de la Chaux d'Arlier relève peut-être de la "résidence princière" de Château-sur-Salins. Des relations commerciales existaient dans la Protohistoire entre le Haut-Jura, les plateaux occidentaux et le versant helvétique.
Conclusion
Les fouilles de la Chaux d'Arlier témoignent d'une occupation précoce des hauteurs des montagnes moyennes de l'Europe, le Jura en particulier. Ces installations, malgré une ambiance écologique peu favorable,s'adaptent à un milieu original. Au lieu d'un isolat, existe là une entité humaine, bien reliée à son voisinage.